Rachel, dont le père possède un bateau faisant du commerce entre l'Angleterre et l'Amérique du sud, part pour une
croisière, accompagnée de Ridley et Helen Ambrose, ses oncle et tante. A leur arrivée, ils passeront plusieurs mois dans une villa non loin d'un hôtel fréquenté par de nombreux compatriotes. Des excursions s'organisent, des fiançailles se décident, des personnalités évoluent. Rachel mûrit.
Ce premier roman est censé être d'une forme encore classique, mais la prose éblouissante de
Virginia Woolf, sa finesse d'observation et son humour subtil sont bien présents. Rachel est la figure centrale : jeune fille ne connaissant pas grand chose de la vie, excellente musicienne, elle est avide de rencontres mais elle veut se forger ses propres opinions. De moins en moins réservée et timide, elle cherche des réponses à ses questions.
Les Dalloway (oui, oui, ceux-là même) s'invitent brièvement sur le bateau au cours du voyage, et Clarissa s'intéresse beaucoup à Rachel.
« Après tout, se dit Clarissa en suivant Mr. Vinrace vers la salle à manger, tout le monde est intéressant, au fond!
Une fois à table, il lui fallut consolider cette opinion dans son for intérieur, surtout par rapport à Ridley qui arriva en retard, dans une tenue décidément peu soignée, et s'attaqua à son potage d'un air sinistre.
Les deux époux échangèrent entre eux un imperceptible signal attestant qu'ils avaient compris la situation et allaient se soutenir mutuellement avec loyauté. Après une pause à peine indiquée,
Mrs Dalloway se tourna vers Willoughby et commença:
- Ce que je trouve si ennuyeux en mer, c'est qu'il n'y ait pas de fleurs! Représentez-vous, en plein océan, des champs de violettes et de roses trémières! Ce serait divin! »
J'adore ce passage. Fort heureusement Clarissa donnera une autre image d'elle plus tard...
Deux beaux passages parallèles, la nuit, celui où Helen et Rachel regardent les clients de l'hôtel à travers les fenêtres éclairées, et celui où Hewett observe Helen et Rachel du jardin de leur villa.
Virginia Woolf décrit sans complaisance le petit monde des anglais en villégiature à l'étranger. Mais elle sait aussi aller au delà des apparences même si, tels ses personnages, il est difficile de réellement connaître les autres et les comprendre.
Comment ne pas penser aux intentions de l'auteur quand on lit ceci :« Ce que je veux atteindre en écrivant des romans se rapproche beaucoup, il me semble, de ce que vous voulez atteindre quand vous jouez du piano, commença-t-il, lui parlant par dessus son épaule. Nous tâchons de saisir ce qui existe derrière les choses, n'est-ce pas? Voyez ces lumières en bas, reprit-il, jetées là n'importe comment.... Je cherche à les coordonner....Avez-vous déjà vu des feux d'artifice qui forment des figures? ... Je veux faire des figures... »
Après un début un peu plus laborieux que d'habitude (l'arrivée des Dalloway ayant d'ailleurs servi de déclic) j'ai lu avec plaisir ce roman de
Virginia Woolf plus copieux que les autres; le prochain sera
Entre les actes, son dernier!
Lien : http://en-lisant-en-voyageant.over-blog.com/article-la-traversee-des..