Six narrateurs, Bernard, Louis, Neville, Susan, Jinny, Rhoda, s'expriment tour à tour, en monologues, décrivant leurs propres pensées, ce qu'ils voyent et pensent des autres. S'écoulent leurs vies au fil du temps, de l'enfance à la vieillesse, en passant par la petite enfance, l'école, les études, le mariage (ou pas) , la vie professionnelle réussie (ou pas), alternant avec la description au cours d'une journée entière de vagues et du bord de la mer.
Construction artificielle?
Virginia Woolf s'est elle-même imposé une sorte de carcan narratif mais a réussi à nous intéresser à ces six personnages. Bernard, dont l'imagination déroule des histoires, Louis complexé à cause de son accent australien malgré sa réussite financière, Jinny dont la flamme brille dans le monde mais sera bien solitaire, Susan si malheureuse à l'école et qui mènera une vie tranquille dans une ferme, Rhoda jamais à l'aise avec les autres, Neville le poète. On les suit à l'école et l'université, dans un restaurant pour des au revoirs à leur ami Percival partant en Inde, à Londres, dans un train, pour finir par un long monologue de Bernard.
Contrairement à mes lectures précédentes de l'auteur, ce roman ne suscite pas le sourire, mais plutôt de l'émotion.Sans insister,
Virginia Woolf décrit l'amour maternel de Susan, le malaise de Rhoda ou Louis, la peur de Jinny devant l'inexorabilité du temps qui passe et son sursaut d'énergie (symbolique remontée des marches du métro!), le regret de Bernard de n'avoir pas accepté de se joindre à Percival, des années après le petit incident, leur réaction face à la disparition d'un ami...
Confusion du lecteur?Pas du tout. Après une page ou deux où les personnages, vraiment très jeunes, apparaissent pour une ou deux phrases, les interventions s'allongent. Chaque personnage est connu par ses propres réflexions et par celles de autres à son égard. La mosaïque prend vie.
De plus, les différentes périodes sont bien séparés par différents moments de la journée au bord de la mer (les fameuses vagues)
VO ou VF? Les deux!
Marguerite Yourcenar a traduit ces Vagues et m'a bien aidée à ne pas recourir au dictionnaire. Cependant ce n'est pas une énorme difficulté de lire directement le texte (si on en a la possibilité).
" It sails into icy caverns where the sea-bear barks ans stalactites swing green chains."
"Il navigue à l'intérieur de cavernes de glace où grogne l'ours polaire, où les stalactites pendent en chaïnes vertes."
Rien à dire, la traduction est belle, mais ne peut rendre compte des allitérations et du "ramassé" de la version originale.
De même, comment traduire cet "aware, awake"? "Prodigieusement attentives", oui, le sens est là, mais...
Comme le dit Bernard, "the rythm is the main thing in writing" "dans la littérature, le rythme est tout", et là, avec des phrases souvent courtes, les mots de
Virginia Woolf tour à tour bercent et interpellent.
Encore une fois, un roman grandiose et original. Je ne prétends pas à une étude exhaustive, juste à laisser des impressions, qui sans doute ne seraient pas les mêmes lors d'une autre lecture, qui sait?
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