,

ISBN : 2253030570
Éditeur : LGF - Livre de Poche (2002)


Note moyenne : 4.24/5 (sur 42 notes) Ajouter à mes livres
Les Vagues est un roman souterrain. Peut-être le plus ambitieux de Virginia Woolf. Elle y conduit à son paroxysme l'exploration du "flux de la conscience" déjà remarquablement maîtrisée dans La Promenade au phare. Au-delà de la fiction... > voir plus
Ajouter une critique Ajouter une citation

Critiques et avis(5)

> Ajouter une critique

    • Livres 5.00/5
    Par vincentf, le 27 juin 2010

    vincentf
    Ces voix qui s'entremêlent sans jamais se toucher, ces personnages qui n'en sont pas parce qu'ils ne sont que des paroles, cette quête désespérée d'une unité du moi, tantôt approchée, tantôt éloignée, ce mouvement de la vague, va-et-vient des personnages les uns vers les autres et vers eux-mêmes, ce rythme qui fait oublier qui parle parce que Bernard, Neville, Louis, Suzanne, Jinny et Rhoda sont une seule voix même s'il y a des restes de personnages, des situations particulières irréductiblement différentes, Bernard qui raconte des histoires, qui prend la parole au point de la monopoliser à la fin du roman, Bernard qui est une vague, tantôt trouvant le calme de la solitude, un rivage possible, puis retrouvant les détails de la vie ordinaire qui lui font raconter des histoires, se perdre, n'être plus que Bernard qui écrit des phrases dans un carnet, Neville qui aime, Suzanne qui s'enracine, devient un arbre, Louis qui efface son accent australien, Jinny qui n'est qu'un corps, Rhoda qui est un fantôme sans visage. Mais tous sont des fantômes sans visage.
    Il y a au coeur de ce roman une absence, la mort de Perceval, dont on n'entend jamais la voix mais qui est au centre de tout. Quelque chose flotte. Les personnages s'estompent et font place aux paysages. Perceval est mort et n'a jamais existé. J'ai la bizarre impression de ne pouvoir parler de ce livre qu'en en prenant le style, cette constante analyse intérieure qui fait que quelque chose échappe toujours, et que quelque chose, c'est tout.
    Il y a dans Les vagues un condensé de l'expérience humaine moderne, cette avancée dans la vie où tout évolue sans vraiment changer, les souffrances et peut-être, mais ça semble moins sûr chez Virginia Woolf, les joies prenant juste plus de poids, mais les mardis succèdent aux lundis indéfiniment et Les vagues ne cessent pas de se heurter contre le rivage. Il n'y a jamais de rupture dans ce texte, malgré ses six narrateurs que tout oppose et que tout réunit, ses descriptions de paysages qui viennent interrompre les monologues, Les années qui passent de l'enfance à l'âge mûr. Même la mort de Perceval ne parvient pas à briser la monotonie du roman, parce que Perceval n'existait pas avant sa mort.
    Nos vies, ma vie (comme les personnages de ce roman, j'oscille sans cesse entre mon identité personnelle et mon identité humaine) coulent sans que nous trouvions (sans que je trouve) qui nous sommes (qui je suis). Solitude à la fois irrémédiable et impossible, désirée et rejetée de toutes mes forces, comme l'appel de l'autre qui fait de moi à la fois un Neville disant à l'autre "viens plus près", et une Rhoda, que l'autre horrifie et qui se cache, se vampirise, et tout à coup, sans crier gare, se retrouve morte.
    > lire la suite
    Critique de qualité ? (10 votes positifs)
  • Par keisha, le 01 février 2012

    keisha
    Six narrateurs, Bernard, Louis, Neville, Susan, Jinny, Rhoda, s'expriment tour à tour, en monologues, décrivant leurs propres pensées, ce qu'ils voyent et pensent des autres. S'écoulent leurs vies au fil du temps, de l'enfance à la vieillesse, en passant par la petite enfance, l'école, les études, le mariage (ou pas) , la vie professionnelle réussie (ou pas), alternant avec la description au cours d'une journée entière de vagues et du bord de la mer.


    Construction artificielle?Virginia Woolf s'est elle-même imposé une sorte de carcan narratif mais a réussi à nous intéresser à ces six personnages. Bernard, dont l'imagination déroule des histoires, Louis complexé à cause de son accent australien malgré sa réussite financière, Jinny dont la flamme brille dans le monde mais sera bien solitaire, Susan si malheureuse à l'école et qui mènera une vie tranquille dans une ferme, Rhoda jamais à l'aise avec les autres, Neville le poète. On les suit à l'école et l'université, dans un restaurant pour des au revoirs à leur ami Percival partant en Inde, à Londres, dans un train, pour finir par un long monologue de Bernard.

    Contrairement à mes lectures précédentes de l'auteur, ce roman ne suscite pas le sourire, mais plutôt de l'émotion.Sans insister, Virginia Woolf décrit l'amour maternel de Susan, le malaise de Rhoda ou Louis, la peur de Jinny devant l'inexorabilité du temps qui passe et son sursaut d'énergie (symbolique remontée des marches du métro!), le regret de Bernard de n'avoir pas accepté de se joindre à Percival, des années après le petit incident, leur réaction face à la disparition d'un ami...

    Confusion du lecteur?Pas du tout. Après une page ou deux où les personnages, vraiment très jeunes, apparaissent pour une ou deux phrases, les interventions s'allongent. Chaque personnage est connu par ses propres réflexions et par celles de autres à son égard. La mosaïque prend vie.
    De plus, les différentes périodes sont bien séparés par différents moments de la journée au bord de la mer (les fameuses vagues)

    VO ou VF? Les deux! Marguerite Yourcenar a traduit ces Vagues et m'a bien aidée à ne pas recourir au dictionnaire. Cependant ce n'est pas une énorme difficulté de lire directement le texte (si on en a la possibilité).
    " It sails into icy caverns where the sea-bear barks ans stalactites swing green chains."
    "Il navigue à l'intérieur de cavernes de glace où grogne l'ours polaire, où les stalactites pendent en chaïnes vertes."

    Rien à dire, la traduction est belle, mais ne peut rendre compte des allitérations et du "ramassé" de la version originale.

    De même, comment traduire cet "aware, awake"? "Prodigieusement attentives", oui, le sens est là, mais...

    Comme le dit Bernard, "the rythm is the main thing in writing" "dans la littérature, le rythme est tout", et là, avec des phrases souvent courtes, les mots de Virginia Woolf tour à tour bercent et interpellent.

    Encore une fois, un roman grandiose et original. Je ne prétends pas à une étude exhaustive, juste à laisser des impressions, qui sans doute ne seraient pas les mêmes lors d'une autre lecture, qui sait?


    Lien : http://en-lisant-en-voyageant.over-blog.com/article-the-waves-les-va..
    > lire la suite
    Critique de qualité ? (4 votes positifs)
    • Livres 4.00/5
    Par zohar, le 22 mars 2011

    zohar
    « Les Vagues » est probablement le roman le plus difficile et stylisé de Virginia Woolf (je le pense personnellement). L'intrigue se réduit au minimum et les personnages sont dissous dans une vaste indifférenciation.
    Aucun dialogue, juste des « voix off » : V.Woolf dresse dans ce livre le portrait de six monologues intérieurs que nous découvrons à travers le cheminement tortueux de leurs pensées.
    Chaque personnage fait entendre tour à tour sa propre voix comme des va-et-vient intérieurs semblables aux flux et reflux des vagues qui rythment ce roman.
    Les six consciences ne se connaissent pas mais semblent être unis autour d'un septième personnage, c'est la conscience centrale représentée dans le personnage de Percival, que nous découvrons également mais, au fur et à mesure, que les autres le décrivent.
    Rhoda recherche la solitude car c'est une angoissée, pour Jinny la beauté du monde se résout à l'apparence physique, et Perceval lui-même qui est moralement douteux, etc.
    La vie des six narrateurs composée de scènes disparates soulignent fortement l'idée de l'incohérence de leur existence.
    Le besoin de l'autre (mais en même temps les désillusions et la cruauté que l'on peut trouver dans cette quête de l'autre), le désir de vie et de mort, la quête de soi dans la solitude… sont autant de concepts qui jonchent ce récit.
    Le calme et le silence bercent ce chant intense d'amour de la vie. « Les Vagues » est un approfondissent du thème central d'Orlando (il s'agit là d'une œuvre de fantaisie : le héros voyage à travers les siècles et finit par changer de sexe, illustrant ainsi l'ambivalence sexuelle qui a toujours fasciné l'écrivain) mais en soulevant, plus particulièrement, le problème de l'identité psychique.

    > lire la suite
    Critique de qualité ? (4 votes positifs)
    • Livres 4.00/5
    Par Kittiwake, le 10 mai 2011

    Kittiwake
    Flux et reflux des monologues intérieurs d'une groupe d'amis dont la vie défile au rythme des vagues, de l'enfance à la vieillesse. L'âge modifie les corps, les chagrins alourdissent les âmes, mais chacun reste le petit enfant qu'il était, ré-interprétant à la lumière de l'expérience les événements qui jalonnent toute vie humaine.
    D'abord difficile, car la lecture suscite l'émergence de notre propre monologue intérieur, ces pensées parasites, que nous essayons d'éloigner en les ignorant dans la méditation. Nous sommes happés dans ce mouvement sans fin des vagues au risque de s'y noyer…
    > lire la suite
    Critique de qualité ? (3 votes positifs)
    • Livres 5.00/5
    Par aloredelam, le 23 août 2011

    aloredelam
    la poésie des mots la musique de l'esprit
    Critique de qualité ? (2 votes positifs)

> voir toutes (4)

Citations et extraits

> Ajouter une citation

  • Par Kittiwake, le 10 mai 2011

    Pourtant, la vie est supportable, la vie a de bons moments. Lundi est escorté par mardi, puis mercredi leur succède. l'esprit s'élargit d'année en année comme le tronc d'un chêne; le sentiment du moi se fortifie ; la douleur même se fond dans la sensation de cette continuelle croissance. Les soupapes de l'esprit s'ouvrent et se ferment sans cesse vec une précision musicale de plus en plus parfaite; la hâte fébrile de la jeunesse trouve son emploi, et tout l'être semble manoeuvrer avec la perfection d'un mécanisme d'horloge. Avc quelle rapidité le flot nous porte de janvier à décembre. Nous sommes entrainés par le torrent des choses; et ses coses nous sont devenues si familières que nous n'apercevons pas leur ombre. Nous flottons sur la surface du fleuve
    > lire la suite
    Citation de qualité ? (5 votes positifs)
  • Par AngieaAmsterdam, le 09 juin 2009

    Je remarque aussi que cette dame plongée dans une conversation absorbante (il s'agit peut-être d'amour, ou du malheur qui accable ses meilleurs amis) s'est interrompue trois fois pour se poudrer le nez. "Mon Dieu! se dit-elle, mon nez reluit..." et sa houpette à poudre sort de son sac, effaçant au passage les sentiments les plus sacrés du coeur humain.
    Citation de qualité ? (4 votes positifs)
  • Par AngieaAmsterdam, le 09 juin 2009

    A cinq heures, j'étais sûr que vous aviez cessé de m'aimer. J'ai brutalement décroché le téléphone, et le retentissement idiot de sa sonnerie dans votre chambre vide me déchirait le coeur, quand soudain la porte s'est ouverte: vous étiez là. De toutes nos rencontres, celle-ci fut la plus parfaite. Mais ces rencontres, ces départs finissent par nous détruire.
    Citation de qualité ? (3 votes positifs)
  • Par AngieaAmsterdam, le 09 juin 2009

    La débordante douceur de cette découverte ruisselle sur les parois de mon âme et libère en moi le sens de la compréhension. "Ne cherche plus, me dis-je. Tu as atteint le but."
    Citation de qualité ? (4 votes positifs)

> voir toutes (16)

Videos de Virginia Woolf

>Ajouter une vidéo
Vidéo de Virginia Woolf


La chronique de Gérard Collard - Virginia et Vita 2
Virginia et Vita de Christine Orban aux éditions Albin Michel En 1927, Virginia Woolf et son mari éditeur Léonard vivent à Monk's House dans la campagne du Sussex. Elle vient de publier "La Promenade au phare" et vit une passion tourmentée avec Vita Sackville-West, aristocrate et romancière elle aussi, qui se partage entre l'immense château paternel de Knole et Long Barn, la demeure de son époux Harold. La fascination que ressent Virginia pour Vita, l'opposition entre son milieu bohême et la vieille aristocratie anglaise l'amènent à prendre pour sujet de son nouveau roman l'excentrique Vita qui n'a pour règle que le plaisir de l'instant. Ainsi naît Orlando, homme et femme à la fois, de l'amour et de la frustration, de la jalousie et de la complicité de deux femmes exceptionnelles. Virginia va métamorphoser sa relation amoureuse en création littéraire. Vous pouvez commander "Virginia et Vita" sur le site de la librairie en ligne www.lagriffenoire.com








Acheter sur Amazon

Faire découvrir Les Vagues par :

  • Mail
  • Blog

> voir plus

Lecteurs (133)

> voir plus

Quiz