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> Bernard Brugière (Préfacier, etc.)
> Marie-Claire Pasquier (Traducteur)

ISBN : 2070387410
Éditeur : Gallimard (1981)

Existe en édition audio



Note moyenne : 3.85/5 (sur 605 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
Les préparatifs d'une soirée, l'errance mentale d'un personnage énigmatique... C'est sur ces rares éléments d'intrigue que repose le récit d'une journée dans la vie de Clarissa Dalloway. Dans sa première oeuvre véritablement moderniste, Virginia Woolf rompt définitiveme... > voir plus
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Critiques, analyses et avis

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    • Livres 4.00/5
    Par Nastasia-B, le 15 septembre 2014

    Nastasia-B
    Je ne vais pas vous mentir, Mrs Dalloway n'est pas un roman particulièrement facile à lire ni accessible si vous n'y êtes pas un minimum disposé. Il faut y mettre une certaine dose de bonne volonté, notamment si vous affectionnez l'action, car c'est très psychologique, très intériorisé, tout le contraire du mouvement.
    Mais lorsqu'on accepte les règles et de jouer le jeu, de faire l'effort de rentrer dans la tête des personnages et non d'être le témoin de leurs actions, c'est vraiment une expérience littéraire de grande beauté.
    Virginia Woolf développe un style bien à elle, très féminin, très subtil, qui tranche singulièrement avec l'écriture masculine de cette époque-là, sauf peut-être de celle de D. H. Lawrence, avec de nombreuses épiphores, mais dans une mouture bien à elle.
    Si je devais vous décrire ce roman, je vous dirais que c'est un peu le complémentaire d'un portrait réaliste lorsque vous êtes dans un musée. Face au tableau, vous avez accès à son image à un instant donné, mais seulement à son image. Ce qu'il y a dedans, derrière la façade du regard, derrière les atours du vêtement, vous n'y avez pas accès, vous ne pouvez que l'imaginer, le conjecturer.
    Eh bien ici, c'est un peu comme si Virginia Woolf nous ouvrait les portes de ce mystère, comme si elle nous faisait la dissection psychologique de Mrs Dalloway, directement, certes, mais aussi en creux, par la médiation, par l'accès aux pensées d'un certain nombre de personnages qui gravitent autour d'elle.
    Il est probablement temps de s'arrêter quelques instants sur le titre du roman et sur le nom du personnage principal. Mrs Dalloway, c'est-à-dire Madame Untel, sachant que le Untel est son mari, c'est-à-dire, dans l'esprit de Virginia Woolf, que le personnage, par cette appellation, est dépossédé, jusqu'à son identité même. Aux yeux de tous, elle n'est que Madame Richard Dalloway, et plus Clarissa comme elle aimait à s'entendre appeler.
    Arrêtons-nous encore, si vous le voulez sur ce nom : Dalloway. Il suffit, pour s'en convaincre, de prendre une liste de patronymes anglo-saxons ou un vulgaire bottin pour s'apercevoir que malgré sa consonance très brittish, ce n'est pas un nom véritable, c'est une construction de l'auteur.
    Dally en anglais évoque la notion de badinage ou de papillonnage. Way désigne soit le chemin, soit la manière de faire. Virginia Woolf connaissait suffisamment de français pour connaître la signification du mot dalle, comme les dalles d'un sentier tout tracé dans le parc d'une maison de campagne.
    Ce titre, aussi anodin qu'il puisse paraître de prime abord, nous en apprend donc déjà beaucoup sur la perception qu'a l'auteur (et le personnage car on se rend vite compte que Clarginia Woolfoway ou Virgissa Dalloolf ne sont qu'un) sur son personnage : une femme enfermée dans une vie factice, faite d'apparences, où l'on se cache derrière un nom sans être jamais soi-même et où l'on suit des rails immuables, sans jamais pouvoir en dévier, comme lorsqu'on redoute de quitter les dalles d'un sentier de peur de se mouiller le pieds.
    Finalement, la vraie vie de Clarissa, ça aura été les badinages de sa jeunesse d'où le "dally way ". Ensuite, l'incarcération dans le mariage. Mais au fait, Clarissa, dites-moi, ça ne vous évoque pas quelque chose ? Un classique de la littérature anglaise (complètement oublié de ce côté de la Manche, malheureusement. Mais oui, bien sûr, Clarissa de Samuel Richardson au XVIIIe siècle).
    L'histoire de Clarissa (grosso modo parce que c'est un sacré pavé) raconte la résistance d'une jeune fille à un mariage d'intérêt que veut lui imposer sa famille, puis sa résistance à nouveau à accepter les avances du fourbe qui l'a enlevée pour échapper au mariage.
    Clarissa Dalloway n'est donc pas, selon moi, un nom choisi au hasard, mais il est au contraire éminemment vecteur de sens, ce que l'on retrouve dans le prénom du mari : Richard comme Richardson. Si l'on ajoute à cela que le véritable mari de Virginia s'appelait Leonard, la ressemblance de consonances entre Clarissa et Richard Dalloway d'une part et Virginia et Leonard Woolf d'autre part est saisissante.
    Oui, on lit beaucoup d'autobiographie cachée dans Mrs Dalloway. On y lit une volonté féministe farouche, à tout le moins, une volonté d'émancipation de la femme, enfermée dans l'étau du mariage et du qu'en dira-t-on. le contraste est d'ailleurs particulièrement saillant avec le personnage de Sally, l'amie de jeunesse de Clarissa, dont on a peine à retenir le nom de famille, qui est toujours Sally, qu'on connaît pour elle-même et non pour sa fonction, qui se moque des convenances sociales (par exemple, elle s'invite à la réception de Clarissa sans y avoir été conviée). Elle seule semble être un personnage féminin parfaitement épanoui et à l'aise dans son costume.
    Il y a aussi la folie et le suicide, deux variables éminemment liées à la personnalité de l'auteur. Elles sont véhiculées dans l'ouvrage par le personnage de Septimus. Ceci permet au passage à l'auteur de régler un peu ses comptes avec les médecins psychiatres de l'époque et qu'elle a dû subir.
    En somme, vous êtes conviés à vivre une journée de cette mondaine, de cette haute bourgeoise d'une cinquantaine d'années, tout affairée à la préparation d'une réception pour le soir même. Chemin faisant, par des flash-back ou des évocations, vous pénétrez dans son intimité, dans le fond et le détail de ce qu'elle ressent et du regard qu'elle pose sur elle-même et sur les gens.
    Il y a une mélancolie certaine, un sentiment d'être passée à côté de quelque chose, notamment avec son grand amour de jeunesse Peter Walsh. Mais elle l'a refusé naguère, probablement parce qu'il ne présentait pas assez bien en société, probablement parce qu'il risquait de ne pas s'élever suffisamment socialement, probablement parce qu'elle voulait elle, s'élever et briller pour avoir le sentiment d'être quelqu'un...
    Elle s'aperçoit de son snobisme et le confesse volontiers. Elle a eu ce qu'elle voulait, un nom et une étiquette prestigieuse auprès d'un mari brave mais ennuyeux comme la pluie. Elle vit dans les beaux quartiers de Londres et brille de mille feux. Mais à l'heure des rides et du bilan, peut-être s'aperçoit-elle qu'elle a tout simplement oublié de vivre, oublié de vivre pour elle-même comme son ancienne camarade Sally, qu'elle retrouve avec une joie mêlée d'un gros pincement au cœur, de même que Peter, qui, après avoir erré aux Indes, est resté constamment épris de Clarissa... ô, elle qui le savait...
    Bref, un roman qui m'a vraiment touchée, une introspection subtile et forte qui ne laisse pas indifférents ceux qui se sont déjà colletés à ce genre de questionnements. En outre, ce n'est ici que mon avis, c'est-à-dire, pas grand-chose.
    P. S. : Outre la filiation que j'ai mentionnée avec la littérature du XVIIIe, on peut aussi voir une très nette filiation, au moins de cœur si ce n'est de style, avec Jane Austen. On trouve, aux environs du premier tiers du roman le passage suivant :
    « Car bien entendu c'était cet après-midi-là, cet après-midi précis que Dalloway était arrivé ; et Clarissa l'appelait " Wickham " ; tout avait commencé comme ça. Quelqu'un l'avait amené ; et Clarissa avait mal compris son nom. Elle le présentait à tout le monde comme Wickham. Il finit par dire : " Je m'appelle Dalloway ! " Ce fut la première vision qu'il eut de Richard — un jeune homme blond, plutôt emprunté, assis sur une chaise longue, qui laissait échapper : " Je m'appelle Dalloway ! " Sally s'en était emparée ; et par la suite elle l'appelait toujours " Je m'appelle Dalloway ! " »
    Ce passage ne peut que faire grandement penser à Orgueil Et Préjugés, où les personnages de Wickham et de Darcy seraient ici respectivement Dalloway et Walsh, mais, contrairement à l'héroïne de Jane Austen, Clarissa choisira " Wickham ", celui qui présente bien...
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    • Livres 4.00/5
    Par juliette2a, le 05 août 2013

    juliette2a
    J'ai enfin découvert l'oeuvre de Virginia Woolf, avec son roman le plus connu, Mrs. Dalloway !
    Ce roman nous plonge, le temps d'une journée, dans la vie du personnage éponyme, Clarissa. Alors qu'elle prépare une réception pour le soir même, elle fait le point sur sa vie lorsque son ancien soupirant -et ami- Peter Walsh, revenu récemment des Indes, lui rend visite. Mrs. Dalloway est une héroïne commune, humaine, ce qui sans doute fait d'elle un personnage profondément attachant. le lecteur partage ses souvenirs, notamment le choix de se marier avec le député Richard Dalloway, mais aussi ses espérances pour sa soirée, et aussi pour son avenir...Bien évidemment, à travers Clarissa, nous devinons Virginia Woolf, elle-même, qui décrit avec une telle élégance les pensées de cette femme.
    Parallèlement à la journée de Clarissa, le récit nous permet de rencontrer divers personnages qui évoluent dans la très grande ville de Londres, et parmi eux, Septimus Warren Smith, un jeune homme traumatisé par la guerre, qui sombre petit à petit dans la folie, malgré l'amour que lui porte sa femme, Lucrezia.
    J'ai été extrêmement touchée par ces petits portraits d'hommes et de femmes, si différents, mais finalement liés par une même destinée, la mort.
    Une très belle réflexion sur la condition humaine.
    A lire !!
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    • Livres 4.00/5
    Par Jooh, le 04 août 2013

    Jooh
    Eh bien, quelle étrange, et pourtant jolie, découverte que ce Mrs Dalloway, et je dois avouer qu'il y en a à dire sur lui.
    Du point de vue de l’intrigue, il ne faut pas se mentir ni se voiler la face, alors non ! il ne se passe rien, ou quasiment rien ; certains passages semblent d’ailleurs bien longs et inutiles, mais en y regardant de plus près, c’est peut être eux qui donnent cette intensité, cette lumière, cette couleur si délicieuse et presque trop belle au reste du livre. Et puis, en dépit de cette évidente absence d’action, il faut avouer qu’émotionnellement parlant, Mrs Dalloway est un ouragan, un ouragan dévastateur et terriblement bouleversant.
    On ne peut ressortir de cette lecture sans trouble ! Et on comprend qu’à travers cette Clarissa Dalloway, il y a surtout Virginia Woolf – il y a d’ailleurs beaucoup de similitudes entre la vie de ces deux héroïnes -, et puis à travers l’imperfection et la fragilité de cette femme, il y a toutes les femmes de l’époque mais aussi celles d’aujourd’hui, et inévitablement, elle nous renvoie à notre propre condition, notre propre personne, et l’on se voit nous et nos faiblesses. En tout cas, j’aime le pouvoir de la lutte féministe en littérature (peut être la seule qui me touche vraiment, et celle qui a le plus de sens à mes yeux), et à travers Mrs Dalloway (et c’était d’ailleurs pareil dans Une Chambre à Soi) les femmes sont vraiment remarquablement et subtilement mises à l’honneur, de quoi être vraiment fière d’être la paire de Virginia Woolf et de ses héroïnes.
    Mais ce qui est fascinant avant tout, c’est la mise en scène de la folie (dont on lui attribuera les symptômes) et surtout son obsession pour l’eau qui est un élément très présent tout au long du récit (ce qui est assez troublant quand on sait qu’elle se suicidera - comme l’un des personnages qu’elle met en scène d’ailleurs, bien que différemment - en se laissant couler dans un fleuve…)
    Un roman écrit avec grâce et à lire de toute son âme (mais pas l'aventurière, donc) et de tout son cœur.
    A voir aussi, le film The Hours (qui aurait pu être le titre de Mrs Dalloway ! Virginia Woolf a longtemps hésité entre les deux), servi par les trois magnifiques actrices que sont Julianne Moore, Meryl Streep et Nicole Kidman (cette dernière jouant le rôle de l’auteure et ayant reçu l’oscar pour cette performance vraiment admirable). L’ayant vu avant de lire le livre, et ayant ressenti le même malaise lors de l’arrivée du générique de fin, je dois dire qu’il est vraiment réussi et fidèle à l’essence même du livre.
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    • Livres 5.00/5
    Par peloignon, le 16 décembre 2012

    peloignon
    Il ne se passe rien dans ce livre.
    C'est-à-dire, pour être honnête, qu'il ne s'y passe presque rien. C'est qu'en effet, on y prépare et on y participe à une vague soirée mondaine. Ce qui n'est pas rien, peut-être, mais on admettra tout de même que ce n'est pas trop loin de l'être.
    Et pourtant, on s'en fou complètement de la vacuité de la trame romanesque de ce chef-d'œuvre, car ce qui s'y passe de vraiment intéressant, c'est une véritable révolution littéraire!
    C'est qu'il y a déjà eu un temps où les femmes n'avaient pas le droit d'écrire! Aussi fou que cela puisse paraître aujourd'hui, Elles devaient alors se cacher pour leurs publications derrière le nom d'un homme quelconque ou prendre un pseudonyme. Et même lorsque l'inique interdiction disparût, l'écriture a continuée à être dominée par les tendances à la linéarité et à la logique propre au masculin.
    Et voilà que soudainement, brusquement (du moins pour mon humble personne), on trouve ici l'écriture d'une femme qui se déploie telle qu'elle existe et pense réellement dans sa féminité. On tombe sur une pensée qui vous saute au visage, qui vous fait rêver, qui vous ennuie aussi parfois, mais toujours pour rebondir encore mieux et raviver d'avantage votre intérêt au passage suivant. Partout, les fils s'entrecroisent sans se perdre, ou enfin, peut-être qu'ils se perdent parfois, mais qui sait s'ils ne perdent rien pour attendre? Après tout, on ne suit Mrs Dalloway que quelques heures et on ne la suit que dans la mesure où on y parvient vraiment.
    Le tout m'a complètement enchanté, amusé et séduit. Je me suis senti comme en conversation avec une jolie femme intelligente, piquante d'imagination, d'ironie et d'espièglerie qui ne me laisse pas le temps d'en placer une.
    Oui! Je t'écoute ma chère! Oui! Je t'écoute!
    Mes yeux, pétillants aux rythmes des charmants feux d'artifices de ton esprit ne te le prouvent-ils pas amplement?
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    • Livres 4.00/5
    Par zaphod, le 10 avril 2014

    zaphod
    Les amis, il vient de m'arriver une chose terrible!
    Mais que je commence par vous énoncer une série de faits objectifs.

    Là, je viens de terminer Mrs Dalloway, et j'ai trouvé que c'était un chef d'oeuvre.
    J'ai été plongé dans une ambiance vraiment particulière. Une sorte d'urgence immobile, comme un instantané pris juste avant la fin du monde.
    On dirait que tous ces personnages ne savent pas qu'ils sont en train de vivre leurs derniers instants. Mais les événements insignifiants auxquels nous assistons prennent du coup une importance infinie.
    Seulement, la catastrophe ne se produit pas. Il ne reste que le malaise causé par une appréhension injustifiée.
    Il y a du Shakespeare dans le 'flow' de Virginia Woolf, sauf que Shakespeare écrit des tragédies, alors que Woolf écrit 'entre' les tragédies (ça ne veut rien dire, hein?). Et quand un drame se produit, il est simplement emporté dans le tourbillon désabusé des événements mineurs qui trament nos vies. Mais alors de quoi nos vies sont-Elles réellement faites, et quelle en est la valeur? Voilà les questions que suscitent chez moi cette lecture.

    Mais alors, rien de très inquiétant, me direz-vous?
    Sauf que ce n'est pas tout. Il y a d'autres faits.
    - Ma précédente lecture, "Jane Eyre", m'a passionné.
    - Avant ça, j'avais été profondément ému par "Breakfast at Tiffany's".
    - J'ai donné 5 étoiles à "La cloche de détresse", et seulement 4 au "Seigneur des Anneaux".
    - Je préfère un livre de l'obscur poète William Cliff à "Fight club" de Palahniuk (Tiens, en voilà un nom idiot).
    - J'ai maintenant envie de lire le livre d'Emily Brontë.
    - J'ai pleuré en lisant "Le saule" de Selby.
    - Je préfère lire que regarder le foot à la télé.

    Je pense donc que les faits sont là, et qu'une conclusion s'impose, et que ce n'est pas le fait que j'aie des poils sur les seins et que j'aime la bière qui pourra mettre à mal cette implacable démonstration : il semblerait que peut-être... je sois en réalité... une femme!

    Vous imaginez le choc que m'a causé cette découverte?
    Bon, après réflexion, c'est un grand changement pour moi, c'est sûr, mais j'ai une grande faculté d'adaptation. Et puis j'ai toujours été en faveur de l'égalité des sexes (une sorte de prémonition?).

    J'étais donc en train de m'habituer tranquillement à mon nouvel état, quand une autre réalisation m'a frappée de plein fouet.
    En effet, si je considère que:
    - J'ai envie de serrer Sylvia Plath dans mes bras.
    - J'ai des projets de meurtre par empoisonnement sur le mari et l'amant d'Emma Bovary.
    - J'ai envie de lécher Holly Golightly partout.
    Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais moi, je crois bien que je suis lesbienne.

    Bon, je suis pour le respect des préférences sexuElles, mais rendez-vous compte: moi qui, jusqu'il y a peu, était convaincu(e) d'être un mâle hétérosexuel, voilà qu'il me faut maintenant m'assumer en tant que femme homosexuelle. C'est trop pour un seul homme! Enfin pour une seule femme! Enfin vous me comprenez!

    En plus, ce changement n'a pas eu de conséquences que sur mon équilibre mental.

    En effet, en apprenant cette nouvelle, ma maîtresse m'a quitté.
    Elle dit que l'idée de coucher avec une femme la dégoûte.
    C'est vrai que, maintenant que j'y pense, je l'ai toujours trouvée un peu étroite d'esprit.

    Ma femme, elle, dit qu'elle ne voit pas la différence. Mais c'est vrai qu'il pourrait me pousser un troisième bras et une seconde tête pendant la nuit qu'elle ne remarquerait probablement pas la différence non plus.

    Vous pensez bien que tout ça génère chez moi un certain nombre de questions existentiElles:
    - Est-ce que le prénom Zaphod convient pour une femme, ou est-ce que je devrais en changer?
    - Est-ce que je dois demander à mes filles de m'appeler "maman" au lieu de "papa"?
    - Est-ce que je dois acheter cette charmante petite jupe que j'ai vue chez Desigual, mais que je trouve un peu chère?

    Ma soeur dit que peut-être je ne devrais pas conclure trop vite et qu'il subsiste un doute, que je devrais passer des tests. Elle dit qu'une vraie femme aurait probablement hésité longtemps pour la jupe, mais qu'elle ne serait certainement pas sortie du magasin sans l'avoir achetée.
    Elle a raison. Elle est toujours de bon conseil, ma soeur.

    Voilà ce que je vais faire: je vais maintenant lire un livre de science fiction avec des vaisseaux spatiaux, des canons laser, des robots, des aliens dégoûtants et belliqueux, et si j'aime bien, c'est que peut-être je suis quand-même un homme après tout.
    Mais vous savez, je me demande si c'est bon pour moi de lire Virginia Woolf.
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Citations et extraits

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  • Par Nastasia-B, le 16 décembre 2014

    Si l'on songeait à leur amitié longue de près de trente ans, sa théorie se vérifiait. Toutes brèves, malheureuses ou souvent douloureuses qu'aient été leurs rencontres, sans parler de ses absences à lui et des interruptions [...] leur effet sur sa vie avait été incommensurable. C'était un mystère. On vous donnait une graine pointue, acérée, déconcertante — la rencontre réelle ; le plus souvent affreusement pénible ; et pourtant, quand on était au loin, dans les endroits les plus inattendus, cette graine pouvait fleurir, s'ouvrir, répandre son parfum, se laisser caresser, goûter, regarder sous tous les angles, et vous pouviez la saisir tout entière et la comprendre, après des années où elle avait été égarée. Ainsi Clarissa lui était revenue à l'esprit ; à bord d'un bateau ; dans l'Himalaya ; évoquée par les choses les plus insolites. [...] Elle l'avait influencé plus que toute autre personne. Et toujours sa façon de se planter devant lui sans qu'il l'ai souhaité, sereine, distinguée, lucide ; ou bien ravissante, romanesque, faisant penser à un champ ou à une moisson en Angleterre. Le plus souvent, il la voyait à la campagne, pas à Londres. Tant et tant de souvenirs...
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  • Par Nastasia-B, le 13 octobre 2014

    La lumière du soleil lui flattait les pieds de ses longs rubans. Les arbres s'agitaient, gesticulaient. Nous accueillons, semblait dire le monde ; nous acceptons, nous créons. Beauté, semblait dire le monde. Et comme pour le prouver (scientifiquement) de tout ce qu'il regardait, maisons, grilles, les antilopes qui tendaient le cou au-dessus des palissades, la beauté jaillissait immédiatement. Regarder une feuille frémir sous le souffle de l'air était une joie exquise. Haut dans le ciel, des hirondelles fondaient, viraient, se lançaient de tous côtés, tournaient en rond et encore en rond avec pourtant une maîtrise toujours parfaite comme si elles étaient retenues au bout d'élastiques ; et les mouches qui montaient et retombaient ; et le soleil qui désignait tantôt une feuille tantôt une autre, par moquerie, l'éblouissant d'or pâle par simple bonne humeur ; et parfois un carillon (c'était peut-être une voiture qui cornait) venait tinter divinement sur les brins d'herbe — tout cela, calme et raisonnable pour ainsi dire, formé finalement de choses ordinaires, était désormais la vérité ; la beauté était désormais la vérité. La beauté était partout.
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  • Par Nastasia-B, le 05 septembre 2014

    On ne peut pas faire naître un enfant dans un pareil monde. On ne peut pas perpétuer la souffrance, laisser se reproduire ces animaux concupiscents qui n'ont pas d'émotions durables mais seulement des lubies, des caprices qui le font tourbillonner ici et là.
    [...] Car la vérité [...] est que les êtres humains n'ont ni bonté, ni foi, ni charité au-delà de ce qui sert à accroître le plaisir de l'instant. Ils chassent en meutes. Leurs meutes arpentent le désert et disparaissent en hurlant dans les étendues sauvages. Ils abandonnent ceux qui tombent. Ils portent un masque grimaçant. C'était Brewer au bureau, avec sa moustache pommadée, son épingle à cravate en corail, son plastron blanc, et ses agréables émotions — mais au dedans, tout froid et visqueux —, ses géraniums détruits pendant la guerre — sa cuisinière dont les nerfs avaient lâché ; ou bien Amelia Machinchouette servant le thé à la ronde à cinq heures pile — une petite harpie mauvaise, railleuse, obscène ; et les Tom et les Bertie dans leurs chemises amidonnées, suintant le vice à grosses gouttes.
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  • Par Nastasia-B, le 28 octobre 2014

    Cela le faisait vraiment bouillir de voir des petits enfants de cinq ou six ans traverser Piccadilly tout seuls. La police aurait dû immédiatement interrompre la circulation. Il ne se faisait pas d'illusions sur la police de Londres. Et même il additionnait les preuves de son incurie ; et ces marchands des quatre-saisons qui n'avaient pas le droit d'installer leurs voitures dans les rues et les prostituées, grand Dieu ! ce n'était pas leur faute, ni celle des jeunes gens non plus, mais celle de notre détestable système social, etc. ; toutes choses auxquelles on pouvait le voir réfléchir, gris, têtu, propre et soigné, tandis qu'il traversait le Parc pour dire à sa femme qu'il l'aimait.
    Car il le dirait sans ambages, en entrant dans la pièce. Car c'est mille fois dommage de ne jamais dire ce que l'on ressent, pensa-t-il.
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  • Par Nastasia-B, le 10 septembre 2014

    Il était arrivé à son hôtel. Il traversa le hall, avec ses monceaux de chaises et de canapés rougeâtres et ses plantes étiolées aux feuilles lancéolées. Il prit sa clé au tableau. La jeune fille lui tendit des lettres. Il monta. [...] Oh, c'était une lettre d'elle ! Cette enveloppe bleue ; c'était son écriture. Et il fallait la lire. Encore une rencontre en vue, qui promettait d'être douloureuse ! Lire sa lettre demandait un effort monstrueux. " Cela avait été divin de le revoir. Elle voulait le lui dire. " C'était tout.
    Mais il en fut bouleversé. Contrarié. Il aurait voulu qu'elle ne l'eût pas écrite. Venant couronner ses réflexions, c'était comme un coup de coude dans les côtes. Pourquoi ne le laissait-elle pas tranquille ? Après tout, elle avait épousé Dalloway et elle vivait avec lui dans un bonheur parfait depuis toutes ces années.
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The story of three women in different times, related only by a parallel in their personal lives. One, present day, throwing a party for a writer friend suffering from AIDS. Another living in 1949 Los Angeles, suffering as a young wife and mother. The last, Virginia Woolf, writing "Mrs. Dalloway" and contemplating suicide. Based on Michael Cunningham's Pulitzer Prize-winning novel.








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