> Bernard Brugière (Préfacier, etc.)
> Marie-Claire Pasquier (Traducteur)

ISBN : 2070387410
Éditeur : Gallimard (1981)

Existe en édition audio



Note moyenne : 3.89/5 (sur 206 notes) Ajouter à mes livres
Les préparatifs d'une soirée, l'errance mentale d'un personnage énigmatique... C'est sur ces rares éléments d'intrigue que repose le récit d'une journée dans la vie de Clarissa Dalloway. Dans sa première oeuvre véritablement ... > voir plus
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Critiques et avis

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    • Livres 3.00/5
    Par bib_aulnay, le 24 janvier 2012

    bib_aulnay
    Mrs Dalloway : Conférence de Jean Delabroy le 19 janvier 2012 – Notes d'Edwige
    (références pages : édition Folio 2643)
    Un livre féminin, drôle et grave, une pierre précieuse dans l'histoire des formes romanesques (au même titre qu'Ulysse de Joyce : Dublin le 16/06/1904).
    Virginia Woolf (1882/1941) n'a pas eu le courage de peser sur son existence « j'entends à nouveau des voix et je ne le supporte pas » ; sa porosité maladive au monde lui donnait des hallucinations. le personnage de Septimus dans ce roman est chargé de toute cette proximité avec la folie. Il la porte pour en dégager Clarissa. Ce roman a été écrit quand elle avait 43 ans. Publié en 1925, il entre directement dans la littérature mondiale, comme un « laboratoire de formes romanesques ».
    Ulysse et MrsD ont des points communs sidérants comme le déroulé sur une seule journée en juin.
    . Ulysse est une construction conceptuelle. Joyce a construit une cathédrale, une architecture vissée au boulon près, en réquisitionnant toute l'histoire du monde.
    . MrsD est une économie de la fluidité. Ce roman a 30 ans d'avance sur le cinéma : travail sur le passage d'une réalité à une autre, préfigurant les plans continus cinématographiques. La fluidité synonyme de vitesse. L'air devient de l'eau, avec la répercussion sonore des cloches de BigBen (et de l'autre église avec un léger retard) qui donne une scansion au roman.
    Ce roman est drôle (comme l'oeuvre de Proust avec sa méchanceté sur les aspects mondains de sa société) mais grave aussi : c'est l'expérience philosophique du temps. Comment s'arracher à l'insignifiance , comment la transmuter en interrogation métaphysique sur le prix de la vie ?
    V.Woolf donne des coups brusques, comme on referme un accordéon en écrasant toutes ses notes dans un effet solennel (mot qu'elle emploie souvent) : c'est une virtuose de ce travail d'écrivain. Cf. p.167-170 « Un son l'interrompit ; un son frêle tremblotant, une voix .. …. Où dormait-elle la nuit ? »
    Virtuose dans sa manière de traiter l'espace, ce tout petit quartier de Londres, grâce à des objets tiers en mouvement : la voiture mystérieuse, puis l'avion. Autour de ces objets se greffent simultanément une série de personnages dont certains s'installent en puissance comme Septimus.
    Roman de l'incessant passage (jamais d'immobilité sauf certains cas précis (« il y avait un vide au cœur de la vie » p.99 ou p. 124 « Comme un nuage passe devant le soleil, .. et tombe sur l'esprit. le temps claque contre le mât. Là nous nous arrêtons. Là nous nous tenons debout. Rigide, le squelette des habitudes soutient seul la charpente humaine. Dans laquelle il n'y a rien, se dit Peter Walsh ; se sentant comme creusé, vidé de l'intérieur.) du monde moderne, VW a transformé la facture du roman, comme Apollinaire celle de la poésie
    (Zone – début :
    À la fin tu es las de ce monde ancien

    Bergère ô tour Eiffel le troupeau des ponts bêle ce matin
    Tu en as assez de vivre dans l'antiquité grecque et romaine

    Ici même les automobiles ont l'air d'être anciennes
    La religion seule est restée toute neuve la religion
    Est restée simple comme les hangars de Port-Aviation

    Seul en Europe tu n'es pas antique ô Christianisme
    L'Européen le plus moderne c'est vous Pape Pie X
    Et toi que les fenêtres observent la honte te retient
    D'entrer dans une église et de t'y confesser ce matin
    Tu lis les prospectus les catalogues les affiches qui chantent tout haut
    Voilà la poésie ce matin et pour la prose il y a les journaux
    Il y a les livraisons à 25 centimes pleines d'aventures policières
    Portraits des grands hommes et mille titres divers
    ou Cendrars (Prose du transsibérien).
    L'art romanesque de VW est fondé sur le déplacement perpétuel (pas de fin).
    Son expérience sensible du temps est celle de Bergson (Nobel en 1927/mort en 41), que Deleuze est allé chercher pour comprendre la modernité.
    C'est dense, voire saturé, et c'est une danse perpétuelle.
    Mais les vides dans la ville sont à remplir : la fonction de l'avion. La ville est paranoïaque.
    Septimus incarne le pôle d'angoisse. L'avion vole au loin :
    « L'avion filait et s'éloigna jusqu'à n'être plus qu'une brillante étincelle ; une aspiration ; un concentré ; un symbole (se disait Mr Bentley, occupé à ..) de l'âme humaine ; de sa détermination, pensa Mr B., contournant le cèdre, à sortir de son corps, à sortir de chez lui,grâce àla pensée, à Einstein, à la spéculatio, aux mathématiques, à la théorie de Mendel – l'avion qui filait s'éloigna. »
    Nous avons le point de vue de l'avion et de la voiture, nous sommes toujours dans la séparation et dans le souhait de convergence qui n'existera jamais. Donc le projet de MrsD, raconter une soirée, CE moment d'être ensemble est une utopie, l'utopie de cette finalité jamais atteinte, l'utopie de rassembler toutes les existences en « une offrande » (p. 222)
    Elle utilise le recours au monologue, les véritables événements sont ceux des pensées, désirs, mémoire, de cœur. Ils ne s'inscrivent pas dans une réalité « La nourrice en gris … le voyageur solitaire … Rien n'existe en nous … Telles sont les visions …. Mais à qui le voyageur solitaire va-t-il adresser sa réponse ? »
    Les retrouvailles de MrsD et Peter Walsh, quand elle recoud sa robe, et qu'il sort la lame de son couteau, métaphore d'un combat de chevalerie, sont d'une drôlerie amoureuse incomparable : VW est au sommet de son art. Les paroles sont idiotes mais tout l'arrière-plan de désirs, d'attentes, de représentations dilate les non-dits. Cette dilatation du non-dit est le roman. Il n'y a pas d'événement.
    Tout le roman est ponctué de « comme » ou « comme si » formant une geste de l'interprétation, de comparaisons hypothétiques. Ils détournent le sens, ce sont des outils de l'activité mentale toujours interprétante, qui essaye d'accrocher une vérité quelconque (d'où leur effet déstabilisant).
    Roman de l'après-guerre, d'été magique, Appel de vie. La mort rôde. Septimus est castré : mutilé mental. MrsD est malade, le fils de Lady …. est mort à la guerre. Evans, le grand ami de Septimus est mort.
    MrsD est un roman urbain, futuriste, de guerre, et satiriste ! L'Angleterre surtout y est adorée, ridicule, multiple. L'art des silhouettes donne un cachet britannique irremplaçable (comme celle de Miss Kilman p 224). Mais c'est aussi un roman de la sensation (P.Walsh est trahi par ses pleurs « Cette sensibilité aux impressions, c'est ce qui l'avait perdu, sans aucun doute » p. 154) . Par le corps tout advient (Mais le corps subit des courants. La matinée et l'après-midi se rencontrent. p. 211) Il est la seule interface avec le réel du monde (les sensations). Et le monde mérite l'extra-sensibilité « Toutes les puissances déversaient leurs trésors » p.246. Vitalité essentielle à préserver.
    Mrs d'est l'histoire d'une femme dans le tournant de son existence, à 52 ans, avec sa robe à recoudre, emblème de l'âge :
    « pour elle, c'était terminé. le drap était bien tendu, et le lit étroit ». Cette phrase, au couteau, comme d'autres, sont bouleversantes / « Ah, si vous voyiez les jardins de Milan » dit-elle tout haut. Mais à qui ? » dit la femme italienne de Septimus. Quant à lui « La guerre lui avait servi de leçon … Il était passé à travers de tout et son destin était de survivre » p. 175, et « Tout ce qu'il lui donnait, à elle qui était si simple, .. c'était un os qu'il lui tendait » p 79 et qui a « perpétuellement le sentiment qu'il est très, très dangereux de vivre, ne fût-ce qu'un seul jour »
    Mrs d'est dans un procès perpétuel, vis à vis d'elle-même, de son snobisme, de son addiction à autrui. Elle est une mendiante d'autrui (faites moi vivre) : même son petit personnel lui permet d'être généreuse (p. 110)! « Elle avait un sens aigu de la comédie humaine, mais il lui fallait des gens, toujours des gens, pour le faire ressortir... » p. 164
    Et puis il y a Sally, devenue une bourgeoise douce, fière de ses cinq fils, qui a volé à Clarissa un baiser, geste – dévotion de l'amour éperdu. Ainsi est la vie dans ses fulgurances, et la lumière picturale tisse des liens entre les personnages, comme entre la fille de Clarissa et Septimus p.245/246 par l'intermédiaire des nuages « ils allaient et venaient, faisaient des signes, des signaux, les jeux de lumière et d'ombre … : telle est l'impression qu'avait Septimus allongé sur le sofa du salon. Il regardait L'or liquide briller puis se décolorer... «
    Et le mystère du lien entre Peter et Clarissa « On vous donnait une graine pointue, piquante, ingrate- la rencontre elle-même, souvent extrêmement douloureuse ; et pourtant dans l'absence, et dans les endroits les plus inattendus, elle fleurissait, elle s'ouvrait, elle répandait son parfum … Elle avait eu sur lui plus d'influence que qui que ce soit d'autre. … « mystère lié à cette partie de nous, invisible, mais qui survit … P. 264/265
    Ces graines, à la germination incommensurable, sont des trésors (le baiser de Sally a été une révélation) : on est proche ici de la définition de l'art.
    Et la mort entre dans la cérémonie : au fond « nous sommes semblables » le roman est écrit sur une arête /frontière qui la sépare de Septimus. Il cède au versant tragique d'exister dans son délire paranoïaque. Il veut accéder à la présence, ne pas être dans l'insignifiance.

    VW hait les gens de « la mesure » comme le médecin Sir W. Bradshaw, cette « brute au mufle rouge ». cf p. 194-195 « Dans le cabinet gris, … ces malades apprenaient l'étendue de leurs transgressions. … Il fondait sur eux ; il les dévorait. » ; elle hait les gens convertis à la morale (comme Mrs Kilman), à la sagesse, à la religion. Elle est dans l'attente d'un point mystique où tout converge, la vie, la mort.
    L'ambulance est aussi un passage « C'était cela la civilisation. … l'efficacité, l'esprit d'organisation … savoir trancher, renoncer aux grandes espérances... «
    « En tout cas la beauté » en cette soirée et ces portes ouvertes et le rideau jaune avec tous les oiseaux de paradis qui se gonfle , et tous ces gens qui montaient « ça y est, ils montaient » et tout ce snobisme, ah ces Anglais … le rythme s'accélère de toutes les futilités, potins, remarques, mais la mort fait irruption. « La mort était un défi. … Il y avait dans la mort une étreinte »
    et on pense à Bach (la passion), mourir instantanément de bonheur « Dieu : c'est assez »
    Ce livre unifie le « moi », la femme est jeune et vieille en même temps.
    IL est l'acceptation de l'éclaté. Il n'y a pas UN moi, comme le voudraient les médecins.
    L'éclaté : manifestation d'une présence, d' un moment.
    Sorte de paix (plénitude) dans l'offrande de cette soirée « je ne sais pas pour qui » : définition de la prière et protocole d'adoucissement du monde.
    Ce roman n'en finit pas d' arriver …

    A propos de Virginia et Mrs d': Lire « Les Heures » de Michael Cunningham
    et voir le film The Hours avec Meryl Streep, Julianne Moore, et Nicole Kidman.
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    • Livres 4.00/5
    Par mariech, le 02 avril 2012

    mariech
    Une journée dans la vie de Clarissa Dalloway .
    Virginia Woolf est une exploratrice de l'âme humaine , c'est un roman intimiste qui nous parle de l'Angleterre en 1923 , de la bourgeoisie et des conventions de l'époque .
    C'est une journée bien particulière pour Clarissa , en effet ce jour là , elle va revoir son premier amour , qui a voyagé pendant cinq ans ; et elle apprendra ce jour là , la mort par suicide d'un ami .
    Virginia Woolf livre beaucoup d'elle même dans ce roman , en effet toute sa vie ,elle a souffert de troubles dépressifs assez graves et a fini par se suicider . Un magnifique roman , plein de sensibilité .
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    • Livres 3.00/5
    Par colimasson, le 02 avril 2012

    colimasson
    Clarissa est d'un tel ennui… le début du roman nous montre un personnage assommant dont l'esprit semble seulement mobilisé à songer à l'organisation de sa soirée mondaine. Et les fleurs, et l'ambiance, et les invités… Vite, une ballade à l'extérieur pour se changer les idées ! Malheureusement, la vue du paysage alentour n'apporte pas plus de réconfort au lecteur. Et tel détail rappelle tel souvenir anodin, lorsqu'il ne conduit pas à un déchaînement d'impressions lyriques sans aucun rapport avec leur motif. Ridicule de s'enthousiasmer pour si peu. Cela sonne faux. A quoi donc se dope Clarissa ? Peut-être à rien, finalement… Tout reste tellement terre-à-terre, pragmatique… Est-ce cela la vie de l'esprit ? Se tourner vers des détails, tout analyser, tout observer, créer sans cesse des liens entre tel élément de l'extérieur qui rappellerait tel souvenir passé, telle projection future, qui ferait écho à tel sentiment présent ? La conscience ne serait-elle vraiment qu'une stimulation incessante de la pensée ? L'esprit qu'on presse comme un citron pour en extraire jusqu'à la dernière goutte d'insignifiance ?
    Les premières pages sont vraiment indigestes. On se prendrait presque à détester la nature humaine qui se sent obligée de décortiquer le moindre geste insignifiant sous prétexte de rentabiliser sa cervelle. Dans un sens, c'est fait exprès, et Virginia Woolf délaisse intentionnellement l'intrigue au profit de l'introspection et de la valorisation de la vie intime de l'individu. Reste maintenant à savoir si cette vie intime, telle qu'elle nous est présentée, ne relève pas à son tour de l'affabulation pure. Pour moi, la réponse est claire : oui. L'essai n'est pas concluant. Sans révolutionner particulièrement la narration, la volonté de faire évoluer parallèlement six consciences différentes au cours d'une seule journée de juin 1923, à Londres, rend le récit inutilement alambiqué. Les sauts entre les différentes consciences sont suggérés et le va-et-vient incessant entre réalité extérieure et pensée intime se traduit par des procédés lourds, qui ont au moins le mérite de représenter de manière réaliste la difficulté de passer d'un monde à un autre. Ceci mêlé au style de Woolf, déjà suffisamment pompeux à la base, rend la lecture ennuyeuse et inutilement compliquée. Des ambitions d'écriture aussi élevées présentent-elles un quelconque intérêt lorsqu'on s'attarde seulement à décrire une rue animée, la composition d'un bouquet de fleurs ou un ciel étoilé ?
    Heureusement, les thèmes abordés par Woolf ne se limitent pas à cette multiplication de détails. Dans son désir de saisir la complexité de l'être, partagé entre superficialité mondaine et profondeur psychologique, les consciences subissent elles aussi des décorticages minutieux qui dessinent un maillage étroit de liens entre les personnages. L'évocation des souvenirs, des sentiments passés et présents, des conceptions différentes, les rapprochent ou les éloignent sans cesse. On s'approche d'eux de manière sincère, avant d'être étourdi par le gouffre qui se creuse entre ce que l'on sait d'eux, intimement, et ce qu'ils souhaitent montrer en spectacle, dans leurs rapports quotidiens avec les autres. Ce n'est sans doute pas une grande découverte de réaliser que le jeu des conventions nécessite de dissimuler certains de ses aspects et d'en faire ressortir d'autres, mais il est intéressant, dans ce livre, de lier la nature première des personnages avec ce qu'ils décident de révéler d'eux lorsqu'ils évoluent dans la mondanité. Dans cette manière de se dérober aux yeux des autres, on peut quand même deviner certains aspects de leur véritable caractère. Seul Septimus, engoncé dans sa folie, semble échapper à ce jeu de mascarades, et c'est pourquoi il effraie : sa femme, les médecins, les passants… Psychologiquement anéanti par l'expérience de la guerre, il retrouve une part de quiétude en hallucinant. Tout lui parle : les arbres, les oiseaux, la lumière lui font des signes et lui confirment qu'il est sur le bon chemin. le médecin veut l'envoyer en maison de repos, sa femme le hait, partagée entre terreur et pitié, mais Septimus est détaché de tout cela et s'embarque dans des passages magnifiques qui font jaillir en lui une foi et des espoirs que la réalité ne lui avait jamais permis de connaître. Dans la même lignée que Septimus, Clarissa offre aussi des réflexions lumineuses et inspirées qui essaient de s'imposer face au monstre qui accapare trop souvent sa quiétude.
    Mrs Dalloway est à l'image de ses personnages : il engourdit le lecteur dans de longues phrases ampoulées qui soulignent le paraître mais, au milieu d'une torpeur qui n'est ni agréable, ni désagréable, l'illumination apparaît. Des passages lumineux et limpides se défont de la masse compacte du reste du livre. Ces moments justifient à eux seuls la lenteur et l'ennui du reste du texte. L'ambition de retranscrire le sentiment d'une journée ordinaire est accomplie : au milieu d'un immense ennui qui porte soit au mépris, soit à la lassitude, surgit soudain un évènement qui s'inscrit hors du temps et qui colore l'esprit pour lui donner la force de poursuivre son calvaire monotone.


    Lien : http://colimasson.over-blog.com/article-mrs-dalloway-1925-de-virgini..
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    • Livres 4.00/5
    Par brigittelascombe, le 09 avril 2012

    brigittelascombe
    Londres. Un certain jour de juin 1923 où le temps qui passe est scandé par les cloches de Big Ben. Mrs Dalloway, anglaise quinquagénaire, femme de député du parti conservateur au Parlement organise des soirées où se croisent des invités triés sur le volet. Clarissa Dalloway s'accroche à l'image de maîtresse de maison parfaite qu'elle donne d'elle.
    C'est l'émergence de voix intérieures (dans laquelle transparaît la propre fêlure de l'auteur), la prise de conscience de l' ennui, la vision angoissée de la société que nous donne à voir ici Virginia Woolf (auteur phare de la littérature anglaise du XX° siècle influencée par Proust et Joyce qui s'est illustrée dans de nombreux genres: neuf romans, nouvelles,histoires,essais,récits,Lettres et journal) à travers son héroïne.
    Pas de narrateur omniscient mais une alternance de souvenirs,de pensées, de sentiments et d'ambiances (on pense au style de l'Ulysse de James Joyce) qui transcrivent les états d'âmes de Mrs. Dalloway et des personnages annexes.
    Un ancien amoureux toujours amoureux. Un psychiatre réputé racontant le suicide d'un patient. Des sommités qui se croisent. Des destins hétéroclites mêlés constituent la toile de fond de la vie d'une femme ordinaire et parlent au lecteur de vie,mort,folie et société bien pensante critiquables.
    Mrs. Dalloway: le roman d'avant-garde d'une romancière de talent salué en Europe et adapté au cinéma par Marleen Gorris (avec Vanessa Redgrave).
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    • Livres 4.00/5
    Par Lune, le 15 janvier 2009

    Lune
    La précision "chirurgicale" des descriptions peut donner une impression de froideur. Aucun espace n'est laissé au débordement émotionnel, ni du narrateur, ni du lecteur, puisqu'il s'agit de dévoiler et détailler une journée dont les heures s'égrènent, ponctuées par les cloches de Big Ben. Clarissa Dalloway nous entraîne dans un Londres mondain où les classes sociales sont très cloisonnées. Tout au long de ses occupations et rencontres, nous côtoyons une foule de personnages qu'elle croise ou qu'elle connait. Nous assistons à la "dissection" des sentiments et des pensées de chacun placé dans son contexte physique et moral (flash-back, lieu, vie autour du personnage considéré). Nous respirons l'air de cette Angleterre et de l'Union Jack, nous épions les intrigues, les arrivismes, les mal être ,les faiblesses, les déchirures, les snobismes, les lucidités de ces hommes et ces femmes ni plus ni moins meilleurs que d'autres, du réalisme et de la lucidité en somme. Nous devinons Virginia Woolf au détour de réflexions : la description du monde médical est édifiante, le suicide est évoqué (on ne peut s'empêcher de penser à ce qui se passera en 1941). Tout s'adresse à l'intellect et non au coeur. Il s'agit d'une analyse détaillée des heures d'une journée qui emporte mouvements, pensées, rencontres que l'on oublie ou qui se gravent selon l'importance qu'on leur donne. le Temps passe... différent, semblable, ardent, serein.
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Citations et extraits

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  • Par Nono19, le 27 mai 2012

    (...), c'était peut-être cela, la récompense d'avoir aimé les gens; par une belle matinée, au beau milieu de St James's Park, ils ressurgissaient.
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  • Par Nono19, le 27 mai 2012

    Aimer vous condamne à la solitude, se disait-elle.
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  • Par Irisa, le 18 juin 2009

    Et alors eut lieu le moment le plus exquis de sa vie ; alors qu'elles passaient devant une vasque en pierre remplie de fleurs, Sally s'arrêta ; elle cueillit une fleur ; elle l'embrassa sur les lèvres. C'était comme si le monde entier avait basculé la tête en bas ! Les autres disparurent. Elle était là, seule avec Sally. Et elle eut le sentiment qu'elle venait de recevoir un cadeau, enveloppé, qu'on lui avait dit de ne pas regarder - un diamant, quelque chose d'infiniment précieux, dans son papier et, tout en marchant avec Sally ( de long en large, de long en large ), elle le sortait de son emballage, ou alors ses feux perçaient à travers, et c'était une révélation, un véritable sentiment religieux.
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  • Par ZetaZeta, le 27 mars 2010

    C'était bien elle lorsque avec un certain effort, l'affirmation d'une certaine volonté d'être elle-même, elle rassemblait des parties éparses dont elle seule savait à quel point elles étaient incompatibles, et qu'elle composait, pour le monde et lui seul, un centre, un diamant, une femme assise dans son salon et vers laquelle on convergeait, qui rayonnait sans doute dans des vies sans lustre, un refuge, peut-être, accueillant aux solitaires ; elle avait aidé des jeunes gens, qui lui en avaient de la reconnaissance ; elle avait tenté de se montrer toujours la même, ne manifestant aucun signe de tous ces autres aspects d'elle - défauts, jalousies, vanités, méfiances -, comme là, maintenant, avec Lady Bruton qui ne l'invitait pas à déjeuner ; ce qui, se dit-elle (en se passant, finalement, un peigne dans les cheveux), est vraiment honteux ! Mais où était donc sa robe ?
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  • Par ay_guadalquivir, le 28 juillet 2010

    "La voiture n'était plus là, mais elle avait laissé une légère ondulation qui se propagea à travers les magasins de gantiers, de chapeliers, de tailleurs des deux côtés de Bond Street. Pendant trente secondes, toutes les têtes restèrent tournées dans la même direction - vers la vitrine. En train de choisir une paire de gants, les dames s'interrompirent. Entre le début et la fin de leur phrase, il s'était passé quelque chose. Quelque chose de si ténu, dans certains cas, qu'aucun instrument de mesure, fût-il capable d'enregistrer un séisme en Chine, n'aurait pu en recueillir les vibrations ; d'une plénitude impressionnante, pourtant, et suscitant une émotion collective ; car chez tous les chapeliers et tous les tailleurs, de parfaits inconnus échangèrent un regard et se mirent à penser aux morts ; au drapeau ; à l'Empire[...]. Car en disparaissant, l'agitation de surface déclenchée par le passage de l'automobile avait effleuré quelque chose de très profond."
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La chronique de Gérard Collard - Virginia et Vita 2
Virginia et Vita de Christine Orban aux éditions Albin Michel En 1927, Virginia Woolf et son mari éditeur Léonard vivent à Monk's House dans la campagne du Sussex. Elle vient de publier "La Promenade au phare" et vit une passion tourmentée avec Vita Sackville-West, aristocrate et romancière elle aussi, qui se partage entre l'immense château paternel de Knole et Long Barn, la demeure de son époux Harold. La fascination que ressent Virginia pour Vita, l'opposition entre son milieu bohême et la vieille aristocratie anglaise l'amènent à prendre pour sujet de son nouveau roman l'excentrique Vita qui n'a pour règle que le plaisir de l'instant. Ainsi naît Orlando, homme et femme à la fois, de l'amour et de la frustration, de la jalousie et de la complicité de deux femmes exceptionnelles. Virginia va métamorphoser sa relation amoureuse en création littéraire. Vous pouvez commander "Virginia et Vita" sur le site de la librairie en ligne www.lagriffenoire.com








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