Pas évident de parler de ce livre tant il est dense. Toute l'intrigue tourne autour d'Ernest Lash, psychiatre psychanalyste, lui même en analyse avec son superviseur Marshal Streider.
Ernest soigne Justin Astrid en thérapie. Celui-ci n'arrive pas à quitter sa femme, Carol, avec qui il vit depuis de nombreuses années un mariage malheureux. Or, il se trouve que celui-ci parvient après moultes tergiversations à la quitter. La femme éconduite et rejetée qu'est Carol va alors monter de toute pièce une vengeance ayant pour but de faire comprendre à Ernest qu'il est responsable de la situation, que c'est à cause de lui que son mari l'a quittée. Carol est persuadée de cela, elle doit se venger de ce psy, qui, comme tous les psys, ne sont là que pour abîmer ceux avec qui ils travaillent. Elle en a fait l'expérience.
Voilà pour l'intrigue. Or les choses se compliquent car Ernest ne mord pas à l'hameçon. Contre toutes attentes, il résiste aux avances répétées de Carol, devenue Carolyn en consultations. Celle-ci veut faire craquer Ernest, le faire fantasmer, rentrer dans une manigance où elle pourra prouver qu'il a couché avec elle, après l'avoir enregistré. Pour cela, elle l'allume littéralement, lui raconte des fantasmes où il joue le premier rôle, le fait rentrer dans sa vie sexuelle imaginaire et intime.
Ernest lâche du lest mais ne cède pas, car il a sa conscience professionnelle. Bien qu'il en soit à un moment de sa carrière où il se demande s'il ne faut pas s'ouvrir complètement à ses patients pour créer un contact et un transfert plus fort, bien qu'il décide, par hasard avec Carol, de tenter l'expérience de l'ouverture et du dialogue sans limites, il résiste, et ne cède pas. Et le pire, ou le mieux, dans cette histoire, c'est qu'il la fait changer, lui fait perdre ses obsessions de vengeance, la soigne en somme. Elle va mieux.
Cela n'est qu'une partie de cette histoire. le superviseur d'Ernest, Marshal, joue également un rôle très important. Cet homme sûr de lui, de sa manière de faire, de sa manière d'aborder la psychanalyse, va lui aussi être être mis à rude épreuve dans une histoire parallèle qui recoupe néanmoins la première.
Je pense que le livre est avant tout amusant, bien construit et instructif. On apprend à voir le monde de l'analyse, des psys, de derrière le rideau. Ce livre, ne l'oublions pas, a été écris par un psy. Mais c'est loin d'être rébarbatif ou chiant. L'histoire s'enchaîne bien, coule bien, les problématiques se rejoignent finalement et les personnages trouvent leur chemin dans les méandres de leur inconscient. Nous savourons, quant à nous lecteurs, la joie de savoir que ces personnages vont parfois trop loin, sont névrosés, comme nous, mais parviennent à se soigner et à s'apaiser. Ce livre nous montre aussi que la psychanalyse se pose de puis toujours cette éternelle question: où se placent les limites dans le dialogue? le psy doit-il se livrer un peu ou pas du tout? Est-ce son rôle? Quel est son rôle?
La fragilité de chacun est reflétée dans cet ouvrage, le fait que nous sommes faits de plusieurs visages et de plusieurs facettes, que rien n'est jamais joué, que l'on peut se retrouver prisonnier de soi-même ou parvenir à vivre avec ce que l'on est.
Cette histoire montre des personnages qui à un moment ou à un autre de leur cheminement vont s'enfermer dans des obsessions, des idées de grandeur ou de vengeance, et par le biais de l'entraide, vont réussir à se sortir de ces ornières.
Un bon livre donc. Quelques longueurs au début, le temps de voir où l'auteur nous mène, mais cela ne dure pas longtemps, on est vite pris dans le flot.
Bonne lecture et dites-moi ce que vous en pensez si vous l'avez lu (ou pas!)
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