> Laurence Richard (Traducteur)

ISBN : 2351760549
Éditeur : Editions Galaade (2008)


Note moyenne : 5/5 (sur 1 notes) Ajouter à mes livres

Dans l'histoire de l'humanité, l'homme s'est toujours battu pour sa liberté. Pourtant, la liberté fait peur. Elle nous rend responsables de notre projet de vie, de nos choix et de nos actes. Il arrive qu'alors nous ayons l'impression que le sol... > voir plus
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Critiques et avis(1)

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    • Livres 5.00/5
    Par colimasson, le 13 mars 2012

    colimasson
    Livre destiné avant tout aux futurs psychothérapeutes ? Dans ce cas transformons-nous tous en Yalom en devenir, ou passons outre les recommandations au lectorat : dans le domaine de la lecture il est des limites qui ne méritent pas d'être posées, et il serait particulièrement dommage de passer à côté de Thérapie existentielle. Ce livre s'adresse à tout le monde. Quiconque aurait une fois pris le temps de s'interroger sur lui-même et le sens de son existence trouvera dans ses pages la formulation claire de ses plus profonds questionnements. A la lecture de ceux-ci, Irvin Yalom prendra progressivement l'apparence troublante d'un double qui se serait insinué dans nos esprits pour en extraire les doutes les plus dérangeants. Ceux-ci, il les formule en une ligne et les décline en quatre thématiques : la mort, la liberté, l'isolement fondamental et l'absence de sens.
    Les règles étant posées, on pourrait craindre un développement qui resterait prisonnier d'un carcan théorique et rébarbatif. Ce n'est pas le cas. Yalom anime son manuel et le dote d'une force dramatique aux allures de polar. Qui a été assassiné ? La vérité. Les coupables et autres empêcheurs-de-tourner-en-rond à éliminer ? Les idées fausses. A travers Thérapie existentielle ,le lecteur découvre quelles sont les illusions qui le détournent de lui-même, quels paradigmes peuvent l'emprisonner dans un schéma de pensées et de croyances qui ne lui correspondent pas, et quels comportements névrotiques ont été mis en place dans l'intention de le conforter dans sa position de négation de la vérité. Plus ou moins profondément, chacun d'entre nous aurait donc assassiné sa propre vérité, mais une longue expérience de déni nous l'aura fait oublier, nous envoyant balader sur des sentiers escarpés dont nous peinons à identifier la destination.
    Les quatre thématiques précédemment citées deviennent des catégories déclinant leur lot de coupables. Pour nous faire comprendre leur dangerosité, Yalom ne s'apitoie pas. Avec humour et autodérision, il invoque de grandes figures littéraires telles celles de Kafka, Dostoïevski, Camus, Sartre, Schopenhauer ou Nietzsche. Il rappelle également foule de cas cliniques auxquels il a été confronté, comme autant d'aveux confessés aux barreaux du tribunal.
    Pour bien faire, Yalom s'attaque immédiatement à la figure la plus imposante : la mort. Pas besoin de fouiller bien longtemps pour comprendre que l'homme, lancé dans la vie avec la plus entière ignorance qui soit, est totalement terrifié à l'idée de mourir. Son angoisse de mort le pousse à mettre en place des comportements de déni, dont les deux figures principales sont la croyance en un être supérieur qui viendra le sauver des griffes de la mort (on trouve par exemple dans ce genre de comportement la figure du masochiste) ou la croyance d'être une personne spéciale qui serait épargnée par la mort quand bien même les autres hommes seraient condamnés à succomber sans merci (on trouve ici la figure du narcissique, de l'héro compulsif ou du bourreau de travail). Excepté ces cas extrêmes, l'homme tend généralement à mêler ces deux systèmes de croyances dans l'élaboration de comportements de déni l'éloignant de sa réalité mortelle. Mais s'éloigner de celle-ci, comme nous le montre Yalom à travers le contre-exemple fourni par certains patients en fin de vie, nous donne aussi la nonchalance de l'immortalité, et nous condamne à la passivité plus qu'elle ne nous pousse à vivre véritablement. A ce stade de la lecture, on se demande encore qui se cache derrière cette énigmatique figure du « véritable ». Patience, patience… La lecture à son terme saura nous l'apprendre…
    L'enquête s'approfondit ensuite sur la figure de la liberté. Revendiquée dans ses aspects les plus anodins, la véritable liberté terrorise l'homme car elle implique le corollaire moins plaisant de la responsabilité, au sens sartrien du terme. L'homme doit avouer que son existence n'est pas une suite de contingences qui se sont abattues sur lui, pauvre victime misérable, sans qu'il ne demande rien. Elle est la conséquence de tous les choix, de toutes les décisions et de tous les actes (ou bien de toutes les absences de choix, de décisions et d'actes) qu'il aura produits depuis sa naissance. La vie devient alors un matériau beaucoup plus malléable que ce que nous voulons bien admettre habituellement. Ici, Yalom rejette la dynamique freudienne qui cloue l'homme à un passé sur lequel il n'a plus aucun pouvoir. La prise de conscience de cette responsabilité est lourde à assumer. Il faudra alors éliminer deux nouveaux coupables qui tenteraient de séquestrer la vérité : l'impuissance apathique et la surpuissance culpabilisante.
    Mais voilà que surgit l'isolement fondamental… Plus inquiétant que l'isolement en tant que simple définition de la solitude ou de méconnaissance de soi-même, il s'agit de la conscience que nous avons d'être entièrement seul dans notre quête personnelle de la vérité. Chaque homme est seul dans sa façon de voir le monde, dans les décisions qu'il prend, chaque homme est seul en ce que lui seul détient la conscience de sa réalité intérieure. Poussé à l'extrême, ce sentiment détruit toute réalité : le monde apparaît comme une illusion, fruit des hallucinations d'un individu qui se croit exister. L'autre extrême amène à une conduite de déni frénétique encouragée par la société de consommation moderne : entourons-nous d'une multitude de gens, de choses et d'objets, possédons-les, incorporons-les. Peut-être alors, ayant tout ingurgité, cesserons-nous de nous sentir fondamentalement isolés ? Bien sûr, ce comportement est coupable également. Aussi, Yalom en démonte bien vite les rouages. Prendre conscience de son isolement fondamental, c'est admettre que les autres sont tout aussi fondamentalement isolés que nous, c'est cesser de voir les autres comme un ensemble d'avantages que l'on peut exploiter ou non. A terme, c'est se lier aux autres véritablement, par la reconnaissance que nous sommes tous concernés par la même tragédie (mais est-ce vraiment une tragédie d'ailleurs ?)
    La vérité se précise…. C'est que nous arrivons bientôt au terme de la quête initiée par Irvin Yalom… Ne reste plus que la dernière figure du coupable à abolir : celle du sens de la vie. L'homme occidental moderne semble torturé par cette question. Quel est le sens de la vie ? Est-il utile de mener une vie de labeur, parfois peu gratifiante, si tout est voué à la destruction, s'il ne restera aucune trace de nos agissements ? Yalom dresse timidement quelques réponses : le sens de la vie peut être apporté par le comportement altruiste (bénévolat, dévouement à une cause), par la créativité (artistique, professionnelle, parentale, artisanale…) ou bien encore par l'hédonisme (bien que le plaisir puisse parfois découler de comportements autodestructeurs). Mais quelque chose cloche… Pourquoi la question du sens de la vie est-elle aussi dévorante pour l'homme d'aujourd'hui, alors que l'homme des siècles passés, celui qui vivait avant l'époque de la Renaissance, ou l'homme oriental, semble peu préoccupé par cette question ? Voici que se dresse le dernier coupable : la culture occidentale moderne, héritée du pragmatisme de Calvin, qui exhorte les hommes à devenir des êtres d'entière utilité, sans considération aucune pour la culpabilité dévastatrice qui peut surgir devant le constat d'échec de cet accomplissement.
    Tous les coupables qui éloignaient l'homme de la vérité ont disparu, et celle-ci se dessine à l'horizon de Thérapie existentielle. A chercher dans la philosophie orientale qui prône l'harmonie de l'homme et de la nature, elle préconise la quête d'une sérénité qui passe par l'engagement relationnel. Tout acte d'interaction diminue l'angoisse et fait disparaître la question du sens existentiel au profit de l'émergence d'un bonheur potentiel. La Thérapie existentielle ne fuit pas devant les réalités qui fondent la condition humaine. Aussi effrayantes qu'elles puissent paraître, il convient de les affronter comme de nouvelles perspectives de vie.
    « Chacun est unique, il faut donc, d'une certaine façon, créer une nouvelle thérapie pour chaque patient. Je veux être surpris : à chaque séance, je suis impatient de retrouver mon patient, et je me demande comment sa vie s'est déroulée depuis la séance précédente. »
    La vérité, à la fin de ce livre, ne veut pas se définir clairement, comme une réponse définitive et péremptoire à la quête de sens d'un individu. Ses contours ne sont pas figés. Ce livre ne cherche pas à imposer une pensée dans l'esprit d'un individu abandonné et prêt à gober n'importes quels salmigondis rédempteurs. Il invite le lecteur à prendre du recul sur les discours et l'aliénation moderne afin d'entrer dans une démarche de plus profonde honnêteté avec lui-même. Il ouvre les portes de la conscience de l'individu, lui signalant par là qu'il y a un formidable voyage à accomplir. La vérité n'est pas unique, et il en existe autant qu'il existe d'hommes sur terre. Surtout, la vérité change de forme au cours de la vie d'une seule et même personne. Une vie que l'on trouve plus accueillante à l'issue de la lecture de cet ouvrage, non pas en vertu de quelques unes de ses qualités, mais parce qu'elle est, et reste en devenir entre les mains de chacun.


    Lien : http://colimasson.over-blog.com/article-therapie-existentielle-1980-..
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Citations et extraits

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  • Par colimasson, le 13 mars 2012

    Comme le soulignait Freud dans son analyse d’Œdipe Roi, la grande littérature survit, car le lecteur, d’une façon ou d’une autre, s’empare de la vérité qu’elle recèle. La vérité des personnages de fiction nous touche car elle nous renvoie à la nôtre. Les œuvres majeures de la littérature sont éducatives, de par leur honnêteté criante, tout comme le sont les données cliniques : le grand romancier, même s’il distille sa personnalité entre plusieurs personnages, en définitive nous révèle à nous-mêmes, comme l’écrivit un jour Thornton Wilder : « Si la Reine Elizabeth, Frédéric II de Prusse ou Ernest Hemingway lisaient leur biographie, ils s’exclameraient : « Mon secret reste bien gardé ! » Mais si Natacha Rostov lisait La Guerre et la Paix, elle s’écrierait, se cachant le visage de ses mains : « Comment a-t-il su ? Comment a-t-il su ? »
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  • Par colimasson, le 13 mars 2012

    Par définition, la psychopathologie (dans tous les modèles) constitue un mode de défense inefficace. En effet, même les stratégies de défense qui parviennent à parer une angoisse intense asphyxient la croissance, limitent l’existence et la rendent peu satisfaisante. […] Ainsi, pour Kierkegaard, l’homme s’autolimite afin d’éviter de contacter « la terreur, la perdition et l’annihilation tapies près de tout un chacun ». Otto Rank, quant à lui, décrit le névrosé comme celui qui « refuse le prêt (la vie) afin d’échapper au paiement de la dette (la mort) ». Selon Paul Tillich, « la névrose est le moyen d’éviter le non-être en évitant l’être ». Ernest Becker avance un point de vue analogue : « L’ironie de la condition humaine réside dans le fait que le besoin le plus profond de l’homme est d’être libéré de l’angoisse de mort et de l’anéantissement ; mais c’est la vie elle-même qui la réveille, de sorte qu’il nous faut nous restreindre à ne pas être pleinement vivants. »
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  • Par colimasson, le 13 mars 2012

    Dans nos vies, l’atrophie des institutions sociales (et psychologiques) pourvoyeuses de structures nous a servi à nous confronter à l’enjeu de liberté. S’il n’existe pas de règles, pas de grands desseins, rien que nous devions faire, nous sommes alors libres de nos choix. Notre nature fondamentale n’a pas changé ; aujourd’hui, avec la disparition de ce qui nous cachait précédemment cet enjeu de liberté, avec le démantèlement des structures imposées de l’extérieur, nous sommes plus proches que par le passé d’une expérience des faits existentiels de la vie. Toutefois, nous n’y sommes pas préparés ; le poids se fait trop lourd, l’angoisse cherche à être soulagée et, sur le plan individuel comme sur le plan social, nous nous engageons dans une quête frénétique visant à nous protéger de la liberté.
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  • Par colimasson, le 13 mars 2012

    La tradition puritaine, influencée par Calvin, et de laquelle nous ne sommes pas encore totalement émancipés, valorise le sacrifice, le travail assidu, l’ambition et la position sociale. Le travail est une occupation pieuse ; l’oisiveté est mère de tous les vices. Chaque nation est une barque ; chaque individu, un membre de l’équipage, un rameur. L’individu peut soit ramer, soit être un poids mort pour les autres, un parasite. Cette éthique fonctionna à merveille dans un pays jeune comme les Etats-Unis, où elle contribua à la vitalité et au développement économique de la nation. Toutefois, pour des générations d’individus qui, d’une façon ou d’une autre, ne se sentaient pas à la hauteur, elle prépara le terrain à des sentiments de culpabilité et d’inutilité.
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  • Par colimasson, le 13 mars 2012

    Le degré de traumatisme dépend pour une large part du niveau d’angoisse de mort existant dans la famille. Dans de nombreuses cultures, les enfants prennent part à des rites mortuaires, voire tiennent un rôle lors de cérémonies funéraires. Chez les Foré de Nouvelle-Guinée, par exemple, les enfants participent à la dévoration rituelle d’un parent. Très probablement, cette expérience n’est pas catastrophique pour l’enfant dans la mesure où les adultes y prennent part sans trop d’angoisse manifeste ; elle fait partie du courant naturel de la vie. Toutefois, comme il arrive fréquemment de nos jours dans a culture occidentale, si un parent ressent une angoisse forte face à l’enjeu de la mort, l’enfant reçoit le message que cet évènement est à redouter.
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Et Nietzsche a pleuré d'Irvin Yalom au Livre de Poche .
Venise, 1882. La belle et impétueuse Lou Salomé somme le Dr Breuer de rencontrer Friedrich Nietzsche. Encore inconnu du grand public, le philosophe traverse une crise profonde due à ses relations orageuses avec Lou Salomé et à l?échec de leur ménage à trois avec Paul Rée. Friedrich Nietzsche ou le désespoir d?un philosophe. le Dr Breuer, l?un des fondateurs de la psychanalyse. Un pacte secret, orchestré par Lou Salomé, sous le regard du jeune Sigmund Freud. Tout est là pour une magistrale partie d?échecs entre un patient extraordinaire et son talentueux médecin. Mais qui est le maître ? Qui est l?élève ? Qui soigne qui ? Et c?est à une nouvelle naissance de la psychanalyse, intense, drôle et machiavélique, que nous convie Irvin Yalom."Comment pouvait-on vivre jusque-là sans connaître les livres du docteur Irvin D. Yalom ? On se le demande. Ce n?est pas tous les jours que les livres de psychothérapie se lisent comme des romans" - Geneviève Delaisi de Parseval, Libération











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