pril et Frank
Wheeler forment un jeune ménage américain comme il y en a tant : ils s'efforcent de voir la vie à travers
La fenêtre panoramique du pavillon qu'ils ont fait construire dans la banlieue new-yorkaise. Frank prend chaque jour le train pour aller travailler à New York dans le service de publicité d'une grande entreprise de machines électroniques mais, comme April, il se persuade qu'il est différent de tous ces petits-bourgeois au milieu desquels ils sont obligés de vivre, certains qu'un jour, leur vie changera... Pourtant les années passent sans leur apporter les satisfactions d'orgueil qu'ils espéraient. S'aiment-ils vraiment ? Jouent-ils à s'aimer ? Se haïssent-ils sans se l'avouer ?... Quand leur échec social devient évident, le drame éclate.
Grâce à Amanda, j'ai pu lire le roman dont est issu le film Noces rebelles (c'est à se demander où ils vont les chercher, des fois. Ne pouvaient-ils pas reprendre le titre français du roman?) chroniqué dans ces pages et beaucoup apprécié. En relisant le billet consacré au film, je me rends compte que Mendes a impeccablement retranscrit l'oeuvre de
Richard Yates, car ce que j'ai ressenti à la vision du film est quasiment identique à ma lecture. A ceci prêt que cette lecture s'est écoulée sur beaucoup plus de temps. Et pendant la première partie du roman, où Yates pose le décors, j'ai eu l'impression de m'enliser dans le mal-être de ce couple, leur amertume, leur orgueil mal placé. J'ai connu des moments de doute, d'ennui par la suite, mais j'ai été fascinée par la vacuité de leurs discours désespérés pour se prouver à eux-mêmes qu'ils pouvaient exister, être et surtout prouver qu'ils sont supérieur aux autres. L'impression qui est la plus forte c'est que ces gens, Frank et April mais aussi les personnages sont en représentation permanente. Et la scène d'ouverture, la représentation catastrophique d'une pièce de théâtre où joue April semble être la métaphore du désastre à venir. Et le plus terrible, c'est que cette représentation n'est pas uniquement pour les autres, mais aussi - et peut-être surtout - pour soi-même. Ce jeu pousse alors certains personnages dans des schémas de comportement et des actions dont ils s'aperçoivent par la suite qu'ils vont à l'encontre de leurs intérêts. Corolaire de cette représentation, la capacité des individus à fuir la réalité, couper son sonotone en somme comme le vieux Mr Givings. le seul qui ose la vérité, ose la parole, c'est John, fils "aliéné" des Givings, révélateur des mensonges et des lâchetés.
Jusqu'à la presque fin du roman, je me suis fait la réflexion que c'était un roman d'hommes: les narrateurs sont tous des hommes, mis à part une ou deux petites incursions dans les pensées de Mrs Givings. Et c'est peut-être aussi parce que c'est un monde d'hommes. Un monde que les femmes doivent, paradoxalement assumer, alors même qu'elles n'ont presque jamais voix au chapitre.
Yates réussit, par une écriture certes datée (et peut-être aussi à cause d'une traduction parfois "aléatoire"), à nous faire pénétrer cet univers si particulier, ces personnages si pathétiques dans leurs douleurs, leurs illusions. Je le disais en ce début de ce billet (très long, j'espère que vous n'êtes pas totalement lachés), Yates a réussi à me sentir couler dans l'atmosphère étrange et délétère de son roman, il m'a attachée malgré tout à ses personnages, et je n'ai pas pu poser ce roman pour les 3ème et 4ème parties, en dépit de passages un peu longuets parfois.
Ce ne fut pas une lecture facile, je ne dirais pas qu'elle fut plaisante ou agréable, mais je ne peux que saluer le talent de l'auteur.
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