> Rose-Marie Makino-Fayolle (Traducteur)

ISBN : 274274651X
Éditeur : Actes Sud (2004)


Note moyenne : 4.32/5 (sur 28 notes) Ajouter à mes livres
Isaku n'a que neuf ans lorsque son père part se louer dans un bourg lointain. Devenu chef de famille, le jeune garçon participe alors à l'étrange coutume qui permet à ce petit village isolé entre mer et montagne de survivre à la famine : les nuits de tempête, les habita... > voir plus
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Critiques et avis

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    • Livres 5.00/5
    Par cprevost, le 15 janvier 2012

    cprevost
    La lecture de « Naufrages » d'Akira Yoshimura nous fait pénétrer un monde radicalement différent du nôtre, c'est là une merveilleuse expérience de pensée. C'est aussi une lecture différente celle qui se fait au rythme des saisons. Automne et hiver, printemps et été, Isaku – un enfant de neuf ans devenu chef de famille – nous accompagne :
    Une vague rouge sang déferle inexorablement sur les sommets et le long des crêtes, elle franchit de profondes vallées avant de venir mourir sur une dernière bande de terre prisonnière d'un haut col et d'un rivage escarpé. Dans ce bout du monde, un village enclavé entre mer indocile et montagnes inhospitalières voit arriver l'automne. Cette saison c'est celle du poulpe qu'il faudra ramener en quantité.
    Le rouge des sommets dans le lointain disparait et les feuilles par grand vent s'envolent par paquets. Les flots se déchainent et les embruns arrivent jusqu'aux maisons. Puis les premières neiges font leur apparition. le poisson se fait rare. C'est l'hiver, il faudra cette fois griller le sel sur la plage.
    Des pruniers en fleurs ont été aperçus au cœur de la montagne. La neige qui recouvre le village fond et on entend le bruit sourd des avalanches lointaines. C'est la fin de l'hiver et la cuisson du sel est arrêtée. Les bancs de sardines puis les encornets font leur apparition. Chaque jour, il faudra remettre les bateaux à la mer.
    La montagne se teinte en vert, le vent faibli et les mouches agacent. On ne pêche plus que de petits poissons. le premier arc en ciel colore l'horizon, les bancs de maquereaux ne vont pas tarder. le village est noyé par la mousson, c'est le début de l'été et il faudra redoubler d'adresse pour prendre, à la main, le poisson. La chaleur s'accentue, les orages tonnent. Au cœur de l'été, les maquereaux sont remplacés par les encornets. Puis, lorsque la pluie semble faire son retour, les encornets cèdent à leur tour la place aux poulpes. C'est l'éternelle litanie des saisons.
    Une campagne de pêche exceptionnelle, une bonne récolte de champignons ou autres végétaux dans la montagne ne suffisent malheureusement pas à écarter le spectre de la faim. le village, sans le départ des adultes qui se vendent dans un bourg lointain, sans les Naufrages que ses habitants provoquent, aurait disparu depuis longtemps. Les villageois sont les jouets d'un monde naturel brutal, cruel et répétitif. Très peu individualisés, ils sont implacablement soumis au groupe, à son immuable organisation et à ses croyances. Mais seules cette écoute incessante de la nature et cette féroce discipline ont permis à leur ancêtres de survivre sur cette terre inhospitalière. Alors, les villageois se doivent de perpétuer la tradition.
    Akira Yoshimura ouvre la porte à ce monde cruel. Avec lenteur, sa prose épouse le rythme, les odeurs et les couleurs des saisons. C'est une voix empreinte d'humanité qui se fait entendre et qui nous dévoile avec simplicité un univers où les hommes ne sont pas encore libérés des contingences matérielles de l'élémentaire reproduction et où ils sont soumis aux inéluctables aléas du hasard et de la nécessité.
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    • Livres 4.00/5
    Par lacazavent, le 11 mai 2012

    lacazavent
    C'est un livre qui m'aura mis sur un petit nuage. Isaku, jeune garçon habite dans un petit village de pécheur isolé le long de la côte japonaise. Lorsque débute ce roman après des années peu fructueuses la pauvreté est installé au village la famine menace pour sauver sa famille son père part se louer pour trois ans dans un bourg lointain. Isaku devient alors le seul soutien de sa famille, c'est à lui que revient désormais la lourde tache de pêcher, il sera aussi chargé par le chef du village d' une tache importante pour la survie de tous, prendre un tour de garde pour entretenir les feux qui vont servir par les nuits de tempête à sécher le sel mais également à faire venir près s'échouer près du village des navires en difficulté chargé de lourdes cargaisons.
    C'est un roman intemporel, rythmé par les saisons de pêches, les bonnes années, les mauvaises, l' apprentissage, les pêches fructueuses, « les années à bateau »...
    Une très belle histoire porté par une écriture épurée, on est bercé par les mots d' Akira Yoshimura.
    Elle parvient peu à peu à faire monter la tension jusqu' aux drames, on ne peut certes pas dire que tout est bien qui fini bien mais c'est un conte dont je vais garder un très bon souvenir.
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    • Livres 5.00/5
    Par le_Bison, le 04 mars 2012

    le_Bison
    Dans un Japon encore primitif, Akira Yoshimura nous fait découvrir la survie d'un village de pécheurs. A travers le regard d'Isaku, jeune garçon de 9 ans à qui le village demande trop tôt de devenir adulte, nous partageons et participons à la vie de ce village. Les couleurs de la forêt, les senteurs des embruns et les odeurs du poisson séché nous prennent au cœur. le désespoir de ces villageois ou, par moment leur joie intense, nous touche énormément surtout devant la cruauté que la survie d'un tel village peut entraîner.
    Un roman magnifique, d'une intensité remarquable, une œuvre majeure à conseiller, et même pour les lecteurs qui ne sont pas passionnés par le Japon et aussi pour ceux qui ont envie de découvrir un Japon différent, méconnu, en dehors des temples de Kyoto ou de l'atmosphère urbaine de Tokyo.
    Sublime mais aussi Triste et Cruel.

    Lien : http://leranchsansnom.free.fr/
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    Critique de qualité ? (15 votes positifs)
    • Livres 5.00/5
    Par Ellcrys, le 18 mai 2010

    Ellcrys
    Akira Yoshimura nous livre ici, un conte sombre et cruel, violent.
    Isaku, un jeune garçon de neuf ans, vivant dans une "contrée reculée d'un Japon primitif", voit son destion bouleversé un jour de printemps. Son père a été obligé de se vendre dans un village voisin pour trois ans, afin de permettre à sa famille de survivre dignement.
    Isaku devient alors, par la force du destin, le chef de famille. C'est lui qui doit subvenir aux besoins de son frère, sa mère et ses soeurs. Commence alors pour lui, une vie faite de pêche, de cueillette et de divers travaux.
    Parmis ceux-ci, il se voit confier la tâche de la cuisson du sel, sur la plage, lors des longues nuits d'hiver. Mais cette corvée ne sert pas seulement à cuire le sel pour l'échange contre des céréales ; Isaku, très vite, découvrira l'autre but macabre de ce travail.
    "Il commençait à comprendre. Il avait été longtemps persuadé que la cuisson du sel était une cérémonie pour que les bateaux en difficulté viennent s'échouer sur la plage, et il se rendait compte maintenant que c'était surtout un moyen de provoquer un naufrage".
    Le naufrage des bateaux certains hivers, permet au village de survivre et de ne pas être rayé de la carte. Les villageois ne peuvent malheureusement, pas faire autrement, la survi de leurs familles et du village tout entier dépend de cela.
    "Les Naufrages avaient permis à leurs ancêtres de survivre sur cette terre, et les villageois se devaient de perpétuer la tradition.".
    Ce livre bouleversant, intense, brutal, obscur est écrit magnifiquement. Très poétique, ce conte philosophique m'a littéralement transportée, absorbée. Devant mes yeux se dessinait le village d'Isaku, aux pieds des montagnes ; je sentais le froid glacial de l'hiver me mordre ; j'avais dans la bouche le goût de la soupe de riz et du saké ; je vivais au rythme des couleurs des saisons qui défilaient, gravées à jamais sur ces pages magnifique. Je pleurais en accord avec Isaku et sa famille. Mon coeur battait au rythme du sien... Ma vie se mêlait à la sienne...
    Un récit dépaysant, ravageur qui joue avec la perfection littéraire.
    Un chef d'oeuvre de la littérature Japonaise qui m'a subjuguée et qui a insinué le désir, pour moi, de continuer l'exploration de cette dernière.
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    • Livres 4.00/5
    Par chocobogirl, le 05 avril 2011

    chocobogirl
    Isaku est un jeune garçon de 9 ans qui vit avec sa famille dans un village japonais très pauvre. Coincé entre la montagne et les rivages rocheux de la mer, le village ne possède que peu de moyens de subsistance. L'élevage et l'agriculture étant impossibles, la population vit de la pêche, de maigres cultures et de quelques échanges avec les villages à proximité. La vie est tellement difficile que certains habitants sont même obligés de se louer à la ville pour obtenir de l'argent qui permettra à la famille de subsister en leur absence. C'est le cas du père d'Isaku. Parti travailler pour 3 ans, il a laissé sa famille et Isaku, malgré son jeune âge, se retrouve chef de famille. Isaku prend très à coeur son rôle et va commencer son apprentissage de jeune adulte.
    Durant 3 ans environ, nous allons suivre le jeune garçon et découvrir le quotidien du village. Rythmées par les saisons, les tâches se répèrent années après années : Pêche au poulpe puis aux encornets, la saison des sardines et des maquereaux, cuisson du sel, échanges avec d'autres villages, etc... La mère d'Isaku est plutôt dure avec son fils et la tendresse n'est pas à l'ordre du jour lorsqu'il faut se battre pour survivre.
    Mais Isaku, au fur et à mesure de son apprentissage, va finir par découvrir que les grands feux allumés la nuit ont surtout une autre fonction : tromper les navires perdus dans la tempête et les entrainer à s'échouer sur les rochers pour pouvoir mieux récupérer leurs cargaisons. Ces Naufrages tant recherchés sont en effet une véritable bouffée d'air pour ces villageois en leur permettant de vivre à leur faim pendant plusieurs années et d'éviter de louer leur travail.
    Hélas, parfois le prix à payer pour cette tranquillité du ventre est parfois un peu trop lourd...
    Ce petit conte qui prend place dans une époque indéfinie évoque la vie extrêment difficile dans un village dénué de tout. On y vit de façon archaïque et rurale. La faim fait partie du quotidien. Posséder de nouveaux vêtements ou manger du riz à tous les repas est un véritable luxe qu'aucun d'entre eux ne peut s'offrir. La survie est un combat de tous les jours et qui ne sait pas pêcher condamne sa famille à la mort. C'est pourquoi Isaku se révèle un personnage extrêmement attachant. Au départ, peu averti dans son travail, il se bat néanmoins avec opiniatreté pour réussir à ramener à manger à sa famille. Isaku veut être digne de la responsabilité que lui a donné son père et veut que ce dernier soit fier de lui à son retour.
    Les difficultés n'enlèvent pas une part de légereté et de bonheur malgré tout. Isaku va connaitre ses premiers émois amoureux. Il a une part de naiveté qui l'empêche d'avoir une vue pessimiste de la vie.
    Le narrateur est d'ailleurs Isaku lui-même. le récit est plutôt descriptif et le jeune garçon raconte son quotidien au fil des saisons. le temps passe, le cycle des choses et de la vie continue de tourner. Il nous fait partager ses pensées, ses peurs, ses espoirs.
    En bref, il s'agit d'une tranche de vie et il ne faut pas s'attendre à une intrigue trépidante. le rythme est lent, la fin est abrupte et le lecteur sait que la vie du village continuera de façon immuable.
    Cruelle et noire, l'histoire souligne les extrémités auquelles la misère et la faim peuvent nous conduire, et transforme le simple récit en une réflexion philosophique.
    L'Homme n'est qu'un simple élément de la Nature. En provoquant et en demandant plus, en devenant avide et paresseux, peut-être dépasse-t'il les limites de sa simple condition d'humain. le châtiment n'en serait alors que d'autant plus justifié ? Dans tous les cas, la Nature donne et reprend. La vie est un éternel cycle où la nature, les hommes naissent et meurent indéfiniment.
    Je vous laisse méditer là-dessus et vous encourage à lire ce petit bijou !

    Lien : http://legrenierdechoco.over-blog.com/article-naufrages-akira-yoshim..
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Citations et extraits

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  • Par BMR, le 11 juin 2010

    [...] Les maquereaux ne s'étaient pas vendus, la pêche au poulpe n'avait pas beaucoup donné, et ils n'avaient pas ramassé de grandes quantités de coquillages, aussi l'arrivée providentielle du bateau mettrait-elle les villageois à l'abri du besoin pour deux ou trois ans peut-être. Ils allaient pouvoir vivre quelques temps tranquilles, et personne ne serait obligé de se vendre.
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  • Par BMR, le 11 juin 2010

    [...] Quand quelqu'un mourait au cours de sa période de travail, l'intermédiaire était obligé de dédommager l'employeur. C'est pourquoi il choisissait des gens en bonne santé et, considérant la perte que cela pouvait représenter, il prenait à l'employeur une somme plus importante que celle qui revenait à la famille. le village d'Isaku semblait constituer pour lui une bonne source de revenus quant à la qualité de ceux qui se vendaient pour travailler.
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  • Par cprevost, le 15 janvier 2012

    C’est à partir de ce sommet que les feuilles rouges, comme les autres années, faisaient leur apparition avant de s’étendre progressivement aux autres le long des crêtes et de déferler soudain, avec la rapidité d’une avalanche, sur les pentes qui se coloraient en vermillon. Et la vague franchissait ensuite les profondes vallées pour parcourir les collines et arriver enfin à la montagne derrière le village. A ce moment-là, d’habitude, les feuilles mortes avaient déjà fait leur apparition sur les sommets dans le lointain.
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  • Par BMR, le 11 juin 2010

    [...] Des petits bateaux avaient quitté la plage et se dirigeaient vers le navire échoué sur les rochers. [...] Les petites embarcations progressaient, et bientôt elles vinrent entourer le navire naufragé. On aurait dit des fourmis à l'assaut d'un scarabée.
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  • Par BMR, le 11 juin 2010

    [...] - Tu sais pourquoi on cuit le sel sur la plage ?

    L'œil de Kichizo était tourné vers lui.

    Isaku savait que la quantité de sel récoltée, nécessaire à la consommation du village pendant un an, était répartie équitablement entre les familles. Il pensa que si Kichizo lui posait cette question, c'était pour savoir s'il connaissait l'autre raison.

    - C'est pour faire venir les bateaux, n'est-ce pas ? répondit-il en le regardant.
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