ISBN : 2070299732
Éditeur : Gallimard (1978)


Note moyenne : 3.91/5 (sur 79 notes) Ajouter à mes livres
Orientales, toutes les créatures de Marguerite Youcenar le sont à leur manière, subtilement. L'Hadrien des Mémoires se veut le plus grec des empereurs, comme Zénon, dans la quête de son Oeuvre au Noir, paraît souvent instruit d'autres sagesses que celles de l'Occident. ... > voir plus
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Critiques et avis

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    • Livres 5.00/5
    Par LiliGalipette, le 11 mars 2010

    LiliGalipette
    Recueil de nouvelles de Marguerite Yourcenar.
    Comment Wang-Fô fut sauvé - Wang-Fô, accompagné de son disciple Ling, sillonne les routes du royaume de Han. Arrêté par le Fils du Ciel, empereur tout puissant, il est accusé d'avoir mystifié la réalité en peignant des toiles d'une beauté telle qu'elle a illusionné le monarque et l'a rendu amer, avide de ce qu'il ne pourrait jamais voir ni avoir. Pour se sauver de la condamnation à mort qui pèse sur ses vieilles épaules, Wang-Fô doit faire de la peinture le plus puissant des charmes.
    Première nouvelle du recueil, ce récit m'a toujours fait frissonner. Je doute toutefois que ce soit un texte accessible à des élèves de primaire. La langue est riche, savamment tournée et ornementée, ciselée comme une chinoiserie. Mais le message est intéressant à travailler pour éveiller la sensibilité artistique des jeunes enfants. La question de savoir si l'art est menteur est finement posée. L'empereur déplore la laideur et l'inachevé de l'univers: "le monde n'est qu'un amas de taches confuses, jetées sur le vide par un peintre insensé, sans cesse effacées par nos larmes." (p. 21) Ou alors, si l'art n'est pas menteur, est-ce lui qui crée le monde? Qui doit son existence à l'autre? L'art est-il au service de la réalité, ou est-ce le contraire?

    Le sourire de Marko - Marko Kraliévitch, un chrétien en guerre contre la domination islamique dans le Monténégro antique, est soumis aux pires tortures. La seule qui manque de le faire plier est la plus douce des douleurs, le désir.
    Le lait de la mort - A Raguse, trois frères tentent d'ériger une tour pour surveiller et prévenir les invasions barbares. Mais l'édifice s'effondre sans cesse. Il leur faut offrir aux pierres un corps vivant qui les soutiendra jusqu'au jugement dernier. Les trois frères décident de laisser le sort choisir laquelle de leurs épouses sera la sacrifiée. C'est la meilleure d'entre elles que le destin désigne. Mais la mort ne peut rien contre l'amour d'une mère et le lait coule d'outre-tombe.
    Le dernier amour du prince Genghi - Genghi le resplendissant, au soir de sa vie, quitte son palais pour un ermitage dans la montagne. Lassé des apparats de la cour, il se recueille à la lecture des Écritures. Une concubine oubliée, la Dame-du-village-des-fleurs-qui-tombent, va retrouver son amant et devient la dernière de ses compagnes. Mais les souvenirs de Genghi sont incomplets, et il ne reconnaît pas son dernier amour.
    L'homme qui a aimé les Néreides - Panegyotis, un jeune homme promis à un riche avenir, s'est laissé charmer par les Néreides. La raison lui a échappé après l'éblouissement charnel que lui ont procuré les étreintes magiques de ces crétaures enchantées.
    Notre-Dame-des-Hirondelles - L'anachorète Thérapion s'est établi sur les rives du Céphise. Il lutte contre les pratiques païennes des habitants. Les principales victimes de sa rage chrétienne sont les nymphes. Il les accule à la montagne, les privant de leurs repaires naturels et des offrandes des paysans. Recluses dans une grotte, elles n'osent traverser la chapelle que Thérapion a construite à flan de montagne. Une étrange visite dévoile au zélé moine la nature céleste des nymphes.
    La veuve Aphrodissia - Aphrodissia, la veuve du pope assassiné par Kostis le Rouge, a plus d'un secret à dissimuler. Sa liaison coupable, ses trahisons envers son époux et son village, sa peur de la solitude sont autant de vérités inavouables qu'elle emportera dans l'au-delà.
    Kâli décapitée - Kâli, pur joyau du ciel d'Indra, est décapitée d'un jet de foudre par des dieux jaloux. Contrits, ses assassins retrouvent sa tête et la déposent sur un corps qu'ils croient être le sien. Hélas, l'esprit de Kâli est désormais posé sur le corps souillé d'une femme sans vertu. Sur son passage, mort et désolation vont de pair avec éblouissement sensuel et terreur divine.
    La fin de Marko Kraliévitch - le héros chrétien trouve la mort dans un singulier combat face à un vieillard inébranlable.
    La tristesse de Cornélius Berg - Ancien disciple de Rembrandt, connu pour son talent de portraitiste et de peintre paysagiste, Cornélius Berg n'est plus qu'un vieillard rongé par l'alcool, les souvenirs et les regrets. Son talent s'est envolé, et une certitude s'impose, "Dieu est le peintre de l'univers." (p. 142) Que peut l'homme face à une telle évidence?
    Ce recueil enferme des trésors de poésie. L'auteure alimente des mythologies millénaires avec des textes dignes des plus belles légendes du monde. Des rives de la Méditerrannée aux conterforts des Balkans, l'Orient est un vaste continent chatoyant comme une étoffe damassée, brillant comme les huiles précieuses qui dorent les corps des femmes. A chaque page, il fait chaud, les odeurs lourdes des épices se déploient sous les ramures des oliviers et des cyprès.


    Lien : http://lililectrice.canalblog.com/archives/2010/03/11/17191644.html
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    Critique de qualité ? (3 votes positifs)
    • Livres 4.00/5
    Par Davalian, le 20 novembre 2011

    Davalian
    Ce recueil de Nouvelles est un assemblage de contes et récits tous bien sympathiques. Il est très court, ce qui renforce son côté divertissant et rafraîchissant. Environ 150 pages pour une dizaine de récits, dont certains (Comment Wang Fô fut sauvé) sont des classiques de l'auteure. Deux m'ont particulièrement marqués : le lait de la mort et Notre Dame des Hirondelles. Les Nouvelles restent un genre littéraire à part.
    Généralement elles passent... à condition d'être distillées à petites doses. Qui n'en pas eu assez au bout d'une vingtaine, même signées par un maître du genre tel que Dino Buzzati (la longueur mémorable du K) ou une légende telle que Alphonse Daudet. Ce souci ne se pose pas ici.
    Ce livre est un bon moyen pour connaître rapidement une auteure classique. Je pense qu'il donnera envie de lire certaines de ces œuvres (je vous recommande en particulier les Mémoires d'hadrien).
    En bref, à lire pour découvrir pourquoi Marguerite Yourcenar est devenue la première dame élue à l'Académie française. Son style est unique et onctueux à souhait.

    Lien : http://kriticon.over-blog.com/
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    Critique de qualité ? (7 votes positifs)
    • Livres 4.00/5
    Par iarsenea, le 13 septembre 2010

    iarsenea
    Les nouvelles orientales de Marguerite Yourcenar sont regroupées dans un petit recueil de 143 pages. Il y a dix courtes nouvelles, qui ne sont pas toutes si « orientales » que cela. Elles ont bien toutes un petit côté asiatique de par leur côté poétique et fragile, mais elles ne se déroulent pas toutes en Asie (en Grèce, en Serbie et aux Pays-Bas, entre autres ! ). Pour l'écriture de ces nouvelles, l'auteure s'est inspirée de divers contes, légendes, fables et superstitions. le tout en fait un petit recueil de rêves.
    nouvelles orientales est un recueil de nouvelles comme j'en ai peu apprécié jusqu'ici. J'avais lu quelques-unes des nouvelles qui composent ce recueil à ma première année de cégep pour mon cours de français, et je m'étais toujours promis qu'un jour j'allais les lire toutes. le challenge ABC était l'occasion ou jamais !
    Ce qui m'a le plus plu de ces nouvelles, c'est précisément ce qui en temps normal me déplaît le plus dans ce type d'histoire: le fait qu'elles sont courtes et que, par conséquent, les personnages paraissent peu travaillés.
    Toutes les nouvelles sont intéressantes, mais si vous ne devez qu'en lire quelques-unes, je vous suggère de vous concentrer sur les premières, en particulier sur les quatre premières, qui m'ont semblé plus travaillées et dont les dénouements sont un peu moins soudains.
    Les nouvelles orientales nous entraînent le temps d'un clin-d'oeil dans des endroits et à des époques qui ne semblent pas faire partie de notre histoire. Tout paraît si irréel ! L'écriture est magnifique, poétique et musicale. On voit les couleurs, on sent les odeurs et on goûte les aliments, tellement l'écriture est belle. Et pourtant, quand on la regarde de façon rationnelle, il y a là si peu de mots ! L'imagination fait tout à la place des mots. C'est une expérience incomparable, que je recommande à tous !
    Je ne mets pas ici de résumé des nouvelles, puisque Lili Galipette l'a déjà fait avec brio, mais mes résumés des nouvelles de ce recueil se trouvent tout de même sur mon blog au cas où cela intéresserait certains d'entre vous.

    Lien : http://lecturesdisabelle.blogspot.com/2010/09/nouvelles-orientales.h..
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    Critique de qualité ? (2 votes positifs)
    • Livres 4.00/5
    Par Dadafolie, le 24 avril 2012

    Dadafolie
    Après avoir dévoré l'œuvre au noir, je me suis penchée sur le conseil d'un ami sur cette œuvre de Yourcenar, bien plus courte mais néanmoins toujours aussi agréable.
    Ce recueil de nouvelles orientales nous ouvre une fenêtre sur différentes cultures, et permet une immersion simple et naturelle dans les contes.
    Le style de Yourcenar est toujours aussi littéraire, flamboyant à lire ; j'apprécie particulièrement cette auteur pour son vocabulaire et ses tournures de phrases élégantes, ainsi que ses métaphores stylisées.
    Une petite déception tout de même : ayant déjà eu l'occasion de lire des nouvelles orientales, je trouve la vision de Yourcenar trop occidentale...Même si un effort a été fait pour tenter d'inverser cette tendance.
    Malgré ce point qui ne plombe en rien le bouquin, j'ai grandement apprécié cette lecture rapide et légère, mais qui rassasie par sa grâce d'écriture !
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    • Livres 4.00/5
    Par nanet, le 21 février 2011

    nanet
    Dix nouvelles, donc, composent ce petit recueil. Dix nouvelles orientales, inspirées de fables et légendes venant de ces pays avec une exception pour une histoire se déroulant à Amsterdam... Certes, beaucoup dirons que l'on à déjà vu ce genre de réécriture, que l'auteur n'invente pas grand chose et se contente de poser sa plume sur des récits existant. Mais personnellement, j'ai trouvé cela très sympathique, très frais, ou au contraire parfois assez sombre et cru. Bien sûr j'ai préféré certaines nouvelles à d'autre, c'est d'ailleurs ce qui fait le charme de ce genre de petits bouquins... on peut adorer certaines histoires et passer à côté d'autres ! Cela ne veut pas dire qu'elle soient moins bonnes, ou moins bien traité. Cela veut juste dire qu'en ce moment, je n'adhère pas à ces textes, que mes sentiments, mes idéaux ne sont pas touchés par ces mots.
    Celle que je préfère parmi les dix est la première : Comment Wang-Fô fut sauvé.
    Le vieux peintre Wang Fo est condamné à mort par un empereur ne supportant pas de le voir créer un monde imaginaire, plus beau que l'univers réel. Cependant Wang Fo réussit à s'évader sur la mer de jade que son pinceau vient de créer...
    La suite sur le blog

    Lien : http://lesmotsdenanet.blogspot.com/2011/02/nouvelles-orientales-de-m..
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Citations et extraits

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  • Par lanard, le 07 décembre 2011

    Il était debout, pieds nus, dans la poussière, la chaleur et les relents du port, sous la maigre tente d'un petit café où quelques clients s'étaient affalés sur des chaises, dans le vain espoir de se protéger du soleil. Son vieux pantalon roux descendait à peine jusqu'aux chevilles, et l'osselet pointu, l'arête du talon, les longues plantes calleuses et tout excoriées, les doigts souples et tactiles appartenaient à cette race de pieds intelligents, accoutumés à tous les contacts de l'air et du sol, endurcis aux aspérités des pierres, qui gardent encore en pays méditerranéen à l'homme habillé un peu de la libre aisance de l'homme nu. Pieds agiles, si différents des supports gauches et lourds enfermés dans les souliers du Nord...
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  • Par iarsenea, le 13 septembre 2010

    Ce soir-là, Ling apprit avec surprise que les murs de sa maison n'étaient pas rouges, comme il l'avait cru, mais qu'ils avaient la couleur d'une orange prête à pourrir. Dans la cour, Wang-Fô remarqua la forme délicate d'un arbuste, auquel personne n'avait prêté attention jusque-là, et le compara à une jeune femme qui laisse sécher ses cheveux. Dans le couloir, il suivit avec ravissement la marche hésitante d'une fourmi le long des crevasses de la muraille, et l'horreur de Ling pour ces bestioles s'évanouit. Alors, comprenant que Wang-Fô venait lui faire cadeau d'une âme et d'une perception neuves, Ling coucha respectueusement le vieillard dans la chambre où ses père et mère étaient morts.
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  • Par iarsenea, le 13 septembre 2010

    Kâli la Noire est horrible et belle. Sa taille est si fine que les poètes qui la chantent la comparent au bananier. Elle a des épaules rondes comme le lever de la lune d'automne ; des seins gonflés comme des bourgeons près d'éclore ; ses cuisses ondoient comme la trompe de l'éléphanteau nouveau-né, et ses pieds dansants sont comme des jeunes pousses.
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  • Par iarsenea, le 13 septembre 2010

    Les femmes stérilisées contre le malheur et la vieillesse ont cessé d'exister. Ce n'est plus que dans les légendes des pays à demi barbares qu'on rencontre encore ces créatures riches de lait et de larmes dont on serait fier d'être l'enfant...
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  • Par iarsenea, le 13 septembre 2010

    Il va sans dire que Marko reconquit le pays et enleva la belle fille qui avait éveillé son sourire, mais ce n'est ni sa gloire, ni leur bonheur qui me touche, c'est cet euphémisme exquis, ce sourire sur les lèvres d'un supplicié pour qui le désir est la plus douce torture.
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