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> B. Cauvet-Duhamel (Autre)
> Jorge Semprun (Autre)

ISBN : 2070286487
Éditeur : Gallimard (1979)


Note moyenne : 3.85/5 (sur 117 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
On nous attacha sur des tables pour nous faire subir la Grande Opération. Le lendemain, je me rendis chez le Bienfaiteur et lui racontai tout ce que je savais sur les ennemis du bonheur. Je ne comprends pas pourquoi cela m'avait paru si difficile auparavant. Ce ne peut ... > Voir plus
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Critiques, analyses et avis

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    • Livres 5.00/5
    Par Nastasia-B, le 25 février 2015

    Nastasia-B
    Nous Autres. Si vous n'êtes pas un(e) expert(e) de SF, et en particulier des dystopies, ce titre ne vous dit peut-être rien. En revanche, 1984 de George Orwell ou le Meilleur Des Mondes d'Aldous Huxley, vous connaissez fort bien, au moins de nom.
    Eh bien sachez que Nous Autres de Ievgueni Zamiatine est le tout, tout premier modèle du genre. L'auteur, grand amateur de Wells, eut l'idée de combiner l'univers SF futuriste avec ce qu'il vivait à l'époque dans son pays, en 1920, à savoir la mise en place de la toute nouvelle U.R.S.S.
    Ce n'est pourtant pas encore la grande maestria liberticide de Staline qu'expérimente Zamiatine, mais c'est déjà suffisamment totalitaire pour lui permettre d'entrevoir tous, absolument tous les excès et les dérives que subira le système. Ç'en est d'ailleurs particulièrement émouvant, car pour lui, contrairement à Aldous Huxley douze années plus tard ou George Orwell vingt-neuf ans après, ce n'est pas juste un exercice d'écrivain visionnaire, c'est presque une dénonciation en temps réel de la situation qu'il est en train d'expérimenter dans son pays.
    Nous Autres est bien sûr un écrit de science-fiction, mais c'est aussi et surtout un ouvrage politique et philosophique. Cela dit, il serait injuste envers Zamiatine et envers la qualité de l'oeuvre dont il est question de ne pas la considérer d'abord et avant tout comme une magnifique oeuvre littéraire, car le style y est très présent, quoique pouvant apparaître comme discret, ce me semble un fleuron du genre.
    Je m'en explique tout de suite. Nous sommes transportés environ mille ans après le début du XXème siècle (moment où écrit l'auteur). le narrateur s'appelle D-503. C'est un mathématicien et un ingénieur important de l'État Unique, responsable de la mise au point et de la construction de « L'Intégral », grand vaisseau spatial destiné à la dissémination de la " bonne " parole de l'État Unique de part et d'autre de l'univers.
    Il s'agit donc d'un " apparatchik " du système, qui parle, au départ, bien comme il faut, c'est-à-dire comme le prescrit le système, qui pense, qui vit, qui fait parfaitement et consciencieusement tout ce qu'enjoint de penser, de vivre ou de faire le système. Malheureusement pour lui, il fait une rencontre inopinée, très dérangeante car non stipulée dans ses abaques et fort délicate à mettre en équation. Il s'agit d'une femme, I-330, pour être précise.
    Non contente de ne pas toujours respecter les prescriptions du système, elle l'oblige parfois, contre son gré, à commettre quelques entorses aux divers règlements. D'abord scandalisé, D-503 va peu à peu éprouver quelque penchant pour cette femme vénéneuse. Quoi ? Un penchant ? Une émotion, donc ? Serait-il malade notre brave D-503 ?
    Semant en lui les graines maléfiques de l'aspiration à la liberté, à mesure que D-503 s'éloigne de la façon de penser orthodoxe, le style narratif de ses notes prend des tournures métaphoriques. Et c'est là qu'est le grand talent stylistique de Zamiatine, car cela est parfaitement maîtrisé et cela apparaît par touches successives pour confiner, dans les dernières notes, à de la véritable poésie.
    Faut-il vous en dire bien davantage ? Je ne sais pas. Pour moi, ce livre de l'éveil de la personnalité à la libre pensée et aux états d'âme est un véritable chef-d'oeuvre, d'intelligence, de pertinence, d'audace, de réflexion et de style. Que demander de plus en seulement deux cents pages et des chapitres ultra-courts qui en permettent une lecture aisée et très rapide ? Chapeau bas Monsieur Zamiatine, ils sont rares les auteurs de votre calibre et ils nous manquent, surtout en ce moment. Nous autres, nous n'avons que Houellebecq, c'est-à-dire, pas grand-chose.
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    • Livres 5.00/5
    Par Missbouquin, le 26 juin 2012

    Missbouquin
    "Nous autres" est une des premières dystopies de l'histoire, qui a fortement inspiré le 1984 d'Orwell et le Meilleur des mondes de Huxley. le roman intervient au coeur des débats qui entourent la naissance du système soviétique. En URSS, la publication de ce livre a été interdite en 1923. En butte à la censure stalinienne, Zamiatine s'est ensuite exilé à Paris en 1931.

    Le roman prend la forme d'un journal d'un homme du futur (on ne connait pas le siècle avec précision) nommé D-503. En effet, dans ce monde, les hommes ne portent des numéros (ils ne sont plus d'ailleurs appelés "homme" mais "numéro", ce qui résonne très étrangement à la lecture.) le travail de D-503 consiste à fabriquer l'Intégral, un vaisseau spatial destiné à convertir les civilisations extraterrestres au bonheur, que l'État unique prétend avoir découvert.
    L'idée de base est la suivante : il n'y a plus d'individus, seulement des numéros tous égaux régis par un État unique qui les convainc de leur apporter le bonheur. Pour cela, la vie de chacun est réglée avec minutie, y compris les moments d'intimité dont il faut faire la demande quelques heures auparavant.
    Ainsi, la planète toute entière se lève à 7h. Déjeune à 8h. Et va travailler à 9h. Très précisément. D-503 évoque à ce propos l'instigateur philosophique de ce système, Charles Taylor : "Certes, ce Taylor était le plus génial des anciens. Il est vrai, malgré tout, qu'il n'a pas su penser son idée jusqu'au bout et étendre son système à toute la vie, à chaque pas, à chaque mouvement; il n'a pas su intégrer dans son système les 24h de la journée." L'État unique de Zamiatine l'a fait, pensant atteindre ainsi une perfection puisque les inégalités n'existant plus, les différences entre les hommes non plus. Un numéro n'est plus qu'une partie d'un tout : "Une distinction naturelle : la tonne est le droit et le gramme, le devoir. La seule façon de passer de la nullité à la grandeur, c'est d'oublier que l'on est un gramme et de se sentir la millionième partie d'une tonne." Avec ce "nous", les hommes peuvent réellement exister, être heureux, ils ne sont jamais laissés à eux-mêmes, dotés d'une dangereuse liberté individuelle.
    Mais petit à petit, alors qu'il dépeint ce système, des changements s'opèrent dans l'esprit du numéro D-503 : "ça va mal. Il s'est formé une âme en vous."Une âme ! Quel mot étrange et depuis longtemps oublié ! C'est ... très grave ? balbutiai-je. Incurable, tranchèrent les ciseaux."
    D-503 commence à regretter cette planification, tâchant d'imaginer comment pouvaient vivre les hommes auparavant, quand ils ne savaient pas de quoi le lendemain serait fait ... Il observe aussi des rébellions, comme cette femme essayant de sauver un ami de la mort décidée par l'État. A ce moment-là, "Elle n'était déjà plus un numéro mais un individu."
    Mais il est trop tard. le coup final sera le lancement de l'ultime lutte par cet État, qui veut supprimer l'ultime obstacle au bonheur humain :
    "seulement, le mécanisme n'a pas d'imagination. Avez-vous jamais vu un sourire rêveur recouvrir le cylindre d'une pompe pendant son travail ? Avez-vous jamais entendu les grues soupirer et se plaindre pendant les heures destinées au repos ?" Non ! [...] mais ce n'est pas de votre faute : vous êtes malades. Votre maladie, c'est l'imagination. C'est un ver qui creuse des rides noires sur vos fronts. C'est une fièvre qui vous oblige à courir plus loin, bien que ce "plus loin" commence où finit le bonheur. C'est la dernière barricade sur le chemin du bonheur. "
    Je ne veux pas vous en dévoiler plus, j'en ai déjà trop dit. Mais c'est un roman d'une grande richesse, d'une grande modernité aussi, car il ne semble pas avoir pris une ride.
    Et surtout, au-delà d'un roman dystopique, on a l'impression que Zamiatine a pressenti les dérives possibles de l'État soviétique qui est en train de s'installer. Quand tout le monde s'appelle "Camarade", que l'on prétend que tous les hommes sont égaux, que l'on tue tous ceux qui s'opposent à l'État suprême, que tous les hommes sont endoctrinés, contrôlés, certes c'est l'État totalitaire par excellence, celui que l'on ne connaît que trop bien aujourd'hui. Mais il ne faut pas oublier que Zamiatine l'a écrit en 1920 !
    Un écrivain visionnaire ? ou un parfait connaisseur de l'âme et des tendances humaines ?
    Zamiatine défendait par ailleurs la fonction essentiellement critique et utopique de la littérature, qui ne pouvait être l'instrument d'une cause. Dans sa lignée, nous retrouverons plus tard Soljenitsyne, tous deux étant animés d'une exigence libertaire, de la force d'une revendication idéaliste et surtout d'un profond humanisme. Par ce roman, Zamiatine transforme le roman d'anticipation inauguré par Wells en une arme de l'esprit critique. Qui fait mouche.
    Pour finir, une phrase qui m'a frappée, car elle révèle à la fois la richesse et la faiblesse de l'âme et des comportements humains.
    "Les hommes sont comme les romans : avant la dernière page, on ne sait jamais comment ils finiront. Autrement, cela ne vaudrait pas la peine de les lire."

    Lien : http://missbouquinaix.wordpress.com/2012/06/26/nous-autres-eugene-za..
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    • Livres 5.00/5
    Par LiliGalipette, le 01 novembre 2012

    LiliGalipette
    Au sein de l'État Unique, la soumission arithmétique apporte le bonheur et le Bienfaiteur sait comment garder son peuple dans « l'obéissance absolue et extatique, dans le manque idéal de liberté. » (p. 18) Au-delà du Mur Vert, tout n'est que confusion et il fait bon vivre dans « la vie mathématiquement parfaite de l'État Unique. » (p. 16) D-503 est le constructeur de l'Intégral, un vaisseau qui apportera la connaissance aux peuples. Chaque soir, il rédige ses notes personnelles et les compile sous le titre de Nous autres, en opposition aux peuples libres, mais malheureux. Dans les premières pages, sa confiance et sa foi dans le système sont inébranlables. Il est parfaitement heureux de son existence et de son organisation.
    Et son regard croise celui de I-330. « Cette femme agissait sur moi aussi désagréablement qu'une quantité irrationnelle et irréductible dans une équation. » (p. 22) Quelque chose de fissure chez D-503. Il confie ses premiers questionnements à ses notes. « Que mon journal, tel un sismographe sensible, donne la courbe de mes hésitations cérébrales les plus insignifiantes. Il arrive que ce soit justement ces oscillations qui servent de signes précurseurs. » (p. 34) Inexorablement, I-330 le pousse à la différence et à la remise en question. Il lui vient une âme : est-ce un bienfait ? Est-ce une maladie ?
    D-330 voudrait résister, se soumettre à nouveau à la bienveillante contrainte du système. Mais il ne peut se passer de I-330 : « Elle est plus forte que moi, beaucoup plus forte et je ferai comme elle le désire. » (p. 110) Et que désire-t-elle ? Quels sont ses plans ? L'État Unique doit-il trembler devant cet esprit libre ? Ou n'y a-t-il que l'équilibre de D-503 qui soit en péril ? Qui suis-je moi-même : « eux » ou « nous » ? » (p. 142)
    Quel roman terrifiant ! Ce système qui promeut le bonheur sous la contrainte est parfaitement rationnel, voire acceptable. Et c'est bien ça le pire ! Les Tables régissent tout, même l'art et la musique. L'Indicateur des chemins de fer est considéré comme la littérature la plus aboutie. La morale est arithmétique et tout est soumis à la rationalisation et au calcul. Moi qui suis fâchée avec les nombres, je m'étonne d'avoir été séduite par cet état mathématique, au point de maudire les acteurs de la rébellion.
    Eugène Zamiatine offre un roman d'une densité incroyable : chaque fois que je l'ouvrais, j'étais happée et fascinée, complètement bouleversée. L'intrigue qui date de 1920 est résolument moderne et bien inquiétante. Je connaissais le chef-d'oeuvre de George Orwell et celui d'Aldous Huxley. Je les ai aimés. Mais Nous autres surpasse tout : il place l'humain au coeur d'une machine terrifiante, déshumanisée, sans espoir de salut.
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    • Livres 4.00/5
    Par Sando, le 16 mai 2014

    Sando
    C'est en 1920, bien avant la parution du « Meilleur des mondes » d'Aldous Huxley (1931) ou de « 1984 » de George Orwell (1949), qu'Eugène Zamiatine publie « Nous autres ». Ce texte emblématique, précurseur d'un nouveau genre littéraire, ne mettra pas longtemps à être censuré par le régime stalinien, contraignant son auteur à l'exil…

    Dans ce roman de science-fiction, Eugène Zamiatine imagine une civilisation futuriste, régie par un individu, prénommé le Bienfaiteur, dans laquelle chaque être est numéroté et évolue au même rythme, selon un schéma bien précis qui est celui de la raison. C'est elle qui gouverne l'ensemble des agissements de la population, ne laissant aucune place au libre arbitre ni à l'imagination. D-503, le narrateur, est chargé de diriger la construction de l'Intégral, un vaisseau spatial destiné à fédérer le reste de l'univers autour de cette société idéale, dans laquelle règne le bonheur et l'harmonie.

    Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes pour cet homme de 32 ans, citoyen sans histoires et sans rêves, jusqu'au jour où il fait la connaissance de I-330, une femme différente des autres, qui suscite en lui un sentiment d'indignation mêlé de fascination. A ses côtés, il va découvrir l'amour, mais aussi la jalousie. Sa vision du monde va changer et s'élargir. Mais dans l'Etat Unique, la différence est perçue comme un danger. Elle est traquée et éradiquée sans autre forme de procès. S'il veut survivre, D-503 va devoir choisir entre deux mondes sur le point de s'affronter…

    Avec « Nous autres », Eugène Zamiatine nous livre une politique-fiction extrêmement déroutante. Lorsqu'on la replace dans son contexte, l'auteur apparaît comme un visionnaire, à la fois très en avance sur son époque et très conscient du tournant qui est en train de s'opérer dans les mentalités. La description de ce régime totalitaire, qui prône un parti unique, intolérant, suspicieux et privilégie la communauté au détriment de l'individu, fait froid dans le dos tant elle est proche d'une réalité qui est en train de se mettre en place… le récit, présenté sous la forme d'un journal, se compose de 40 notes grâce auxquelles on pénètre dans l'intériorité du narrateur. D-503 s'adresse directement à nous, les Anciens, pour nous expliquer le fonctionnement de cette société idéale, basée sur un raisonnement logique, entièrement mathématisé. Mais plus on avance et plus les fondements de cette utopie se révèlent inquiétants. Une tension s'installe et s'amplifie au fur et à mesure que les convictions du narrateur s'écroulent… Un roman sombre et angoissant, qui met la littérature au service de la pensée afin de dénoncer les dangers du totalitarisme. « Nous autres » fait partie de ces classiques à découvrir !
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    • Livres 5.00/5
    Par Foxfire, le 20 mai 2014

    Foxfire
    Beaucoup a été dit sur l'aspect précurseur, visionnaire de "Nous autres". Et c'est vrai qu'on ne peut être que bluffé par l'intelligence et la pertinence du propos et par la qualité de l'écriture.
    La forme de journal est une bonne idée et permet de pénétrer la psyché du héros, de suivre son évolution en temps réelle. D'ailleurs, Zamiatine décrit finalement assez peu le contexte social pour centrer son récit sur son personnage principal. Celui-ci, fourmi parmi les fourmis d'une société hyper rationaliste, mécanisée va se découvrir une individualité. le héros va hésiter entre repousser ou s'ouvrir à ce sentiment nouveau qu'il sent vivre en lui, cette soif de liberté, cette faim de vivre. Ce combat intérieur est passionnant.
    Nous autres est un chef d'oeuvre de la littérature de dissidence. C'est aussi un roman qui possède d'indéniables qualités littéraires. J'ai été étonnée par la modernité du style.
    Le récit est empreint d'une grande poésie. Ainsi, par exemple, l'opposition entre la société mathématisée, automatisée et le monde du dehors, sauvage et primitif donne lieu à des passages à la fois naïfs et touchants.
    Quant à l'histoire d'amour entre d'et I, elle est tout sauf mièvre. Véritable dissection du sentiment amoureux, cet aspect du roman offre de très beaux passages.
    Zamiatine mène parfaitement son récit jusqu'à un dénouement désespéré qui broie le coeur.
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Citations et extraits

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  • Par Nastasia-B, le 27 février 2015

    — Cite-moi le DERNIER chiffre.
    — Quoi ? Je ne comprends pas, quel dernier chiffre ?
    — Eh bien, celui du dessus, le plus grand !
    — Mais, I, c'est absurde. Le nombre de chiffres est infini, il ne peut y en avoir un dernier.
    — Alors pourquoi parles-tu de la dernière révolution ? Il n'y a pas de dernière révolution, le nombre des révolutions est infini. La dernière, c'est pour les enfants : l'infini les effraie et il faut qu'ils dorment tranquillement la nuit…

    (назови мне последнее число.
    — То есть ? Я… я не понимаю: какое — последнее ?
    — Ну — последнее, верхнее, самое большое.
    — Но, I, — это же нелепо. Раз число чисел — бесконечно, какое же ты хочешь последнее ?
    — А какую же ты хочешь последнюю революцию ? Последней — нет, революции — бесконечны. Последняя — это для детей: детей бесконечность пугает, а необходимо — чтобы дети спокойно спали по ночам…)

    Note 30.
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  • Par Nastasia-B, le 02 mars 2015

    « Un de nous, au moment de sortir, découvrit un homme sans numéro. Je ne vois pas comment il a pu entrer. On l'a mené à l'Opératoire. On lui fera dire comment et pourquoi il est venu ici… »
    Il avait un sourire charmant… Ce sont nos meilleurs médecins, parmi les plus expérimentés, qui travaillent à l'Opératoire, sous la direction du Bienfaiteur en personne. Il se servent d'instruments divers et en particulier de la fameuse cloche Pneumatique. En réalité, c'est l'application d'une vieille expérience d'école. On place une souris sous une cloche en verre et on raréfie l'air de la cloche à l'aide d'une pompe… Vous savez le reste. Seulement, notre Cloche Pneumatique est évidemment beaucoup plus perfectionnée ; on y emploie différents gaz. Ce n'est plus une amusette avec un petit animal sans défense ; notre but est plus noble : il s'agit de la protection de l'État Unique, autrement dit, du bonheur de millions d'êtres. Il y a cinq siècles, lorsque le travail dans l'Opératoire ne faisait que commencer, il se trouva des imbéciles pour le comparer à l'ancienne Inquisition ; mais c'est aussi absurde que de mettre sur le même plan le chirurgien faisant l'opération de la trachéotomie et le bandit de grand chemin. Tous les deux ont peut-être le même couteau, avec lequel ils font l'opération : ils ouvrent une gorge ; cependant l'un est un bienfaiteur, l'autre un criminel, l'un est marqué du signe plus, l'autre du signe moins… Tout cela est très clair, se comprend en une seconde, d'un seul tour de notre machine logique…

    Note 15.
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  • Par Nastasia-B, le 21 février 2015

    Elle regardait le plancher, ses paupières étaient baissées comme des rideaux. Une pensée me vint subitement. Vers vingt-deux heures, sur le boulevard, parmi des cellules vivement éclairées, d'autres sont toutes sombres, les rideaux tirés. Et là, derrière ces rideaux… Que se passe-t-il donc derrière ses rideaux à elle ? […]
    J'ouvris une lourde porte, grinçante et opaque, et nous nous trouvâmes dans un local sombre et en désordre qu'on appelait autrefois : " appartement ". […] Il était impossible de mettre ça en équation. Je supportais ce chaos avec peine. […]
    — Et dire qu'ici on aimait " tout simplement, comme ça ", on brûlait, on se tourmentait… (les rideaux de ses yeux se baissèrent encore), quelle dépense déréglée et absurde d'énergie humaine ! N'est-il pas vrai ? […]
    Nous nous arrêtâmes devant le miroir et je ne vis que ses yeux. Je pensai que l'homme est constitué aussi stupidement que ces " appartements ", les têtes des gens sont opaques et n'ont que les yeux comme fenêtres. Elle sembla deviner ce que je pensais et se retourna, ayant l'air de dire : " Eh bien, les voilà mes yeux… " J'avais devant moi deux fenêtres sombres avec, derrière, une vie inconnue. Je ne voyais que le feu mais je savais qu'une " cheminée " fumait à l'intérieur.

    Note 6.
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  • Par Nastasia-B, le 01 mars 2015

    « C'est ici, dit-elle. Comme par hasard, c'est celui dont je t'ai parlé à la Maison antique qui est de service aujourd'hui. » De loin, en regardant soigneusement les forces qui germaient en moi, je lus une enseigne : " Bureau Médical ", et compris tout.
    Nous entrâmes dans une chambre de verre, pleine de brouillard d'or. Des bocaux, des bouteilles colorées, des tuyaux, des étincelles bleuâtres dans des tubes. […] Je n'entendis pas ce qu'elle lui dit. Je regardais son sourire et me sentais sourire sans retenue, béatement. Les lèvres en ciseaux étincelèrent et le médecin déclara :
    « Certainement, je comprends. C'est une maladie très dangereuse, je n'en connais pas de plus dangereuse… » Il éclata de rire, écrivit rapidement quelque chose de sa main de papier et tendit la feuille à I ; il remplit une seconde feuille qu'il me donna.
    C'étaient des certificats établissant que nous étions malades et ne pouvions aller à notre travail. Je volais mon travail à l'État Unique, j'étais un voleur passible de la Machine du Bienfaiteur. Mais cela m'était indifférent et lointain. […] Je pris la feuille sans hésiter une seconde. Tout mon être, mes yeux, mes lèvres, mes mains savaient que cela devait être ainsi.

    Note 13.
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  • Par Nastasia-B, le 26 février 2015

    Traitons à l'acide l'idée de " droit ". Les plus sages des anciens savaient déjà que la force est la source du droit et que celui-ci n'est qu'une fonction de la force. Supposons deux plateaux de balance ; sur l'un se trouve un gramme et sur l'autre une tonne, je suis sur l'un, et les autres, c'est-à-dire " Nous ", l'État Unique, sont sur l'autre. N'est-il pas évident qu'il revient au même d'admettre que je puis avoir certains " droits " sur l'État Unique que de croire que le gramme peut contrebalancer la tonne ? De là une distinction naturelle : la tonne est le droit, le gramme le devoir. La seule façon de passer de la nullité à la grandeur, c'est d'oublier que l'on est un gramme et de se sentir le millionième partie d'une tonne...

    Note 20.
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