> Chowra Makaremi (Éditeur scientifique)

ISBN : 2070134067
Éditeur : Gallimard (2011)


Note moyenne : 3/5 (sur 1 notes) Ajouter à mes livres
Au cours de l’hiver de 2004, Chowra Makaremi découvre en Iran un cahier contenant les Mémoires de son grand-père maternel, Aziz Zarei, disparu dix ans auparavant.
Il raconte ledestin tragique de la tante et de la mère de la jeune femme, toute deux militantes d’un... > voir plus
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Critiques et avis(2)

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    • Livres 3.00/5
    Par chocobogirl, le 28 septembre 2011

    chocobogirl
    Chowra Makaremi est une française d'origine iranienne. En 2004, elle découvre un cahier où son grand-père Aziz y consignait les années noires de ses 2 filles disparues dans les méandres de la République islamique iranienne, afin que ses petits-enfants apprennent les détails de leur disparition.
    C'est donc le destin tragique de la mère et de la tante de l'auteur qui sont à découvrir ici. Constitué des carnets de son grand-père, l'ouvrage présente également la correspondance croisée des deux jeunes femmes et de leur père, ainsi que le récit de Chowra quant à sa rencontre avec les cahiers de son grand-père.
    Les notes d'Aziz vont nous plonger au coeur de la révolution iranienne de 1979 et de la répression qui a suivie. Fataneh et Fatemeh, la mère de l'auteur, sont des militantes du parti des mojahedins, principal mouvement qui oeuvra contre la dictature du Shah et qui permit la mise en place de la révolution iranienne. Pourtant, peu après, le mouvement est durement réprimé. Les 2 soeurs sont arrêtés en 1981 et 1982 et vont désormais devoir faire face à de nombreuses tortures et pressions. Fataneh, enceinte, passera quelques mois en prison avant d'être exécutée, après différents simulacres de mort. La mère de Chowra passera 7 années terribles en prison où elle doit affronter interrogatoires musclés, transferts intempestifs, et tortures. Elle sera finalement tuée lors d'une action d'envergure d'exécutions d'opposants. Les corps ne seront jamais rendus à la famille qui aura interdiction de pleurer et de "célébrer" le deuil.
    Le cahier d'Aziz, débuté en 1988 jusqu'en 1994, est donc le témoignage d'un homme qui voit ses filles menacées et craint chaque jour pour leur vie. Dans un récit linéaire (mais découpé en chapitres par sa petite-fille), Aziz raconte la peur, les incertitudes, et les multiples recherches. Courant d'une administration à une autre, il tente de connaître le sort de ses filles, essaye de les aider et de les libérer. Il fait passer des colis de nourriture. Des visites familiales seront parfois autorisées mais la peur demeure toujours. La première est exécutée, le désespoir s'abat. Il faut trouver de l'argent, s'occuper des enfants orphelins alors que leur père s'est réfugié en Europe. le père et la mère découvre peu à peu la déchéance physique de leur fille et leur demande vainement de signer des confessions. Mais les 2 soeurs resteront fidèles à leur engagement et refuseront de se plier à leurs geôliers jusqu'à la mort.
    Bref, c'est l'amour et la détresse d'un père qui est à lire ici.
    Mais au-delà du témoignage personnel, c'est également un texte à la portée plus globale qui se révèle une véritable immersion dans les coulisses de la République islamique mise en place par Khomeiny. La répression fut considérable et les morts se comptent en dizaine de milliers. Les corps ont disparus, les tombes sont souvent inexistantes ou fausses et certains détenus sont encore en prison aujourd'hui. Les responsables des massacres sont toujours au pouvoir et l'Iran continue de nier les libertés individuelles.
    Les cahiers d'Aziz non destinés à être publiés mais à faire connaître la vérité aux 2 enfants de Fatameh présente le défaut de ne pas être très écrit. La construction est un peu bancale, les références parfois peu explicites pour les néophytes en histoire iranienne. Chowra y a d'ailleurs adjoint de nombreuses notes permettant de comprendre le contexte historique de l'Iran, les allusions religieuses et autres spécificités propre à cette culture. On regrettera qu'elles aient été regroupées en fin d'ouvrage au lieu du bas de page, obligeant à un constant aller-retour.
    La correspondance et l'histoire du carnet qui suivent les mémoires d'Aziz sont un ajout intéressant qui permettent de mieux mettre en perspective le contexte d'écriture du cahier, la réflexion qui s'est engagé sur l'intérêt de sa publication.
    Je dois dire que ce fut, pour ma part, une très intéressante découverte. Je connaissais assez mal l'Iran et plonger dans le passé de cette république dictatoriale permet de mieux comprendre la situation du pays aujourd'hui. Mais malgré les explications de l'auteur, je regrette de ne pas avoir totalement perçu toutes les subtilités historiques des faits. J'ai dû me reporter parfois à quelques recherches sur internet pour mieux comprendre l'enchaînement de certains actes. le manque de certaines clés personnelles ont certainement été néfastes à la compréhension totale de tous les tenants et aboutissants.
    Néanmoins, je comprends l'importance que Chowra donne à ce texte. Outre la forte charge émotionnelle de l'histoire tragique de cette famille, on assiste à une sorte de décryptage intérieur des méthodes de la dictature de l'époque dont on peut malheureusement craindre qu'elle n'ait pas totalement changé...
    Dans notre monde d'aujourd'hui, il me semble important de savoir que de telle choses sont encore possibles. Des faits dont on ne parle peut-être pas tous les jours aux informations et qu'il me semble bon de connaître.
    Bref, si le cahier d'Aziz manque d'une certaine profondeur, d'une vue plus globale des faits qui ouvrirait la réflexion sur la dictature iranienne en elle-même, (mais cela, de par le contexte et le but de son écriture originelle même), il n'en demeure pas moins que cet homme est un témoin de son temps et de son époque et que les crimes, quels qu'ils soient, doivent être dits et connus.

    Lien : http://legrenierdechoco.over-blog.com/article-le-cahier-d-aziz-chowr..
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  • Par ppette007, le 02 octobre 2011

    ppette007
    En 2004, l'anthropologue Chowra Makaremi découvre, caché au fond d'une armoire, un cahier. Dans ce cahier, son grand-père maternel, Aziz Zarei, a consigné a posteriori son témoignage sur les années 80 en Iran qui virent l'instauration d'une république islamique suite à la révolution de 1979. En plein désarroi, il raconte à sa manière ces années douloureuses durant lesquelles disparurent deux de ses filles, la mère et la tante de Chowra Makaremi, toutes deux militantes au sein du mouvement des mojahedins du peuple. La première, Fatemeh, fut assassinée en 1988 après plus de sept ans d'emprisonnement marqués par les tortures mentales et physiques ; la seconde, Fataneh, fut exécutée en 1982 après plusieurs simulacres d'exécutions publiques alors qu'elle était enceinte de huit mois. Chowra Makaremi a choisi de rendre public le récit de ces deux destins tragiques après l'avoir traduit et y avoir ajouté des lettres échangées entres les membres de cette famille ainsi qu'un passage sur son cheminement à la rencontre de ce passé douloureux.
    Ce témoignage ne laissera personne indifférent en ce qu'il décrit les sévices subis par les deux militantes et plus largement la violence aveugle qui a frappé tous ceux considérés à tort ou à raison comme opposants au nouveau régime en place. Mais s'il est poignant, c'est surtout parce qu'il évoque de l'intérieur le sort des familles des opposants, mises au ban de la société, laissées sans nouvelles de leurs proches et subissant le cynisme et les intimidations des autorités. Ainsi, les allers et retours d'Aziz Zarei, vieil homme de soixante dix ans, entre les différents lieux de détention dans l'espoir de voir sa fille sont-ils particulièrement touchants.
    Ce livre permet également d'appréhender toute la complexité de l'histoire politique de l'Iran et nous donne envie d'en savoir plus. En effet, il nous apprend notamment comment les mojahedins du peuple, défenseurs de la révolution iranienne, ont été progressivement mis à l'écart puis désignés comme ennemis de l'Etat républicain islamique, ennemis qu'il fallait alors éliminer massivement.
    Enfin, ce cahier fait écho à la situation actuelle de l'Iran qui faisait la une des journaux en 2009 lors des vagues de répression qui ont suivi les élections présidentielles controversées ou plus récemment avec l'affaire Sakineh. Mais il a aussi une portée universelle car il rappelle le traitement réservé aux opposants politiques dans bien des régimes autoritaires avec son lot de disparitions, d'aveux télévisés forcés, de tortures aux techniques de plus en plus sophistiquées, etc. et nous montre la face la plus sombre de l'humanité.
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Citations et extraits

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  • Par chocobogirl, le 28 septembre 2011

    C’est dans l’intensité étrange et brute de cette parole arrachée à la mort que la certitude a pris forme : le cahier d’Aziz devait être publié. Il témoignait, à travers le récit d’un homme qui confessait "prendre la plume en l’une des rares occasions de sa vie", de ces moments où l’histoire pénètre les vies individuelles et en façonne aussi bien le cours que la texture même. Ces moments où les destins singuliers, les expériences subjectives du temps et les événements du siècle se fondent dans un même creuset brûlant, aux bords duquel se retourne, les yeux écarquillés, un père au soir de sa vie.
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  • Par chocobogirl, le 28 septembre 2011

    Comment des milliers d’hommes et de femmes, prisonniers politiques, furent exécutés et ce qu’ils vécurent. Comme l’écrit mon grand-père par une dénégation dont je comprends et épouse la tension : "Que cela ne reste pas non dit."
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