Zeina est née dans une banlieue française.
Elle a été élevée au sein d’une famille musulmane traditionnelle.
Elle ne voulait pas porter le voile.
Pourtant, elle a dissimulé ses cheveux, son corps, puis son visage, jusqu’à ses yeux. Elle a revêtu le ... > voir plus
Loin d'être une adepte des témoignages, le titre de celui-ci m'a interpellé. Découvrir l'univers de ces femmes, leur quotidien, leur façon de penser... Comprendre leur vie, en tout cas essayer... Ce livre pourra peut être aider certains et certaines d'entre nous à prendre conscience de choses bien actuelles et graves (sexisme, violence conjugale, racisme, isolement... et j'en passe), y compris que la vie de ces femmes n'est pas forcément un choix pour toutes. Emouvant et grave, des témoignages comme celui-ci il en existe à la pelle. Un nombre important qui témoigne à la fois de grands malheurs mais en même temps peut être d'un petit espoir en ce qui les concerne. Petit espoir représenté par ce que l'on appelle Liberté d'Expression!
Ou comment une jeune fille qui ne demandait qu'à tomber amoureuse et à mener une vie normale, en vient à subir la violence, les coups, l'oppression, l'enfermement... et le port du niqab. Comment une jeune fille tout ce qu'il y a de plus normale et vivante va accepter progressivement de cacher ses cheveux, puis de cacher la forme de son corps, puis de dissimuler la courbe de ses épaules, puis de cacher son visage, puis de cacher ses yeux sous un voile de tulle noir. Comment une femme devient une morte-vivante. Lentement, insidieusement. Comment une femme en vient à se soustraire à la vision des autres et à se soustraire à la vie. Et comment une emmurée vive sortira de sa prison.
Il me restait à poser le dernier accessoire : le carré de mousseline muni de deux rubans à nouer à l'arrière de la tête. Je l'ai plaqué sur mon front, les rubans filaient entre mes doigts gantés. Je m'y suis reprise à plusieurs fois, je m'énervais, je ne parvenais pas à serrer le noeud, je ne voyais plus rien dans la pénombre de la chambre, le carré est tombé par terre, je me suis accroupie, j'ai sangloté. J'étais aveuglée par mes larmes. Au bout de quelques minutes, j'ai senti des mains qui frôlaient ma nuque. Mon mari venait de nouer le carré. Je me suis levée, je l'ai machinalement remercié.
Dans l'ascenseur, j'ai tourné le dos au miroir. l'ombre noire qui s'y reflétait me faisait peur, c'était une inconnue menaçante, une inconnue sans identité, ce n'était pas moi.