ISBN : 2253002860
Éditeur : Le Livre de Poche (1971)


Note moyenne : 4.05/5 (sur 537 notes) Ajouter à mes livres
Octave Mouret affole les femmes de désir. Son grand magasin parisien, Au Bonheur des Dames, est un paradis pour les sens. Les tissus s'amoncellent, éblouissants, délicats, de faille ou de soie. Tout ce qu'une femme peut acheter en 1883, Octave Mouret le vend, avec des t... > voir plus
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Critiques et avis

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    • Livres 5.00/5
    Par Aline1102, le 19 avril 2012

    Aline1102
    Suite au décès de ses parents, Denise Baudu quitte Valognes et arrive à Paris avec ses deux frères, Jean et Pépé. Elle espère trouver une place dans la boutique de son oncle Baudu qui lui avait promis de l'aider un an auparavant.
    Mais les affaires de son oncle vont mal: les produits ne se vendent plus aussi bien et les Baudu ont du mal à joindre les deux bouts. le responsable, c'est le grand magasin qui se trouve face au Vieil Elbeuf, la boutique de l'oncle Baudu. le Bonheur des Dames, le grand magasin d'Octave Mouret, pratique des prix beaucoup moins élevés que les petites boutiques du quartier et ses nombreux rayons vendent les dernières nouveautés, celles qui affolent les femmes Parisiennes. Celles-ci, conquise par le Bonheur, délaissent peu à peu les petits commerçants, condamnés à vivre dans la misère à cause du grand magasin.
    L'oncle Baudu ne pouvant se permettre de l'engager, et Denise ne trouvant aucune place dans le voisinage, la jeune fille décide de se présenter au grand concurrent de son employeur, le Bonheur des Dames. Remarquée par Octave Mouret, Denise est engagée au rayon des confections.
    Commencent alors de longs mois de souffrance pour la jeune fille: ses collègues se moquent d'elle et de ses allures de paysanne.

    Au bonheur des dames, publié en 1883, est le onzième volume de la série des Rougon-Macquart. C'est aussi un roman au style assez inhabituel pour Zola, puisque, malgré les nombreux drames qui éclatent tout au long du récit, la fin est particulièrement heureuse.
    Malgré cela, certaines parties du récit sont assez douloureuses. On assiste à la mort lente des petits commerces aux mains d'Octave Mouret et de son grand magasin, et l'amertume (voire la haine) des commerçants envers cet homme devenu riche alors qu'il est parti de rien semble justifiée, malgré la personnalité plutôt sympathique de Mouret. Comme d'habitude chez Zola, c'est le thème du progrès qui est mis en avant. Et si ce progrès qui améliore la vie de certaines personnes, il saigne d'autres catégories de la population. Toute médaille a son revers...
    La vie des employés du grand magasin est également longuement décrite par Zola, qui ne cache pas la dureté des conditions de travail et le peu de cas que de grandes machines comme le Bonheur font de leurs travailleurs. La machine doit tourner à plein régime, le chiffre d'affaires doit grimper, les marchandises doivent se vendre comme des petits pains et peu importe le nombre d'employés qui, ne supportant plus la pression inhérente à un emploi où la performance est une qualité essentielle, craquent et voient leur vie broyée par cette immense structure commerciale.
    Ce mode de fonctionnement choque et fascine à la fois. Les rouages de la grande machine sont mis à nu par Zola qui détaille la façon dont Mouret s'est hissé - et reste! - au sommet. Les prix cassés, la concurrence féroce avec les autres boutiques et magasins, l'indifférence au destin des petits commerces de quartiers, rien n'est épargné au lecteur qui assiste au succès inexorable de Mouret et de son "monstre" commercial. Zola lui-même semble enthousiasmé par ce qu'il décrit et l'on finit par partager ce sentiment: la montée en puissance du Bonheur des Dames devient comme nécessaire au récit, comme si le roman se révélerait incomplet en cas d'échec de la part de Mouret.
    En marge de cette ambiance morose, l'animation des rayons et les ruées des dames sur les stocks du magasin sont comme une bouffée d'air frais. La description de ce côté "public" du Bonheur amuse et détend l'atmosphère. Et puis, Au bonheur des dames, c'est aussi une magnifique histoire d'amour, de celles qui font rêver et qui, à l'époque de la parution du roman, a dû fasciner encore plus que la description du magasin. Contrairement à ses habitudes, Zola se décide à donner une fin heureuse à l'histoire de Denise. Et l'auteur se fait d'ailleurs très romantique lorsqu'il décrit (attention, spoiler!!) la passion d'Octave Mouret pour la petite vendeuse malmenée par ses consoeurs et ses clientes.
    Avec cette fin légère et souriante, Au bonheur des dames est sans doute le plus accessible des romans de Zola et sans doute, aussi, le plus connu.
    A découvrir!
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    Critique de qualité ? (20 votes positifs)
    • Livres 4.00/5
    Par Woland, le 31 août 2008

    Woland
    A nous qui vivons à l'époque des achats et de la vente en ligne, "Au bonheur des dames" risque de faire bientôt figure de témoignage sur la naissance d'un monde désormais pris de vitesse par la technologie : celui des grands magasins.
    C'est en effet l'histoire de cette révolution économique que Zola nous conte avec celle du "Bonheur des Dames", cette boutique plutôt obscure et tranquille que la mort de Mme Hédouin a laissée en héritage à Octave Mouret. Déjà que, du vivant de sa femme, Octave y avait introduit beaucoup d'innovations et en avait doublé le chiffre d'affaires, depuis qu'il est veuf, il est passé à la vitesse supérieure. Son "Bonheur" enfle et éclate de bonne santé, se nourrissant, tel un vampire, aux dépens des petits commerces qui l'entourent : chapellerie, ganterie, etc, etc ...
    Ne lui résistent plus dans le quartier que deux irréductibles : Baudu, le drapier du "Vieil Elboeuf" et Bourras, le vieux et colérique marchand de cannes et de parapluies. Mais des sommets où il s'est solidement installé, séduisant les hommes par la pluie d'or qu'il leur fait miroiter et les femmes par les seules qualités de son physique et de son tempérament d'amant, Mouret ricane sous cape : il sait que, un jour où l'autre, la déchéance viendra, pour Baudu comme pour Bourras.
    Grâce à l'appui de sa maîtresse, Mme Desforges, il parvient à étendre ses locaux de telle manière que les deux malheureux se trouvent littéralement écrasés par le "Bonheur." Et puis, douillettement installé dans ses affaires florissantes, soutenu par son entregent et son incontestable talent de ce que l'on ne nomme pas encore un bussiness-man, il attend.
    Le Destin va s'amuser à lui tendre un piège en lui jetant dans les bras - et dans le coeur, ce qui est plus grave pour un homme de cette trempe - la nièce de Baudu, Denise, qui, fraîchement débarquée de Normandie à la mort de ses parents et ayant dans ses bagages ses deux frères, plus jeunes qu'elle, a vraiment besoin de travailler. Son oncle Baudu ne pouvant évidemment pas l'embaucher, la voilà contrainte de quémander un poste en face, au "Bonheur." On y prend cette vendeuse d'apparence falote et effacée, qui ne paie guère de mine, uniquement sur ordre du patron, lequel tente ainsi un geste envers Baudu. Mais les débuts de la pauvre Denise sont très durs.
    Ce qui fournit à Zola l'occasion de nous brosser un portrait saisissant de ce qui était la vie des employés de magasin de l'époque : toujours debout et forcés de sourire et de subir toutes les avanies infligés par les clientes ; trottant des heures à travers les dédales du "Bonheur" pour accompagner un tel ou une telle et ses achats ; mal logés, à peine mieux nourris mais vêtus de soie et d'élégance car il fallait paraître.
    A l'exemple du Paradou de "La faute de l'abbé Mouret", le "Bonheur" a tout d'une gigantesque plante semi-exotique et plus ou moins malveillante, qui pousse ses racines aux quatre coins du quartier en étouffant au passage ces végétaux malingres que sont les petits commerces. Zola le fait aussi parfois machine, machine aveugle et épouvantable qui broie sous ses pistons Tous ceux qui ne peuvent la suivre dans sa marche vers le progrès et le succès. Bref, "Au bonheur des dames" a quelque chose de Protée.
    En dépit de tout, de la mort de Geneviève, la cousine de Denise, qui se laisse aller complètement lorsque son fiancé la quitte pour s'amouracher d'une vendeuse du "Bonheur", de la ruine de Baudu et de Bourras, bref de Tous ceux que le grand magasin triomphant foule aux pieds de sa réussite sans précédent, ce roman, moins caricatural, moins féroce sans doute que le très voltairien "Pot-bouille", se détache comme le plus doux et le plus optimiste dans la série des Rougon-Macquart. Pour une fois notamment, l'intrigue amoureuse centrale, celle de Mouret et de Denise, se termine bien et l'on peut y voir, en quelque sorte, la victoire d'une certaine Bonté sur l'Egoïsme affairiste.
    On peut évidemment lire ce volume sans se soucier de "Pot-bouille" mais le puriste préférera tout de même, je le pense, ne pas se passer de ce dernier.
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    Critique de qualité ? (13 votes positifs)
    • Livres 5.00/5
    Par olivberne, le 21 mars 2012

    olivberne
    L'histoire peut sembler un peu mièvre, un peu fleur bleue, mais Zola réussit une analyse impressionante du mileu du commerce et de la vente dans les grands magasins qui fleurissaient à l'époque. On pense à nos grands magasins un peu vieillis, dépassés aujourd'hui par les super et autres hypermarchés, mais l'ambiance et l'esprit restent les mêmes. Zola faconne surtout ses personnages, avec une foule de petits rôles mais surtout cette image de la femme innaccessible, qui passe par toutes les épreuves et en sort grandie. Mais le véritable héros du roman, c'est le magasin, le Bonheur des dames, qui vit, agit, ingurgite et dégurgite ses employés comme ses marchandises. Il y a des descriptions magnifiques, structurées et pleines de métaphores, et on part en voyage avec Zola. C'est une belle histoire qu'on lit pour connaître la fin et un beau roman, car il est écrit magistralement.
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    Critique de qualité ? (19 votes positifs)
    • Livres 4.00/5
    Par Woland, le 20 décembre 2007

    Woland
    A nous qui vivons à l'époque des achats et de la vente en ligne, "Au bonheur des dames" risque de faire bientôt figure de témoignage sur la naissance d'un monde désormais pris de vitesse par la technologie : celui des grands magasins.
    C'est en effet l'histoire de cette révolution économique que Zola nous conte avec celle du "Bonheur des Dames", cette boutique plutôt obscure et tranquille que la mort de Mme Hédouin a laissée en héritage à Octave Mouret. Déjà que, du vivant de sa femme, Octave y avait introduit beaucoup d'innovations et en avait doublé le chiffre d'affaires, depuis qu'il est veuf, il est passé à la vitesse supérieure. Son "Bonheur" enfle et éclate de bonne santé, se nourrissant, tel un vampire, aux dépens des petits commerces qui l'entourent : chapellerie, ganterie, etc, etc ...
    Ne lui résistent plus dans le quartier que deux irréductibles : Baudu, le drapier du "Vieil Elboeuf" et Bourras, le vieux et colérique marchand de cannes et de parapluies. Mais des sommets où il s'est solidement installé, séduisant les hommes par la pluie d'or qu'il leur fait miroiter et les femmes par les seules qualités de son physique et de son tempérament d'amant, Mouret ricane sous cape : il sait que, un jour où l'autre, la déchéance viendra, pour Baudu comme pour Bourras.
    Grâce à l'appui de sa maîtresse, Mme Desforges, il parvient à étendre ses locaux de telle manière que les deux malheureux se trouvent littéralement écrasés par le "Bonheur." Et puis, douillettement installé dans ses affaires florissantes, soutenu par son entregent et son incontestable talent de ce que l'on ne nomme pas encore un bussiness-man, il attend.
    Le Destin va s'amuser à lui tendre un piège en lui jetant dans les bras - et dans le coeur, ce qui est plus grave pour un homme de cette trempe - la nièce de Baudu, Denise, qui, fraîchement débarquée de Normandie à la mort de ses parents et ayant dans ses bagages ses deux frères, plus jeunes qu'elle, a vraiment besoin de travailler. Son oncle Baudu ne pouvant évidemment pas l'embaucher, la voilà contrainte de quémander un poste en face, au "Bonheur." On y prend cette vendeuse d'apparence falote et effacée, qui ne paie guère de mine, uniquement sur ordre du patron, lequel tente ainsi un geste envers Baudu. Mais les débuts de la pauvre Denise sont très durs.
    Ce qui fournit à Zola l'occasion de nous brosser un portrait saisissant de ce qui était la vie des employés de magasin de l'époque : toujours debout et forcés de sourire et de subir toutes les avanies infligés par les clientes ; trottant des heures à travers les dédales du "Bonheur" pour accompagner un tel ou une telle et ses achats ; mal logés, à peine mieux nourris mais vêtus de soie et d'élégance car il fallait paraître.
    A l'exemple du Paradou de "La faute de l'abbé Mouret", le "Bonheur" a tout d'une gigantesque plante semi-exotique et plus ou moins malveillante, qui pousse ses racines aux quatre coins du quartier en étouffant au passage ces végétaux malingres que sont les petits commerces. Zola le fait aussi parfois machine, machine aveugle et épouvantable qui broie sous ses pistons Tous ceux qui ne peuvent la suivre dans sa marche vers le progrès et le succès. Bref, "Au bonheur des dames" a quelque chose de Protée.
    En dépit de tout, de la mort de Geneviève, la cousine de Denise, qui se laisse aller complètement lorsque son fiancé la quitte pour s'amouracher d'une vendeuse du "Bonheur", de la ruine de Baudu et de Bourras, bref de Tous ceux que le grand magasin triomphant foule aux pieds de sa réussite sans précédent, ce roman, moins caricatural, moins féroce sans doute que le très voltairien "Pot-bouille", se détache comme le plus doux et le plus optimiste dans la série des Rougon-Macquart. Pour une fois notamment, l'intrigue amoureuse centrale, celle de Mouret et de Denise, se termine bien et l'on peut y voir, en quelque sorte, la victoire d'une certaine Bonté sur l'Egoïsme affairiste.
    On peut évidemment lire ce volume sans se soucier de "Pot-bouille" mais le puriste préférera tout de même, je le pense, ne pas se passer de ce dernier. ;o)
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    • Livres 4.00/5
    Par brigittelascombe, le 23 octobre 2011

    brigittelascombe
    "Misère en robe de soie", Denise la petite provinciale triste au charme caché, engagée par Mouret au rayon confection du Bonheur, sujette aux moqueries des autres vendeuses a passé toute une nuit à retailler sa robe austère. Habillée, coiffée, métamorphosée, elle surprend son patron.
    Renvoyée (en même temps que Robineau, vendeur au rayon soie), après avoir repoussé le trop insistant inspecteur Jouve, pour fabrication de cravates dans les sous sols, sans un sou,avec ses frères à charge, elle loge chez le marchand de parapluies Bourras qui l'embauche.
    Elle travaille ensuite chez Robineau dont le magasin de quartier ne tient pas la route face au Grand magasin, monstre dévorateur, symbole du capitalisme.
    "Ses idées larges et nouvelles" séduisent Robineau qu'elle aime mais dont elle refuse L'Argent lorsqu'il tente de la séduire.
    Sur fond de jalousies,concurrences déloyales,ruines,expropriations, audacieuses tentatives de relances commerciales le bonheur des dames, symbole de réussite,temple "d'une religion nouvelle", prendra son essor sur les ailes de l'amour triomphant et d'une même longueur d'onde.
    Emile Zola brosse dans ce roman un portrait fort d'une femme d'avenir fière,droite, aimante et courageuse. Il dépeint la société du XIX° siècle et la révolution commerciale parisienne(Les trois Quartiers ayant ouvert ses portes en 1829) liée à l'industrie textile de la soie.Il oppose le bien et le mal dans le monde sensuel des soieries, univers impitoyable régi par la loi du plus fort.
    Zola, l'écrivain(connu et reconnu de Germinal, entre autres et des Rougon-Macquart) est-il un pointilliste aux touches tendres ou un impressioniste qui recherche l'harmonie dans ses images nuancées?
    Il est en fait indémodable, surtout ici où le sujet porte sur la société de consommation!
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Citations et extraits

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  • Par lapucelaurence, le 04 mai 2011

    "Denise était venue à pied de la gare Saint-Lazare, où un train de Cherbourg l'avait débarquée avec ses deux frères, après une nuit passée sur la dure banquette d'un wagon de troisième classe. Elle tenait par la main Pépé, et Jean la suivait, tous les trois brisés du voyage, effarés et perdus au milieu du vaste Paris, le nez levé sur les maisons, demandant à chaque carrefour la rue de la Michodière, dans laquelle leur oncle Baudu demeurait. Mais, comme elle débouchait enfin sur la place Gaillon, la jeune fille s'arrêta net de surprise.
    – Oh ! dit-elle, regarde un peu, Jean !
    Et ils restèrent plantés, serrés les uns contre les autres tout en noir, achevant les vieux vêtements du deuil de leur père. Elle, chétive pour ses vingt ans, l'air pauvre, portait un léger paquet ; tandis que, de l'autre côté, le petit frère, agé de cinq ans, se pendait à son bras, et que, derrière son épaule, le grand frère, dont les seize ans superbes florissaient, était debout, les mains ballantes.
    – Ah bien ! reprit-elle après un silence, en voilà un magasin !
    C'était, à l'encoignure de la rue de la Michodière et de la rue Neuve-Saint-Augustin, un magasin de nouveautés dont les étalages éclataient en notes vives, dans la douce et pâle journée d'octobre. Huit heures sonnaient à Saint-Roch, il n'y avait sur les trottoirs que le Paris matinal, les employés filant à leurs bureaux et les ménagères courant les boutiques. Devant la porte, deux commis, montés sur une échelle double, finissaient de pendre des lainages, tandis que, dans une vitrine de la rue Neuve-Saint-Augustin, un autre commis, agenouillé et le dos tourné, plissait délicatement une pièce de soie bleue. Le magasin, vide encore de clientes, et où le personnel arrivait à peine, bourdonnait à l'intérieur comme une ruche qui s'éveille.
    – Fichtre ! dit Jean. Ça enfonce Valognes... Le tien n'était pas si beau.
    Denise hocha la tête. Elle avait passé deux ans là-bas chez Cornaille, le premier marchand de nouveautés de la ville ; et ce magasin, rencontré brusquement, cette maison énorme pour elle, lui gonflait le cœur, la retenait émue, intéressée, oublieuse du reste. Dans le pan coupé donnant sur la place Gaillon, la haute porte, toute en glace, montait jusqu'à l'entresol, au milieu d'une complication d'ornements, chargés de dorures. Deux figures allégoriques, deux femmes riantes, la gorge nue et renversée, déroulaient l'enseigne : Au Bonheur des Dames. Puis, les vitrines s'enfonçaient, longeaient la rue de la Michodière et la rue Neuve-Saint-Augustin, où elles occupaient, outre la maison d'angle, quatre autres maisons, deux à gauche, deux à droite, achetées et aménagées récemment. C'était un développement qui lui semblait sans fin, dans la fuite de la perspective, avec les étalages du rez-de-chaussée et les glaces sans tain de l'entresol, derrière lesquelles on voyait toute la vie intérieure des comptoirs. En haut, une demoiselle habillée de soie, taillait un crayon, pendant que, près d'elle, deux autres dépliaient des manteaux de velours.
    – Au Bonheur des Dames, lut Jean avec son rire tendre de bel adolescent, qui avait eu déjà une histoire de femme à Valognes. Hein ? c'est gentil, c'est ça qui doit faire courir le monde !
    Mais Denise demeurait absorbée, devant l'étalage de la porte centrale. Il y avait là, au plein air de la rue, sur le trottoir même, un éboulement de marchandises à bon marché, la tentation de la porte, les occasions qui arrêtaient les clientes au passage. Cela partait de haut, des pièces de lainage et de draperie, mérinos, cheviottes, molletons, tombaient de l'entresol, flottantes comme des drapeaux, et dont les tons neutres, gris ardoise, bleu marine, vert olive, étaient coupés par les pancartes blanches des étiquettes. A côté, encadrant le seuil, pendaient également des lanières de fourrure, des bandes étroites pour garnitures de robe, la cendre fine des dos de petit-gris, la neige pure des ventres de cygne, les poils de lapin de la fausse hermine et de la fausse martre. Puis, en bas, dans des casiers, sur des tables, au milieu d'un empilement de coupons, débordaient des articles de bonneterie vendus pour rien, gants et fichus de laine tricotés, capelines, gilets, tout un étalage d'hiver aux couleurs bariolées, chinées, rayées, avec des taches saignantes de rouge. Denise vit une tartanelle à quarante-cinq centimes, des bandes de vison d'Amérique à un franc, et des mitaines à cinq sous. C'était un déballage géant de foire, le magasin semblait crever et jeter son trop-plein à la rue.
    L'oncle Baudu était oublié. Pépé lui-même, qui ne lâchait pas la main de sa sœur, ouvrait des yeux énormes. Une voiture les força tous trois à quitter le milieu de la place ; et, machinalement, ils prirent la rue Neuve-Saint-Augustin, ils suivirent les vitrines, s'arrêtant de nouveau devant chaque étalage. D'abord, ils furent séduits par un arrangement compliqué : en haut, des parapluies, posés obliquement, semblaient mettre un toit de cabane rustique ; dessous des bas de soie, pendus à des tringles, montraient des profils arrondis de mollets, les uns semés de bouquets de roses, les autres de toutes nuances, les noirs à jour, les rouges à coins brodés, les chair dont le grain satiné avait la douceur d'une peau de blonde ; enfin, sur le drap de l'étagère, des gants étaient jetés symétriquement, avec leurs doigts allongés, leur paume étroite de vierge byzantine, cette grâce raidie et comme adolescente des chiffons de femme qui n'ont pas été portés. Mais la dernière vitrine surtout les retint. Une exposition de soies, de satins et de velours, y épanouissaient dans une gamme souple et vibrante, les tons les plus délicats des fleurs : au sommet les velours d'un noir profond, d'un blanc de lait caillé ; plus bas, les satins, les roses, les bleus, aux cassures vives, se décolorant en pâleurs d'une tendresse infinie ; plus bas encore, les soies, toute l'écharpe de l'arc-en-ciel, des pièces retroussées en coques, plissées comme autour d'une taille qui se cambre, dentelles vivantes sous les doigts savants des commis, et, entre chaque motif, entre chaque phrase colorée de l'étalage, courait un accompagnement discret, un léger cordon bouillonné de foulard crème. C'était là, aux deux bouts, que se trouvaient, en piles colossales, les deux soies dont la maison avait la propriété exclusive, le Paris-Bonheur et le Cuir-d'Or, des articles exceptionnels, qui allaient révolutionner le commerce des nouveautés."
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  • Par ivredelivres, le 29 juillet 2011

    D’abord, on devait s’écraser pour entrer, il fallait que, de la rue, on crût à une émeute ; et il obtenait cet écrasement , en mettant sous la porte des soldes , des casiers et des corbeilles, débordant d’articles à vil prix ; si bien que le menu peuple s’amassait, barrait le seuil, faisait penser que les magasins craquaient de monde, lorsque souvent ils n’étaient qu’à demi pleins. Ensuite, le long des galeries, il avait l’art de dissimuler les rayons qui chômaient, par exemple les châles en été et les indiennes en hiver ; il les entourait de rayons vivants, les noyait dans un vacarme
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  • Par christaline5, le 16 avril 2012

    C'était la femme que les magasins se disputaient par la concurrence, la femme qu'ils prenaient au continuel piège de leurs occasions, après l'avoir étourdie devant leurs étalages Ils avaient éveillé dans sa chair de nouveaux désirs, ils étaient une tentation immense, où elle succombait fatalement, cédant d'abord à des achats de bonnes ménagères, puis gagnée par la coquetterie, puis dévorée. En décuplant la vente, en démocratisant le luxe, ils devenaient un terrible agent de dépense, ravageaient les ménages, travaillaient au coup de folie de la mode, toujours plus chère. Et si, chez eux, la femme était reine, adulée et flattée dans ses faiblesses, entourée de prévenances, elle y régnait en reine amoureuse, dont les sujets trafiquent, et qui paie d'une goutte de son sang chacun de ses caprices.
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  • Par freude, le 18 mai 2011

    A cette heure dernière, au milieu de cet air surchauffé, les femmes régnaient. elles avaient pris d'assaut les magasins, elles y campaient comme en pays conquis, ainsi qu'une horde envahissante, installée dans la débâcle des marchandises. Les vendeurs, assourdis, brisés, n'étaient plus que leurs choses, dont elles disposaient avec une tyrannie de souvereines. de grosses dames bousculaient le monde. Les plus minces tenaient de la place, devenaient arrogantes... La clientèle se ruait au buffet dans une rage d'appétit, les mères elles-mêmes s'y gorgeaient de malaga... Quarante mille ballons rouges avaient pris leur vol dans l'air chaud des magasins, toute une nuée de ballons rouges qui flottaient à cette heure d'un bout à l'autre de Paris, portant au ciel le nom du Bonheur des dames !
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  • Par ivredelivres, le 29 juillet 2011

    A côté, encadrant le seuil, pendaient également des lanières de fourrure, des bandes étroites pour garnitures de robe, la cendre fine des dos de petit-gris, la neige pure des ventres de cygne, les poils de lapin de la fausse hermine et de la fausse martre. Puis, en bas, dans des casiers, sur des tables, au milieu d'un empilement de coupons, débordaient des articles de bonneterie vendus pour rien, gants et fichus de laine tricotés, capelines, gilets, tout un étalage d'hiver aux couleurs bariolées, chinées, rayées, avec des taches saignantes de rouge
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