> Armand Lanoux (Autre)

ISBN : 2253003662
Éditeur : Le Livre de Poche


Note moyenne : 3.59/5 (sur 177 notes) Ajouter à mes livres
La curée désigne en vénerie la part de la dépouille animale que l'on réserve aux chiens après le trépas de la bête. C'est ici, dans ce deuxième tome des Rougon-Macquart, la ruée servile vers les richesses du Second Empire dont chacun veut sa part, dans une succession d'... > voir plus
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Critiques et avis

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    • Livres 5.00/5
    Par LiliGalipette, le 04 mars 2012

    LiliGalipette
    Les grands travaux d'Haussmann mettent Paris sens dessus-dessous. Partout, ce n'est que percée de grandes avenues et démolition de vieux immeubles. Dans cette atmosphère où tout est à construire, Aristide Saccard, anciennement Rougon, travaille à se bâtir une fortune colossale. « Aristide Rougon s'abattit sur Paris au lendemain du 2 Décembre, avec ce flair des oiseaux de proie qui sentent de loin les champs de bataille. » (p. 67) Spéculateur de génie, opportuniste et très intelligent, Aristide Saccard travaille méthodiquement et méticuleusement à sa richesse. L'or est son vice : pour l'assouvir, il contracte un mariage comme il aurait signé une affaire commerciale. Au fait de Tous les secrets immobiliers de Paris, informé de Tous les dossiers de l'Hôtel de Ville, il est le champion des magouilles immobilières. Ménageant des relations influentes et se réservant les meilleurs tuyaux, Aristide Saccard crée des « machines à pièces de cent sous ». La pièce de 20 francs devient alors le symbole de son existence, l'unité de Tous ses calculs. Ce qu'Aristide Saccard aime également, c'est savoir qu'il a trompé son monde : « Duper les gens, leur en donner moins que pour leur argent était un régal. » (p. 161)
    Son épouse, la très belle Renée, est une grande mondaine qui lance des modes. Avec sa folie des toilettes et des parures, Renée est une coquette qui dépense sans compter L'Argent de son mari et de sa dot. Mais cela ne lui suffit pas. Renée s'ennuie et veut « quelque chose qui n'arrivât à personne, qu'on ne rencontrât pas Tous les jours, qui fut une jouissance rare, inconnue. » (p. 20) Son premier cri est déchirant : « Oh ! je m'ennuie, je m'ennuie à mourir. » (p. 14) Ce à quoi son beau-fils, le jeune Maxime, répond ironiquement : « Je te conseille de te plaindre [...] : tu dépenses plus de cent mille francs par an pour ta toilette, tu habites un hôtel splendide, tu as des chevaux superbes, tes caprices font loi, et les journaux parlent de chacune de tes robes nouvelles comme d'un évènement de la dernière gravité ; les femmes te jalousent, les hommes donneraient dix ans de leur vie pour te baiser le bout des doigts. » (p. 15) Mais ce constat n'est pas apaisant pour Renée qui cherche des plaisirs plus puissants, des jouissances plus toniques, quitte à plonger dans le péché. Toutefois, Renée veut jouir en commettant une faute d'excellence, elle ne se contente pas des transgressions tièdes et des erreurs sans panache. « le mal, ce devrait être quelque chose d'exquis. » (p. 209)
    C'est auprès de Maxime, fils du premier mariage d'Aristide, qu'elle consommera la faute la plus immonde qui soit, s'élevant ainsi à la hauteur de Phèdre. Maxime est un homme aux allures de fille, un étrange produit d'une société dont la morale s'appauvrit à mesure que les hommes s'enrichissent. Compère inséparable de sa belle-mère, il est l'objet de toutes ses attentions. Les deux jeunes gens glissent insensiblement sur la pente de la faute, mais aucun ne s'en défend. Après tout, il y a du sang de Rougon chez l'un et la dégénérescence d'une société débile chez l'autre : Émile Zola ne nous épargne rien, chez lui point de salut pour personne ! L'alcool et la pauvreté ne sont pas les seuls terreaux du vice. Chez Renée, « le mal devenait un luxe, une fleur piquée dans les cheveux, un diamant attaché sur le front. » (p. 297)
    Le tour de force de ce roman, c'est le glissement insensible vers la déroute, qu'elle soit personnelle ou publique. Bien qu'il brasse des millions, Aristide Saccard est presqu'aussi pauvre qu'à ses débuts. L'opulence qu'il affiche n'est qu'une image. « D'aventure en aventure, il n'avait plus que la façade dorée d'un capital absent. » (p. 225) Dénonçant ainsi le jeu abject des spéculations, Émile Zola décrit à merveille les rouages pervers de cette pratique dangereuse. « Il vivait sur la dette, parmi un peuple de créanciers qui engloutissaient au jour le jour les bénéfices scandaleux qu'il réalisait dans certaines affaires. Pendant ce temps, au même moment, des sociétés s'écroulaient sous lui, de nouveaux trous se creusaient plus profonds, par-dessus lesquels il sautait, ne pouvant les combler. Il marchait ainsi sur un terrain miné dans la crise continuelle, soldant des notes de cinquante mille francs et ne payant pas les gages de son cocher, marchant toujours avec un aplomb de plus en plus royal, vidant avec plus de rage sur Paris sa caisse vide, d'où le fleuve d'or aux sources légendaires continuait à sortir. » (p. 224) On ne sait pas comment finit Aristide Rougon, mais on voit que Paris, suppliciée entre les mains des spéculateurs et des puissants, n'a pas fini de gémir.
    Encore un Zola qui file tout seul, plus de 400 pages en moins de deux jours. Après L'Assommoir, Germinal et quelques autres, c'est le premier roman du cycle des Rougon que je lis qui se déroule dans les sphères riches et influentes. Loin de la crasse de la mine et de la sueur des ateliers laborieux, l'atavisme trace tout de même sa voie. Qu'il s'agisse de boue ou de soie, Les rougon-macquart trouvent toujours une fange où se vautrer.
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    • Livres 4.00/5
    Par Gregory_Lemarchand, le 15 mars 2012

    Gregory_Lemarchand
    ""Je m'ennuie !" se plaignit Renée alors que les rayons du soleil couchant enflammaient le sommet des chênes et que le lac reflétait un paysage d'or et de verdures se détachant sur un ciel immaculé, seulement traversé par la comète de Haley dont la queue s'ornait de filaments orange et zinzolin.
    "Mais grave, quoi !" ajouta-t-elle en s'affalant dans sa couche king size en phoque retourné, avec coutures intérieures doublées, tandis que la calèche édition spéciale Empire huit ressorts toutes options vitres teintées finitions en titane et lambris ouvragés en bois de la Vraie Croix quittait lentement le Bois de Boulogne. Son pied nu vint se lover contre celui de Maxime, le fils de son mari, jusqu'ici occupé à suinter la décadence.
    "-Regarde, finit par dire ce dernier en écartant les rideaux de soie pour désigner un dog-cart majestueux à travers la vitre , c'est la grosse Laure d'Aurigny.
    -Il n'y a pas de quoi s'en relever la nuit, dit Renée en restant couchée.
    -Elle m'a dit elle-même que toute l'Assemblée Nationale a siégé dans son lit, suppléants et rapporteurs compris.
    -Tu radotes, Maxime...
    -Mais tu ne connais pas les dernières nouvelles : sa couche est récemment devenue impériale.
    -Magnifique, bailla Renée.
    -Et là-bas, c'est la Duchesse de Sternich... Mais sans son jardinier.
    -Je t'en prie, tout cela est d'un tel ennui...
    -Tiens, la marquise d'Espanet et Mme Haffner qui s'embrassent sur leur victoria...
    -Rien de nouveau sous le soleil...
    -Et voilà le coupé de M. Toutin-Laroche, dont la dernière conquête, paraît-il, vient de fêter son dixième anniversaire.
    -Landau, ragots, dodo...
    -Et derrière lui, la comtesse Vanska, en cab.Apparemment les docteurs ont réussi à la décoincer de sous Iskandar, son épagneul favori.
    -Est-il seulement possible que quelque chose finisse par arriver ?
    -Mais j'y pense, deux nouveau membres se sont inscrits sur planet-lire, le site de Taltan !
    -QUOI ? Sursauta Renée. En es-tu sûr ? Mais pourquoi personne ne m'a-t-il rien dit ?" Elle se releva, ouvrit la portière aux charnières dorées et cria : "Fouette cocher, va comme le vent, écrase des ouvriers s'il le faut, mais je t'en prie, dépêche-toi !""
    (La Curée, chapitre I, page 17)
    Deuxième épisode de la saga des Rougon-Macquart, qui en compte plus que Harry Potter, l'Assassin Royal, Maigret et Plus Belle la Vie réunis (soit septante mille), La Curée suit l'ascension fulgurante d'un spéculateur pendant la percée des grands boulevards Parisiens au milieu du dix-neuvième siècle (et des immeubles). Au-delà des exploits financiers de son anti-héros surfant de façon aussi crâneuse que précaire sur des vagues d'arnaques financières de plus en plus hardies, le roman nous gratifie d'une description minutieuse de la haute société du Second Empire, de ses moeurs, mais aussi de son linge, et de l'odeur de ses rideaux.
    A vrai dire, La Curée part avec deux handicaps pour le lecteur moderne et honnête, entendez par-là celui qui ne se force pas à lire des classiques qui l'ennuient parce que ça lui donne une haute opinion de lui-même (rendors-toi, susceptibilité du lecteur, je parle de quelqu'un d'autre) : primo, le ratio entre dialogues et descriptions est inversement proportionnel à celui d'une pièce de théâtre dont on aurait oublié d'imprimer les didascalies ; et secundo, l'ensemble du casting baigne dans une telle médiocrité que la sympathie du lecteur se retrouve condamnée à errer à travers le roman sans pouvoir se fixer nulle part, à l'image des pulsions transgressives de Renée Saccard.
    Pourtant, La Curée se suit non sans déplaisir, voire même, souvent, avec fascination. Et je t'arrête tout de suite, réflexe pavlovien littéraire du lecteur, ce n'est pas grâce au style de l'auteur, et encore moins du fait de son application rigoureuse du déterminisme social. En effet, Zola se complaît plus souvent qu'à son tour dans des descriptions à peu près aussi narratives qu'une scène d'échange de fluides corporels dans un film pornographique (aucun froufrou, aucune dentelle ne nous est épargnée) ; et d'autres part, en terme d'étude sociologique, il apparaît que d'après ce brave Emile, Paris sous le Second Empire était entièrement peuplé de connards.
    (on me signale dans l'oreillette que ce serait toujours le cas.)
    Bref, si l'auteur n'avait parlé que du voyage au bout de l'ennui d'une épouse délaissée, s'il n'avait évoqué que la déliquescence médiocre d'une élite de parvenus dégénérés, si son personnage emblématique avait été l'espèce de Candide de la décadence qu'incarne Maxime Saccard, si l'intrigue s'était contentée de tourner autour de l'inceste par alliance qui couvre pourtant l'essentiel de ses pages, La Curée n'aurait été qu'un classique de la littérature française, c'est-à-dire un bouquin qui n'excite plus que les vieilles filles, les profs de français du secondaire et une armée de bibliothécaires téléphobes (attention, cette liste est potentiellement redondante).
    Seulement, comme tu t'en doutes, jugeote inée du lecteur, il n'en est rien. Car, fendant ce parterre d'abrutis vicieux comme le boulevard Saint-Michel le jardin du Luxembourg, Aristide Saccard, le spéculateur parti de rien, transfigure la médiocrité ambiante. Ce personnage impossiblement unidimensionnel n'a qu'un but, qu'une aspiration, qu'un moyen, qu'une fin, qu'une morale, qu'un horizon : L'Argent. Sous ses yeux, sa femme est une mise, la société une banque , Paris Las Vegas.
    Or, plutôt que de se servir de lui comme d'une locomotive pour lancer l'intrigue, et laisser sa femme et son fils en constituer le coeur, Zola le laisse persévérer sur son hallucinante lancée : non content de s'ériger un palais dont le mauvais goût terrasse celui de Scarface, et vivant tel Bonaparte sur la prochaine victoire, Saccard broie peu à peu tout le reste du roman pour en extraire le maximum d'or possible. Luxe, stupre, famille, associés, tout y passe, rien n'y résiste, jusqu'au retournement final, absolument jubilatoire.
    Les efforts des autres personnages, Renée la première, pour réduire L'Argent à la valeur de leurs vices, apparaissent au fil des chapitres pour ce qu'ils sont fondamentalement : des fuites aussi vaines qu'éperdues devant le rouleau compresseur de la nouvelle religion, mené par son implacable prophète.
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    • Livres 5.00/5
    Par ivredelivres, le 11 août 2010

    ivredelivres
    Lors d'une chasse à courre lorsque qu'une bête est abattue on jette les restes au chien après le dépeçage, moment violent et sanglant, c'est La Curée. La bête dans le roman de Zola c'est le bien public, le peuple, les pauvres, les honnêtes gens, les imbéciles qui vont se faire gruger, vous, moi.
    Dans ce second volume des Rougon-Macquart le héros c'est Paris, le Paris du Second Empire, celui que le Baron Haussmann va métamorphoser. C'est le temps de la création des grands boulevards, des Buttes-Chaumont, l'aménagement du bois de Boulogne et de l'hippodrome de Longchamp.
    On casse, on rase, on reconstruit " Paris s'abîmait alors dans un nuage de plâtre. " on détruit pour faire la place à des avenues rectilignes moins dangereuses en cas de mouvement populaire.
    Les rapaces, les spéculateurs, les crapules vont profiter de la manne
    Ce qui importe aux hommes d'état, aux financiers qui peuplent le roman, c'est de s'enrichir, gagner de L'Argent. Leurs appétits sont féroces et la morale est le cadet de leurs soucis
    Les spéculateurs achètent à bas prix et revendent à prix d'or. L'or dans lequel baigne le roman
    On retrouve le troisième fils des Rougon de Plassans, Aristide, il est monté à Paris pour faire fortune avec l'aide de son frère Eugène Rougon, mais il végète et trépigne d'impatience.
    Il va s'employer à trouver L'Argent là où il est, sa femme Angèle n'est pas tout à fait morte qu'il songe à la remplacer par une femme qui lui apporte une dote qui lui permettra de se lancer dans les affaires.
    Il l'a trouvé : Renée Béraud du Châtel, enceinte après un viol et donc impossible à marier, Aristide lui est prêt à prendre la fille et la dot, Grâce à la dot de Renée il va faire des placements audacieux et malhonnêtes. Il a désormais L'Argent, une belle femme qui attire Tous les regards, l'appui de son frère devenu ministre, il est temps pour Aristide de changer de nom, désormais il s'appelle Saccard.
    Il fait sortir du collège son fils Maxime beau jeune homme, veule et un peu pervers, qui promène son ennui dans les salons. Son père l'associe parfois à ses affaires d'argent ou de débauche. le jeune homme a le goût du plaisir, sa jeune belle-mère a goût du " fruit défendu " , le mari ferme les yeux..........
    La lecture du premier volume des Rougons était intéressante mais ici c'est passionnant. Zola nous fait entrer dans ce monde de magouilles, de spéculations, de prévarications, on touche du doigt cette richesse. Les descriptions sont magistrales, on voit se faire les transformations urbaines , se construire les demeures des nouveaux riches dont l'or sera la couleur dominante.
    " La Curée " est également un roman de moeurs qui se veut un tableau de la dépravation d'une classe sociale, le portrait est au vitriol.
    Les personnages très sulfureux pour l'époque portent en eux la dégénérescence que Zola va traquer tout au long de son oeuvre.
    Les toilettes, les équipages, les bals, les essayages chez les couturiers, les salons féminins : Zola nous montre tout de ce monde de luxure et de turpitude.
    Cela lui valu d'être empêché de publier ce roman dans les journaux en feuilleton, Barbey d'Aurevilly stigmatisait les écrits de Zola " l'indécence voluptueuse, l'indécence polissonne ".
    Il fallu attendre Maupassant pour qu'une critique élogieuse soit faite du roman.
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    • Livres 5.00/5
    Par Ari, le 23 décembre 2011

    Ari
    Zola nous décrit ici l'époque des grands travaux d'aménagement et d'urbanisation menés à Paris. C'est La Curée, c'est-à-dire le dépeçage de Paris par les spéculateurs, des bourgeois véreux prêt à tout pour leur gain. Et Aristide Rougon, qui prendra le nom de Saccard en sera le meilleur exemple.
    Pour ce second tome des Rougon-Macquart, La Curée, Emile Zola met en scène la bourgeoisie Parisienne du 19e siècle, plus particulièrement lors des grands travaux de Napoléon III. Et comment faire mieux que de tout détruire pour mieux reconstruire. Et évidemment ces travaux laisseront libre champs aux spéculateurs. Zola s'y attaque à cette classe de la société ne vivant que pour et par L'Argent, en décrivant leur fascination du gain ainsi que leur vie scandaleuse. Et cela surtout autour du personnage de Aristide Saccard, ainsi que de sa compagne Renée, un personnage féminin très fort qui attache le lecteur d'un bout à l'autre du roman. D'ailleurs, comme à l'habitude chez Emile Zola, ce sont les personnages qui font le tout, sans compter cette incroyable reconstruction d'un Paris d'une époque durant laquelle le Paris moderne s'est forgé.
    J'ai beaucoup aimé. Les descriptions des costumes de l'époque, des dîners, des aventures, de la vie un peu débauchée de la bourgeoisie. Mes copines ne comprennent pas que j'aime lire et relire Zola. Elles me disent que je me torture ! Mais ça n'est pas de la torture. C'est de la littérature classique. Et moi, j'adore.
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    • Livres 3.00/5
    Par nastasiabuergo, le 08 mars 2012

    nastasiabuergo
    Voici le second volet du fameux cycle des Rougon-Macquart où l'on poursuit, comme dans La Fortune des Rougon, le cheminement mondain du rameau "Rougon" de la famille, avec la seconde génération, notamment trois enfants de Pierre Rougon, à savoir le dernier fils, Aristide Rougon, qui change son nom en Saccard, pour ne pas compromettre, au cas où, la réputation du frère aîné, Eugène, impliqué en politique (voir Son excellence eugène rougon), ainsi que l'une des sœurs, Sidonie Rougon, entremetteuse, courtière, bref ombre grise très utile ou très dangereuse, au choix. Nous suivons la farouche avidité au gain d'Aristide qui se morfond de n'être que ce qu'il est à son arrivée à Paris et qui va encore ruminer un moment sa pauvreté. Mais, son frère Eugène lui ayant dégoté une place dans l'administration de la voirie, Aristide va vite comprendre l'intérêt que peut revêtir ce merveilleux délit d'initié, à savoir, connaître à l'avance les emplacements des immeubles qui seront évacués pour le percement des célèbres grands boulevards Haussmanniens. Évidemment, spéculation et fortune seront au bout de chaque boulevard. Fortune née en un jour, croquée en deux heures, en somme le monde qui flambe sans compter.
    Cependant, rien n'eut été possible à Aristide sans les premiers capitaux indispensables aux premières spéculations mirifiques, et c'est dans la fin prématurée et bienvenue de sa première épouse que Saccard va trouver le filon par l'entremise de sa sœur Sidonie. Rattraper le crime d'une conception honteuse en dehors des liens du mariage par une jeune fille de bonne famille. Il faut vite unir la belle Renée avant que son ventre ne prenne des proportions scandaleuses... et voici la fortune de Saccard livrée sur un plateau par la dot confortable de l'étourdie.
    Renée va vivre dans la débauche de millions de toilettes inavouables et même, même, dans l'indicible inceste dont je vous laisse découvrir la nature car il ne faut point trop en dire.
    Ce livre est selon moi annonciateur de volume 9 Nana et le symétrique du volume 18, L'Argent où ici est détaillée la vie de débauche et du grand luxe, l'aliénation morale de la femme, mais peu les montages financiers, tandis que dans L'Argent, c'est le contraire. En tout cas, un éclairage intéressant sur cette période de création du nouveau Paris, même si certaines descriptions et certains passages sur les bals et sur le luxe des pièces ou des vêtements sont un peu longs par rapport à d'autres opus plus toniques.
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Citations et extraits

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  • Par LiliGalipette, le 04 mars 2012

    « Il vivait sur la dette, parmi un peuple de créanciers qui engloutissaient au jour le jour les bénéfices scandaleux qu’il réalisait dans certaines affaires. Pendant ce temps, au même moment, des sociétés s’écroulaient sous lui, de nouveaux trous se creusaient plus profonds, par-dessus lesquels il sautait, ne pouvant les combler. Il marchait ainsi sur un terrain miné dans la crise continuelle, soldant des notes de cinquante mille francs et ne payant pas les gages de son cocher, marchant toujours avec un aplomb de plus en plus royal, vidant avec plus de rage sur Paris sa caisse vide, d’où le fleuve d’or aux sources légendaires continuait à sortir. » (p. 224)
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  • Par Couperine, le 09 mai 2010

    Au retour, dans l’encombrement des voitures qui rentraient par le bord du lac, la calèche dut marcher au pas. Un moment, l’embarras devint tel, qu’il lui fallut même s’arrêter.

    Le soleil se couchait dans un ciel d’octobre, d’un gris clair, strié à l’horizon de minces nuages. Un dernier rayon, qui tombait des massifs lointains de la cascade, enfilait la chaussée, baignant d’une lumière rousse et pâlie la longue suite des voitures devenues immobiles. Les lueurs d’or, les éclairs vifs que jetaient les roues semblaient s’être fixés le long des rechampis jaune paille de la calèche, dont les panneaux gros bleu reflétaient des coins du paysage environnant. Et, plus haut, en plein dans la clarté rousse qui les éclairait par derrière, et qui faisait luire les boutons de cuivre de leurs capotes à demi pliées, retombant du siège, le cocher et le valet de pied, avec leur livrée bleu sombre, leurs culottes mastic et leurs gilets rayés noir et jaune, se tenaient raides, graves et patients, comme des laquais de bonne maison qu’un embarras de voitures ne parvient pas à fâcher. Leurs chapeaux, ornés d’une cocarde noire, avaient une grande dignité. Seuls, les chevaux, un superbe attelage bai, soufflaient d’impatience.

    — Tiens, dit Maxime, Laure d’Aurigny, là-bas, dans ce coupé… Vois donc, Renée.

    Renée se souleva légèrement, cligna les yeux, avec cette moue exquise que lui faisait faire la faiblesse de sa vue.

    — Je la croyais en fuite, dit-elle… Elle a changé la couleur de ses cheveux, n’est-ce pas ?

    — Oui, reprit Maxime en riant, son nouvel amant déteste le rouge.
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  • Par dick, le 06 mai 2012

    J'ai voulu montrer l'épuisement prématuré d'une race qui a vécu trop vite et qui aboutit à l'homme-femme des sociétés pourries, la spéculation furieuse d'une époque s'incarnant dans un tempérament sans scrupule, enclin aux aventures ; le détraquement nerveux d'une femme dont un milieu de luxe et de honte décuple les appétits natifs. Et avec ces trois monstruosités sociales, j'ai essayé d'écrire une oeuvre d'art et de science qui fût en même temps une des pages les plus étranges de nos moeurs. (Extrait de la préface de la première édition)
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  • Par lecassin, le 27 avril 2012

    Gagner de l'argent, j'aime encore mieux en manger, quoique ce ne soit pas toujours aussi amusant qu'on se l'imagine d'abord. Aimer, être aimé, on en a vite plein le dos, n'est-ce pas ?... Ah ! oui, on en a plein le dos !...
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  • Par LiliGalipette, le 04 mars 2012

    « Je te conseille de te plaindre […] : tu dépenses plus de cent mille francs par an pour ta toilette, tu habites un hôtel splendide, tu as des chevaux superbes, tes caprices font loi, et les journaux parlent de chacune de tes robes nouvelles comme d’un évènement de la dernière gravité ; les femmes te jalousent, les hommes donneraient dix ans de leur vie pour te baiser le bout des doigts. » (p. 15)
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