> Armand Lanoux (Autre)

ISBN : 2253005592
Éditeur : Le Livre de Poche


Note moyenne : 3.59/5 (sur 130 notes) Ajouter à mes livres
Serge Mouret est le prêtre d'un pauvre village, quelque part sur les plateaux désolés et brûlés du Midi de la France. Barricadé dans sa petite église, muré dans les certitudes émerveillées de sa foi, assujetti avec ravissement au rituel de sa fonction et aux horaires ma... > voir plus
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Critiques et avis

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    • Livres 1.00/5
    Par nastasiabuergo, le 13 avril 2012

    nastasiabuergo
    Soit je suis passée complètement à côté de ce roman (ce qui n'est pas impossible), soit ce numéro 5 des Rougon-Macquart est un très mauvais cru (ce qui n'est pas impossible non plus!). Moi qui suis pourtant une fan absolue tant de l'auteur que de son gigantesque projet littéraire, peindre une histoire naturelle et sociale sous le second Empire, je crois qu'il peut être utile aux deux de leur rendre ce service en prenant tout de suite position pour dire qu'il s'agit (je le rappelle ce n'est que mon avis) d'un des plus mauvais de la série et qu'il ne lui fait vraiment pas honneur. Quelle déception, lorsque Zola fait du Paul et Virginie, il n'est tellement pas sur son terrain que c'en devient risible et pathétique. le roman se divise en trois parties, et les première et dernière pourraient à la rigueur faire un peu penser à du Zola, mais cette deuxième partie surtout constitue l'un des pires moments qu'il m'ait été donné de passer en littérature en revisitant le thème du jardin abandonné de la rue Plumet qu'avait exploré Hugo avec parcimonie dans Les Misérables: ici, du mièvre, du catalogue horticole, du plan-plan à souhait. On voit que l'auteur s'est documenté, un peu trop même, ou trop théoriquement, il a ouvert un traité de botanique et a tout pompé et tout réinjecté dans son texte. C'est pire que dans Le Ventre de Paris, qui lui, avait une fonction documentaire. Ici, c'est artificiel au possible, on comprend vite que Zola n'y connait rien en jardinage sans quoi il n'écrirait pas de telles invraisemblances sur les végétaux. Bref, le pauvre Émile a sombré dans le pitoyable dans sa seconde partie.
    Pourtant, l'objectif pouvait paraître louable au départ, après deux romans Parisiens (La Curée, Le Ventre de Paris) et deux romans dans une petite ville de province (La fortune des rougon, La Conquête de Plassans), il a voulu transporter ses Rougon-Macquart à la campagne. Par contre, quel plantage, aussi bien du point de vue de l'utilité pour son projet (absolument aucune valeur de généralisation à un pan de la société sous Napoléon III et il avait déjà traité du monde ecclésiastique dans La Conquête de Plassans) que de la réussite purement littéraire. Heureusement qu'il y aura La Terre pour forger un vrai opus campagnard digne d'intérêt.
    Pour conclure, si le scénario peut vous intéresser (au cas où les histoires de curés succombant à la tentation charnelle sont à votre goût, je vous conseillerais plus volontiers le moine), il s'agit de Serge Mouret, le fils du couple Mouret de La Conquête de Plassans qu'on a vu entrer au séminaire et qui maintenant vient de prendre une cure dans un petit patelin paumé non loin de Plassans (c'est-à-dire Aix en Provence) et qui dans la réalité se situe au pied de la Montagne Sainte-Victoire (Si chère à son ami Paul Cézanne). Là, notre ascète abbé va tomber, par un improbable accident, dans le piège de la tentation auprès d'Albine, une jeune fille "sauvage" vivant au Paradou, version provençale du jardin d'Eden et de la chute qui s'y produit dans la bible. Faites grincer les violons, c'est parti pour du mélo à deux balles façon La symphonie pastorale en moins bien. le frère Archangias, la Teuse et Désirée Mouret sont trois personnages hyper caricaturaux très loin de la finesse avec laquelle il sait parfois brosser des portraits percutants.
    En somme, si vous aimez Zola, je ne vous le conseille pas, vous seriez déçu, si vous ne connaissez pas Zola, je ne vous le conseille pas non plus car il n'est pas du tout représentatif de l'œuvre si puissante de son auteur. Néanmoins, on peut lui pardonner à notre vieil Émile car il en a écrit tellement de vraiment bons qu'on peut bien fermer les yeux sur ce que j'appellerais "La faute de l'écrivain Zola".
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    Critique de qualité ? (11 votes positifs)
    • Livres 3.00/5
    Par Missbouquin, le 24 février 2012

    Missbouquin
    Dans ce cinquième roman des Rougon-Macquart, Serge Mouret, fils des personnages principaux de La Conquête de Plassans, vient d'être ordonné prêtre et a demandé à être envoyé dans la plus petite et la plus misérable paroisse des environs : les Artauds (Le Tholonet, à côté d'Aix-en-Provence, charmante petite ville que j'ai visité !). Il y fait la connaissance de personnages hauts en couleur, et en particulier de la jolie Albine, une jeune fille sauvage qui vit avec son père, athée convaincu, dans un grand parc non loin des Artauds. Alors que Serge est sûr de ses sentiments religieux, la maladie puis l'amour va mettre à mal toutes ses certitudes.
    Avec Le Docteur Pascal et La Joie de Vivre, La Faute de l'abbé Mouret est l'un des trois romans des Rougon-Macquart à connaître une influence très autobiographique. En particulier dans la description de la typhoïde de Serge, que Zola décrit très précisément dans son Journal d'un convalescent. de même, en ce qui concerne la question de la religion, il y met beaucoup de lui-même, considérant le catholicisme comme une erreur, la négation même de la vie. La preuve en est donnée lors de l'évocation de l'éducation religieuse de Serge, jeune homme assoiffé de savoirs, à qui l'on fait remarquer que : “les plus savants ne sont pas les plus saints”. du coup, Serge abandonne et décide de “rester ignorant, afin de garder l'humilité de sa foi”
    Tout le roman est donc construit autour d'une opposition radicale entre la nature, magnifique, voluptueuse, qui incite à l'amour; et la religion qui refuse la vie, qui n'ait qu'une fuite. On ne peut pas ignorer la position de Zola en lisant ce roman …
    La deuxième problématique essentielle, avec la religion, est celle de la sexualité, lentement éveillée en Serge et Albine durant leur séjour au Paradou, le paradis sur terre (clairement évoqué : “ne vois-tu pas que nous sommes nus ? alors ils eurent honte” …) Ce dernier est d'ailleurs pratiquement un personnage à part entière du roman, comme le remarque le narrateur au moment de l'apogée de l'amour entre les deux jeunes gens : “C'était une victoire pour les bêtes, les plantes, les choses, qui avaient voulu l'entrée de ces deux enfants dans l'éternité de la vie. le parc applaudissait formidablement.”
    J'ai particulièrement apprécié les descriptions d'une nature luxuriante, généreuse, magnifique (même si au bout d'un moment elles finissent par être un petit peu lassantes, Zola se laissant un peu trop entraîner par son côté naturaliste, à mon goût !).
    Et puis j'ai été secouée par des scènes extrêmement puissantes dans ce roman finalement à part dans Les rougon-macquart, pratiquement un des seuls à se passer entièrement à la campagne, et même plus qu'à la campagne : dans une nature sauvage, qui ne se laisse pas dompter par l'homme. L'amour d'Albine, les doutes et faiblesses de Serge, le désespoir du Docteur Pascal qui voit le malheur se profiler, l'extrémisme de l'autre prêtre du village. Tout ça en fait presque un roman presque violent, psychologiquement (comme Tous les autres de Zola par ailleurs), qui fait vaciller toutes les croyances et entraîne les personnages dans les désordres du monde. Ce qu'un personnage faible comme Serge ne supporte pas : “Ah la mort, la mort de tout, avec le ciel béant pour recevoir nos âmes, au-dessus des débris abominables du monde.” On tremble avec lui, on l'encourage, on le pousse à se secouer. Et finalement, on abandonne quand à la fin, il déclame : “Je nie la vie, je la refuse, je crache sur elle.”
    Au final, dans ce roman, la religion semble avoir été la plus forte … Mais ce n'est pas l'avis de tout le monde :
    Conclusion du Docteur Pascal, à propos de Serge et Désirée Mouret : “ça a bien tourné pour la fille, qui est aussi heureuse que sa vache. ça a mal tourné pour le garçon, qui agonise dans sa soutane. [...] On manque sa vie. de vrais Rougons et de vrais Macquart ces enfants là, la queue de la bande, la dégénérescence finale”.
    On en revient donc encore et toujours à la génétique maudite des Rougon-Macquart …

    Lien : http://missbouquinaix.wordpress.com/2012/02/24/ou-je-vous-parle-de-l..
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    • Livres 5.00/5
    Par lecassin, le 08 mai 2012

    lecassin
    « La Faute de l'abbé Mouret », paru en 1875 est le cinquième volume des « Rougon-Maquard », et le deuxième volume de la série à traiter du catholicisme.
    On avait vu, dans le volume précédent, « La Conquête de Plassans », Serge Mouret fils de François Mouret et de Marthe Rougon, rejoindre le séminaire sur les conseils de l'abbé Faujas. Ordonné prêtre, il se voit confier à sa demande la misérable paroisse des Artauds, non loin de Plassans , en fait, le Tholonet, au pied de la Montagne Sainte-Victoire dans l'arrière pays provençal…
    Serge vit là, en ascète vouant un culte immodéré à la Vierge Marie, avec Désirée sa sœur dont l'esprit simple a développé une passion tout aussi simple pour sa basse-cour ; avec Teuse la bonne, particulièrement revêche.
    Victime de la typhoïde , son oncle, Le docteur pascal, décide de l'envoyer se refaire une santé au calme du « Paradou », un parc à l'abandon, vestige d'une propriété érigée au XVIIIème siècle par un riche propriétaire afin d'y abriter ses amours. Là, vivent Jeanbernat, le gardien - un mécréant - et sa nièce, la jeune et belle Albine. Serge finit par se remettre de sa maladie, mais, amnésique, a tout oublié de sa condition de prêtre…
    Un cinquième volume qui ne laisse pas indifférent. On adore, ou on déteste…
    Pour ma part, je fais partie de ceux qui ont adoré, et plus particulièrement pour la partie centrale du roman, celle du « Paradou » ; et jusque dans l'explosion végétale même si quelques longueurs peuvent faire penser par moments à un étalage de catalogue de jardinerie. Amateur de Claude Monet, elle représente pour moi l'illustration de l'impressionnisme en littérature.
    Et puis, le jardin d'Eden n'était-il pas tel que celui-là ? qui jeta Adam et Eve dans les bras l'un de l'autre… le « Paradou », une explosion de lumière, de couleurs et de senteurs. Giverny-esque !
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    Critique de qualité ? (14 votes positifs)
    • Livres 3.00/5
    Par ivredelivres, le 01 octobre 2010

    ivredelivres
    François Mouret on s'en souvient a perdu la bataille contre l'abbé Faujas et tout c'est terminé dans le sang et les larmes.
    Les deux fils de Mouret ont quitté Plassans, l'un pour Paris où nous le retrouverons bientôt et l'autre pour le séminaire où il est rentré influencé par Faujas.
    Devenu prêtre c'est lui qui est le héros de ce cinquième roman. Serge Mouret c'est la piété totale, la chasteté, la charité incarnée, l'ascèse aussi car refusant de vivre dans le moindre confort et vouant un culte à la Vierge Marie.
    L'évêque l'a nommé dans le plus pauvre des villages de l'arrière pays provençal.
    Il vit là avec Désirée sa soeur simple d'esprit qui a développé une passion pour sa basse-cour et Teuse la bonne, rugueuse et acariâtre.
    Il essaie de remettre les brebis égarées dans le droit chemin, ainsi il lui faut convaincre un père de marier sa fille à un « traîne savate » qui l'a mise enceinte ...rude tâche car L'Argent passe largement avant la bénédiction de l'Eglise au grand dam de Mouret.
    Il accompagne un jour son oncle Le Docteur Pascal auprès de Jeanbernat un mécréant anticlérical, gardien d'un domaine « le Paradou » où il vit avec sa nièce Albine.
    Brusquement atteint de typhoïde Mouret va être soigné par les habitants du domaine, la maladie est vite éloignée mais Serge va basculer et connaître pour la première fois l'éveil des sens, son corps, son coeur, son esprit vont être envoûtés par Albine et l'orgie sensuelle du Paradou, il va vivre pendant des semaines une félicité sans égale.
    Le retour à la réalité sera rude et brutal. Il va devoir faire le choix d'une vie selon l'Eglise ou d'une vie selon l'amour.
    L'histoire est il faut bien le dire, un peu tirée par les cheveux, la rencontre d'Albine et Serge frappée d'invraisemblance mais .......mais je me suis laissée emportée au Paradou, j'ai goûté les descriptions de Zola, j'ai senti sur ma peau la douceur du soleil au sortir de la nuit, les parfums qui s'exhalent, la profusion des plantes, l'exubérance des fleurs..........C'est l'aspect que j'ai préféré.
    Il y a une deuxième lecture de ce roman, c'est la lutte contre la toute puissance de l'Eglise, la tentative pour sortir de son emprise, les interdits violemment appliqués. Zola traine avec lui tout l'arsenal anticlérical Eve tentatrice, la faute que représente la jouissance physique, la culpabilité, l'expiation et enfin la soumission du prêtre. Cette partie du roman est beaucoup moins agréable car je m'en suis sentie très éloignée.
    Je vous engage à lire « La faute de l'abbé Mouret » ne serait ce que pour vous transporter quelques moments au Paradou
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    Critique de qualité ? (2 votes positifs)
    • Livres 3.00/5
    Par brigetoun, le 16 décembre 2011

    brigetoun
    Naturaliste, Zola ? Dans la faute je vois surtout un lyrisme échevelé, de l'onirisme, du symbolisme, un superbe érotisme. Premier degré sans doute, mais si agréable, presque grisant, avec juste une petite distance pour goûter le plaisir d'être emporté, bousculé par l'opulence du jardin improbable, que point n'ai désir de l'abandonner.
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Citations et extraits

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  • Par Couperine, le 09 mai 2010

    La Teuse, en entrant, posa son balai et son plumeau contre l’autel. Elle s’était attardée à mettre en train la lessive du semestre. Elle traversa l’église, pour sonner l’Angélus, boitant davantage dans sa hâte, bousculant les bancs. La corde, près du confessionnal, tombait du plafond, nue, râpée, terminée par un gros nœud, que les mains avaient graissé ; et elle s’y pendit de toute sa masse, à coups réguliers, puis s’y abandonna, roulant dans ses jupes, le bonnet de travers, le sang crevant sa face large.

    Après avoir ramené son bonnet d’une légère tape, essoufflée, la Teuse revint donner un coup de balai devant l’autel. La poussière s’obstinait là, chaque jour, entre les planches mal jointes de l’estrade. Le balai fouillait les coins avec un grondement irrité. Elle enleva ensuite le tapis de la table, et se fâcha en constatant que la grande nappe supérieure, déjà reprisée en vingt endroits, avait un nouveau trou d’usure au beau milieu ; on apercevait la seconde nappe, pliée en deux, si émincée, si claire elle-même, qu’elle laissait voir la pierre consacrée, encadrée dans l’autel de bois peint. Elle épousseta ces linges roussis par l’usage, promena vigoureusement le plumeau le long du gradin, contre lequel elle releva les cartons liturgiques. Puis, montant sur une chaise, elle débarrassa la croix et deux des chandeliers de leurs housses de cotonnade jaune. Le cuivre était piqué de taches ternes.

    — Ah bien ! murmura la Teuse à demi-voix, ils ont joliment besoin d’un nettoyage ! Je les passerai au tripoli.

    Alors, courant sur une jambe, avec des déhanchements et des secousses à enfoncer les dalles, elle alla à la sacristie chercher le Missel, qu’elle plaça sur le pupitre, du côté de l’Épire, sans l’ouvrir, la tranche tournée vers le milieu de l’autel. Et elle alluma les deux cierges. En emportant son balai, elle jeta un coup d’œil autour d’elle, pour s’assurer que le ménage du bon Dieu était bien fait.
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  • Par lecassin, le 08 mai 2012

    Les tubéreuses semblaient pour elle des fleurs précieuses, qui devaient distiller goutte à goutte de l’or, des richesses, des biens extraordinaires. Les jacinthes toutes perlées de leurs grains fleuris, étaient comme des colliers dont chaque perle allait lui verser des joies ignorées aux hommes.
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  • Par sentinelle, le 10 août 2011

    Un ancêtre, un Artaud, était venu, qui s’était fixé dans cette lande, comme un paria ; puis sa famille avait grandi, avec la vitalité farouche des herbes suçant la vie des rochers ; sa famille avait fini par être une tribu, une commune, dont les cousinages se perdaient, remontaient à des siècles. Ils se mariaient entre eux, dans une promiscuité éhontée ; on ne citait pas un exemple d’un Artaud ayant amené une femme d’un village voisin ; les filles seules s’en allaient parfois. Ils naissaient, ils mourraient, attachés à ce coin de terre, pullulant sur leur fumier, lentement, avec une simplicité d’arbres qui repoussaient de leur semence, sans avoir une idée nette du vaste monde, au-delà de ces roches jaunes entre lesquelles ils végétaient. Et pourtant déjà, parmi eux, se trouvaient des pauvres et des riches. Des poules ayant disparu, les poulaillers, la nuit, étaient fermés par de gros cadenas ; un Artaud avait tué un Artaud, un soir, derrière le moulin. C’était, au fond de cette ceinture désolée de collines, un peuple à part, une race née du sol, une humanité de trois cents têtes qui recommençaient le temps.
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  • Par sentinelle, le 12 août 2011

    Une mer de verdure, en face, à droite, à gauche, partout. Une mer roulant sa houle de feuilles jusqu’à l’horizon, sans l’obstacle d’une maison, d’un pan de muraille, d’une route poudreuse. Une mer déserte, vierge, sacrée, étalant sa douceur sauvage dans l’innocence de la solitude. Le soleil seul entrait là, se vautrait en nappe d’or sur les prés, enfilait les allées de la course échappée de ses rayons, laissait pendre à travers les arbres ses fins cheveux flambants, buvait aux sources d’une lèvre blonde qui trempait l’eau d’un frisson. Sous ce poudroiement de flammes, le grand jardin vivait avec une extravagance de bête heureuse, lâchée au bout du monde, loin de tout, libre de tout. C’était une débauche telle de feuillages, une marée d’herbes si débordante, qu’il était comme dérobé d’un bout à l’autre, inondé, noyé. Rien que des pentes vertes, des tiges ayant des jaillissements de fontaine, des masses moutonnantes, des rideaux de forêts hermétiquement tirés, des manteaux de plantes grimpantes traînant à terre, des volées de rameaux gigantesques s’abattant de tous côtés.
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  • Par sentinelle, le 10 août 2011

    Il passait ses journées dans l’existence intérieure qu’il s’était faite, ayant tout quitté pour se donner entier. Il fermait la porte de ses sens, cherchait à s’affranchir des nécessités du corps, n’était plus qu’une âme ravie par la contemplation. La nature ne lui présentait que pièges, qu’ordures ; il mettait sa gloire à lui faire violence, à la mépriser, à se dégager de sa boue humaine. Le juste doit être insensé selon le monde. Aussi se regardait-il comme un exilé sur terre ; il n’envisageait que les biens célestes, ne pouvant comprendre qu’on mît en balance une éternité de félicité avec quelques heures d’une joie périssable.
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