> Colette Becker (Éditeur scientifique)

ISBN : 2253161187
Éditeur : Le Livre de Poche (2004)


Note moyenne : 3.85/5 (sur 166 notes) Ajouter à mes livres
Dans la petite ville provençale de Plassans, au lendemain du coup d'État d'où va naître le Second Empire, deux adolescents, Miette et Silvère, se mêlent aux insurgés. Leur histoire d'amour comme le soulèvement des républicains traversent le roman, mais au-delà d'eux, c'... > voir plus
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Critiques et avis

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    • Livres 4.00/5
    Par Woland, le 15 décembre 2007

    Woland
    Le premier volume d'une série qui compte des best-sellers tels que "L'assommoir", "Nana" ou encore "La Bête humaine", a forcément la part délicate. Pressé d'en venir directement aux chefs-d'oeuvre de Zola, le lecteur l'oublie souvent. Et c'est un tort.
    Car le souffle zolien s'y fait déjà sentir. A ceux qui m'opposeraient les longues descriptions du premier chapitre, je répondrais qu'il s'agit là d'un chapitre d'exposition et que, en tant que tel, il ne saurait être court, surtout au XIXème. Et puis, franchement, n'est-elle pas prodigieuse, la description du vieux cimetière St Mittre ? D'emblée, Zola nous prouve la maîtrise, rare parce qu'innée, avec laquelle il mariait naturellement les luxuriances de la vie et la pourriture sacrée de la mort.
    Un morceau pareil, dans la droite ligne des descriptions cadavériques de "Thérèse Raquin" et de celles, dévoreuses, monstrueuses et quasi amazoniennes de la serre de "La Curée" où Renée et Maxime cachent leurs amours incestueuses, ou de ce Paradou oublié dans lequel l'abbé Mouret, amnésique, succombe aux plaisirs de la chair, que voulez-vous, moi, ça me stupéfie et ça m'émerveille toujours autant !
    "La Fortune ..." est le livre-fondateur de la saga des Rougon, des Macquart et des Mouret. Celui qui passe auprès de lui sans le lire se résigne du coup à laisser dans l'ombre trop des points importants et dont certains sont carrément essentiels à la bonne compréhension du reste de la fresque.
    D'abord, cela va de soi, la haine fondamentale entre les Rougon, descendants du premier mari de l'aïeule Adélaïde Foulques, et les Macquart qui, eux, sont les enfants de son amant, le braconnier Antoine Macquart.
    Attachez vos ceintures et suivez-moi bien.
    Dès le départ, Pierre Rougon, le fils légitime, vole sa mère et ses demi-frère et soeur, Antoine et Ursule, afin de se doter pour épouser la fille d'un marchand d'huile, Félicité Puech. Dès le départ aussi, Antoine, le fils du braconnier, nous apparaît dans toute sa hideur : aussi voleur que son demi-frère mais beaucoup moins chanceux (peut-être parce que beaucoup plus paresseux), parasite-né qui vit d'abord aux crochets de sa mère, puis de sa femme, Fine, et enfin de ses deux enfants, Jean (que l'on retrouvera dans "La Terre"), Lisa (la "Belle Normande" du "Ventre de Paris") et bien sûr Gervaise, future et touchante héroïne du plus gros succès de Zola, "L'assommoir."
    Ursule, seule fille du braconnier et d'Adélaïde, aura la chance d'épouser un ouvrier chapelier solide du nom de Mouret. La réussite de ce dernier sera telle d'ailleurs que son fils, François, finira par se marier avec sa cousine, Marthe Rougon - Tous deux seront les protagonistes de "La Conquête de Plassans." Hélas ! de santé fragile et d'humeur étrange, elle finira par se suicider et son mari ne mettra pas longtemps à la suivre dans la tombe. le second de leurs fils, le petit Silvère, sera adopté par sa grand-mère Adélaïde, qu'il surnommera "Tante Dide."
    Du côté Rougon, apparaissent Eugène, futur ministre de Napoléon III ("Son excellence eugène rougon"), Aristide (personnage que Zola semble avoir conçu comme assez falot mais qui, par l'une de ces bizarreries qui se manifestent dans L'oeuvre des grands romanciers, deviendra très vite le Saccard flamboyant de "La Curée" et celui, presque émouvant, de "L'Argent"), Pascal (l'un des rares personnages positifs de la fresque qui donnera son nom au dernier volume), Marthe (cf. plus haut) et enfin Sidonie (c'est elle qui, dans "La Curée", révèlera à son frère l'adultère incestueux de Renée et de Maxime).
    Pour les deux clans - plus précisément pour les Rougon et Antoine Macquart - le coup d'Etat du 2 décembre 1851 servira de tremplin. Pierre et Félicité obtiendront enfin la recette générale qu'ils convoitaient depuis des lustres et Antoine, en se faisant leur complice, gagnera ainsi la possibilité de les faire chanter à vie. Aussi cruels, aussi sournois et aussi avides les uns que les autres de se bâtir une fortune, ils abandonneront à la fusillade le pauvre Silvère qui, trop jeune et trop utopiste, aura eu le tort de se battre dans le camp des vaincus.
    C'est donc, on l'aura compris, dans le sang de la République et dans celui de ses défenseurs, que La fortune des rougon-Macquart prend ses racines.
    Telle est, résumée autant que faire se peut, l'intrigue de ce roman qui, à sa parution, ne déchaîna guère les critiques et qui, pourtant, ne peut manquer de passionner les inconditionnels de Zola et de la fresque qui lui permit d'accéder à la célébrité. ;o)
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    Critique de qualité ? (10 votes positifs)
    • Livres 4.00/5
    Par nastasiabuergo, le 20 avril 2012

    nastasiabuergo
    Voici le roman qui inaugure le célébrissime cycle littéraire des Rougon-Macquart en nous livrant les secrets du "livret de famille" où toutes les perversions sont en germe, inscrites dans les gènes des différents membres du clan: ambition démesurée, avidité, cupidité, cruauté, orgueil, couardise, jalousie, folie, etc.
    Le thème en est le coup d'état de Louis-Napoléon Bonaparte en 1852, alors président de la république, qui va tuer cette seconde république pour y installer son propre trône d'empereur et les dérives qui iront avec.
    Cependant, derrière les cœurs amers ou défaillants de la famille, on voit tout de même poindre quelques lueurs d'humanité, chez l'infortuné Silvère Mouret par exemple, porte drapeau d'une jeunesse qui veut croire en un idéal ou chez Pascal Rougon, le fameux "Docteur Pascal" (l'opus 20 de la série et qui la clôt).
    Le rôle principal est tenu par Pierre Rougon et sa merveilleuse épouse (je vous la conseille, elle est vraiment aux petits oignons), prêts à vendre n'importe qui ou n'importe quoi pour arriver à la fortune, et qui utiliseront les troubles du coup d'état pour se poser en sauveurs de Plassans (alias Aix en Provence, dont est originaire Zola).
    Même si ce roman, n'est pas, à mon sens, le meilleur du grand cycle de Zola, il est cependant indispensable, car il permet de bien comprendre les origines et du coup d'état et de la famille qui va nous intéresser pendant encore dix-neuf romans. Il est, de plus, intéressant et tout à l'honneur de son auteur de noter que ce roman réaliste ultra critique vis-à-vis de l'empire fut écrit alors que celui-ci n'avait pas encore expiré à Sedan. C'est donc avec toute mon humble considération et grand plaisir que j'accorde à Émile Zola un satisfecit pour cette première pierre à l'édifice majeur de sa carrière littéraire. N'oubliez pas néanmoins que toutes ces menues considérations ne sont que mon avis, c'est-à-dire, pas grand-chose.
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    Critique de qualité ? (15 votes positifs)
    • Livres 4.00/5
    Par ivredelivres, le 11 août 2010

    ivredelivres
    Il y a quelques semaines j'ai fait un billet sur un livre audio qui m'avait beaucoup plu La Bête humaine, vous avez été plusieurs à manifester votre envie de lire Zola je ne sais pas si vous avez démarré mais moi oui.
    Je me suis lancée, je ne sais pas si j'irai au bout de la saga des Rougon Macquart mais qu'importe ce n'est pas un concours.
    J'ai peu pratiqué Zola donc tout ou presque me reste à lire. Voilà le premier billet et le début de la généalogie des Rougon-Macquart et par la même occasion ma première lecture de longue durée avec mon ebook.
    L'oeuvre de Zola se déroule sous le Second Empire, ce premier roman lui se situe à la veille du coup d'état en 1851 du futur Napoléon III dans une petite ville du Var : Plassans.
    L'époque est très importante car les remous politiques partagent les citoyens, mettent à jour les appétits de pouvoir, de richesses, les besoins de revanche ou de vengeance. Il faut choisir son camp et ne pas se tromper pour être du côté des vainqueurs le moment venu. Tient on se croirait aujourd'hui, l'époque a changé mais pas ce qui mène le monde : trahir, mentir, comploter, s'en prendre aux innocents, aux plus faible....on est en pays connu hélas.
    Pourtant ce n'est pas cette partie du roman qui m'a plu, non c'est la mise en place de l'arbre généalogique, l'origine de la famille.
    Adèle Fouque, ni Rougon ni Macquart c'est pourtant elle qui va engendrer les trois branches de la famille.
    son premier mari Rougon, jardinier de son état, lui donne un fils Pierre, à sa mort elle vit « à la colle » avec Macquart, un personnage peu reluisant, ivrogne, voleur et qui lui fait deux enfants : Ursule et Antoine Macquart, notez bien, rien à voir avec Pierre Rougon, même s'ils sont demi-frére et soeur.
    Les trois enfants issus de la même mère, représenteront chacun une catégorie sociale, ils sont marqués à jamais par leur naissance, leur hérédité.
    Pierre Rougon va prendre ce que de nos jours on appelle « l'ascenseur social », mais il joue des coudes pour monter dedans à la faveur des remous politiques. Sa femme Félicité le pousse en avant. Quelques tours de passe passe pour s'assurer les biens de sa mère au détriment d'Ursule et Antoine, et le voilà sur le chemin de la richesse, il va pouvoir changer de classe sociale.
    Chez les Mouret et les Macquarts le poids de l'hérédité va faire pencher les destins, la violence liée à l'alcoolisme, la folie, Zola esquisse déjà les romans qui viendront.
    J'ai lu ce roman avec grand intérêt même si ce n'est ni le plus connu, ni le plus passionnant de Zola, tout est en place, le décor est dressé et tout invite à suivre le chemin tracé par l'auteur.
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    • Livres 4.00/5
    Par lecassin, le 23 avril 2012

    lecassin
    « La Fortune des Rougon », est le premier volume de l'œuvre magistrale d'Emile Zola, les Rougon Macquart, qui en compte vingt.
    Publié en 1871, il dépeint les amours de Miette et Silvère, sur fond de coup d'État du prince Louis Napoléon Bonaparte (Napoléon III), le 2 décembre 1851, vu d'une ville de Provence, Plassans, inventée par l'auteur sur le modèle de la ville de son enfance, Aix en Provence.
    Une période troublée qui ne peut que créer le terreau propice au développement des ambitions démesurées : deux branches rivales d'une même famille, les Rougon et les Macquart, s'affrontent. Les premiers, bonapartistes et calculateurs, finiront par profiter du coup d'état s'emparer du pouvoir politique à Plassans, les seconds, libéraux, plus par pauvreté et rancœur que par conviction...
    C'est aussi l'occasion pour Emile Zola d'esquisser la généalogie en trois branches issues d'Adélaïde Fouque des familles dont on suivra l'évolution des différents membres au fil des romans :
    les Rougon, la branche où prédomine l'appât du gain et l'appétit du pouvoir,
    les Mouret, la branche où la fragilité mentale de l'aïeule réapparaît comme une tare familiale ;
    les Macquart, la branche la plus fragile, chez qui se retrouve la folie d'Adélaïde mêlée à l'ivrognerie et à la violence de son amant.
    « La Fortune des Rougon » n'est probablement pas le plus connu des romans d'Emile Zola. Il reste cependant à lire en premier dans la série, même si l'on prend ensuite les autres « dans le désordre ». Pour ma part, après avoir lu difficilement comme beaucoup « L'assommoir » et « Germinal » en parcours scolaire, c'est celui qui m'a fait redécouvrir la richesse du style si particulier de Zola.
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  • Par Aela, le 17 février 2011

    Aela
    C'est le point de départ d'un travail titanesque qui durera plus de vingt ans. A travers les vingt tomes qui composent la fresque des Rougon-Macquart, c'est l'histoire d'une famille qui va se dérouler pendant toute la durée du Second Empire, avec des faits marquants plus spécialement mis en lumière: le coup d'Etat de Louis-Napoléon Bonaparte, les travaux d'Haussmann qui bouleversent Paris, la naissance des grandes entreprises commerciales et industrielles, la guerre de 1870 et la défaite de Sedan. Une fresque qui rassemble des centaines de personnes et qui marque les origines du monde moderne.
    Par cette oeuvre, Zola s'impose comme le chef de file du mouvement naturaliste auquel vont "adhérer" aussi Mirbeau, Huysmans, Maupassant...
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Citations et extraits

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  • Par sentinelle, le 25 avril 2010

    Et, chez les Rougon, le soir, au dessert, des rires montaient dans la buée de la table, toute chaude encore des débris du dîner. Enfin, ils mordaient aux plaisirs des riches ! Leurs appétits, aiguisés par trente ans de désirs contenus, montraient des dents féroces. Ces grands inassouvis, ces fauves maigres, à peine lâchés de la veille dans les jouissances, acclamaient l’Empire naissant, le règne de la curée ardente. Comme il avait relevé la fortune des Bonaparte, le coup d’État fondait la fortune des Rougon.
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  • Par sentinelle, le 22 avril 2010

    Félicité se recueillit.

    — Ainsi, reprit-elle, vous pensez qu’une insurrection est nécessaire pour assurer notre fortune ?

    — C’est mon avis, répondit M. de Carnavant.

    Et il ajouta avec un sourire légèrement ironique :

    — On ne fonde une nouvelle dynastie que dans une bagarre. Le sang est un bon engrais. Il sera beau que les Rougon, comme certaines illustres familles, datent d’un massacre.

    Ces mots, accompagnés d’un ricanement, firent courir un frisson froid dans le dos de Félicité. Mais elle était femme de tête, et la vue des beaux rideaux de M. Peirotte, qu’elle regardait religieusement chaque matin, entretenait son courage. Quand elle se sentait faiblir, elle se mettait à la fenêtre et contemplait la maison du receveur. C’était ses Tuileries, à elle. Elle était décidée aux actes les plus extrêmes pour entrer dans la ville neuve, cette terre promise sur le seuil de laquelle elle brûlait de désirs depuis tant d’années.
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  • Par sentinelle, le 25 avril 2010

    Pascal fixait un regard pénétrant sur la folle, sur son père, sur son oncle ; l’égoïsme du savant l’emportait ; il étudiait cette mère et ces fils, avec l’attention d’un naturaliste surprenant les métamorphoses d’un insecte. Et il songeait à ces poussées d’une famille, d’une souche qui jette des branches diverses, et dont la sève âcre charrie les mêmes genres dans les tiges les plus lointaines, différemment tordues, selon les milieux d’ombre et de soleil. Il crut entrevoir un instant, comme au milieu d’un éclair, l’avenir des Rougon-Macquart, une meute d’appétits lâchés et assouvis, dans un flamboiement d’or et de sang.
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  • Par Seiren, le 09 février 2012

    La révolution de 1848 trouva donc tous les Rougon sur le qui-vive, exaspérés par leur mauvaise chance et disposés à violer la fortune, s'ils la rencontraient jamais au détour d'un sentier. C'était une famille de bandits à l'affût, prêts à détrousser les événements. Eugène surveillait Paris ; Aristide rêvait d'égorger Plassans ; le père et la mère, les plus âpres peut-être, comptaient travailler pour leur compte et profiter en outre de la besogne de leurs fils ; Pascal seul, cet amant discret de la science, menait la belle vie indifférente d'un amoureux, dans sa petite maison claire de la ville neuve.
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  • Par Aela, le 17 février 2011

    Préface
    Depuis trois années, je rassemblais les documents de ce grand ouvrage, et le présent volume était même écrit, lorsque la chute des Bonaparte, dont j'avais besoin comme artiste, et que toujours je trouvais fatalement au bout du drame, sans oser l'espérer si prochaine, est venue me donner le dénouement terrible et nécessaire de mon oeuvre. Celle-ci est, dès aujourd'hui, complète; elle s'agite dans un cercle fini; elle devient le tableau d'un règne mort, d'une étrange époque de folie et de honte.
    Cette oeuvre, qui formera plusieurs périodes, est donc dans ma pensée, l'histoire naturelle et sociale d'une famille sous le Second Empire.
    Préface de la La Fortune des Rougon 1871
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