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> Colette Becker (Éditeur scientifique)

ISBN : 2253161187
Éditeur : Le Livre de Poche (2004)


Note moyenne : 3.94/5 (sur 793 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
Dans la petite ville provençale de Plassans, au lendemain du coup d'État d'où va naître le Second Empire, deux adolescents, Miette et Silvère, se mêlent aux insurgés. Leur histoire d'amour comme le soulèvement des républicains traversent le roman, mais au-delà d'eux, c'... > Voir plus
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Critiques, analyses et avis

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    • Livres 4.00/5
    Par Nastasia-B, le 27 septembre 2013

    Nastasia-B
    Voici le roman qui inaugure le célébrissime cycle littéraire des Rougon-Macquart. En nous livrant quelques uns des secrets du " livret de famille ", Émile Zola nous fait constater, en le feuilletant, que toutes les perversions sont en germe, inscrites ici ou là dans les gènes des différents membres du clan : ambition démesurée, avidité, cupidité, cruauté, orgueil, couardise, jalousie, folie, etc.
    Le thème en est le coup d'état de Louis-Napoléon Bonaparte en 1852, alors président de la république, qui va sonner le glas de cette seconde république pour y installer son propre trône d'empereur...
    ...et les dérives qui iront avec.
    Cependant, derrière les coeurs amers ou défaillants de la famille, on voit tout de même poindre quelques lueurs d'humanité, chez l'infortuné Silvère Mouret par exemple, porte drapeau d'une jeunesse qui veut croire en un idéal ou chez Pascal Rougon, le fameux Docteur Pascal (l'opus 20 de la série et qui la clôt).
    Pour l'heure, le rôle principal est tenu par Pierre Rougon et sa merveilleuse épouse (je vous la conseille, elle est vraiment aux petits oignons), prêts à vendre n'importe qui ou n'importe quoi pour arriver à la fortune, et qui utiliseront les troubles du coup d'état pour se poser en sauveurs de Plassans (alias Aix en Provence, dont l'auteur est originaire).
    Même si ce roman, n'est pas, à mon sens, le meilleur, loin s'en faut, du grand cycle de Zola, il est cependant tout à la fois plaisant et indispensable, car il permet de bien comprendre les origines et du coup d'état et de la famille qui va nous intéresser pendant encore dix-neuf romans.
    Il est, de plus, intéressant (et tout à l'honneur de son auteur) de noter que ce roman réaliste ultra critique vis-à-vis de l'empire fut écrit alors que celui-ci n'avait pas encore expiré à Sedan.
    C'est donc avec toute mon humble considération et grand plaisir que j'accorde à Émile Zola un satisfecit pour cette première pierre à l'édifice majeur de sa carrière littéraire.
    N'oubliez pas néanmoins que toutes ces menues considérations ne sont que mon avis, rien de plus qu'un coup de feu au loin, c'est-à-dire, pas grand-chose.
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    • Livres 5.00/5
    Par isajulia, le 10 mai 2013

    isajulia
    De Zola je n'avais lu qu'Au bonheur des dames et Nana j'ai donc voulu combler mes lacunes en m'attaquant à la saga entière des Rougon-Macquart.
    Fortement motivée par les contributeurs de Babelio, me voilà lancée dans ce premier tome qu'est La Fortune des Rougon.
    Avec en toile de fond le coup d'Etat de 1851 qui marquera la naissance du Second Empire, Zola nous présente les protagonistes que l'on retrouvera dans les romans suivants.
    J'aimerai m'attarder un peu sur les personnages, certains étant au coude à coude dans le vice.
    La première et seconde place reviennent à Pierre Rougon et sa femme Félicité. Ces deux affreux occupent le haut du podium par leur fourberie, leur méchanceté et leur esprit de lucre. Ces vautours, relativement méprisés à Plassans, tueraient père et mère pour acquérir gloire et fortune et devenir les plus gros poissons de la mare. Vous les aimez déjà? Attendez de voir qui occupe la troisième place.
    Antoine Macquart, le demi-frère de Pierre est lui aussi un magnifique spécimen du genre. Ancien soldat, fainéant comme une couleuvre, a lui aussi tout pour plaire. Vouant une rancoeur sans bornes à Pierre qui a honteusement dépouillé Adélaide, leur mère. le monsieur a la dent longue et veut nager dans l'argent. N'arrivant pas à faire plier Rougon, il va se noyer dans l'alcool et vivre grassement sur le dos de sa femme et de ses enfants. Jaloux, vindicatif et profiteur il a toutes les qualités et complotera a sa manière pour avoir sa part du gâteau.
    Autant vous dire que j'ai détesté pas mal de protagonistes dans cette affaire, plus d'une fois mon sang n'a fait qu'un tour et je me suis révoltée contre ce panier de crabes qui ne pense qu'à servir ses intérêts personnels. Heureusement dans l'ombre il y a toujours la lumière et j'ai ressenti un réel coup de coeur pour d'autres. Silvère et Miette par exemple, ces deux enfants m'ont éblouie par leur pureté et leur innocence, j'ai versé une larme quand j'ai vu ce qu'ils sont devenus. Ils sont tellement mignons qu'ils apportent une note de fraîcheur dans toute cette cruauté. J'ai également adoré le docteur Pascal, tellement humain,si différent du reste de sa famille et la Tante Dide(Adélaide), j'ai eu pitié pour cette pauvre vieille qui est traitée comme une paria par ses propres enfants...
    Je m'attendais à du très bon j'ai carrément trouvé du grandiose. le livre m'a plu, avec mon tempérament passionné je n'ai eu aucun mal à rentrer dans l'histoire même si je redoutais un peu l'aspect politique, finalement c'est passé comme une lettre à la poste. Tout est beau, même les descriptions qui peuvent paraître longues sont très agréables à lire. Je reste toujours admirative du génie de Zola et j'ai vraiment hâte de commencer les autres volumes. La Fortune des Rougon est un excellent roman préparatoire qui pose l'ambiance et nous permet d'envisager à quoi l'on peut s'attendre pour la suite. Pas un seul instant je n'ai eu le sentiment de lire un classique, je me suis vraiment régalée. A lire!
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    • Livres 5.00/5
    Par tolbiac, le 14 avril 2013

    tolbiac
    Zola ! Zola !
    Pourquoi il ne signait pas d'un « Z » comme Zorro ? Que suis-je bête ! Zorro n'a commencé sa croisade qu'en 1919 et Zola était mort depuis dix sept ans…
    Pourquoi comparer à un vengeur masqué L'auteur du fameux « J'accuse » ? Il avançait à découvert lui ! Il défendait ses idées en les trempant dans l'encre et sa cape avait la forme d'un roman.
    Zola ! Zola !
    Mais il a été de tant de combats. Je ne vais pas refaire sa bio, c'est pas la peine… Zolaroo..
    Zola ! Zola !
    Tout a déjà été dit. Il y a ceux qui aiment et ceux qui n'aiment pas…
    On peut passer à côté comme on rate le train. On ne sait pas ce qu'on aurait pu vivre arrivé à destination. On a raté le train, donc on ne se rend pas compte. On continue sa vie comme si de rien n'était et puis un jour, on se dit ; « tient ce train, si je tentais de le prendre ? ». On se pointe à la gare, on regarde les horaires, on se met sur le quai. Et quand on monte à bord, on n'en renvient pas…
    Quand j'ai ouvert la porte du compartiment du train « la fortune des rougon » j'ai senti que le voyage allait être particulier. J'entendais le tak tak particulier à chaque jointure des rails, ça venait bercer ma contemplation. J'ai vu à travers la fenêtre du wagon que je partais vers une destination que je ne connaissais que d'après les autres.
    Il n'y a rien de mieux que d'aller sur place, se rendre compte par soit même. Pendant toute la première partie du voyage, j'ai été subjugué par ce que je voyais.
    Pourquoi on ne m'avait pas un peu forcé la main ? Pourquoi n'avais-je pas pris ce train plus tôt ?
    La peur ? C'est vrai que le voyage semblait long, fastidieux. J'avais eu peur de m'ennuyer. Tout ça, le nom des villes étranges, « L'assommoir », la bête humaine » ne m'inspirait que de vifs élans de fuites. Même le nom de la compagnie de train « Zola » me semblait poussiéreux et j'avais toujours cru que la ligne était désaffectée. Puis honnêtement, je n'avais pas trop envie d'aller vers des contrées qui me semblaient lointaine.
    Première surprise, dans le train, il y avait du monde. J'ai rencontré les Rougon, les Macquart. Avec tous, j'ai eu une conversation. Ils parlaient, buvaient, se restauraient et j'écoutais…
    Il y avait de l'ambiance dans les wagons, j'vous dit pas…
    Puis il y eu le terminus de la ligne « Fortune des Rougon ». Je me lève, je fais quoi ? Je rentre chez moi ou je continue ? Je quitte le train de province, j'vais à la Capitale. C'est décidé, je vais aller au bout du voyage. Je me renseigne et je prends un ticket pour la ligne Rougon-Marcquart, ligne B, station “La Curée” et c'est décidé, je vais rester là jusqu'au terminus de la ligne, quand je sors à la Station “docteur Pascal” des centaines d'heures plus tard, que je me perds dans les couloirs, je ne marche plus très droit. Je vois double.
    J'avais déjà pas mal voyagé en France et à l'étranger. J'avais aimé la fameuse compagnie transatlantique « Victor Hugo », avec ces paquebots majestueux qui vous en mettent plein la vue. J'avais le souvenir de traversées impressionnantes de volupté, ou tout s'orchestrait avec minutie.
    Le voyage en première classe à bord du navire amiral « Les misérables » m'avait assommé. Les passagers, les décorations intérieures, le capitaine Javert, les conteurs et les poètes de la troisième classe m'avaient emballé. J'avais croisé accoudé au bastingage une dénommée Cosette ainsi qu'un homme planqué dans son ombre. Un certain Jean Valjean. C'est resté le genre de voyage qui vous laisse exsangue, sans voix.
    Là avec la ligne B des Rougon-Macquart. Je découvre un autre plaisir.
    La compagnie des chemins de fer « Zola » trace sa voix dans le marbre du quotidien. Les ouvriers sont là, sur la voie et ils attendent que le train passe. On entend les femmes parler des magasins qui s'ouvrent, on entend des hommes parler d'Alcool, des soucis d'éducation, du travail, des difficultés à vivre. On espère, on croit, on vit. Bordel. On vit, on craint pour ces hommes et ces femmes.
    Et moi qui croyais la ligne désaffecté.
    Sacré démentit que ce voyage en profondeur dans les sous-sols de maintes vies croisées, aperçus.
    Là où les paquebots de la compagnie « Hugo » font dans le grandiose, dans le génie des courbes, dans le magnifique décor des maux, les wagons « Zola » vous emmener au plus près de l'humain. Avec ses maladresses, avec ses fulgurances, avec les peines, les joies, les réussites et des déceptions.
    A chaque station, des hommes et des femmes montent dans la rame. On entend les conversations des uns et des autres, on est interpelés par untel, on écoute.
    Certains, apprêtés, bourgeois, ont réussi, ils sont en bonnes compagnies et on attrape au milieu des murmures, quelques mots.
    Le long de la ligne tout n'est pas égal, tout n'emporte pas l'adhésion. Il arrive de vouloir remonter à la surface, à certaines stations, l'arrêt semble un peu long, on s'impatiente. On prend sur soit, on tient le coup, on reste assis, à sa place.
    Jusqu'au bout la ligne B du RER Rougon-Macquart surprendra.
    J'aimerais vous dire ce que j'ai ressenti. Parler « vrai », mais le train de nuit « Zola », ces wagons couchettes, sa buvette, son arrivé en gare au petit matin, ses petites mains, les passagers, sa ligne de métro, sa ligne B, ses stations tout est là, sans que je sache dire autre chose que tentez le voyage. Montez à bord, par n'importe quelle station. Montez à bord. La ligne n'est pas désaffectée !
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    • Livres 5.00/5
    Par Gwen21, le 29 avril 2013

    Gwen21
    Comme le dit si bien painnoir dans sa très belle critique, Zola, on aime ou on n'aime pas ; le mieux restant encore de se forger sa propre opinion. En effet, soit Zola vous séduira et vous deviendrez vite addicted, soit Zola échouera et sa lecture vous paraîtra toujours une contrainte.
    Ce positionnement dans les extrêmes caractérise bien toute l'oeuvre de l'écrivain dont le style se caractérise par sa flamboyance voire sa violence, physique ou psychologique. Avec Zola, les personnages sont peu nuancés sans pour autant être manichéens ; Zola est un excellent peintre naturaliste de la société humaine, il fouille ses personnages qui restent fidèles toute leur existence à ce qu'ils étaient prédestinés à être de par leur héritage génétique.
    « La Fortune des Rougon » est la Genèse des Rougon-Macquart, une épopée littéraire qui compte 20 romans ; chacun pouvant être lu de façon désolidarisée. Cependant, et selon les habitudes de chaque lecteur, on peut choisir de commencer par le commencement…
    Au commencement… c'est-à-dire en 1851, il y a la ville fictive de Plassans (assimilable à Aix-en-Provence où Zola a grandi) ; il y a non pas Ève mais Adélaïde Fouque, la racine, la souche d'où sortiront tous les autres protagonistes zoliens, répartis en trois familles, les Rougon, les Mouret et les Macquart ; il y a aussi et surtout les intérêts personnels qui prévalent sur les intérêts insurrectionnels du coup d'Etat du 2 décembre.
    Enfin, il y a cette humanité peinte sans fard, noire, tellement noire qu'elle ressemble à une nuit sans étoile dans lequel, telles des comètes lumineuses et porteuses d'espoir, vont furtivement passer quelques êtres purs et innocents, tragiquement destinés à disparaître aussi vite qu'ils seront apparus, laissant aux lecteurs qui les auront contemplés le souvenir d'un émerveillement fugace et attachant... Cette humanité crue qui caractérise si bien les 20 tomes de cette oeuvre colossale que sont les Rougon-Macquart.
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  • Par JH, le 15 novembre 2012

    JH
    « La Fortune des Rougon » ouvre la vaste fresque sociale du deuxième Empire que Zola a construite à travers les 20 tomes de sa série des Rougon-Macquart dont nous nous sommes proposés à travers un Challenge de lecteurs (Forum : « Zola Rougon-Macquart au complet ») de lire l'entièreté à raison d'un ouvrage mensuellement.

    Ce premier magnifique roman, peut-être moins généralement apprécié et pourtant superbement écrit et si intelligent, entretisse trois plans différents : une belle et tragique histoire d'amour entre deux adolescents, ensuite les origines de l'histoire d'une famille happée par un furieux désir d'enrichissement à quelque prix que ce soit, les Rougon-Macquart, et enfin le tableau historique d'une dizaine de journées en décembre 1851, en Provence, alors que se déroule à Paris le coup d'État de Louis-Napoléon Bonaparte pour s'emparer de manière autoritaire du pouvoir.

    De l'histoire d'amour de Silvère et Miette nous ne dirons presque rien pour ne pas la défrayer: elle est magnifique ! Quelle belle description psychologique de deux jeunes êtres blessés, qui deviennent tout l'un pour l'autre, et de leur timide et combien pudique découverte de la rencontre de leurs émotions et leurs corps !

    De l'histoire familiale, quelques mots, car la connaissance de l'origine de cette histoire est essentielle à la compréhension de toute la saga. Adélaïde Fouque s'est retrouvée seule très jeune, héritière d'une petite fortune amassée par sa famille de maraîchers. Toute la ville s'étonne de la voir épouser un jardinier, rustre et pauvre, dont elle a un fils, Pierre Rougon. Ce père meurt très vite « d'un coup de sang », un an passe et le voilà remplacé dans les bras de la fantasque Adélaïde par un contrebandier et braconnier, Macquart, avec qui elle s'affiche au mépris des convenances. On découvre alors une Adélaïde un peu « fêlée », prises de terribles crises convulsives, indifférente à l'opinion publique et poussée par un très grand désir de cet homme qui lui aussi vit aux marges et ne lui rend visite que sporadiquement et mourra sous les balles d'un douanier. Ils ont deux enfants, Antoine et Ursule, qui portent le nom de leur père, qu'Adélaïde élève ensemble avec son fils aîné. Voilà l'origine de cette famille Rougon-Macquart, les trois enfants d'Adelaïde Fouque, Tante Dide, et leurs nombreux descendants, tels les tentacules d'un poulpe, dont on va suivre les péripéties, tout au long des 20 volumes des Rougon-Macquart.

    L'aîné, Pierre Rougon, a hérité du côté « paysan massif » de son père mais aussi d'une ambition encore informe qui le pousse à se marier avec une femme appartenant à un milieu commerçant, Félicité Puech, avec qui ils auront 5 enfants (Eugène, Pascal, Aristide et deux filles) dont le premier tome, « La Fortune des Rougon », va exposer les tentatives d'enrichissement, les frustrations et les sordides combines, familiales puis politiques, dénuées de toute morale et de toute conviction idéologique autre que celle d'acquérir coûte que coûte une position sociale. Quel sombre tableau du désir d'ascension sociale, des combinaisons cyniques pour se mettre du côté du vainqueur et en obtenir des fruits que nos offre là Zola, quels cynisme, absence de scrupules et bassesse tout à la fois ! Antoine Macquart, le premier des enfants marqués par la bâtardise, encore un véritable stigmate à l'époque, n'a hérité que des défauts de tous côtés : il est buveur, peu intelligent, roublard, imbu de l'apparence de sa personne, effroyablement paresseux. Il se met en ménage avec une femme qu'il exploite de manière éhontée, leurs enfants - que l'on retrouvera dans de futurs volumes - dès qu'ils le pourront, fuiront ce père sans vergogne. Ursule enfin, par un mariage avec un honnête ouvrier tombé amoureux d'elle s'extrait de sa famille. Ils sont à l'origine de la lignée des Mouret, mais tous deux mourront très vite, laissant deux enfants orphelins dont le cadet, Silvère, recueilli par sa grand-mère Adélaïde est un des protagonistes principaux de « La Fortune des Rougon ». C'est autour de ces personnages, et de leur descendance, que Zola va articuler le portrait du deuxième Empire qui s'étend sur l'ensemble de la série.

    « La Fortune des Rougon » se concentre sur le tableau des positions et aspirations sociales d'un milieu provincial dans une ville de Provence imaginaire, Plassans, qui a bien des traits de la ville d'enfance de Zola, Aix-en-Provence, au moment précis du coup d'Etat, en décembre 1851. Zola décrit très graphiquement la ville divisée en trois quartiers, trois quartiers qui sont aussi sa manière de nous présenter la composition sociale de Plassans. Dans le quartier de Saint-Marc vivent les nobles, ceux-ci vivent terrés chez eux, sans vie sociale qui les réunisse. Parfois appauvris ou déclassés ils vivent dans la nostalgie, dans le mépris, dans l'ostracisme. Dans la Vieille Ville, où se trouvent aussi les institutions administratives et judiciaires, vit le petit peuple, les ouvriers, les commerçants. Enfin dans la Ville Neuve, aux constructions plus récentes, se réunissent les bourgeois, ceux qui se sont enrichis, qui sont décrits comme aspirant à être reconnus par les nobles, et à se différencier à tout prix du peuple de la Vieille Ville. Ces bourgeois sont méprisés par les premiers, enviés par les seconds, leur identité est façonnée exclusivement par l'argent …. C'est le coeur du XIXème siècle français, avec en toile de fond l'industrialisation, les profonds bouleversements sociaux mais aussi les atavismes séculaires, et en pointe la construction démocratique, même si encore très balbutiante, avec le poids montant de la presse et de l'école et la perte d'influence de l'Eglise….

    Tout ce petit monde d'une petite ville du Midi se trouve confronté aux bouleversements politiques et économiques de l'époque… Zola en donne un tableau très sombre. On les observe tapis dans leur coin, manigançant de sordides combines, essayant de deviner d'où vient le vent et de préserver leurs richesses, ou tentant, comme les Rougon, de pêcher dans l'eau trouble des désordres politiques, richesses mais surtout positions, reconnaissance sociale. Ils sont essentiellement conservateurs, aspirant à conserver leurs acquis, ils n'ont pas de compréhension du présent ni de vision d'avenir, pas de véritables projets si ce n'est d'intriguer dans l'ombre pour conserver ou gagner de bien petits et mesquins intérêts. Sur cette ville à peine un millier de « républicains », prêts à monter sur Paris pour défendre la République, qui sont décrits de manière épique : ces hommes - car c'est un univers masculin ou Miette fera figure d'exception, transcendant sa jeunesse dans une figure de Marianne portant le drapeau rouge- ces hommes, donc, sont corporellement forts, puissants, habités par une grande énergie, il faut les voir marcher tous ensemble dans la nuit chantant La Marseillaise… On pense un peu au début des Chouans de Balzac, aussi à quelque chose du réalisme soviétique par moment…. de leurs histoires, de leurs aspirations, d'une caractérisation plus fine de ces milieux ouvriers, on n'apprendra pas cependant beaucoup dans ce premier tome.

    Des escarmouches, conflits, revirements, traquenards, trahisons et massacres se déroulent sous nos yeux de lecteurs pris de vertige par le récit. On ne racontera pas ici toutes les intrigues et les événements tragiques qui remplissent les derniers chapitres laissant aux lecteurs la surprise de la découverte. le ton devient par moment grandiose, un art littéraire presque épique qui contraste avec la terrible mesquinerie, avidité et méchante indifférence qui dépeignent les Rougon, les mains et leur conscience ensanglantées, les Rougon adulés et enviés de leurs comparses, attablés à la fin de cette histoire pour fêter l'avènement d'un régime dont ils espèrent des bénéfices, la curée qui s'annonce : « En province on mange beaucoup et bruyamment. Dès le relevé, ces messieurs parlaient tous à la fois ; ils donnaient le coup de pied de l'âne aux vaincus, se jetaient des flatteries à la tête, faisaient des commentaires désobligeants sur l'absence du marquis ; les nobles étaient d'un commerce impossible (…). Au second service, ce fut une curée. Les marchands d'huile, les marchands d'amande, sauvaient la France. On trinqua à la gloire des Rougon. (…). La joie d'être sauvés, de ne plus trembler, de se retrouver dans ce salon jaune, autour d'une bonne table, sous la clarté vive de deux candélabres et du lustre, qu'ils voyaient pour la première fois sans son étui piqué de chiures noires, donnait à ces messieurs un épanouissement de sottise, une plénitude de jouissance large et épaisse ».

    On peut avoir au moins trois lectures de ce premier tome. L'une est sociologique : Zola décrit la composition sociale et la manière dont politiquement cela s'organise. Chaque groupe, et même chaque individu dans la singularité de son histoire, a ses propres aspirations, ses méthodes, ses stratégies, ses positions. Nobles légitimistes ou orléanistes, petits bourgeois sans autre aspiration que celle de se terrer chez eux en protégeant leur magot, voilà la population sans ambition autre qu'extrêmement terre-à-terre que Zola décrit comme profondément conservatrice et le socle du futur gouvernement autoritaire de Napoléon III. Les ouvriers, le peuple, sont là, vécus comme menaçants ou au contraire porteurs des espoirs du futur, tout cela un peu en filigrane.

    Une autre lecture est plus psychologique. Chaque personnage important est montré dans ses héritages familiaux, avec des traits croisés de ses mère et père. Anticipant certains aspects de la théorie du narcissisme de Freud, Zola montre comment des parents peuvent reporter sur leurs enfants leurs propres aspirations et blessures, à travers ce terrible portrait de Pierre et Félicité Rougon. Comme dans ce que Freud a appelé la figure de « his majesty the baby », ces parents frustrés et déçus projettent sur leurs enfants le désir de dépasser leurs propres échecs : ils les propulsent dans des études, moteur d'ascension sociale, avec le seul espoir qu'ils parviendront ainsi à glaner position sociale et richesses dont ils se sont sentis, eux, naturellement méritants mais injustement privés. Pierre et Félicité sont sordides car ils sont sans scrupules et n'aspirent pas à ce progrès pour leurs enfants, ce qui serait une forme de transmission générationnelle d'idéaux, mais directement pour eux, dans leur propre intérêt. Les fils d'Adélaïde, dont on n'a pas pris soin dans leur enfance, ont grandi dans l'envie et ne peuvent pas, à leur tour, prendre soin de leurs enfants si ce n'est pour tenter de les exploiter. Avec cette grille de lecture, on peut alors comprendre ces personnages, Pierre et Félicité, blessés dans leur estime de soi, et cherchant à travers le fonctionnement de leur couple des compensations à leur sentiment interne de honte et de déclassement, prêts à tout pour obtenir la reconnaissance dont ils pensent qu'elle est seule à même de soigner leurs blessures narcissiques. Pour chacun des autres personnages importants, Silvère et Miette, Eugène, Pascal et Aristide Rougon, Antoine Macquart, on pourrait aussi reconstruire la trajectoire psychologique, avec de fines descriptions de leurs identifications croisées à chacun de leurs deux parents.

    Enfin, on peut aussi prêter attention aux qualités stylistiques et romanesques de ce beau roman. Un grand artiste, Zola, qui tient tous les fils de la description sociale et psychologique de tout un univers avec un langage éloquent, un style qui emporte l'adhésion : combien de belles phrases qui comme un torrent nous emportent dans un grand souffle, combien de beaux paragraphes qui semblent des tableaux colorés, des vastes panoramas imaginés, avec une consistance épique mais aussi presque cinématographique ! « La Fortune des Rougon », c'est aussi une construction romanesque très structurée, comme une symphonie musicale où différentes mélodies, thèmes et harmonies apparaissent progressivement, se rencontrent, se détournent et s'entretissent chaque fois plus étroitement pour arriver au final, laissant le lecteur avec la gorge nouée. Des thèmes s'anticipent dès le début par des images prémonitoires (ainsi du destin tragique de la jeune Miette et de son amoureux), des fils reviennent en arrière (ainsi de l'enfance de Silvère dont on peut comprendre a posteriori qu'elle l'ait conduit à la fois à devenir révolutionnaire et amoureux de Miette comme on le voit dans le premier chapitre du livre), le récit termine au même endroit qu'il a commencé, cet ancien cimetière désaffecté, symbole des héritages et atavismes passés, transformé en lieu de travail – le présent industrieux – et lieu de rencontre amoureuse – un futur d'espérance plus douce.

    C'est toute la construction du roman qui est habilement tramée et qui rend la lecture de ce roman absolument passionnante et ma foi pour moi presque une découverte : je n'avais lu que certains tomes des Rougon-Macquart, toujours avec plaisir mais dans le désordre et sans vision d'ensemble. Là, avec « La Fortune des Rougon », je perçois mieux comme on entre par le seuil d'une grande et vaste fresque dont on va ensuite découvrir les multiples réseaux et ramifications.

    Du tout grand art romanesque et le plaisir de voir se déployer un récit tout à la fois pictural et perspicace !
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Citations et extraits

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  • Par Nastasia-B, le 30 août 2012

    Anciennement, il y avait là un cimetière. [...] Les vieux de Plassans, en 1851, se souvenaient encore d’avoir vu debout les murs de ce cimetière, qui était resté fermé pendant des années. La terre, que l’on gorgeait de cadavres depuis plus d’un siècle, suait la mort, et l’on avait dû ouvrir un nouveau champ de sépultures à l’autre bout de la ville. Abandonné, l’ancien cimetière s’était épuré à chaque printemps, en se couvrant d’une végétation noire et drue. Ce sol gras, dans lequel les fossoyeurs ne pouvaient plus donner un coup de bêche sans arracher quelque lambeau humain, eut une fertilité formidable. [...]
    Une des curiosités de ce champ était alors des poiriers aux bras tordus, aux nœuds monstrueux, dont pas une ménagère de Plassans n’aurait voulu cueillir les fruits énormes. Dans la ville, on parlait de ces fruits avec des grimaces de dégoût ; mais les gamins du faubourg n’avaient pas de ces délicatesses, et ils escaladaient la muraille, par bandes, le soir, au crépuscule, pour aller voler les poires, avant même qu’elles fussent mûres.
    La vie ardente des herbes et des arbres eut bientôt dévoré toute la mort de l’ancien cimetière Saint-Mittre ; la pourriture humaine fut mangée avidement par les fleurs et les fruits, et il arriva qu’on ne sentit plus, en passant le long de ce cloaque, que les senteurs pénétrantes des giroflées sauvages. Ce fut l’affaire de quelques étés.
    Vers ce temps, la ville songea à tirer parti de ce bien communal, qui dormait inutile. On abattit les murs longeant la route et l’impasse, on arracha les herbes et les poiriers. Puis on déménagea le cimetière. Le sol fut fouillé à plusieurs mètres, et l’on amoncela, dans un coin, les ossements que la terre voulut bien rendre. Pendant près d’un mois, les gamins, qui pleuraient les poiriers, jouèrent aux boules avec des crânes ; de mauvais plaisants pendirent, une nuit, des fémurs et des tibias à tous les cordons de sonnette de la ville.
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  • Par isajulia, le 06 mai 2013

    Rien de plus charmant, en vérité, que ces promenades d'amour. L'imagination câline et inventive du Midi est là tout entière. C'est une véritable mascarade, fertile en petits bonheurs et à la portée des misérables. L'amoureuse n'a qu'à ouvrir son vêtement, elle a un asile tout prêt pour son amoureux ; elle le cache sur son coeur, dans la tiédeur de ses habits, comme les petites-bourgeoises cachent leurs galants sous les lits ou dans les armoires. Le fruit défendu prend ici une saveur particulièrement douce; il se mange en plein air, au milieu des indifférents, le long des routes. Et ce qu'il y a d'exquis, ce qui donne une volupté pénétrante aux baisers échangés, ce doit être la certitude de pouvoir s'embrasser impunément devant le monde, de rester des soirées en public aux bras l'un de l'autre, sans courir le danger d'être reconnus et montrés du doigt.
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  • Par PiertyM, le 28 juillet 2015

    Silvère, comme tous les autres prisonniers, avait un compagnon de chaîne. Il était attaché par un bras à un paysan de Poujols, un nommé Mourgue, homme de cinquante ans, dont les grands soleils et le dur métier de la terre avaient fait une brute. Déjà voûté, les mains roidies, la face plate, il clignait les yeux, hébété, avec cette expression entêtée et méfiante des animaux battus. Il était parti, armé d’une fourche, parce que tout son village partait ; mais il n’aurait jamais pu expliquer ce qui le jetait ainsi sur les grandes routes. Depuis qu’on l’avait fait prisonnier, il comprenait encore moins. Il croyait vaguement qu’on le ramenait chez lui. L’étonnement de se voir attaché, la vue de tout ce monde qui le regardait, l’ahurissaient, l’abêtissaient davantage. Comme il ne parlait et n’entendait que le patois, il ne put deviner ce que voulait le gendarme. Il levait vers lui sa face épaisse, faisant effort ; puis, s’imaginant qu’on lui demandait le nom de son pays, il dit de sa voix rauque : « Je suis de Poujols. »
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  • Par cmpf, le 22 septembre 2014

    Ce fut dans ce milieu particulier que végéta jusqu’en 1848 une famille obscure et peu estimée, dont le chef, Pierre Rougon, joua plus tard un rôle important, grâce à certaines circonstances.
    Pierre Rougon était un fils de paysan. La famille de sa mère, les Fouque, comme on les nommait, possédait, vers la fin du siècle dernier, un vaste terrain situé dans le faubourg, derrière l’ancien cimetière Saint-Mittre ; ce terrain a été plus tard réuni au Jas-Meiffren. Les Fouque étaient les plus riches maraîchers du pays ; ils fournissaient de légumes tout un quartier de Plassans. Le nom de cette famille s’éteignit quelques années avant la révolution. Une fille seule resta, Adélaïde, née en 1768, et qui se trouva orpheline à l’âge de dix-huit ans. Cette enfant, dont le père mourut fou, était une grande créature, mince, pâle, aux regards effarés, d’une singularité d’allures qu’on put prendre pour de la sauvagerie tant qu’elle resta petite fille. Mais, en grandissant, elle devint plus bizarre encore ; elle commit certaines actions que les plus fortes têtes du faubourg ne purent raisonnablement expliquer et, dès lors, le bruit courut qu’elle avait le cerveau fêlé comme son père. Elle se trouvait seule dans la vie, depuis six mois à peine, maîtresse d’un bien qui faisait d’elle une héritière recherchée, quand on apprit son mariage avec un garçon jardinier, un nommé Rougon, paysan mal dégrossi, venu des Basses-Alpes.
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  • Par isajulia, le 07 mai 2013

    Elle retira vivement sa pelisse, qu'elle remit ensuite, après l'avoir tournée du côté de la doublure rouge. Alors elle apparut, dans la blanche clarté de la lune, drapée d'un large manteau de pourpre qui lui tombait jusqu'aux pieds. Le capuchon, arrêté sur le bord de son chignon, la coiffait d'une sorte de bonnet phrygien. Elle prit le drapeau, en serra la hampe contre sa poitrine et se tint droite, dans les plis de cette bannière sanglante qui flottait derrière elle. Sa tête d'enfant exaltée, avec ses cheveux crépus, ses grands yeux humides, ses lèvres entrouvertes par un sourire, eut un élan d'énergique fierté, en se levant à demi vers le ciel. A ce moment, elle fut la vierge Liberté.
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