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Colette Becker (Éditeur scientifique)
ISBN : 2253161187
Éditeur : Le Livre de Poche (2004)

Note moyenne : 3.94/5 (sur 960 notes)
Résumé :
Dans la petite ville provençale de Plassans, au lendemain du coup d'État d'où va naître le Second Empire, deux adolescents, Miette et Silvère, se mêlent aux insurgés. Leur histoire d'amour comme le soulèvement des républicains traversent le roman, mais au-delà d'eux, c'est aussi la naissance d'une famille qui se trouve évoquée : les Rougon en même temps que les Macquart dont la double lignée, légitime et bâtarde, descend de la grand-mère de Silvère, Tante Dide. Et e... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (98) Voir plus Ajouter une critique
Nastasia-B
Nastasia-B27 septembre 2013
  • Livres 4.00/5
Voici le roman qui inaugure le célébrissime cycle littéraire des Rougon-Macquart. En nous livrant quelques uns des secrets du " livret de famille ", Émile Zola nous fait constater, en le feuilletant, que toutes les perversions sont en germe, inscrites ici ou là dans les gènes des différents membres du clan : ambition démesurée, avidité, cupidité, cruauté, orgueil, couardise, jalousie, folie, etc.
Le thème en est le coup d'état de Louis-Napoléon Bonaparte en 1852, alors président de la république, qui va sonner le glas de cette seconde république pour y installer son propre trône d'empereur...
...et les dérives qui iront avec.
Cependant, derrière les coeurs amers ou défaillants de la famille, on voit tout de même poindre quelques lueurs d'humanité, chez l'infortuné Silvère Mouret par exemple, porte drapeau d'une jeunesse qui veut croire en un idéal ou chez Pascal Rougon, le fameux Docteur Pascal (l'opus 20 de la série et qui la clôt).
Pour l'heure, le rôle principal est tenu par Pierre Rougon et sa merveilleuse épouse (je vous la conseille, elle est vraiment aux petits oignons), prêts à vendre n'importe qui ou n'importe quoi pour arriver à la fortune, et qui utiliseront les troubles du coup d'état pour se poser en sauveurs de Plassans (alias Aix en Provence, dont l'auteur est originaire).
Même si ce roman, n'est pas, à mon sens, le meilleur, loin s'en faut, du grand cycle de Zola, il est cependant tout à la fois plaisant et indispensable, car il permet de bien comprendre les origines et du coup d'état et de la famille qui va nous intéresser pendant encore dix-neuf romans.
Il est, de plus, intéressant (et tout à l'honneur de son auteur) de noter que ce roman réaliste ultra critique vis-à-vis de l'empire fut écrit alors que celui-ci n'avait pas encore expiré à Sedan.
C'est donc avec toute mon humble considération et grand plaisir que j'accorde à Émile Zola un satisfecit pour cette première pierre à l'édifice majeur de sa carrière littéraire.
N'oubliez pas néanmoins que toutes ces menues considérations ne sont que mon avis, rien de plus qu'un coup de feu au loin, c'est-à-dire, pas grand-chose.
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isajulia
isajulia10 mai 2013
  • Livres 5.00/5
De Zola je n'avais lu qu'Au bonheur des dames et Nana j'ai donc voulu combler mes lacunes en m'attaquant à la saga entière des Rougon-Macquart.
Fortement motivée par les contributeurs de Babelio, me voilà lancée dans ce premier tome qu'est La Fortune des Rougon.
Avec en toile de fond le coup d'Etat de 1851 qui marquera la naissance du Second Empire, Zola nous présente les protagonistes que l'on retrouvera dans les romans suivants.
J'aimerai m'attarder un peu sur les personnages, certains étant au coude à coude dans le vice.
La première et seconde place reviennent à Pierre Rougon et sa femme Félicité. Ces deux affreux occupent le haut du podium par leur fourberie, leur méchanceté et leur esprit de lucre. Ces vautours, relativement méprisés à Plassans, tueraient père et mère pour acquérir gloire et fortune et devenir les plus gros poissons de la mare. Vous les aimez déjà? Attendez de voir qui occupe la troisième place.
Antoine Macquart, le demi-frère de Pierre est lui aussi un magnifique spécimen du genre. Ancien soldat, fainéant comme une couleuvre, a lui aussi tout pour plaire. Vouant une rancoeur sans bornes à Pierre qui a honteusement dépouillé Adélaide, leur mère. le monsieur a la dent longue et veut nager dans l'argent. N'arrivant pas à faire plier Rougon, il va se noyer dans l'alcool et vivre grassement sur le dos de sa femme et de ses enfants. Jaloux, vindicatif et profiteur il a toutes les qualités et complotera a sa manière pour avoir sa part du gâteau.
Autant vous dire que j'ai détesté pas mal de protagonistes dans cette affaire, plus d'une fois mon sang n'a fait qu'un tour et je me suis révoltée contre ce panier de crabes qui ne pense qu'à servir ses intérêts personnels. Heureusement dans l'ombre il y a toujours la lumière et j'ai ressenti un réel coup de coeur pour d'autres. Silvère et Miette par exemple, ces deux enfants m'ont éblouie par leur pureté et leur innocence, j'ai versé une larme quand j'ai vu ce qu'ils sont devenus. Ils sont tellement mignons qu'ils apportent une note de fraîcheur dans toute cette cruauté. J'ai également adoré le docteur Pascal, tellement humain,si différent du reste de sa famille et la Tante Dide(Adélaide), j'ai eu pitié pour cette pauvre vieille qui est traitée comme une paria par ses propres enfants...
Je m'attendais à du très bon j'ai carrément trouvé du grandiose. le livre m'a plu, avec mon tempérament passionné je n'ai eu aucun mal à rentrer dans l'histoire même si je redoutais un peu l'aspect politique, finalement c'est passé comme une lettre à la poste. Tout est beau, même les descriptions qui peuvent paraître longues sont très agréables à lire. Je reste toujours admirative du génie de Zola et j'ai vraiment hâte de commencer les autres volumes. La Fortune des Rougon est un excellent roman préparatoire qui pose l'ambiance et nous permet d'envisager à quoi l'on peut s'attendre pour la suite. Pas un seul instant je n'ai eu le sentiment de lire un classique, je me suis vraiment régalée. A lire!
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tolbiac
tolbiac14 avril 2013
  • Livres 5.00/5
Zola ! Zola !
Pourquoi il ne signait pas d'un « Z » comme Zorro ? Que suis-je bête ! Zorro n'a commencé sa croisade qu'en 1919 et Zola était mort depuis dix sept ans…
Pourquoi comparer à un vengeur masqué L'auteur du fameux « J'accuse » ? Il avançait à découvert lui ! Il défendait ses idées en les trempant dans l'encre et sa cape avait la forme d'un roman.
Zola ! Zola !
Mais il a été de tant de combats. Je ne vais pas refaire sa bio, c'est pas la peine… Zolaroo..
Zola ! Zola !
Tout a déjà été dit. Il y a ceux qui aiment et ceux qui n'aiment pas…
On peut passer à côté comme on rate le train. On ne sait pas ce qu'on aurait pu vivre arrivé à destination. On a raté le train, donc on ne se rend pas compte. On continue sa vie comme si de rien n'était et puis un jour, on se dit ; « tient ce train, si je tentais de le prendre ? ». On se pointe à la gare, on regarde les horaires, on se met sur le quai. Et quand on monte à bord, on n'en renvient pas…
Quand j'ai ouvert la porte du compartiment du train « la fortune des rougon » j'ai senti que le voyage allait être particulier. J'entendais le tak tak particulier à chaque jointure des rails, ça venait bercer ma contemplation. J'ai vu à travers la fenêtre du wagon que je partais vers une destination que je ne connaissais que d'après les autres.
Il n'y a rien de mieux que d'aller sur place, se rendre compte par soit même. Pendant toute la première partie du voyage, j'ai été subjugué par ce que je voyais.
Pourquoi on ne m'avait pas un peu forcé la main ? Pourquoi n'avais-je pas pris ce train plus tôt ?
La peur ? C'est vrai que le voyage semblait long, fastidieux. J'avais eu peur de m'ennuyer. Tout ça, le nom des villes étranges, « L'assommoir », la bête humaine » ne m'inspirait que de vifs élans de fuites. Même le nom de la compagnie de train « Zola » me semblait poussiéreux et j'avais toujours cru que la ligne était désaffectée. Puis honnêtement, je n'avais pas trop envie d'aller vers des contrées qui me semblaient lointaine.
Première surprise, dans le train, il y avait du monde. J'ai rencontré les Rougon, les Macquart. Avec tous, j'ai eu une conversation. Ils parlaient, buvaient, se restauraient et j'écoutais…
Il y avait de l'ambiance dans les wagons, j'vous dit pas…
Puis il y eu le terminus de la ligne « Fortune des Rougon ». Je me lève, je fais quoi ? Je rentre chez moi ou je continue ? Je quitte le train de province, j'vais à la Capitale. C'est décidé, je vais aller au bout du voyage. Je me renseigne et je prends un ticket pour la ligne Rougon-Marcquart, ligne B, station “La Curée” et c'est décidé, je vais rester là jusqu'au terminus de la ligne, quand je sors à la Station “docteur Pascal” des centaines d'heures plus tard, que je me perds dans les couloirs, je ne marche plus très droit. Je vois double.
J'avais déjà pas mal voyagé en France et à l'étranger. J'avais aimé la fameuse compagnie transatlantique « Victor Hugo », avec ces paquebots majestueux qui vous en mettent plein la vue. J'avais le souvenir de traversées impressionnantes de volupté, ou tout s'orchestrait avec minutie.
Le voyage en première classe à bord du navire amiral « Les misérables » m'avait assommé. Les passagers, les décorations intérieures, le capitaine Javert, les conteurs et les poètes de la troisième classe m'avaient emballé. J'avais croisé accoudé au bastingage une dénommée Cosette ainsi qu'un homme planqué dans son ombre. Un certain Jean Valjean. C'est resté le genre de voyage qui vous laisse exsangue, sans voix.
Là avec la ligne B des Rougon-Macquart. Je découvre un autre plaisir.
La compagnie des chemins de fer « Zola » trace sa voix dans le marbre du quotidien. Les ouvriers sont là, sur la voie et ils attendent que le train passe. On entend les femmes parler des magasins qui s'ouvrent, on entend des hommes parler d'Alcool, des soucis d'éducation, du travail, des difficultés à vivre. On espère, on croit, on vit. Bordel. On vit, on craint pour ces hommes et ces femmes.
Et moi qui croyais la ligne désaffecté.
Sacré démentit que ce voyage en profondeur dans les sous-sols de maintes vies croisées, aperçus.
Là où les paquebots de la compagnie « Hugo » font dans le grandiose, dans le génie des courbes, dans le magnifique décor des maux, les wagons « Zola » vous emmener au plus près de l'humain. Avec ses maladresses, avec ses fulgurances, avec les peines, les joies, les réussites et des déceptions.
A chaque station, des hommes et des femmes montent dans la rame. On entend les conversations des uns et des autres, on est interpelés par untel, on écoute.
Certains, apprêtés, bourgeois, ont réussi, ils sont en bonnes compagnies et on attrape au milieu des murmures, quelques mots.
Le long de la ligne tout n'est pas égal, tout n'emporte pas l'adhésion. Il arrive de vouloir remonter à la surface, à certaines stations, l'arrêt semble un peu long, on s'impatiente. On prend sur soit, on tient le coup, on reste assis, à sa place.
Jusqu'au bout la ligne B du RER Rougon-Macquart surprendra.
J'aimerais vous dire ce que j'ai ressenti. Parler « vrai », mais le train de nuit « Zola », ces wagons couchettes, sa buvette, son arrivé en gare au petit matin, ses petites mains, les passagers, sa ligne de métro, sa ligne B, ses stations tout est là, sans que je sache dire autre chose que tentez le voyage. Montez à bord, par n'importe quelle station. Montez à bord. La ligne n'est pas désaffectée !
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michfred
michfred17 juin 2016
  • Livres 5.00/5
Quand ils lisent un polar, certains lecteurs trop curieux ou trop angoissés commencent ...par la fin, se privant par là-même de l'incertitude qui fait tout le charme du thriller...
Il est plus rare, dans une lecture, - voire complètement idiot- de finir par le début !!
Je dois avouer que c'est un peu ce qui m'est arrivé avec La Fortune des Rougon, le premier volume de la célèbre saga de Zola, jamais lu jusqu'ici, alors que j'ai dévoré force Rougon-Macquart depuis des lustres. Je ne sais quel (inquiétant? ) désir de remettre un peu d'ordre dans mes lectures et de combler quelques béantes lacunes me pousse ces derniers temps à reprendre cette Histoire d'une Famille au Second Empire avec plus de méthode.
Le premier volume des Rougon, je l'ai enfin lu!
Eh bien, non seulement j'ai beaucoup apprécié mais j'ai trouvé à cette lecture postposée d'un début de saga, un plaisir intense : un peu comme si je regardais dans le cerveau fertile et puissant d'un grand créateur !! C'est quelque chose d'extraordinaire de reconnaître en germe et en projet tout ce qu'on sait avoir été réalisé , et avec quelle maestria !
Dans ce premier volume, comme dans une mandorle médiévale, est déjà contenu tout ce qui fera la matière des autres volumes des Rougon : déjà se dessine la lutte impitoyable entre ces Atrides modernes, les Rougon et les Macquart, qui verra s'étriper les deux « branches », la légitime et l'illégitime, issues de la pauvre « tante » Dide .
Déjà court, comme une lézarde pernicieuse, cette « fêlure héréditaire », cette lascivité charnelle qui sera le tendon d'Achille de plus d'un et d'une descendante de la pauvre vieille folle, de Gervaise à Nana, de Jacques à Claude.
Déjà les rêveurs, de Silvère à Florent, s'opposent aux pragmatiques, de Pierre à Octave.
Dans La Fortune des Rougon, Zola met tout en place : sa « famille » tentaculaire, ses rivalités premières, ses tares fondamentales, ses pôles géographiques -Plassans, le point de départ, Paris, le point d'arrivée .. ou de chute.
Il dresse son plan de bataille, choisit les pions de sa stratégie et expérimente sa méthode, incarnée ici discrètement par la silhouette du Docteur Pascal, humaniste mais observateur impartial et détaché, accessible à la pitié pour les faibles et les éclopés du système mais scientifique matérialiste.
Quant à l'Histoire avec un grand H …et à l'histoire elle-même, Zola fait coup double : un coup d'état dans un coup d'état ! Magistrale mise en abyme !
Zola raconte, dans sa version provinciale (et même provençale, Plassans, c'est Aix, bien sûr!), le coup d'état du 2 décembre 1851, tout en installant, dans sa fiction, un autre coup d'état : celui de Pierre Rougon, paysan inculte et matois, pauvre et dévoré d'ambition, bonapartiste d'occasion, qui met sur la touche son demi-frère, le « rouge » Macquart, brute avinée et dépensière, et prend, par ruse et manigances, la place enviée de Receveur et la rosette ( pas le saucisson, la décoration!) pour bons et loyaux services à la faction bonapartiste. Pierre sera propulsé au premier rang des honneurs, et du pouvoir, tandis que ses fils, Eugène et Aristide, prépare, pour l'un, et suit, pour l'autre, sa fulgurante ascension.
Pas de triomphe, sans victimes. A toute ascension, son sacrifice propitiatoire : ici ce sont deux enfants, deux innocents, la toute jeune fille d'un réprouvé et le petit-fils de la folle : Miette et Silvère.
Leur amour enfantin et pur se fond avec la brève insurrection républicaine, vite réprimée, qui tente de mettre en échec les « putschistes » de décembre.
Miette, porte-drapeau républicain, enroulée dans sa houppelande rouge, sera une petite Marseillaise à la Rude, bouleversante de jeunesse et de courage. Silvère, un pathétique fusillé annonçant déjà ceux du Mur des Fédérés…
En pensant à eux, je songe à cette chanson populaire de la Commune , quelque 20 ans après cette répression du soulèvement républicain de 1851, et que je n'écoute jamais sans un cruel pincement au coeur :
On l'a tuée à coups de chassepot,
à coup de mitrailleuse,
Et roulée avec son drapeau,
dans la terre argileuse,
Et la tourbe des bourreaux gras
Se croyait la plus forte…
Sans ce déchirant assassinat, programmé dès les premières heures du récit et comme écrit sur le front des deux amoureux naïfs et idéalistes – encore un côté tragédie grecque, la Némésis modernisée a toujours le doigt aussi lourd- pas de sacre complet…
Et le lecteur assiste, dégoûté, à la Conjuration des Imbéciles, à l'apothéose des Crapules et au massacre des Innocents.
Quant à la pire crapule, elle a ici les traits d'une petite vieille, vive, intelligente, agitée et sèche comme une cigale méditerranéenne : un Machiavel en jupons, dévorée d'ambition, sans pitié ni scrupule, et d'autant plus acharnée à vaincre qu'elle semble écrasée par le guignon – la tragédie grecque, toujours- et que personne ne la prend au sérieux, pas même son époux : Félicité Rougon, femme de Pierre, le Napoléon III de la famille ! Un sacré morceau : c'est elle, dans l'ombre, qui fait la Fortune des Rougon !!…
Amours sacrifiées, ambitions personnelles déchaînées, contexte historique tendu et mouvementé : tous les ingrédients y sont qui, pour les lecteurs méthodiques , font de ce premier volume des Rougon, un programme alléchant pour les lectures qui suivent… et qui, pour les autres, plus désordonnés, démontrent l' étonnant pouvoir d'une imagination romanesque féconde, déjà toute pleine de projets et servie par le prodigieux talent démiurgique de leur auteur !
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Gwen21
Gwen2129 avril 2013
  • Livres 5.00/5
Comme le dit si bien painnoir dans sa très belle critique, Zola, on aime ou on n'aime pas ; le mieux restant encore de se forger sa propre opinion. En effet, soit Zola vous séduira et vous deviendrez vite addicted, soit Zola échouera et sa lecture vous paraîtra toujours une contrainte.
Ce positionnement dans les extrêmes caractérise bien toute l'oeuvre de l'écrivain dont le style se caractérise par sa flamboyance voire sa violence, physique ou psychologique. Avec Zola, les personnages sont peu nuancés sans pour autant être manichéens ; Zola est un excellent peintre naturaliste de la société humaine, il fouille ses personnages qui restent fidèles toute leur existence à ce qu'ils étaient prédestinés à être de par leur héritage génétique.
« La Fortune des Rougon » est la Genèse des Rougon-Macquart, une épopée littéraire qui compte 20 romans ; chacun pouvant être lu de façon désolidarisée. Cependant, et selon les habitudes de chaque lecteur, on peut choisir de commencer par le commencement…
Au commencement… c'est-à-dire en 1851, il y a la ville fictive de Plassans (assimilable à Aix-en-Provence où Zola a grandi) ; il y a non pas Ève mais Adélaïde Fouque, la racine, la souche d'où sortiront tous les autres protagonistes zoliens, répartis en trois familles, les Rougon, les Mouret et les Macquart ; il y a aussi et surtout les intérêts personnels qui prévalent sur les intérêts insurrectionnels du coup d'Etat du 2 décembre.
Enfin, il y a cette humanité peinte sans fard, noire, tellement noire qu'elle ressemble à une nuit sans étoile dans lequel, telles des comètes lumineuses et porteuses d'espoir, vont furtivement passer quelques êtres purs et innocents, tragiquement destinés à disparaître aussi vite qu'ils seront apparus, laissant aux lecteurs qui les auront contemplés le souvenir d'un émerveillement fugace et attachant... Cette humanité crue qui caractérise si bien les 20 tomes de cette oeuvre colossale que sont les Rougon-Macquart.
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Citations & extraits (164) Voir plus Ajouter une citation
Nastasia-BNastasia-B30 août 2012
Anciennement, il y avait là un cimetière. [...] Les vieux de Plassans, en 1851, se souvenaient encore d’avoir vu debout les murs de ce cimetière, qui était resté fermé pendant des années. La terre, que l’on gorgeait de cadavres depuis plus d’un siècle, suait la mort, et l’on avait dû ouvrir un nouveau champ de sépultures à l’autre bout de la ville. Abandonné, l’ancien cimetière s’était épuré à chaque printemps, en se couvrant d’une végétation noire et drue. Ce sol gras, dans lequel les fossoyeurs ne pouvaient plus donner un coup de bêche sans arracher quelque lambeau humain, eut une fertilité formidable. [...]
Une des curiosités de ce champ était alors des poiriers aux bras tordus, aux nœuds monstrueux, dont pas une ménagère de Plassans n’aurait voulu cueillir les fruits énormes. Dans la ville, on parlait de ces fruits avec des grimaces de dégoût ; mais les gamins du faubourg n’avaient pas de ces délicatesses, et ils escaladaient la muraille, par bandes, le soir, au crépuscule, pour aller voler les poires, avant même qu’elles fussent mûres.
La vie ardente des herbes et des arbres eut bientôt dévoré toute la mort de l’ancien cimetière Saint-Mittre ; la pourriture humaine fut mangée avidement par les fleurs et les fruits, et il arriva qu’on ne sentit plus, en passant le long de ce cloaque, que les senteurs pénétrantes des giroflées sauvages. Ce fut l’affaire de quelques étés.
Vers ce temps, la ville songea à tirer parti de ce bien communal, qui dormait inutile. On abattit les murs longeant la route et l’impasse, on arracha les herbes et les poiriers. Puis on déménagea le cimetière. Le sol fut fouillé à plusieurs mètres, et l’on amoncela, dans un coin, les ossements que la terre voulut bien rendre. Pendant près d’un mois, les gamins, qui pleuraient les poiriers, jouèrent aux boules avec des crânes ; de mauvais plaisants pendirent, une nuit, des fémurs et des tibias à tous les cordons de sonnette de la ville.
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MusardiseMusardise13 juin 2016
Les nobles se cloîtrent hermétiquement. Depuis la chute de Charles X, ils sortent à peine, se hâtant de rentrer dans leurs grands hôtels silencieux, marchant furtivement, comme en pays ennemi. Ils ne vont chez personne, et ne se reçoivent même pas entre eux. L'été, ils habitent les châteaux qu'ils possèdent aux environs ; l'hiver, ils restent au coin de leur feu. Ce sont des morts s'ennuyant dans la vie. Aussi leur quartier a-t-il le calme lourd d'un cimetière. Les portes et les fenêtres sont soigneusement barricadées ; on dirait une suite de couvents fermés à tous les bruits du dehors. De loin en loin, on voit passer un abbé dont la démarche discrète met un silence de plus le long des maisons closes, et qui disparaît comme une ombre dans l’entrebâillement d'une porte.
La bourgeoisie, les commerçants retirés, les avocats, les notaires, tout le petit monde aisé et ambitieux qui peuple la ville neuve, tâche de donner quelque vie à Plassans. Ceux-là vont aux soirées de M. le sous-préfet et rêvent de rendre des fêtes pareilles. Ils font volontiers de la popularité, appellent un ouvrier "mon brave", parlent des récoltes aux paysans, lisent les journaux, se promènent le dimanche avec leur dame. Ce sont les esprits avancés de l'endroit, les seuls qui se permettent de rire en parlant des remparts ; ils ont même plusieurs fois réclamé de "l'édilité" la démolition de ces vieilles murailles, "vestige d'un autre âge". D'ailleurs, les plus sceptiques d'entre eux reçoivent une violente commotion de joie chaque fois qu'un marquis ou un comte veut bien les honorer d'un léger salut. Le rêve de tout bourgeois de la ville neuve est d'être admis dans un salon du quartier Saint-Marc. Ils savent bien que ce rêve est irréalisable, et c'est ce qui leur fait crier très haut qu'ils sont libres penseurs, des libres penseurs tout de paroles, fort amis de l'autorité, se jetant dans les bras du premier sauveur venu, au moindre grondement du peuple.
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isajuliaisajulia06 mai 2013
Rien de plus charmant, en vérité, que ces promenades d'amour. L'imagination câline et inventive du Midi est là tout entière. C'est une véritable mascarade, fertile en petits bonheurs et à la portée des misérables. L'amoureuse n'a qu'à ouvrir son vêtement, elle a un asile tout prêt pour son amoureux ; elle le cache sur son coeur, dans la tiédeur de ses habits, comme les petites-bourgeoises cachent leurs galants sous les lits ou dans les armoires. Le fruit défendu prend ici une saveur particulièrement douce; il se mange en plein air, au milieu des indifférents, le long des routes. Et ce qu'il y a d'exquis, ce qui donne une volupté pénétrante aux baisers échangés, ce doit être la certitude de pouvoir s'embrasser impunément devant le monde, de rester des soirées en public aux bras l'un de l'autre, sans courir le danger d'être reconnus et montrés du doigt.
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cmpfcmpf22 septembre 2014
Ce fut dans ce milieu particulier que végéta jusqu’en 1848 une famille obscure et peu estimée, dont le chef, Pierre Rougon, joua plus tard un rôle important, grâce à certaines circonstances.
Pierre Rougon était un fils de paysan. La famille de sa mère, les Fouque, comme on les nommait, possédait, vers la fin du siècle dernier, un vaste terrain situé dans le faubourg, derrière l’ancien cimetière Saint-Mittre ; ce terrain a été plus tard réuni au Jas-Meiffren. Les Fouque étaient les plus riches maraîchers du pays ; ils fournissaient de légumes tout un quartier de Plassans. Le nom de cette famille s’éteignit quelques années avant la révolution. Une fille seule resta, Adélaïde, née en 1768, et qui se trouva orpheline à l’âge de dix-huit ans. Cette enfant, dont le père mourut fou, était une grande créature, mince, pâle, aux regards effarés, d’une singularité d’allures qu’on put prendre pour de la sauvagerie tant qu’elle resta petite fille. Mais, en grandissant, elle devint plus bizarre encore ; elle commit certaines actions que les plus fortes têtes du faubourg ne purent raisonnablement expliquer et, dès lors, le bruit courut qu’elle avait le cerveau fêlé comme son père. Elle se trouvait seule dans la vie, depuis six mois à peine, maîtresse d’un bien qui faisait d’elle une héritière recherchée, quand on apprit son mariage avec un garçon jardinier, un nommé Rougon, paysan mal dégrossi, venu des Basses-Alpes.
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MusardiseMusardise20 avril 2016
Pendant près d'une vingtaine d'années, chacun y vécut à son caprice, les enfants comme la mère. Tout y poussa librement. En devenant femme, Adélaïde était restée la grande fille étrange qui passait à quinze ans pour sauvage ; non pas qu'elle fût folle, ainsi que le prétendaient les gens du faubourg, mais il y avait en elle un manque d'équilibre entre le sang et les nerfs, une sorte de détraquement du cerveau et du cœur, qui la faisait vivre en dehors de la vie ordinaire, autrement que tout le monde. Elle était certainement très naturelle, très logique avec elle-même ; seulement sa logique devenait de la pure démence aux yeux des voisins. Elle semblait vouloir s'afficher, chercher méchamment à ce que tout, chez elle, allât de mal en pis, lorsqu'elle obéissait avec une grande naïveté aux seules poussées de son tempérament.
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