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Marie-Ange Voisin-Fougère (Éditeur scientifique)
ISBN : 2253008877
Éditeur : Le Livre de Poche (1997)

Note moyenne : 3.93/5 (sur 649 notes)
Résumé :
Quatrième de couverture : Le peintre Claude Lantier, personnage central de « L'Oeuvre », déjà apparu dans le « Ventre de Paris », ne voit pas seulement peser sur lui une hérédité qui le condamne à rester un « génie avorté ». Il est témoin, acteur et victime du profond bouleversement qui secoue l'art français à partir de l'impressionnisme. En outre - tout comme l'écrivain Sandoz, autre personnage majeur du roman - l'artiste angoissé exprime les questions que Zola se ... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (50) Voir plus Ajouter une critique
colimasson
colimasson06 octobre 2014
  • Livres 4.00/5
Le talent d'Emile Zola se déploie ici dans une brillante synthèse de ses capacités à capter en quelques centaines de pages les vies d'une poignée de personnages, à en restituer les dilemmes intérieurs, fondements de leurs particularités psychologiques, et à les relier à cet ensemble de données économiques, politiques, culturelles et historiques qui constituent le paradigme d'une époque.

L'histoire qui relie Claude et Christine prend sens dans sa confrontation perpétuelle à la peinture, cette maîtresse irréelle qui est pire que toutes les nudités affriolantes des modèles de pose. D'abord cristallisation de leur liaison, la peinture donne au couple une raison de se vivre ensemble quelles que soient les conditions de vie –souvent misérables- qu'elle leur impose. Mais si la peinture représente pour Christine un divertissement facultatif, Claude semble surtout avoir choisi de vivre avec Christine en croyant que cette épouse en prototype de Muse lui permettrait d'accéder plus rapidement à la grâce de son idéal artistique. Ce n'est pas le cas et la peinture s'échappe sans cesse. L'impossibilité de l'union à trois conduit à la dégradation de l'union à deux. Comme toujours, l'histoire d'amour ne peut se satisfaire d'elle-même, et c'est à cause de cette tendance irréfrénable à la complexité que le bonheur s'échappe.

Et si l'histoire de L'oeuvre était encore plus tragique que cela ? Il faudrait, par exemple, que les ambitions artistiques de Claude ne soient pas vraiment siennes. Il faudrait que son existence entière ait été faussée par la poursuite d'idéaux qui lui auraient été infligés par la société, ce fameux ensemble de déterminations qui obsède Emile Zola. Arthur Schopenhauer avait affirmé que l'amour était subordonné à la Volonté et que les individus n'étaient rien d'autre que des machines à assurer la régénération de l'espèce humaine ; Emile Zola semble croire que l'art est subordonné à une autre forme de puissance qui condamne les individus à sacrifier leur santé et leur bonheur à l'accomplissement de projets (ici artistiques) qui permettent uniquement de faire évoluer la Culture.

Essayant peut-être d'échapper à cette détermination fatale, Emile Zola fait surgir, au milieu de sa troupe de peintres réalistes, le personnage de l'écrivain qui constitue la représentation non dissimulée de Zola lui-même. Sacrifié aussi aux besoins de la Culture, on remarquera cependant que c'est le seul artiste qui parvient à trouver une portion de succès sans y condamner son existence. Emile Zola n'avait sans doute pas tort : son Oeuvre est grandiose.
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michfred
michfred25 mai 2016
  • Livres 4.00/5
L'oeuvre est à la fois un ratage pathétique et merveilleux- et une tentative désespérée d'atteindre ce qui ne peut se dire ni s‘écrire : l'essence de l'Art.
Claude Lantier, le fils de Gervaise, est peintre.
Avec ce personnage, Zola pousse ses investigations dans le monde de l'art qu'il connaît bien: ses amis Monet, Manet, Courbet et surtout Cézanne, l'Ami aixois, lui ouvrent familièrement les portes de leurs ateliers. C'est pour lui un univers bien moins étranger que les mines, les halles ou les grands magasins. Et n'est-il pas lui-même un créateur? Aux côtés de Claude, il crée, dans l'Oeuvre, le personnage de l'écrivain Sandoz, dont même le nom n'est pas sans rappeler, par quelques lettres et sonorités, le sien.
Beau sujet, qui a déjà tenté Balzac, dans une nouvelle philosophique, le Chef d'oeuvre inconnu.
Et pourtant, que d'échecs dans ce roman-là.
D'abord celui de l'amitié: après la parution de L'Oeuvre, Cézanne ne vient plus voir Zola, ils sont brouillés.
Puis celui de la méthode.
Le grand écrivain naturaliste n'a curieusement pas évoqué ni décrit une peinture de son époque, observable comme un puits de mine ou un étal de charcuterie :ni l'école réaliste, ni l'école impressionniste. Il en a imaginé une, le mouvement « pleinairiste » ( à cause d'un tableau de Claude, « Plein air », comme les Impressionnistes avaient pris leur nom d'un tableau de Monet « Impressions , soleil levant »). Mais ce mouvement n'est en rien comparable à l'impressionnisme : il est fait de bric et de broc, a des traits de Manet-les scènes de plein air justement - des traits de Courbet - rudesse et violence- des traits de Monet-le rôle changeant de la lumière, et bien sûr des traits de Cézanne… encore que ce dernier modèle, le plus proche, le plus intime, soit le moins identifiable dans la peinture de Claude : il aurait fallu laisser la couleur prendre le pas sur l'idée, ce que Zola ne fait pas.
On ne se représente pas la peinture de Claude parce qu'elle n'existe pas.
Troisième échec: l'histoire même de cette peinture, sa gestuelle, sa quête, ses tâtonnements, ses trouvailles.
Zola peine à évoquer l'acte de création qui met l'artiste au corps à corps avec sa toile. Il y bute, il s'y englue, n'accepte pas son "infinitude" -quand sait-on qu'un tableau est fini? l'est-il jamais? –
Au point de condamner l'ébauche.
Au moment de la mort de l'enterrement de Claude, Zola fait dire à son ami : « Je ne connais que lui que des ébauches, des croquis, des notes jetées , tout ce bagage de l'artiste qui ne peut aller au public » .. Mais c'est dans l'ébauche précisément, que Claude est totalement Cézanne, c'est à travers elle que Zola attaque Cézanne- qui s'est effectivement senti tellement visé par ce Claude qui ne lui ressemble pas, qu'il a cessé son amitié avec Zola-
« La modernité de Cézanne, c'est très exactement la découverte que le tableau ne peut pas être fini, aussi bien au sens académique qu'au sens fort, absolu. » comme dit si bien Pierre Daix,
Quatrième échec : celui du personnage lui-même.
Échec amoureux, échec artistique. Échec de vie. Christine, rencontrée un soir d'orage, dans les premières pages du roman -un début prometteur et ..fulgurant !-après avoir été une compagne passionnément aimée, un modèle inspirant , finit par le quitter, leur fils, hydrocéphale, meurt - Claude fait le portrait de l'enfant mort comme Monet fera celui de sa jeune femme morte, un terrible tableau qui objective la perte et le chagrin de façon magistrale- , et Claude se lance dans l'élaboration d'un ultime tableau qui sera le couronnement de son oeuvre mais qu'il charge d'une telle puissance de démonstration qu'il le surcharge, le rend illisible et en meurt, pendu dans son atelier..
Faire de Claude un « suicidé de la société » était dans la logique familiale et génétique des Rougon-Macquart : on n'est pas sans risque le fils de Gervaise, que son penchant pour l'alcool a livrée sans défense à la « fêlure héréditaire » des Macquart.
Mais faire de Claude - dont on « voit » si mal la recherche, les idéaux artistiques, les tableaux,- un « peintre maudit » demandait une fidélité absolue à la méthode naturaliste ou une désobéissance tout aussi absolue.
Soit il fallait plus de précision historique et artistique : quelle était la peinture « incomprise » en 1885 ? Pas les impressionnistes, qui, justement, prenaient enfin leur place. Pas la peinture réaliste qui avait encore un très large public. Alors, la peinture symboliste, en train d'émerger ?
Soit il fallait oublier les Rougon, et Zola aurait pu se laisser aller à sa propre imagination, comme dans certaines de ses nouvelles ou de ses contes, inventer et caractériser vraiment une peinture nouvelle, surprenante, dérangeante pour l'époque. Sans en faire un manteau d'Arlequin de toutes les écoles connues…
Claude, la peinture, l'art y auraient gagné, dans les deux cas, en vérité, en pertinence.
Il n'en reste pas moins que L'oeuvre bouleverse, car malgré –ou à cause ?- de ses défauts, on y découvre un thème terrible, qui tenaille tout artiste, peintre, sculpteur ou …écrivain : celui des limites de son art, celui de l'échec, celui de l'incompréhension.
L'Oeuvre est un chef d'oeuvre sur l'échec autant que l'échec d'un chef d'oeuvre.
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LiliGalipette
LiliGalipette29 décembre 2012
  • Livres 5.00/5
Nous avions déjà vu Claude Lantier dans le ventre de Paris : il arpentait les rues de la capitale avec la volonté de tout voir pour tout peindre. Cette rage ne l'a pas lâchée et il rêve encore de produire une toile digne du Salon qui se tient tous les ans. Mais immanquablement, son tableau finit dans le Salon des refusés. « Il reconnaissait du reste l'utilité du Salon, le seul terrain de bataille où un artiste pouvait se révéler d'un coup. » (p. 238) Claude respecte les grands peintres romantiques, comme Courbet ou Delacroix, mais il critique les académiques et ne revendique que la peinture en plein air et les sujets réels, loin des décors mythologiques et des scènes légendaires.
Un soir d'orage, Claude trouve Christine sous sa porte. La jeune fille arrive de province et se trouve bien perdue à Paris. Entre eux, le coup de foudre est immédiat, mais Claude nourrit un mépris de la femme humaine. « Ces filles qu'il chassait de son atelier, il les adorait dans ses tableaux, il les caressait et les violentait, désespéré jusqu'aux larmes de ne pouvoir les faire assez belles, assez vivantes. » (p. 72) L'impuissance de Claude est double : il semble ne pas pouvoir peindre, ni posséder la femme qui s'offre à lui. Après une longue amitié, Christine conquiert finalement le coeur du jeune peintre, mais leur bonheur cède peu à peu devant la passion de Claude. Peindre lui est nécessaire et chacun de ses échecs l'enrage davantage. Incapable de reproduire sur la toile les fabuleuses inspirations qui l'habitent, Claude est un génie torturé et toujours insatisfait, un talent méconnu. Mais est-il au moins doué ?
Toute dévouée à son homme, Christine le soutient dans son art, mais au profit de la peinture qu'elle le perd. Elle croit tout d'abord pouvoir s'attacher Claude en étant son unique modèle : elle vainc sa pudeur et accepte de voir son corps exposé aux yeux de tous sous le pinceau du peintre. Peu à peu, l'amante disparaît « C'était un métier où il la ravalait, un emploi de mannequin vivant. » (p. 276) Christine en vient à haïr la peinture et toutes les femmes peintes auxquelles elle prête ses traits.
Claude a un ami dévoué en Pierre Sandoz, un auteur qui cherche également le succès. « Dès qu'ils étaient ensemble, le peintre et l'écrivain en arrivaient d'ordinaire à cette exaltation. Ils se fouettaient mutuellement, ils s'affolaient de gloire. » (p. 67) Pour les deux amis et leurs compagnons artistes, c'est par l'art qu'il faut conquérir Paris. Dans ce roman, Zola se met en scène en la personne de l'écrivain talentueux qui accède peu à peu à la gloire. Claude Lantier est une figure de Cézanne, l'ami d'enfance de l'auteur, mais Zola n'est pas tendre avec le peintre, ce qui explique pour beaucoup la brouille qui a suivi entre les deux artistes. C'est en tout cas un plaisir de découvrir le monde de l'art sous le Second Empire, le tout à grand renfort de descriptions picturales du meilleur effet. Il m'a même semblé voir des allusions au début de la photographie, surtout dans le traitement fait à la lumière.
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cmpf
cmpf13 octobre 2014
  • Livres 4.00/5
Titre consacré à Claude Lantier, fils de Gervaise, déjà rencontré enfant dans l'Assommoir et adulte dans le ventre de Paris. L'histoire commence l'année précédent la création du Salon des Refusés en 1863 et finit avec la mort du héros en 1876.
Il s'inscrit parfaitement dans la première partie de son projet : décrire une famille du point de vue de l'hérédité, tandis que la deuxième la société sous le Second Empire est assez négligée. Ici l'hérédité a toute sa place. Descendant de Macquart l'alcoolique et d'Adélaïde Fouquet la folle, Claude l'est tout à fait. Ses nerfs sont exacerbés, il va de l'enthousiasme au désespoir, ne sait maitriser ses pulsions, il reste des journées prisonnier de sa vision du tableau qu'il peint.
Comme souvent (toujours ?) chez Zola, il y a plusieurs livres dans un seul.
C'est bien évidemment un roman sur l'art, sur le processus de création, l'engagement total qu'il demande, sur le choix entre la vie et l'oeuvre à créer. (Sandoz l'écrivain qui a réussi se plaint que l'écriture de son oeuvre, l'histoire d'une famille sous le second empire, tiens ! lui ait tout pris). Mais aussi sur le marché de l'art. Avec les portraits de Malgras, vrai amateur d'art et celui de Naudet pour lequel il n'est qu'une marchandise comme une autre. Sur l'importance de la publicité par la presse. Et c'est un reportage sur les Salons.
Roman sur l'amitié aussi. Sandoz, Claude et Dubuche (qui se consacrera à l'architecture) sont amis depuis l'enfance. Ils ont quitté Plassans pour venir à la conquête de Paris. Là, ils ont rencontrés d'autres jeunes artistes ambitieux. Soudés au début, des cassures apparaissent entre eux au fil des réussites et des échecs. Les soirées de Sandoz sont les témoins de cette évolution. Jusqu'au retournement contre Claude, coupable aux yeux de plusieurs de leur échec à tous, parce qu'il est infréquentable. Sandoz est le double presque parfait de Zola. Parfait dans les deux sens, il ressemble beaucoup à Zola et il est l'ami, celui qui rassemble (les jeudis de Sandoz), celui qui soutient. Et puis parmi ceux partis de Plassans il est le seul à réussir sans compromissions.
Roman d'amour enfin. Claude s'est tenu éloigné des femmes qui lui font peur. La rencontre fortuite avec Christine, jeune orpheline placée comme liseuse chez une dame, réveille son désir de relation avec une femme. C'est d'ailleurs longtemps une amitié. Puis arrive une période de bonheur, mais le besoin de peindre, et la difficulté à transcrire sur la toile ce qu'il ressent taraude Claude. Christine tâche de s'habituer à cette exigence, passe des heures à poser. Mais la rivalité est non pas avec une autre femme de chair, mais une peinture de femme, contre laquelle elle ne peut lutter.
Ce livre est sensé avoir provoqué la rupture entre Zola Cézanne. Les avis semblent diverger à cet égard. Plusieurs peintres ont certainement prêté leurs traits à Claude.
Challenge pavés 2014-2015
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Missbouquin
Missbouquin29 juillet 2011
  • Livres 4.00/5

Ahhh Zola ! Que c'est bien écrit ! Que c'est profond ! Que c'est documenté ! Que c'est passionnant ! heu bon pour l'instant je suis un peu à court d'adjectifs et pourtant il ne devrait pas en manquer pour qualifier un tel auteur !
Pourquoi j'aime Zola
En réalité, je suis tombée sous le charme de Zola l'année dernière ... Pleine d'a priori et de préjugés sur cet auteur, je me suis lancée "courageusement" dans la série des Rougon-Macquart, bien décidée à perséverer dans ma lecture. Et à ma grande surprise, cela a été très simple ! Dès La Fortune des Rougon, je n'ai jamais pu lâcher un Zola avant de l'avoir dévoré, et j'en ressort continuellement sous le choc d'une telle qualité littéraire, d'une telle force.
Certes je n'adhère pas aveuglément à tous ses ouvrages, j'ai par exemple moins apprécié le Ventre de Paris parce que 20 pages de description des légumes des Halles, c'est un peu long ... (même si c'est un vrai tour de force de pouvoir le faire, je préfère quand même quand il décrit la magie de Paris, sa lumière, dans L'Oeuvre)
Bref tout cela pour vous dire que lorsque j'ai vu que L'Oeuvre était au programme du Club des Lectrices, je ne me suis pas fait prier pour attaquer la lecture !
Inutile de revenir sur la biographie de l'auteur, quoique ce serait intéressant car c'est peut-être le roman le plus autobiographique de Zola : si l'on prend en compte qu'il a fait ses études à Aix-en-Provence (heu Plassans désolée), qu'il s'est lié là-bas avec Cézanne et d'autres peintres. Qu'ils se sont ensuite retrouvés à Paris, etc. Bien sûr Sandoz n'est pas Zola, tout comme Claude n'est pas Monet ni Cézanne, en tout cas pas entiérement !
Ce qui m'a plu :
- La modernité de l'écriture
- le sujet : quoi de plus essentiel et de plus passionnant que la question de la création artistique ? car l'on assiste ici à l'art en train de se faire, à ce qui fait de l'homme un artiste, ...
- Une peinture de la société : car si il traite de la question universelle de la création artistique, il s'inscrit surtout profondément dans une époque - ce XIXe siècle que j'aime tant - ce XIXe siècle bourgeois qui méprisait les artistes tout en admirant leurs oeuvres (tant qu'elles ne sortent pas des chemins battus.)
- Les types dépeints : le peintre tourmenté, avec qui l'on souffre; la femme passionnée et trompée; l'artiste arriviste; l'écrivain montant; etc.
Ce roman est donc extrémement riche, on vit passionnément avec les personnages pendant 400 pages. Cependant, pour ma part; j'ai ressenti une rupture dans mon coeur au moment de la mort de Jacques, qui intervient dans la presque indifférence de ses parents : à ce moment-là, je n'ai ressenti que mépris pour Claude qui a tout sacrifié pour rien au final, et qui pour moi, est passé à côté de la vie ... A la fin, j'ai finalement vécu sa disparition comme un soulagement ...
Pour conclure ce long billet, ce qui m'a frappé à la moitié du livre environ, c'est la diversité des sujets que Zola nous propose d'un livre à l'autre : sur la dizaine que j'ai déjà lu, pas un personnage ne se ressemble, pas une histoire ne part dans la même direction. Certes on peut remarquer une certaine tendance à des fins tragiques, mais elles sont à l'image des types dépeints qui ne peuvent faire autrement, pour vivre leurs passions jusqu'au bout, que de disparaître brutalement, se perdre dans la folie. Comme si l'homme ne pouvait supporter les sentiments qu'il porte en lui. (Evidemment c'est une analyse personnelle, ce que je ressent en lisant ces oeuvres et en aucun cas une analyse littéraire professionnelle, dont je serai par ailleurs bien incapable ... )
Il va passer dans ma bibliothèque idéale (ou Pile A Relire ...) très prochainement ! :)
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Citations & extraits (99) Voir plus Ajouter une citation
michfredmichfred25 mai 2016
Alors, à chaque séance, Christine se sentit vieillir. Elle abaissait sur elle des regards troubles, elle croyait voir se creuser des rides, se déformer les lignes pures. Jamais elle ne s'était étudiée ainsi, elle avait la honte et le dégoût de son corps, ce désespoir infini des femmes ardentes, lorsque l'amour les quitte avec leur beauté. Était-ce donc pour cela qu'il ne l'aimait plus, qu'il allait passer les nuits chez d'autres, et qu'il se réfugiait dans la passion hors nature de son œuvre?
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michfredmichfred25 mai 2016
"Décidément, comment appelles-tu ça? demanda Sandoz.
-"Plein Air" répondit Claude d'une voix brève.
Mais ce titre parut bien technique à l'écrivain , qui, malgré lui, était parfois tenté d'introduire de la littérature dans la peinture.
"Plein Air", ça ne dit rien.
--Ça n'a besoin de rien dire...Des femmes et un homme se reposent dans une forêt , au soleil. est-ce que ça ne suffit pas? Va, il y en a assez pour faire un chef-d’œuvre."
Il renversa la tête, il ajouta entre ses dents:
"Nom d'un chien, c'est encore noir! J'ai ce sacré Delacroix dans l’œil. Et ça, tiens! cette main-là, c'est du Courbet..Ah! nous y trempons tous dans la sauce romantique, nous en sommes barbouillés jusqu'au menton. Il nous faudra une fameuse lessive."

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michfredmichfred25 mai 2016
Claude en effet tombait dans des tristesses noires. Il abandonnait ses études, sortait seul, rôdait malgré lui devant l'auberge des Faucheur, à l'endroit où le bac abordait, comme s'il y eût toujours compté voir Paris débarquer. Paris le hantait, il y allait chaque mois, en revenait désolé, incapable de travail.
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colimassoncolimasson06 octobre 2014
Tiens ! le père Ingres, tu sais s’il me tourne sur le cœur, celui-là, avec sa peinture glaireuse ? Eh bien ! c’est tout de même un sacré bonhomme, et je le trouve très crâne, et je lui tire mon chapeau, car il se fichait de tout, il avait un dessin du tonnerre de Dieu, qu’il a fait avaler de force aux idiots, qui croient aujourd’hui le comprendre… Après ça, entends-tu ! ils ne sont que deux, Delacroix et Courbet. Le reste, c’est de la fripouille… Hein ? le vieux lion romantique, quelle fière allure ! En voilà un décorateur qui faisait flamber les tons ! Et quelle poigne ! Il aurait couvert les murs de Paris, si on les lui avait donnés : sa palette bouillait et débordait. Je sais bien, ce n’était que de la fantasmagorie ; mais, tant pis ! ça me gratte, il fallait ça, pour incendier l’École… Puis, l’autre est venu, un rude ouvrier, le plus vraiment peintre du siècle, et d’un métier absolument classique, ce que pas un de ces crétins n’a senti. Ils ont hurlé, parbleu ! ils ont crié à la profanation, au réalisme, lorsque ce fameux réalisme n’était guère que dans les sujets ; tandis que la vision restait celle des vieux maîtres et que la facture reprenait et continuait les beaux morceaux de nos musées… Tous les deux, Delacroix et Courbet, se sont produits à l’heure voulue. Ils ont fait chacun son pas en avant. Et maintenant, oh ! maintenant…
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colimassoncolimasson27 octobre 2014
Écoute, le travail a pris mon existence. Peu à peu, il m’a volé ma mère, ma femme, tout ce que j’aime. C’est le germe apporté dans le crâne, qui mange la cervelle, qui envahit le tronc, les membres, qui ronge le corps entier. Dès que je saute du lit, le matin, le travail m’empoigne, me cloue à ma table, sans me laisser respirer une bouffée de grand air ; puis, il me suit au déjeuner, je remâche sourdement mes phrases avec mon pain ; puis, il m’accompagne quand je sors, rentre dîner dans mon assiette, se couche le soir sur mon oreiller, si impitoyable, que jamais je n’ai le pouvoir d’arrêter l’œuvre en train, dont la végétation continue, jusqu’au fond de mon sommeil… Et plus un être n’existe en dehors, je monte embrasser ma mère, tellement distrait, que dix minutes après l’avoir quittée, je me demande si je lui ai réellement dit bonjour. Ma pauvre femme n’a pas de mari, je ne suis plus avec elle, même lorsque nos mains se touchent. Parfois, la sensation aiguë me vient que je leur rends les journées tristes, et j’en ai un grand remords, car le bonheur est uniquement fait de bonté, de franchise et de gaieté, dans un ménage ; mais est-ce que je puis m’échapper des pattes du monstre ! Tout de suite, je retombe au somnambulisme des heures de création, aux indifférences et aux maussaderies de mon idée fixe. Tant mieux si les pages du matin ont bien marché, tant pis si une d’elles est restée en détresse ! La maison rira ou pleurera, selon le bon plaisir du travail dévorateur… Non ! non ! plus rien n’est à moi, j’ai rêvé des repos à la campagne, des voyages lointains, dans mes jours de misère ; et, aujourd’hui que je pourrais me contenter, l’œuvre commencée est là qui me cloître : pas une sortie au soleil matinal, pas une escapade chez un ami, pas une folie de paresse ! Jusqu’à ma volonté qui y passe, l’habitude est prise, j’ai fermé la porte du monde derrière moi, et j’ai jeté la clef par la fenêtre… Plus rien, plus rien dans mon trou que le travail et moi, et il me mangera, et il n’y aura plus rien, plus rien !
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