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> Gilles Deleuze (Préfacier, etc.)
> Henri Mitterand (Éditeur scientifique)

ISBN : 2070418014
Éditeur : Gallimard (2001)

Existe en édition audio



Note moyenne : 4.03/5 (sur 974 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
La bête humaine, c'est le conducteur de train Lantier, le fils de la pauvre Gervaise de L'Assommoir et la victime d'une folie homicide. S'il désire une femme, un atroce désir de sang l'étreint. La bête humaine, c'est aussi sa locomotive à vapeur, la Lison, une puissante... > voir plus
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Critiques, analyses et avis

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    • Livres 5.00/5
    Par vincentf, le 22 juin 2010

    vincentf
    Roman de meurtre, de médiocrité, d'amour, de chemin de fer, La Bête humaine est un concentré de violence. La rencontre d'Eros et de Thanatos aboutit aux drames, les personnages se tuent parce qu'ils s'aiment ou s'aiment parce qu'ils se tuent, sans qu'on puisse l'expliquer, sinon par une hérédité qui dépasse de loin celle de la famille, l'homme des cavernes qui tuait au fond des bois. Les personnages tuent et personne n'en a le moindre remords, ni Jacques, qui avait cru jusqu'au bout qu'il était possible de résister à la pulsion fatale, ni Roubaud, qui se noie dans le jeu, ni Séverine, qui se noie dans le corps de Jacques, ni Misard, qui cherche à tout jamais ses mille francs, ni Flore, qui fait dérailler le train pour rien. La mort rôde partout où se trouve l'amour. Même la Lison, seul personnage véritablement innocent, avec le "coupable" Cabuche, meurt atrocement, assassinée. Tout est sang, instinct de mort, fuite en avant, comme le train, à la fin, qui annonce La Débâcle. Pourtant, la Vérité, l'ignoble Vérité, la part de l'assassin en Tous, reste cachée. le procès condamne un innocent, le seul. L'honneur est sauf. Cabuche est le coupable idéal. La preuve qui l'innocente est sciemment cachée. Dreyfus sera le coupable idéal. le bordereau livrera la Vérité.
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    • Livres 4.00/5
    Par fredho, le 17 décembre 2013

    fredho
    Roubaud sous chef de gare a épousé Séverine, une jeune fille qui au décès de ses parents a été adoptée par M. Grandmorin, président de la compagnie ferroviaire.
    Un soir après un repas bien arrosé, Roubaud se met dans une colère folle quand il apprend que sa jeune femme a été abusée par son tuteur durant sa jeunesse. Aveuglé par la jalousie, se sentant profondément trahi, il décide avec la complicité de sa femme d'assassiner le président Grandmorin.
    Jacques Lantier conducteur de train, assiste au crime mais décide de se taire. Lors des interrogatoires judiciaires sur l'assassinat il croise le couple Roubaud, aussi, très attirés l'un vers l'autre Séverine et Jacques vont devenir amants et entretenir une relation passionnelle. Mais Jacques porte une lourde hérédité alcoolique, il est souvent pris de pulsions meurtrières qu'il maîtrise avec beaucoup de difficulté.
    Le couple Roubaud vacille, et Séverine se sent menacée par son mari, emportée par sa passion pour Lantier elle lui confie l'abominable meurtre dont elle fut complice.
    Souillée à 16 ans par son tuteur, violentée par son mari, Séverine garde malgré tout une candeur d'enfant et trouve dans les bras de Jacques un bonheur voluptueux qu'elle n'espérait plus.
    Mais est-elle réellement en sécurité dans les bras de son amant, et Jacques réussira-t-il à contenir ses pulsions meurtrières ?
    Un roman très noir sur des meurtres sanguinolents, une justice défaillante, l'auteur porte un regard sur la violence portée aux femmes, sur les dérives de l'alcool tout cela dépeint sous un décor obscurci par le milieu sordide des chemins de fer. Une histoire mélodramatique qui file sur les rails des chemins de fer, emportée par la locomotive nommée Lison que Jacques identifie presque à une personne et dont il voue une passion indicible.
    Zola décortique à vif l'âme de ses personnages emplis de douleur, de perversité et d'immoralité.
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    • Livres 4.00/5
    Par LiliGalipette, le 02 mai 2013

    LiliGalipette
    Roubaud est sous-chef de gare au Havre. Marié avec la jolie Séverine, il éclate de rage jalouse quand il apprend qu'elle a eu un amant dans sa jeunesse. Certain de ne plus pouvoir vivre tant que cet autre homme vivra également, il est résolu à le tuer. le crime est commis de nuit, dans un train reliant Paris au Havre. Dès lors, le couple craint d'être découvert, ce qui participe à la désunion des époux. Séverine trouve réconfort dans les bras de Jacques Lantier, mécanicien qui conduit la Lison, une belle locomotive qui assure la liaison Paris-Le Havre plusieurs fois par semaine
    Jacques souffre en secret du secret désir de tuer une femme et de sentir le sang couler. « Il en venait à penser qu'il payait pour les autres, les pères, les grands-pères, qui avaient bu, les générations d'ivrognes dont il était le sang gâté, un lent empoisonnement, une sauvagerie qui le ramenait avec les loups mangeurs de femmes, au fond des bois. » (p. 64) Dans les bras de Séverine, Jacques semble voir s'apaiser cette fureur de sang et de meurtre. « Posséder, tuer, cela s'équivalait-il, dans le fond sombre de La bête humaine ? » (p. 208) Rien n'est moins sûr et une envie sourde continue de gronder, au loin, dans les désirs brutaux de ce grand mécanicien.
    Puisque le bonheur ne semble être que dans l'élimination du gêneur, ce mari désormais haï, les amants criminels ont des raisonnements froids pour justifier leurs sombres desseins. « Pourquoi l'épargner ? Aucune circonstance, absolument aucune, ne plaidait en sa faveur. Tout le condamnait puisque, en réponse à chaque question, l'intérêt des autres était qu'il mourût. Hésiter serait imbécile et lâche. » (p. 310) Voilà qui fait froid dans le dos, n'est-ce pas ?
    Dans ce volume des Rougon-Macquart, Émile Zola présente des personnages qui rêvent de flots de sang, de massacre et de crime. Et la machine ferroviaire est au cœur de ces éclatements de rage, à la fois scène de crime et objet de mort. À la fin du roman, la mécanique lancée à pleine vapeur annonce le massacre à venir de la guerre.
    J'ai apprécié cette lecture, mais je pense que j'en attendais trop. On m'a tellement présenté ce volume comme le plus brutal et le violent de la saga des Rougon-Macquart que j'ai finalement été un peu déçue. Jacques Lantier est fou, sans aucun doute, torturé de désirs issus de son sang vicié, digne rejeton de Gervaise et de Tous ses ancêtres alcooliques. Il est une bête humaine, le doute n'est pas permis non plus, mais je ne l'ai pas trouvé plus fou qu'Aristide Saccard, enfiévré de spéculation dans La Curée, ni plus exalté que son frère Claude, le peintre désespéré de L'œuvre. Ce volume est très bien écrit, très puissant et il me tarde de découvrir le film avec Jean Gabin.
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    • Livres 5.00/5
    Par Jackiedream, le 07 mars 2015

    Jackiedream
    J'avais déjà à mon actif la lecture de deux romans de Zola : Germinal ainsi que l'Oeuvre, deux livres que j'avais littéralement adoré. Autant vous dire que l'attente était grande concernant celui-ci... et je n'ai absolument pas été déçue !
    Roubaud est un sous-chef de gare au Havre, il est mariée avec une douce jeune femme nommée Séverine. Lorsque l'homme apprend que sa femme a eu des relations dans sa jeunesse avec le président de la compagnie ferroviaire, Grandmorin, il entre dans une colère noire. Il décide alors de tuer le président, par jalousie, par désir de vengeance. le meurtre se déroule durant un trajet de train Paris-Le Havre. Intervient alors Jacques Lantier, lui même conducteur de train et fils de Gervaise (l'Assommoir). En effet, alors qu'il se tenait aux abords des rails il a cru apercevoir un homme en poignarder un autre. Dès lors une enquête va s'ouvrir et les relations entre les personnages vont se compliquer, dès lors ce ne sera que mort et bassesses... Il faut également souligner que Jacques a un problème majeur : il rêve de tuer une femme et ne peut s'approcher trop près d'une charmante créature sans avoir envie de la saigner !
    Cette critique s'annonce dithyrambique car je suis bien incapable de trouver quoi que soit à redire aux oeuvres d'Emile Zola et celle-ci ne fait pas exception à la règle.
    C'est Zola au sommet de son oeuvre (mais n'est-il pas bien présomptueux de décréter un sommet a une oeuvre d'une telle ampleur ?). le drame se déroule de façon magistrale, imprévisible, implacable tel le train qui avale les kilomètres. Les personnages sont tous détestables chacun à leur façon : Séverine par sa complicité dans le meurtre, cette femme qui semble semer la désolation autour d'elle, cette femme qui ne paraît pas si belle au premier abord mais qui finit par capturer les hommes et à les rendre fous. Jacques, détestable par sa lâcheté à cautionner le meurtre, puis par sa lâcheté à ne pas pouvoir tuer, détestable pour sa folie et pour sa tare. Et que dire de Roubaud, ce rustre qui assouvit son besoin de vengeance pour finalement devenir le plus pitoyable et méprisable des hommes, qui invite l'amant de sa femme à sa table. Mais d'un autre côté ils sont tous touchants, pathétiques : Séverine qui se jette à corps perdu dans l'amour véritable qu'elle découvre seulement ; Jacques affligé de cette tare qui lui interdit le bonheur...
    J'ai également beaucoup apprécié l'univers de la gare, des trains, ce monde baigné d'une vapeur dense, d'une odeur âcre, ces machines qui sifflent et se mettent en branle de tous côtés. On s'habitue aux trajets Paris-Le Havre comme au train que l'on prend chaque matin pour aller au travail et chaque soir pour rentrer chez soi. On sentirait presque le vent sur son visage, on verrait presque le paysage défiler. Cette relation qui unit l'homme à sa machine, Jacques à la Lison, est vraiment belle. Malheureusement même cette relation de l'homme à sa machine va se dégrader, ils vont finir par sa détester. J'ai par ailleurs retrouvé cette ville du Havre que j'affectionne particulièrement, tout comme Paris.
    Mais ce livre c'est aussi une critique social, humaine. On tue, on se tue, on projette de tuer... sans états d'âmes. On comprend vite que le dénouement ne peut qu'être tragique, le sang coulera encore, d'une manière ou d'une autre. Les rails sont le décor, l'arme du crime, la scène de cette sinistre histoire : on meurt dans le train pour les plus chanceux, voire sous les terribles wagons. Les passions sont destructrices, l'amour n'existe qu'en dehors du mariage et n'engendre que malheur. Les femmes rendent les hommes fous, l'argent rend les hommes fous... autant de raisons suffisantes pour commettre l'irréparable, la solution est toujours la mort. Même les personnages plus secondaires sont rongés par leurs folies : jalousie, vénalité... Quand le bonheur se profile à l'horizon, quand on voit le bout du tunnel, quand la locomotive s'apprête à émerger au grand jour les hommes retombent dans leurs travers et laissent à voir ce qu'il y a de plus vil en eux. Ici c'est bien plus que la fameuse "tare génétique" chère à Zola, c'est l'atavisme le plus primaire qui pousse les êtres humains à se transformer en bêtes.
    Et la justice dans tout cela ? Eh bien, elle condamne des innocents. Les vrais coupables sont connus, les preuves sont là mais pourquoi chercher des mobiles, des motivations qui peuvent paraître obscures, chercher à comprendre quand on a un coupable tout trouvé ? Même lorsque la vérité lui apparaît, le juge refuse de la voir, refuse de dévier de sa version du crime tant la réalité paraît sombre, complexe et tordue.
    Ce roman est si sombre, violent, noir : j'ai adoré. Je ne pensais pas qu'il me plairait autant, à vrai dire. Je vois la suite de mes lecture comme un trajet en express : chaque arrêt porterait le nom d'un livre de Zola, et je descendrais bien évidemment à chaque fois du train pour visiter les merveilleuses contrées nées de l'esprit de ce grand romancier.
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    • Livres 5.00/5
    Par Woland, le 21 mars 2015

    Woland
    ISBN : 978-2070451456

    Cela fait la troisième fois, dans toute ma vie, que je lis "La Bête Humaine", l'un des derniers tomes des "Rougon-Macquart : Histoire Naturelle et Sociale d'une Famille Sous le Second Empire." Et je me rends compte une fois de plus que, en vérité, un livre doit se lire et se relire parce que, au fur et à mesure que nous avançons en âge et en expérience, la perception que nous avons de lui s'affine, s'approfondit et emprunte parfois un chemin très différent de celui qu'elle pouvait prendre quand nous avions vingt ou trente ans.
    Qui ne connaît la tragédie de "La Bête Humaine" ? Un assez brave homme, un peu brutal peut-être mais sans plus, apprend que sa femme, jeune et jolie, lui a été donnée en mariage par un vieux notable qui l'avait déflorée et salie de mille attouchements dès ses seize ans. La protection dont l'homme en question a profité jusque là dans les Chemins de Fer, il la doit aussi au vieillard, le président Grandmorin, qui veille sur lui pour pouvoir, de temps à autre, profiter encore des complaisances de Séverine, sa jeune femme. Alors, quand il comprend, l'homme - Roubaud - décide de tuer Grandmorin. Il force sa femme à écrire à celui-ci une lettre qui lui fixe rendez-vous dans le train qu'eux-mêmes doivent reprendre le soir et la chance - si l'on ose appeler ça la chance - lui sourit : il égorge Grandmorin tandis que Séverine, affolée, se presse de tout son poids sur les jambes du vieillard, assez vaillant pour se débattre.
    Tout près - rappelons tout de même que la vitesse des trains n'était pas la même en 1869 qu'aujourd'hui et que la chose était possible - Jacques Lantier, le fils qu'une Gervaise Macquart de quinze ans, suivant à Paris un Auguste Lantier dont elle est folle et qui finira par la perdre, a abandonné à une tante paternelle, tante Phasie, assiste à la scène dans l'éclair du train qui s'enfuit. Or, Jacques est mécanicien sur la ligne où Roubaud travaille en tant que sous-chef de gare. Autre particularité de Jacques, mais très inquiétante, celle-là : il ne peut toucher une femme sans avoir envie de la tuer. La chose lui fait horreur mais, en même temps, le fascine. D'ailleurs, la nuit où il a assisté au meurtre de Grandmorin, il fuyait Flore, la fille de tante Phasie, qui s'offrait à lui ...
    Tous les éléments sont posés, ou presque. On sait que ça se terminera mal - c'est du Zola, de toutes façons - mais on s'étonne une première fois de la discrétion avec laquelle le créateur du Naturalisme évoque ici sa fameuse théorie de l'hérédité. Oui, certes, les gènes de violence et d'alcoolisme de Jacques sont susceptibles d'expliquer le mal dont il souffre. Mais Zola ne le dit qu'une seule fois et préfère se raccrocher à des images plus proches de l'Inconscient collectif, de femmes violées et tuées dans des cavernes par les hommes qui y vivaient encore à l'état primitif.
    Puis, à la lumière de ce que l'on a pu récolter soi-même sur la question, amplement étudiée en long et en large au cours du XXème siècle, on s'aperçoit que, en ce qui concerne le personnage du tueur en série obéissant à une pulsion sexuelle, Zola se fait ici visionnaire. Il ne parle plus d'hérédité mais il définit déjà très bien certaines caractéristiques de ce type de tueur. D'abord, l'absence de la mère, interprétée comme un rejet par l'enfant. Puis l'incompréhension (et la peur aussi) de l'adolescent au fur et à mesure de son évolution. L'horreur de l'homme lucide quant à cette pulsion qui s'impose à lui sans qu'il puisse la contrôler et sans qu'il sache même d'où elle lui vient. Etroitement entrelacée à cette horreur, une fascination absolue, gigantesque, luciférienne, inhumaine pour l'idée d'enfoncer le couteau, de sentir et de voir le sang couler et la femme vaincue et morte. Une "objétisation" totale de la victime et un manque d'empathie, une froideur que le lecteur moderne discerne aisément dans le personnage, lors du procès final. (Jacques pleure, il est vrai mais c'est sur lui qu'il pleure, et non sur son crime.) Et cette certitude, dont parlent tant de tueurs de notre époque, que le fait de passer à l'acte une fois, rien qu'une fois, les "guérira." Avec ses mots et ses connaissances à lui, Zola nous dépeint sans pratiquement une seule erreur l'itinéraire d'un tueur en série beau garçon, qui ne devrait avoir aucun problème avec les femmes, que celles-ci courtisent même, qui ne parvient d'avoir de rapports qu'avec Séverine parce qu'il sait que celle-ci a participé à l'assassinat de Grandmorin, qui se croit "guéri" très sincèrement jusqu'au moment où il la tue, elle aussi. Alors, revient pour lui la paix ... Jusqu'à ce que, quelques mois plus tard, il ne soit à nouveau tenté d'en tuer une autre.
    Pour certains spécialistes, il y aurait, dans ces tueurs, une homosexualité refoulée. Et, curieusement, Lantier meurt dans les bras de Pecqueux, son chauffeur, sous les roues de la locomotive 608, dans un enlacement furieux provoqué par la crise de jalousie du chauffeur, complètement ivre, à qui Lantier avait eu la sottise de piquer sa maîtresse, Philomène.
    Et cette locomotive, la dernière qu'ils conduiront ensemble et que leur chute hors de la plate-forme laissera aller à la dérive, folle de pression, de charbon et de vitesse, passant comme une flèche dans des gares affolées, risquant à tout instant un massacre furieux, avec vingt-huit (ou dix-huit, franchement, je ne saurais vous le dire) wagons à bestiaux bourrés de soldats ivres partant sur le front de l'Est car la guerre de 1870 vient d'éclater : quelle fureur, quelle puissance démoniaque et quelle beauté ! Pour nous, qui connaissons L Histoire, cette locomotive va brûler non seulement toute la guerre franco-prussienne mais, train fantôme de l'Horreur mondiale, elle foncera sur la Grande guerre avant de s'arrêter, en bout de course, absorbée, irradiée, dissoute dans le champignon nucléaire d'Hiroshima.
    Ca vous paraît un peu tiré par les cheveux ? Alors, relisez "La Bête Humaine", avec ses grondements, ses tressaillements perpétuels, cette rage de sang qui l'anime, la "mort" si émouvante de la Lison, cette locomotive tant aimée par Jacques et Pecqueux, avec laquelle ils formaient, selon leurs propres dires, "un ménage à trois", les yeux pervenche de Séverine, figés dans la Mort sous son casque de cheveux noirs dressés par la peur et l'agonie, l'impressionnant suicide de Flore, se jetant littéralement, elle qui ne pouvait supporter le contact du mâle, à la tête d'un train dans le tunnel où elle avait l'habitude de se faire peur, comme ça, pour jouer ... Seulement, cette nuit-là, Flore ne joue plus. Parce qu'elle vient, elle-même, en voulant tuer Jacques et Séverine par jalousie, de provoquer un monstrueux accident - celui qui aura la peau de la Lison, de cinq malheureux chevaux et d'un nombre impressionnant de voyageurs ...
    Et tant d'autres scènes, tant d'autres petits moments saisis au vol, tant de violence, tant de vie et tant de mort, tant d'exaltation aussi dans cette prose qui démarre en douceur, puis prend son rythme de croisière avant, brusquement, comme les personnages détraqués qu'elle se délecte à nous dépeindre, comme la locomotive 608 qui roule désormais vers l'Enfer, de s'emballer, de s'emporter et de nous emporter avec elle vers l'une de ces fins coups-de-poing dont Zola seul était capable quand il se trouvait au sommet de sa forme - c'est-à-dire quand il pensait un peu moins à son cher Naturalisme et à la Science et se contentait d'être lui-même : un grand, un magnifique, un fabuleux créateur. ;o)
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Citations et extraits

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  • Par Fab72, le 25 avril 2015

    En lui, l'homme civilisé se révoltait, la force acquise de l'éducation, le lent et indestructible échafaudage des idées transmises. On ne devait pas tuer, il avait sucé cela avec le lait des générations ; son cerveau affiné, meublé de scrupules, repoussait le meurtre avec horreur, dès qu'il se mettait à le raisonner. Oui, tuer dans un besoin, dans un emportement de l'instinct ! Mais tuer en le voulant, par calcul et par intérêt, non, jamais, jamais il ne pourrait !
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  • Par Fab72, le 16 avril 2015

    - Vous devriez me donner votre autre main, pour que je la réchauffe.
    - Oh ! non, pas ici. On nous verrait.
    - Qui donc ? puisque nous sommes seuls... Et d'ailleurs, il n'y aurait pas grand mal. Les enfants ne se font pas comme ça.
    - Je l'espère bien.

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  • Par Fab72, le 13 avril 2015

    Et la tête apparaissait, dans la clarté jaune, une tête de vieillard, au grand nez, aux yeux bleus d'ancien blond, largement ouverts. Sous le menton, la blessure bâillait, affreuse, une entaille profonde qui avait coupé le cou, une plaie labourée, comme si le couteau s'était retourné en fouillant. Du sang inondait tout le côté droit de la poitrine. A gauche, à la boutonnière du paletot, une rosette de commandeur semblait un caillot rouge, égaré là.
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  • Par Fab72, le 14 avril 2015

    Bien sûr qu'elle a raison de pleurer, dit à demi-voix Philomène. Les voilà fichus, maintenant qu'on a tué leur bon Dieu.

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  • Par Fab72, le 16 avril 2015

    Oh ! oui, certes, Cabuche est le coupable, d'autant plus que, si nous ne l'avons pas, nous n'avons personne.

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