> Armand Lanoux (Éditeur scientifique)
> Henri Mitterand (Éditeur scientifique)

ISBN : 2070105903
Éditeur : Gallimard (1961)


Note moyenne : 4.2/5 (sur 5 notes) Ajouter à mes livres
Ce volume contient les oeuvres suivantes : Son Excellence Eugène Rougon - L'Assommoir - Une Page d'amour - Nana.
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Critiques et avis(1)

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    • Livres 4.00/5
    Par nastasiabuergo, le 21 mars 2012

    nastasiabuergo
    Vous trouverez dans ce tome les volumes 6 à 9 de l'œuvre majeure d'Émile Zola. L'auteur se propose de dresser une histoire naturelle et sociale d'une famille sous le second empire de Napoléon III. Les commentaires d'Henri Mitterand sont de haut vol (sans doute un des meilleurs experts de Tous les temps sur Zola).
    6) Son excellence eugène rougon
    Après un ouvrage, selon moi, franchement raté (La Faute de l'abbé Mouret) de son cycle, Zola signe avec ce sixième livre de son cycle littéraire, un roman à la frontière du roman historique et du documentaire. Ici, on peut probablement reprocher à son auteur une trame pas toujours captivante, quoique se lisant sans déplaisir, par contre, cette œuvre nous imprègne parfaitement des mœurs du milieu politique de l'époque et est donc indispensable à la bonne compréhension de cette période de l'histoire du XIXième siècle. Personnellement, je vous conseille de le lire entre "La Curée" (le n° 2 des Rougon-Macquart) et "L'Argent" (le n° 18). Ainsi, vous aurez un panorama assez complet du mode de vie dans les hautes sphères de la société Parisienne sous le second Empire.
    Émile Zola peint un portrait bicéphale, l'un étant Eugène Rougon, en disgrâce pendant une bonne moitié du roman puis ministre dans la seconde, l'autre étant Clorinde Balbi, alias dans la réalité, celle qui fut surnommée La Castiglione, maîtresse attitrée de l'empereur Napoléon III. On y découvre le travail souterrain ou en sous main réalisé par des éminences grises pour porter leur poulain aux affaires et ainsi récolter les dividendes lorsque le poulain en question, à savoir Rougon, sera aux commandes, puis le trahir dès que la fontaine aux avantages sera tarie et ainsi reporter leur suffrage à un autre poulain providentiel. Zola nous endort un peu dans ce long cheminement mais développe, à mon avis, une démonstration efficace de ce qu'était la haute politique de l'époque (et est-elle très différente de nos jours?). Évidemment, l'auteur ne se prive d'aucune intrigue historique qu'il se contente de condenser sur les seules épaules soit de Rougon, soit de Clorinde. Ces intrigues concernaient en réalité plusieurs personnages influents et étaient peut-être un peu plus espacées dans le temps, mais dans l'Ensemble, Zola ne nous ment pas. Mentionnons que c'est dans cet opus que l'auteur donne un vrai visage et fait parler celui par qui tout est arrivé, à savoir Napoléon III lui-même.
    Tous comptes faits, c'est un portrait étonnamment indulgent pour l'homme politique, présenté comme l'instrument, le pantin en quelque sorte, de ceux qui tirent effectivement les ficelles et sont les vrais cyniques. Rougon est donc sujet aux éloges infondées comme aux trahisons iniques. le personnage de Delestang me rappelle des politiciens à la Jospin, poussés au pouvoir parce qu'ils n'effraient personne et qu'on peut les manœuvrer facilement. Eugène Rougon, lui, ferait davantage penser à un politicien à la Sarkozy, mis au purgatoire lors de la première élection de Chirac, puis ressorti comme l'homme providentiel au ministère de l'intérieur après les émeutes de 2005. Rougon est présenté, somme toute, comme assez probe mais contraint d'honorer des dettes morales envers ceux qui lui ont déroulé le tapis rouge et ainsi de se renier, à la manière d'un certain président qui fit campagne sur les plates bandes de l'extrême droite puis, une fois élu, fit des ronds de jambe à la gauche tout en octroyant de beaux cadeaux fiscaux à ses amis grands patrons... Comme quoi la morale de ce roman pourrait être: se renier pour régner.
    En conclusion, un roman pas forcément captivant mais pour le moins intéressant et qui cadre pleinement avec l'un des objectifs du cycle de tracer une sorte d'historiographie de cette période-clé de l'histoire de notre pays.
    7) L'Assommoir
    Pourquoi ce septième roman des Rongon-Macquart a-t-il connu plus de succès que Tous ceux qui ont précédé et jouit-il d'une plus grande notoriété? A priori, il n'est pas fondamentalement différent des autres. La recette de Zola semble toujours un peu la même, le couple subissant une lente agonie et une spirale descendante a déjà été dépeint dans La Conquete de Plassans. Ici, c'est la cousine des Mouret, la célèbre Gervaise Macquart, devenue Coupeau qui est sur le gril. Zola nous embarque dans les arcanes du monde d'ouvriers et de petits commerçants de Paris, et comme dans les ouvrages précédents, la part faite à la description est grande. Vous découvrirez les lavoirs, les blanchisseries, l'atelier miteux du chaîniste de la Goutte d'Or, les toits de Paris couverts de zinc, la forge, qui ressemble à celle de Vulcain, les fleuristes, et même l'auteur nous emmène au Louvre, puis bien évidemment, dans l'antre fétide et maléfique des débits de boisson où les ouvriers viennent s'abîmer. Qu'est-ce qui est si différent des autres romans? Sur le fond, probablement rien, Zola continue de dérouler son œuvre sociale sur un nouveau pan de la société, en l'occurrence les classes ouvrières qu'il avait déjà un peu visité dans Le Ventre de Paris. Gervaise n'est pas si loin de réussir dans la blanchisserie comme sa sœur Lisa dans la charcuterie. Ici, selon moi, la grande différence provient du style qu'Émile Zola va employer et faire éclore. A force de s'accoquiner au phrasé et à l'argot le plu cru de l'époque (pour faire plus vrai), la prose de Zola s'est révélée, transfigurée par ce mélange de langue érudite et de langue fangeuse. J'en veux pour preuve l'évolution du style au sein même du livre où on y découvre au chapitre 10 un mélange de lyrisme des miasmes absolument nouveau, même pour Zola et d'une fluidité, d'une force absolument prodigieuse, qui deviendront la "marque de fabrique" de l'auteur, qui annonce le grand Céline, et qui a éclos ici, à l'écriture de L'Assommoir. Ainsi, à baigner dans le jus de l'argot, la prose du naturaliste a acquis une dimension supplémentaire, Zola a fait évoluer son style pour coller à la violence, à la médisance et à l'indigence qu'il décrit. C'est, volontairement ou non, car on le sentait en germe dans les ouvrages précédents (il avait un peu raté le coche dans Le Ventre de Paris), mais jamais encore il n'avait pleinement épanoui une telle verdeur de style, une certaine révolution, qui fait qu'aujourd'hui Zola est Zola. Bref, on a le sentiment qu'à décrire la lente et inéluctable descente aux enfers de Gervaise dans la puanteur et le désespoir, l'auteur s'est trouvé lui-même et a franchi le seuil de son identité littéraire. Il y aura un "avant" et un "après" Assommoir. La scène du fouet chez le père Bijard au chapitre 10 est l'une des plus dures qu'on puisse imaginer, rappelant les pires déboires de Fantine et Cosette réunies dans Les Misérables.
    On sent Gervaise fragile psychologiquement, jamais très loin de s'en sortir, mais effectuant toujours le mauvais choix quand s'offre une alternative tant avec Lantier (admirable en sa qualité de "ver dans le fruit"), que Coupeau suite à sa chute, que Goujet qu'elle n'ose pas rejoindre alors que lui seul semblait pouvoir lui assurer un certain salut. Finalement, ce qui est touchant chez Gervaise (un peu comme chez Nana sa fille plus tard), c'est cette dénégation de la vie, cette abnégation à affronter la chute sans craindre la mort tellement l'existence a peu de prix pour elle. La scène d'apocalypse finale que subit Coupeau en proie au pire des delirium tremens est une sorte de synthèse, où tout le mal accumulé dans les chairs et dans l'esprit dans cette descente ressort en un torrent de douleurs et de démence indescriptibles. Ce roman est aussi le germe, l'éclosion de deux chef-d'œuvres à venir, en la personne de Nana dans le roman éponyme et Étienne dans Germinal.
    Enfin, comme les Halles dans Le Ventre de Paris et plus tard, la locomotive de La Bête humaine, l'alambic de L'Assommoir du père Colombe est élevé au rang de personnage effectif, démon maléfique et vénéneux au pouvoir quasi mystique digne des sortilèges de L'odyssée.
    Lisez et relisez ce premier (et pas dernier) grand coup de poing en pleine face que nous assène Émile Zola dans Les rougon-macquart.
    8) Une page d'amour
    Voici la dernière des 3 enfants Mouret. On avait déjà vu son jeune frère Silvère dès La fortune des rougon aux prises avec le coup d'état de Napoléon III ainsi que son autre frère François se débattre avec l'abbé Faujas dans La Conquête de Plassans. Ici Hélène (la belle Hélène, sans chercher absolument à faire un vilain jeu de mots annonciateur du roman suivant Nana), s'installe à Paris venant de Marseille avec 1°) une fortune acquise par un héritage imprévu, 2°) un mari fraîchement décédé et 3°) une fille chétive de 12 ans. C'est déjà étonnant comme décor de base. Mais Hélène est une femme droite et, pour être tout à fait sincère, ennuyeuse, qui ne lève jamais un œil sur un homme, encore moins s'il est marié. Et PAF!, pas de bol, elle tombe sur LE médecin bellâtre qui vient soigner sa fille et son cœur commence à palpiter etc., etc., etc. Bref, le mélo bon marché. Zola nous y avait déjà un peu habitué avec La Faute de l'abbé Mouret. A croire que notre pauvre Émile a tout donné dans son précédent bouquin, L'Assommoir, et qu'il n'a plus grand chose en tête pour ce roman. On sent qu'il a voulu bâtir un ouvrage dans la veine d'Eugénie Grandet, de Madame Bovary ou même, avec un peu d'anticipation d'Une vie, mais encore faut-il avoir un peu de matière en réserve. Si vous aimez les descriptions interminables des ciels et des toits Parisiens, vous serez servis, en revanche, pour le reste, c'est un opus très creux et très en deçà de ce dont est capable l'auteur. L'Ensemble reste assez agréable à lire, contrairement à La Faute de l'abbé Mouret, mais sans grand intérêt.
    9) Nana
    Cette neuvième livraison des Rougon-Macquart n'est pas aussi savoureuse qu'on aurait pu l'espérer, faisant naturellement suite, par son héroïne, au fulgurant Assommoir. Émile Zola réemploie la même formule que dans Son excellence eugène rougon au début du roman, à savoir, nous plonger directement dans le cœur d'activité du protagoniste principal. C'était une session à l'Assemblée Nationale pour Eugène Rougon, ici, c'est la première représentation d'une opérette sulfureuse, La blonde Vénus, où Nana met le feu à la scène avec ses formes et ses tenues très peu couvrantes. Ce sont bien évidemment les opérettes de Jacques Offenbach que l'auteur cherche à écorner, en particulier, La belle Hélène, qui met en scène la dépravation des dieux de l'Olympe.
    Pour être totalement dans l'esprit « naturaliste », avec un réel souci documentaire, on a du mal à prétexter que cette entrée en scène de Zola dans Nana soit particulièrement réussie ou tonitruante. On l'a connu plus percutant et la feuille de route de son programme de construction apparaît, à mon goût, un peu trop fortement tout au long du roman. Ce n'est qu'à partir de la moitié du livre, au chapitre VIII, que la narration retrouve quelques couleurs et Zola sa verve perdue de L'Assommoir. En effet, jusque-là, l'auteur nous endort avec de Lourdes et longues descriptions de luxe et de débauches dans les hautes sphères qui font d'ailleurs double emploi avec celles déjà pesantes qui concernaient Renée dans La Curée.
    Quels sont les apports vraiment significatifs de cet opus dans l'édifice de son cycle littéraire ? les rapports étroits de connivence entre le monde du spectacle et le journalisme visant à faire ou à défaire le succès d'un spectacle moyennant avantages divers en retour (déjà évoqués en détail et probablement avec plus de brio dans la deuxième partie des Illusions Perdues De Balzac) ; la mise en plein jour de la prostitution (la classique et celle de luxe) ; l'évocation de l'homosexualité féminine, sujet absolument tabou à l'époque de Zola et sur quoi il faut saluer le courage littéraire de l'auteur ; le poids du monde hippique dans la haute société (La situation a-t-elle changé de nos jours ? Les Rothschild ne font-il pas toujours régner la pluie et le beau temps sur le monde des courses {casaque bleue, toque jaune} ?) ;
    En guise de conclusion : très documenté mais pas très captivant, ce qui en fait, selon moi, un roman moyen du cycle des Rougon-Macquart, mais ceci, bien sûr, n'est que mon avis, c'est-à-dire, pas grand chose.
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