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Armand Lanoux (Autre)
ISBN : 2253005622
Éditeur : Le Livre de Poche (01/09/1971)

Note moyenne : 4.07/5 (sur 999 notes)
Résumé :
Pris sur les barricades, Florent a été condamné au bagne de Cayenne. Il s'en évade et retourne à Paris, aux Halles, où il espère se cacher et revoir son frère. Ce dernier, un gros charcutier, a épousé la belle Lisa. Le couple lui procure une place d'inspecteur aux Halles et essaie de l'engraisser. Mais Florent, au pied des montagnes de viande, de légumes et de beurre, reste maigre. Il n'a faim que de justice. Généreux, tendre, persuadé que l'homme est bon et honnête... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (77) Voir plus Ajouter une critique
Nastasia-B
06 juin 2016
★★★★★
★★★★★
Présenté comme une sorte de grande bataille du gras contre le maigre, le Ventre de Paris est, chronologiquement, le troisième roman des fameux Rougon-Macquart de Zola.
À plus d'un titre, il présente un caractère innovant dans la progression du cycle. Tout d'abord, c'est la première fois que le protagoniste principal n'est pas un membre direct de la famille Rougon-Macquart, puisqu'il s'agit de Florent, beau-frère de Lisa Macquart, devenue Lisa Quenu dans la charcuterie du même nom.
C'est aussi la première fois qu'Émile Zola ne traite que des classes ouvrières ou des petits patrons à leur compte.
C'est aussi dans ce volume qu'il commence à exploiter à fond la Symbolique, en tant que procédé littéraire, et qu'il donne à un lieu, en l'occurrence les halles centrales de Paris, un rôle de personnage à part entière.
La conviction politique de Zola est également beaucoup plus clairement exprimée à partir de cet ouvrage.
L'histoire est assez simple : Florent, utopiste républicain, envoyé au bagne suite au coup d'état de Napoléon III, a réussi à s'enfuir après plusieurs années passées au bagne de Guyane et autant à rentrer en France par des voies détournées.
D'une maigreur effrayante, il rejoint son frère qui, lui, est gras à éclater dans sa charcuterie triomphante.
Le contraste de toute cette nourriture déployée dans les halles et de la maigreur des humbles est l'un des piliers du roman ; peut être pas le meilleur car l'auteur gonfle tellement le trait que cela frise la caricature.
Ses descriptions pléthoriques de nourriture sont assez " gavantes " à la longue.
Néanmoins, les descriptions très précises des Halles, ancêtre de Rungis, construites selon les plan de Baltard (cf. le dernier vestige de ces halles qui s'appelle d'ailleurs le pavillon Baltard) en lieu et place de l'actuel quartier " des halles " à Paris revêtent désormais une valeur documentaire.
Le volet le plus intéressant du roman me semble être d'une part la vision prémonitoire sur l'émergence de la société de consommation (le livre est écrit en 1873, ne l'oublions pas, thème qu'il reprendra dix ans plus tard dans Au Bonheur Des Dames) au travers d'une lumineuse comparaison où il reprend presque mot pour mot la formule de Victor Hugo dans Notre-Dame de Paris et son fameux "ceci tuera cela" quand Hugo prétendait que le livre tuerait la pierre.
Ici Zola écrit : " C'est une curieuse rencontre, disait-il, ce bout d'église encadré sous cette avenue de fonte... Ceci tuera cela, le fer tuera la pierre, et les temps sont proches..."
Au travers de la bouche de Claude Lantier, le peintre pauvre, futur héros de L'Oeuvre, l'auteur nous offre une vision pénétrante de la mutation introduite par la révolution industrielle : " Depuis le commencement du siècle, on n'a bâti qu'un seul monument original, un monument qui ne soit copié nulle part, qui ait poussé naturellement dans le sol de l'époque; et ce sont les Halles centrales, entendez-vous Florent, une oeuvre crâne, et qui n'est encore qu'une révélation timide du XXè siècle..."
L'autre volet prophétique du livre est la description quasi millimétrique du comportement du français moyen de Paris durant la période d'occupation allemande sous le régime de Vichy.
Tout est dit : les collaborations diverses sous des allures parfaitement honnêtes, les conflits d'intérêts, les alliances de façade, etc. le tout concourra ici à faire tomber Florent, qui, bien naïvement, essaie de monter une insurrection pour faire triompher la justice et le droit des opprimés.
L'auteur nous livre aussi tous les écueils qui s'opposent naturellement à toute forme de socialisme et conclut son livre, toujours par la bouche de Claude Lantier avec un : " Quels gredins que les honnêtes gens ! " très lourd de sens.
Mon coup de coeur personnel va indubitablement à Mademoiselle Saget, vieille commère venimeuse quémandeuse imbuvable qui colporte les ragots qu'elle invente elle-même comme personne et qui laisse derrière elle une trainée de poudre apte à semer la zizanie à n'importe quel coin des Halles.
Zola devait affectionner tailler de beaux costumes pour l'hiver à ces femmes, car on en rencontre souvent disséminées çà et là dans les Rougon-Macquart, toutes aussi venimeuses et malfaisantes.
Personnellement, j'adore quand Émile Zola exhume les côtés les plus hideux et puants des humains, les met sur le grill pour empester les voisins et rajoute de grosses gousses d'ail pour roter d'une haleine féroce, mais bien sûr, ce n'est là que mon avis, une bien piètre victuaille oubliée sur l'étal, autant dire, pas grand-chose.
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Renod
01 février 2017
★★★★★
★★★★★
Le « ventre » de Paris, ce sont ses Halles, un «géant de fonte», une «Babylone de métal», un «organe central battant furieusement» qui ingurgite une profusion de denrées pour les recracher mâchées à ses deux millions d'habitants. Zola les décrit dans leur globalité, des toits aux sous-sols, en s'attardant sur chaque commerce d'alimentation et de bouche. Après avoir étudié les affairistes et les spéculateurs dans la Curée, il choisit d'analyser les petits commerçants qui s'enrichissent paisiblement sous le Second Empire. La charcutière Lisa symbolise cette classe. Elle mène une existence rangée, soucieuse de son confort. Elle soutient l'Empire et l'Église qui confortent son égoïsme tranquille. L'arrivée de son beau-frère qui s'est échappé du bagne va bousculer la mollesse de ses habitudes et la vie du quartier. le gros système digestif se trouve indisposé, fiévreux.
La charpente des « Rougon-Macquart » transparait nettement dans ce volume mais j'avoue être peu sensible à la fresque sociale et politique du Second Empire et aux questions d'hérédité. Et puis il y a cette volonté de l'auteur de vouloir tout dire et tout montrer au risque de surcharger son récit.
Par contre, j'ai apprécié Zola le peintre qui parvient à décrire un amoncellement de légumes, un étalage de charcuterie, une vitrine de bijoutier, les mannes d'un poissonnier ou l'architecture d'un pavillon avec un sens pictural extraordinaire. Il utilise dans ses descriptions une palette de couleurs et il sait jouer avec les lumières. Il parvient à faire ressentir l'atmosphère épaisse et lourde d'un espace fermé, la tiédeur d'un souffle, la touffeur d'une cave. le lecteur suffoque dans les remugles de vieux fromages ou la puanteur des resserres où les volailles sont entassées. Zola se sert d'images délicates ou brutales. Les choux-fleurs figurent des bouquets de mariée, les poissons des bijoux barbares. Les charcutiers sont décrits tout en ventre ou en gorge et sont dotés des attributs des porcs : groin ou couenne. Les rues, les murs, les eaux transpirent de graisse. Outre les images, il y a les juxtapositions qui sont riches en significations : les pavillons Baltard tout en vitres et en zinc s'opposent à l'église Saint-Eustache sombre et grise, à l'architecture surannée ; les ramiers des Tuileries s'ébrouent dans le parc quand des pigeons sont égorgés par centaines dans les caves des Halles.
J'ai aimé la mise en scène de cette comédie sociale résumée par cette saillie célèbre de Claude Lantier : « Quels gredins que les honnêtes gens ! » Dans la petite société des Halles, tout n'est que médisances, commérages, jalousies, trahisons. C'est le règne de la cupidité drapée de vertu.
Enfin, le roman nous rappelle tout un monde perdu : les légumes sont cultivés à Nanterre, on se retire à Clamart pour sa retraite, on cherche la campagne à Romainville, et les rues de Paris sont encombrées de charrettes de marchande des quatre-saisons…
Le récit est gonflé par une ambition démesurée et les ficelles sont parfois un peu grosses. Mais Zola parvient à transfigurer la réalité grâce à ses descriptions pleines de poésie et à rendre parfaitement les caractères et les mœurs du peuple des Halles.
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Gwen21
05 janvier 2016
★★★★★
★★★★★
Le Zola qui malmène le plus nos sens ! Le goût, la vue, l'odorat, le toucher, il n'y a guère que l'ouïe qui soit épargnée, et encore...
L'un des maîtres de la description met à profit son talent pour nous plonger dans le monde surpeuplé, surchauffé et surabondant des nouvelles Halles de Paris, cathédrale de verre et d'acier, temple de la consommation des denrées périssables, qui bat au cœur de la capitale, jour et nuit, tel un cœur dans la poitrine d'un homme. Cette puissante machine, à la fois génitrice de richesses et havre des traîne-misères, recèle un peuple aux aspirations disparates.
Comme fréquemment dans son oeuvre, Emile Zola cloître dès le début du roman son lecteur dans un espace restreint ; il boucle le quartier. C'est à ce prix que ses personnages nous deviennent familiers ; nous devenons leur intime. C'est à ce prix que nous pouvons voir, mises à nu, la beauté ou la laideur de leurs âmes, épier leurs gestes, analyser leurs pensées et anticiper leur destin.
"Le ventre de Paris" n'est pas mon Zola préféré mais il est tellement en cohérence avec la saga des Rougon-Macquart qu'il n'en demeure pas moins une très belle pierre à l'édifice et une fois de plus, Emile Zola s'y entend pour réserver la littérature à tout le monde.
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michfred
24 mai 2016
★★★★★
★★★★★
Je ne sais pas, vous, mais moi je ne décolère toujours pas d'avoir vu démolir les beaux pavillons Baltard des anciennes Halles de Paris!
Une vraie honte, ce qu'on a appelé tout un temps le "trou des halles" - où Marco Ferreri faisait galoper sa cavalerie de Touche pas à la femme blanche!- puis le "forum des halles"- pauvres Romains, ce forum-là était celui des marchands de soupe- , puis, selon le vocabulaire de chacun, quelque chose comme "la merdouille des halles" ....avant de tout reprendre à zéro aujourd'hui...sauf que les lumineux pavillons de fer et de verre ont définitivement disparu de notre paysage parisien..On aurait pu les garder et y faire tant de choses, maintenant qu'on a emmené à Rungis les Halles et quelques hordes de rats hors de Paris...
Alors je pardonne à Zola ses pléthoriques descriptions des Halles dans le Ventre de Paris: il les fait revivre, vibrer, grouiller, la nourriture s'y étale, s'y amoncelle, comme dans un tableau géant d'Arcimboldo!
C'est dans ce temple de la bouffe, cet autel de la consommation gastronomique que vient chercher refuge Florent, un paria, échappé du bagne de Cayenne, après s'être opposé au coup d'état de Napoléon III, Cayenne où l'on envoyait aussi, au moment où Zola écrivait le Ventre de Paris, les communards de 1870, qui voulaient un peu trop partager cette manne réservée aux bourgeois, aux nantis, aux Gras!
L'action se passe en 1858, mais Zola , en 1873, devait avoir en tête ces nouveaux rebelles, ceux de 1870, broyés eux aussi par le bagne de Cayenne...
Florent est donc un rebelle, meurtri, amaigri, en fuite: un Maigre! La race maudite pour les opulents commanditaires des Halles...Celle qui dit la misère, la faim, la disette, l'inégalité, celle qui apporte le trouble, le désordre dans le monde des Gras!
Je vous laisse découvrir ce roman très descriptif, c'est vrai, mais aussi plein de silences et d'actualisation politique discrète, animé par le suspense d'une traque impitoyable- celle de l'utopie généreuse au milieu de l'opulence insolente...
Oui, il faut relire le Ventre de Paris.
Pour revoir les Halles et ses pavillons magiques et disparus.
Pour faire, à notre tour, un petit exercice mental d'actualisation, nous qui vivons dans un super-marché ...Géant, un ..Casino de mal-bouffe, un temple du gâchis alors que les Maigres, nos maigres à nous, qu'on stigmatise de trois lettres , les SDF, se cachent, honteux, avec leur pauvre paquetage de naufragés, "Au Bord du monde" - C'est le titre d' un documentaire terrible et saisissant de Claus Drexel, que je vous recommande, le jour où vous aurez le cœur bien accroché.
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Allantvers
08 décembre 2015
★★★★★
★★★★★
Lancée dans un marathon de lecture au long cours de l'ensemble des Rougon Macquart, je ressors de cette troisième étape avec encore l'énergie de la ligne du départ, mais l'estomac un peu retourné et l'allant légèrement affaibli…
Ou plus exactement avec les sens complètement saturés d'odeurs, de sensations, d'images de victuailles, du rouge de l'amoncellement de carottes au gras ferme du cou de la charcutière, du gluand un peu nauséabond du poisson frais au vacarme de la halle à l'heure de la criée, du brûlant de la marmite où cuit le sang du boudin au vertige métallique du pavillon vitré… Toutes ces sensations exacerbées par contraste par la maigreur ascétique de Florent, l'abimé du 2 décembre qui peine à jouir de ces opulences.
La réalité des scènes de halles, de vie marchande, de profusion de victuailles dans un Paris qui ingère et digère sans relâche est saisissante, et la métaphore du gras qu'utilise Zola pour dire tout son mépris d'une petite bourgeoisie tout en matérialisme insensible fonctionne bien, mais je dois confesser un certain soulagement d'être arrivée au bout de ce récit très sensoriel mais essentiellement statique.
Il n'en reste pas moins que nous avons là un témoignage essentiel d'un Paris disparu, que la plume magnifique de Zola nous donne l'impression d'avoir véritablement traversé.
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Citations & extraits (49) Voir plus Ajouter une citation
MusardiseMusardise22 décembre 2016
Non, la faim ne l'avait plus quitté. Il fouillait dans ses souvenirs, ne se rappelait pas une heure de plénitude. Il était devenu sec, l'estomac rétréci, la peau collée aux os. Et il retrouvait Paris, gras, superbe, débordant de nourriture, au fond des ténèbres ; il y rentrait, sur un lit de légumes ; il y roulait, dans un inconnu de mangeailles, qu'il sentait pulluler autour de lui et qui l'inquiétait. La nuit heureuse de carnaval avait donc duré pendant sept ans. Il revoyait les fenêtres luisantes des boulevards, les femmes rieuses, la ville gourmande qu'il avait laissée par cette lointaine nuit de janvier ; et il lui semblait que tout cela avait grandi, s'était épanoui dans cette énormité des Halles, dont il commençait à entendre le souffle colossal, épais encore de l'indigestion de la veille.
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MusardiseMusardise28 décembre 2016
Mais Lisa revint à la question de savoir si l'on peut rester trois jours sans manger. Ce n'était pas possible.
«Non ! dit-elle ; je ne crois pas ça... D'ailleurs, quand on dit : "Un tel crève de faim", c'est une façon de parler. On mange toujours, plus ou moins... Il faudrait des misérables tout à fait abandonnés, des gens perdus...»
Elle allait dire sans doute «des canailles sans aveu» ; mais elle se retint, en regardant Florent. Et la moue méprisante de ses lèvres, son regard clair avouaient carrément que les gredins seuls jeûnaient de cette façon désordonnée. Un homme capable d'être resté trois jours sans manger était pour elle un être absolument dangereux. Car, enfin, jamais les honnêtes gens ne se mettent dans des positions pareilles.
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Bouquinette_Bouquinette_19 septembre 2015
Fatalement, Florent revint à la politique. Il avait trop souffert par elle, pour ne pas en faire l'occupation chère de sa vie. Il fût devenu, sans le milieu et les circonstances, un bon professeur de province, heureux de la paix de sa petite ville. Mais on l'avait traité en loup, il se trouvait maintenant comme marqué par l'exil pour quelque besogne de combat. Son malaise nerveux n'était que le réveil des longues songeries de Cayenne, de ses amertumes en face de souffrances imméritées, de ses serments de venger un jour l'humanité traitée à coups de fouet et la justice foulée aux pieds. Les Halles géantes, les nourritures débordantes et fortes, avaient hâté la crise. Elles lui semblaient la bête satisfaite et digérant, Paris entripaillé, cuvant sa graisse, appuyant sourdement l'Empire. Elles mettaient autour de lui des gorges énormes, des reins monstrueux, des faces rondes, comme de continuels arguments contre sa maigreur de martyr, son visage jaune de mécontent. C'était le ventre boutiquier, le ventre de l'honnêteté moyenne, se ballonnant, heureux, luisant au soleil, trouvant que tout allait pour le mieux, que jamais les gens de mœurs paisibles n'avaient engraissé si bellement. Alors, il se sentit les poings serrés, prêt à la lutte, plus irrité par la pensée de son exil qu'il ne l'était en rentrant en France. La haine le reprit tout entier.
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luocineluocine17 août 2015
Pêle-mêle, au hasard du coup de filet, les algues profondes, où dort la vie mystérieuse des grandes eaux, avaient tout livré : les cabillauds, les aiglefins, les carrelets, les plies, les limandes, bêtes communes d’un gris sale, aux tâches blanchâtres; les congres, ces grosses couleuvres d’un bleu de vase , aux minces yeux noirs, si gluantes qu’elles semblent ramper, vivantes encore; les raies élargies, à ventre pâle bordé de rouge tendre, dont les dos superbes, allongeant les nœuds saillants de l’échine, se marbrent jusqu’aux baleines tendues des nageoires , de plaques de cinabre coupées par des zébrures de bronze florentin, d’une bigarrure assombrie de crapaud et de fleurs malsaines; les chiens de mer, horribles, avec leur têtes rondes , leurs bouches largement fendues d’idoles chinoises, leurs courtes ailes de chauves – souris charnues, monstre qui doivent garder de leurs abris les trésors des grottes marines. Puis venaient les beaux poissons , isolés, un sur chaque plateau d’osier; les saumons , d’argent guilloché, dont chaque écaille semble un coup de burin dans le poli du métal ; les mulets , d’écailles plus fortes, de ciselures plus grossières; les grands turbots, les grandes barbues, d’un grain serré et blanc comme du lait caillé; les thons , lisses et vernis, pareils à des sacs de cuir noirâtres ; les bars arrondis, ouvrant une bouche énorme, faisant songer à quelque âme trop grosse, rendue à pleine gorge dans la stupéfaction de l’agonie. Et , de toutes parts, les soles , par paires, grises ou blondes , pullulaient ; les équilles , minces, raidies, ressemblaient à des rognures d’étain ; les harengs, légèrement tordus, montraient tous, sur leurs robes lamées , la meurtrissure de leurs ouïes saignantes ; les dorades grasses se teintaient d’une pointe de carmin, tandis que les maquereaux, dorés , le dos striés de brunissures verdâtres, faisaient luire la nacre changeante de leurs flancs, et que les grondins roses, à ventre blancs, les têtes rangées au centre des mannes, les queues rayonnantes épanouissaient d’étranges floraisons, panachées de blanc de perle et de vermillon vif. Il y avait encore des rougets de roche, à la chair exquise, du rouge enluminé des cyprins, des caisses de merlans aux reflets d’opale, des paniers d’éperlans, de petits paniers propres , jolis comme des paniers de fraises, qui laissaient échapper une odeur puissante de violette. Cependant , les crevettes roses, les crevettes grises , dans les bourriches, mettaient , au milieu de la douceur effacée de leur tas, les imperceptibles boutons de jais de leurs milliers d’yeux ; les langoustes épineuses, les homards tigrés de noir’ vivants encore, se traînant sur leur pattes cassées, craquaient.
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PuppetMasterPuppetMaster31 janvier 2013
La faim s'était réveillée, intolérable, atroce. Ses membres dormaient; il ne sentait en lui que son estomac, tordu, tenaillé comme par un fer rouge. L'odeur fraîche des légumes dans lesquels il était enfoncé, cette senteur pénétrante des carottes, le troublait jusqu'à l'évanouissement. Il appuyait de toutes ses forces sa poitrine contre ce lit profond de nourriture, pour se serrer l'estomac, pour l'empêcher de crier. Et, derrière, les neuf autres tombereaux, avec leurs montagnes de choux, leurs montagnes de pois, leurs entassements d'artichauts, de salades, de cèleris, de poireaux, semblaient rouler lentement sur lui et vouloir l'ensevelir, dans l'agonie de sa faim, sous un éboulement de mangeaille.
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