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> Armand Lanoux (Autre)

ISBN : 2253005622
Éditeur : Le Livre de Poche (1971)


Note moyenne : 4.04/5 (sur 543 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
Pris sur les barricades, Florent a été condamné au bagne de Cayenne. Il s'en évade et retourne à Paris, aux Halles, où il espère se cacher et revoir son frère. Ce dernier, un gros charcutier, a épousé la belle Lisa. Le couple lui procure une place d'inspecteur aux Halle... > voir plus
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Critiques, analyses et avis

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    • Livres 4.00/5
    Par Nastasia-B, le 18 septembre 2013

    Nastasia-B
    Présenté comme une sorte de grande bataille du gras contre le maigre, Le ventre de paris est, chronologiquement, le troisième roman des fameux Rougon-Macquart de Zola.
    À plus d'un titre, il présente un caractère innovant dans la progression du cycle. Tout d'abord, c'est la première fois que le protagoniste principal n'est pas un membre direct de la famille Rougon-Macquart, puisqu'il s'agit de Florent, beau-frère de Lisa Macquart, devenue Lisa Quenu dans la charcuterie du même nom.
    C'est aussi la première fois qu'Émile Zola ne traite que des classes ouvrières ou des petits patrons à leur compte.
    C'est aussi dans ce volume qu'il commence à exploiter à fond la Symbolique, en tant que procédé littéraire, et qu'il donne à un lieu, en l'occurrence les halles centrales de Paris, un rôle de personnage à part entière.
    La conviction politique de Zola est également beaucoup plus clairement exprimée à partir de cet ouvrage.
    L'histoire est assez simple : Florent, utopiste républicain, envoyé au bagne suite au coup d'état de Napoléon III, a réussi à s'enfuir après plusieurs années passées au bagne de Guyane et autant à rentrer en France par des voies détournées.
    D'une maigreur effrayante, il rejoint son frère qui, lui, est gras à éclater dans sa charcuterie triomphante.
    Le contraste de toute cette nourriture déployée dans les halles et de la maigreur des humbles est l'un des piliers du roman ; peut être pas le meilleur car l'auteur gonfle tellement le trait que cela frise la caricature.
    Ses descriptions pléthoriques de nourriture sont assez " gavantes " à la longue.
    Néanmoins, les descriptions très précises des Halles, ancêtre de Rungis, construites selon les plan de Baltard (cf. le dernier vestige de ces halles qui s'appelle d'ailleurs le pavillon Baltard) en lieu et place de l'actuel quartier " des halles " à Paris revêtent désormais une valeur documentaire.
    Le volet le plus intéressant du roman me semble être d'une part la vision prémonitoire sur l'émergence de la société de consommation (le livre est écrit en 1873, ne l'oublions pas, thème qu'il reprendra dix ans plus tard dans Au bonheur des dames) au travers d'une lumineuse comparaison où il reprend presque mot pour mot la formule de Victor Hugo dans Notre-Dame de Paris et son fameux "ceci tuera cela" quand Hugo prétendait que le livre tuerait la pierre.
    Ici Zola écrit : " C'est une curieuse rencontre, disait-il, ce bout d'église encadré sous cette avenue de fonte... Ceci tuera cela, le fer tuera la pierre, et les temps sont proches..."
    Au travers de la bouche de Claude Lantier, le peintre pauvre, futur héros de L'Œuvre, l'auteur nous offre une vision pénétrante de la mutation introduite par la révolution industrielle : " Depuis le commencement du siècle, on n'a bâti qu'un seul monument original, un monument qui ne soit copié nulle part, qui ait poussé naturellement dans le sol de l'époque; et ce sont les Halles centrales, entendez-vous Florent, une œuvre crâne, et qui n'est encore qu'une révélation timide du XXè siècle..."
    L'autre volet prophétique du livre est la description quasi millimétrique du comportement du français moyen de Paris durant la période d'occupation allemande sous le régime de Vichy.
    Tout est dit : les collaborations diverses sous des allures parfaitement honnêtes, les conflits d'intérêts, les alliances de façade, etc. le tout concourra ici à faire tomber Florent, qui, bien naïvement, essaie de monter une insurrection pour faire triompher la justice et le droit des opprimés.
    L'auteur nous livre aussi Tous les écueils qui s'opposent naturellement à toute forme de socialisme et conclut son livre, toujours par la bouche de Claude Lantier avec un : " Quels gredins que les honnêtes gens ! " très lourd de sens.
    Mon coup de cœur personnel va indubitablement à Mademoiselle Saget, vieille commère venimeuse quémandeuse imbuvable qui colporte les ragots qu'elle invente elle-même comme personne et qui laisse derrière elle une trainée de poudre apte à semer la zizanie à n'importe quel coin des Halles.
    Zola devait affectionner tailler de beaux costumes pour l'hiver à ces femmes, car on en rencontre souvent disséminées çà et là dans Les rougon-macquart, toutes aussi venimeuses et malfaisantes.
    Personnellement, j'adore quand Émile Zola exhume les côtés les plus hideux et puants des humains, les met sur le grill pour empester les voisins et rajoute de grosses gousses d'ail pour roter d'une haleine féroce, mais bien sûr, ce n'est là que mon avis, une bien piètre victuaille oubliée sur l'étal, autant dire, pas grand-chose.
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    • Livres 5.00/5
    Par isajulia, le 06 juin 2013

    isajulia
    Après le faste de La Curée, nous voilà propulsés au sein des Halles centrales de Paris. Temple de la mangeaille, véritable corne d'abondance de la denrée alimentaire , c'est à travers le quotidien des travailleurs de cette gigantesque fourmilière que Zola plante le décor de ce troisième opus des Rougon-Macquart.
    Dès les première pages, nous faisons la connaissance de Florent. Arrêté dans la nuit du coup d'état pour un crime qu'il n'a pas commis, il est ensuite déporté au bagne de Cayenne dont il réussit à s'échapper. de retour à Paris, affamé et fatigué, Florent va être secouru par une brave femme qui le conduira aux Halles centrales. Grâce à une rencontre fortuite, il retrouvera son demi-frère, Quenu, marié à la belle Lisa Macquart et propriétaire d'une charcuterie rue Rambuteau. le ménage prospère va vite prendre Florent sous son aile. Notre héros va goûter un temps à la paix familiale jusqu'à ce qu'on lui propose un poste d'inspecteur de la marée au sein de Halles. Refusant d'abord à cause de sa rancoeur envers le gouvernement, il se voit ensuite obligé d'accepter pour ne pas froisser sa belle-soeur, c'est alors que très vite, Florent va devenir la brebis galeuse du troupeau...
    Lu en à peine deux jours, j'ai eu un mal fou à lâcher ce roman. On se sent comme pris au piège dans l'atmosphère étouffante de cette communauté de commerçants qui montre un visage trop lisse pour être honnête. Zola n'a pas son pareil pour nous dépeindre la face noire de l'humain et il y réussit une fois encore. Au milieu de ces gens mesquins, cette classe moyenne dont la vie est réglée comme une horloge, Florent, éthéré, presque fantômatique, idéaliste qui a souffert toute sa vie, va être jeté en pâture et montré du doigt. La différence dérange ce petit monde bien gras et borné qui ira inventer les pires horreurs pour détruire ce qu'on pourrait appeler "une tâche dans le paysage".
    Les Halles, c'est presque un petit empire dans l'empire, avec ses codes, ses lois, sa hiérarchie. Engraisser ou crever, telle devrait en être la devise!
    Dans ce paysage sordide, entre l'amoncellement de nourritures et la saleté ambiante, c'est la pourriture des corps et des esprits qui frappe le plus. Ovation particulière à Mlle Saget, vieille bique particulièrement virulente qui tue à coup de cancans et d'hypocrisie.
    Ce roman est une fresque incroyable, je l'ai adoré pour son côté brut de décoffrage. Avec son style à lui, Zola nous démontre que peu importe la classe sociale, la connerie reste universelle.
    Un de mes coups de coeurs de cette semaine. A lire !
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    • Livres 5.00/5
    Par LiliGalipette, le 25 août 2012

    LiliGalipette
    Florent a été accusé à tort de meurtre lors des affrontements qui ont marqué la fin de la république en 1848. Évadé du bagne de Cayenne, il retrouve Paris après des années d'absence. Il est accueilli à bras ouverts par son frère Quenu, heureux propriétaire d'une charcuterie prospère et époux de la belle Lisa Macquart, une maîtresse femme débordante de santé grasse. Florent ne leur ressemble pas, lui qui a eu faim toute sa jeunesse pour élever son frère, puis faim lors de son enfermement. « Il était devenu sec, l'estomac rétréci, la peau collée aux os. Et il retrouvait Paris, gras, superbe, débordant de nourriture au fond des ténèbres. » (p. 25) Florent est enragé de république, mais il est contraint de travailler pour l'Empire en devenant inspecteur des marées pour la préfecture. C'est ainsi qu'il se retrouve pris dans la rivalité qui oppose la belle Lisa et la belle Normande, poissonnière aux Halles. Ses idéaux politiques le mèneront à sa perte, alors que Lisa ne veut que prospérer tranquillement, prise dans une attitude bornée et pragmatique qui ne veut rien céder ou perdre.
    Contraint d'arpenter les allées saturées de vivres à longueur de journée, le frugal Florent regrette les années où il enseignait et s'étouffe d'écœurement devant l'abondance obscène des Halles. « Florent souffrit alors de cet entassement de nourriture au milieu duquel il vivait. » (p. 164) le milieu où évoluent les marchands et les épiciers est étouffant. « Les Halles géantes, les nourritures débordantes et fortes, […] lui semblaient la bête satisfaite et digérant, Paris entripaillé, cuvant sa graisse, appuyant sourdement l'Empire. » (p. 168) Dans les nouvelles Halles construites par Baltard s'incarne le mépris pervers et éclatant des pauvres et des opprimés. Tout le roman se construit sur l'opposition entre les gras et les maigres, les premiers attribuant aux seconds les plus vilains caractères et les vices les plus marqués. Pour la charcuterie Quenu-Gradelle, l'apologie de l'épaisseur et du gras est presque une religion, en tout cas une façon de vivre immuable et nécessaire.
    Les Halles sont une nouvelle cathédrale dédiée à des libations orgiaques, à un culte païen et dévoyé reposant sur l'abondance de nourriture. Ce bâtiment monstrueux est un ogre de métal et de verre qui engloutit des tonnes de vivres alors que le peuple Parisien crève de faim à quelques rues de là. Lisa Macquart observe une stricte dévotion à la chère et au labeur paisible et s'insurge contre la paresse et l'oisiveté. Pour elle et ses pairs, les agapes quotidiennes ne sont pas un abus, mais un devoir. « Elle parut l'âme, la clarté vivante, l'idole saine et solide de la charcuterie. » (p. 77) Mais les Halles sont surtout l'incarnation du progrès. Elles offrent un environnement industriel propre à l'aquarelle et aux descriptions picturales. de la structure métallique aux étals de nourriture, la plume de Zola s'empare du sujet et le sublime dans des déclinaisons de couleurs et de lumières. Ce n'est pas pour rien que l'on croise souvent Claude Lantier dans ce volume des Rougon-Macquart, lui qui sera le peintre au cœur de L'œuvre.
    Merveilleux, puissant, implacable Émile Zola ! Déambuler avec son personnage dans les Halles et les rues voisines est une parfaite façon de s'ouvrir l'appétit, puis de sentir la nausée envahir la page. Mais n'hésitez pas, plongez dans la puanteur des Halles et côtoyez l'esprit mesquin des commerçants âpres au gain !
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    • Livres 4.00/5
    Par colimasson, le 03 novembre 2013

    colimasson
    Dans Le Ventre de Paris, il grouille plein d'homoncules mal digérés. Certains sont malingres, s'accrochent aux parois des Halles et en pompent les richesses pour tirer profit d'une énergie mal employée, qu'il s'agisse de fomenter des complots contre la bourgeoisie ou de révolutionner les rues, comme en 48. D'autres sont voraces et baignent dans un jus stomacal riche de charcuteries, de fromages, de fruits, de légumes et de confiseries nourrissantes. Ceux-ci attendent, brassent les flots et ouvrent la gueule pour alimenter une machinerie intérieure qui n'atteint jamais la satiété. Entre ces deux figures types s'animent d'autres profils intermédiaires plus nuancés –pour ne pas dire plus sournois- qui s'insèrent dans l'échelle des valeurs telle que définie par la théorie des Gras et des Maigres :

    « C'est tout un chapitre d'histoire naturelle... Gavard est un Gras, mais un Gras qui pose pour le Maigre. La variété est assez commune... Mlle Saget et Mme Lecoeur sont des Maigres ; d'ailleurs, variétés très à craindre, Maigres désespérés, capable de tout pour engraisser... Mon ami Marjolin, la petite Cadine, la Sariette, trois Gras, innocents encore, n'ayant que les faims aimables de la jeunesse. Il est à remarquer que le Gras, tant qu'il n'a pas vieilli, est un être charmant... M. Lebigre, un Gras, n'est-ce pas? Quant à vos amis politiques, ce sont généralement des Maigres, Charvet, Clémence, Logre, Lacaille. Je ne fais une exception que pour cette grosse bête et pour le prodigieux Robine. Celui-là m'a donné bien du mal."

    Mais se baser uniquement sur une telle classification serait aller un peu trop vite en besogne. Prenons le temps de découvrir Le Ventre de Paris en compagnie de Florent. Arrêté par erreur lors du coup d'état du 2 décembre 1851, le bagnard malheureux s'évade et réussit à rentrer à Paris des années plus tard, en 1858. le coup d'état a-t-il apporté des changements notables dans l'organisation des systèmes politique, économique et social ? C'est la question que se pose le maigre Florent –maigre, c'est-à-dire teigneux, bagarreur et dégénéré- et qu'il aura l'occasion de confronter à la réalité de ses observations voraces –donc immorales et cupides- dans les Halles de Paris.

    Si l'état d'un système digestif révèle la qualité du fonctionnement général d'un organisme, l'analogie est la même lorsqu'il s'agit d'une ville –fut-elle Paris ! Les Halles apparaissent comme un microcosme autosuffisant. Les marchandises transitent d'un banc à l'autre, essaimant au passage leurs colportages, leurs jeux relationnels et leurs histoires familiales. Emile Zola ne se contente pas d'une description psychologique globale qui aurait eu peu d'intérêt : les comportements des hommes les uns envers les autres semblent conditionnés par leur univers et, dans un monde constitué de nourriture de chair et d'or, les intérêts financiers et politiques se pourchassent dans la jouissance incarnée. Entre le luxe et la luxure, l'esprit n'a pas le temps de trouver ses aises. Les hommes décrits par Zola sont des bêtes, mais des bêtes imprévisibles, complexes et torturées, qu'il est fascinant d'observer.

    On se demande souvent si Emile Zola se situait lui-même parmi les Maigres ou parmi les Gras. Ses opinions politiques ne transparaissent jamais clairement. Toutes s'affrontent à armes égales pour aboutir à la conclusion d'une aporie politique. Si Emile Zola a des convictions, elles prennent la forme de valeurs morales qu'il s'agit de favoriser au profit de tendances provisoires portées sur des intérêts à court terme. Avant de s'incarner dans le système consommatoire, le développement durable doit se faire une place de choix dans le domaine de la moralité. Cela ne devra pas nous empêcher de bouder notre plaisir et d'apprécier la délicate balade que nous permet d'effectuer l'auteur, nous proposant de cheminer entre « les salades, les laitues, les scaroles, les chicorées, ouvertes et grasses encore de terreau », « les boudins, noirs, roulés comme des couleuvres bonnes filles ; les andouilles empilées deux à deux, crevant de santé, les saucissons, pareils à des échines de chantre, dans leurs chapes d'argent », « les melons […] d'une puissante vapeur de musc », « : les mont-d'or, jaune clair, puant une odeur douceâtre » ou encore « les troyes, très épais, meurtris sur les bords, d'âpreté déjà plus forte ».

    Si en politique, Emile Zola ne nous révèle jamais directement sa corpulence, son écriture nous l'annonce sans ambages : Gras est le Grand Zola, dont l'écriture majestueuse s'étoffe de digressions lénifiantes, de marivaudages insolites, de guerres aussi discrètes qu'effroyables et de métaphysique pessimiste. Le Ventre de Paris laisse repu, mais une pointe d'appétit demeure pour le volume suivant.

    Lien : http://colimasson.over-blog.com/article-le-ventre-de-paris-1873-d-em..
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    • Livres 1.00/5
    Par latina, le 08 juin 2013

    latina
    Il était temps que je relise un Zola...Cela faisait si longtemps (30 ans...) que j'avais lu « Germinal » ! Je me suis donc attaquée au « Ventre de Paris ».
    Et c'est bien d'attaque qu'il s'agit, en ce qui me concerne. Car ce roman m'est tombé des mains, à la page 120.

    En effet, je me souvenais du style somptueux de Zola, de ses descriptions imagées qui nous traversent et nous emportent à un autre niveau. Mais j'en ai eu marre, moi, de ses descriptions des pavillons des Halles, des légumes, des fromages, de la volaille, de la boucherie avec ses pâtés, ses côtelettes, ses boudins...
    Je sais que Zola est le maître du naturalisme, qu'il veut nous faire sentir, goûter, toucher, entendre, voir (je n'en ai oublié aucun, j'espère) ; mais ça va, oui, j'ai senti, goûté, touché, entendu, vu...Pitié ! J'ai été gavée de sensations !
    Bref, cette accumulation de descriptions sans action, ou presque, m'a profondément ennuyée. C'est donc avec soulagement que j'ai quitté Florent, un ancien bagnard, qui s'était réfugié chez son frère et sa belle-sœur, crevant de faim. Mais je n'ai pas peur pour lui : il sera bien nourri, car Zola a tout fait pour nous le prouver !
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Citations et extraits

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  • Par Pringles, le 29 juillet 2014

    Quels gredins que les honnêtes gens!

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  • Par Nastasia-B, le 29 octobre 2013

    - Est-ce que vous connaissez la bataille des Gras et des Maigres ? demanda-t-il.
    Florent, surpris, dit que non. Alors Claude s’enthousiasma, parla de cette série d’estampes avec beaucoup d’éloges. Il cita certains épisodes : les Gras, énormes à crever, préparant la goinfrerie du soir, tandis que les Maigres, pliés par le jeûne, regardent de la rue avec la mine d’échalas envieux ; et encore les Gras, à table, les joues débordantes, chassant un Maigre qui a eu l’audace de s’introduire humblement, et qui ressemble à une quille au milieu d’un peuple de boules. Il voyait là tout le drame humain ; il finit par classer les hommes en Maigres et en Gras, en deux groupes hostiles dont l’un dévore l’autre, s’arrondit le ventre et jouit.
    - Pour sûr, dit-il, Caïn était un Gras et Abel un Maigre. Depuis le premier meurtre, ce sont toujours les grosses faims qui on sucé le sang des petits mangeurs… C’est une continuelle ripaille, du plus faible au plus fort, chacun avalant son voisin et se trouvant avalé à son tour… Voyez-vous, mon brave, défiez-vous des Gras.
    Il se tut un instant, suivant toujours des yeux leurs deux ombres que le soleil couchant allongeait davantage. Et il murmura :
    - Nous sommes des Maigres, nous autres, vous comprenez… Dites-moi si, avec des ventres plats comme les nôtres, on tient beaucoup de place au soleil.

    Chapitre IV.
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  • Par isajulia, le 29 mai 2013

    Tenez, ajoutait Lisa, dans ses heures d'expansion, j'ai un cousin à Paris... Je ne le vois pas, les deux familles sont brouillées. Il a pris le nom de Saccard, pour faire oublier certaines choses... Eh bien, ce cousin, m'a-t-on dit, gagne des millions. Ca ne vit pas, ça se brûle le sang, c'est toujours par voies et par chemins, au milieu de trafics d'enfer. Il est impossible n'est-ce pas? que ça mange tranquillement son dîner, le soir. Nous autres, nous savons au moins ce que nous mangeons, nous n'avons pas ces tracasseries. On aime l'argent que parce qu'il en faut pour vivre. On tient au bien-être, c'est naturel. Quand à gagner pour gagner, à se donner plus de mal qu'on ne goûtera ensuite au plaisir, ma parole, j'aimerai mieux me croiser les bras... Et puis, je voudrais bien les voir ses millions, à mon cousin. Je ne crois pas aux millions comme ça. Je l'ai aperçu, l'autre jour, en voiture ; il était tout jaune, il avait l'air joliment sournois. Un homme qui gagne de l'argent n'a pas une mine de cette couleur-là. Enfin, ça le regarde...Nous préférons ne gagner que cent sous, et profiter des cent sous.
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  • Par colimasson, le 27 avril 2014

    Mais Claude était monté debout sur le banc, d’enthousiasme. Il força son compagnon à admirer le jour se levant sur les légumes. C’était une mer. Elle s’étendait de la pointe Saint-Eustache à la rue des Halles, entre les deux groupes de pavillons. Et, aux deux bouts, dans les deux carrefours, le flot grandissait encore, les légumes submergeaient les pavés. Le jour se levait lentement, d’un gris très doux, lavant toutes choses d’une teinte claire d’aquarelle. Ces tas moutonnants comme des flots pressés, ce fleuve de verdure qui semblait couler dans l’encaissement de la chaussée, pareil à la débâcle des pluies d’automne, prenaient des ombres délicates et perlées, des violets attendris, des roses teintés de lait, des verts noyés dans des jaunes, toutes les pâleurs qui font du ciel une soie changeante au lever du soleil ; et, à mesure que l’incendie du matin montait en jets de flammes au fond de la rue Rambuteau, les légumes s’éveillaient davantage, sortaient du grand bleuissement traînant à terre. Les salades, les laitues, les scaroles, les chicorées, ouvertes et grasses encore de terreau, montraient leurs coeurs éclatants ; les paquets d’épinards, les paquets d’oseille, les bouquets d’artichauts, les entassements de haricots et de pois, les empilements de romaines, liées d’un brin de paille, chantaient toute la gamme du vert, de la laque verte des cosses au gros vert des feuilles ; gamme soutenue qui allait en se mourant, jusqu’aux panachures des pieds de céleris et des bottes de poireaux.
    Mais les notes aiguës, ce qui chantait plus haut, c’étaient toujours les taches vives des carottes, les taches pures des navets, semées en quantité prodigieuse le long du marché, l’éclairant du bariolage de leurs deux couleurs. Au carrefour de la rue des Halles, les choux faisaient des montagnes ; les énormes choux blancs, serrés et durs comme des boulets de métal pâle ; les choux frisés, dont les grandes feuilles ressemblaient à des vasques de bronze ; les choux rouges, que l’aube changeait en des floraisons superbes, lie-de-vin, avec des meurtrissures de carmin et de pourpre sombre. A l’autre bout, au carrefour de la pointe Saint-Eustache, l’ouverture de la rue Rambuteau était barrée par une barricade de potirons orangés, sur deux rangs, s’étalant, élargissant leurs ventres. Et le vernis mordoré d’un panier d’oignons, le rouge saignant d’un tas de tomates, l’effacement jaunâtre d’un lot de concombres, le violet sombre d’une grappe d’aubergines, çà et là, s’allumaient ; pendant que de gros radis noirs, rangés en nappes de deuil, laissaient encore quelques trous de ténèbres au milieu des joies vibrantes du réveil.
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  • Par Parthenia, le 01 octobre 2013

    Une grande brune poussait la porte de la boutique. C'était la belle poissonnière, Louise Méhudin, dite la Normande. Elle avait une beauté hardie, très blanche et délicate de peau, presque aussi forte que Lisa, mais d'oeil plus effronté et de poitrine plus vivante. Elle entra, cavalière, avec sa chaîne d'or sonnant sur son tablier, ses cheveux nus peignés à la mode, son noeud de gorge, un noeud de dentelle qui faisait d'elle une des reines coquettes des Halles. Elle portait une vague odeur de marée; et, sur une de ses mains, près du petit doigt, il y avait une écaille de hareng, qui mettait là une mouche de nacre. Les deux femmes, ayant habité la même maison, rue Pirouette, étaient des amies intimes, très liées par une pointe de rivalité qui les faisait s'occuper l'une de l'autre, continuellement. Dans le quartier, on disait la belle Normande, comme on disait la belle Lisa. Cela les opposait, les comparait, les forçait à soutenir chacune sa renommée de beauté. En se penchant un peu, la charcutière, de son comptoir, apercevait dans le pavillon, en face, la poissonnière, au milieu de ses saumons et de ses turbots. Elles se surveillaient toutes deux. La belle Lisa se serrait davantage dans ses corsets. La belle Normande ajoutait des bagues ses doigts et des noeuds à ses épaules. Quand elles se rencontraient, elles étaient très douces, très complimenteuses, l'oeil furtif sous la paupière à demi close, cherchant les défauts. Elles affectaient de se servir l'une chez l'autre et de s'aimer beaucoup.
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