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Armand Lanoux (Autre)
ISBN : 2253005622
Éditeur : Le Livre de Poche (1971)

Note moyenne : 4.07/5 (sur 895 notes)
Résumé :
Pris sur les barricades, Florent a été condamné au bagne de Cayenne. Il s'en évade et retourne à Paris, aux Halles, où il espère se cacher et revoir son frère. Ce dernier, un gros charcutier, a épousé la belle Lisa. Le couple lui procure une place d'inspecteur aux Halles et essaie de l'engraisser. Mais Florent, au pied des montagnes de viande, de légumes et de beurre, reste maigre. Il n'a faim que de justice. Généreux, tendre, persuadé que l'homme est bon et honnête... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (42) Voir plus Ajouter une critique
michfred
michfred24 mai 2016
  • Livres 4.00/5
Je ne sais pas, vous, mais moi je ne décolère toujours pas d'avoir vu démolir les beaux pavillons Baltard des anciennes Halles de Paris!
Une vraie honte, ce qu'on a appelé tout un temps le "trou des halles" - où Marco Ferreri faisait galoper sa cavalerie de Touche pas à la femme blanche!- puis le "forum des halles"- pauvres Romains, ce forum-là était celui des marchands de soupe- , puis, selon le vocabulaire de chacun, quelque chose comme "la merdouille des halles" ....avant de tout reprendre à zéro aujourd'hui...sauf que les lumineux pavillons de fer et de verre ont définitivement disparu de notre paysage parisien..On aurait pu les garder et y faire tant de choses, maintenant qu'on a emmené à Rungis les Halles et quelques hordes de rats hors de Paris...
Alors je pardonne à Zola ses pléthoriques descriptions des Halles dans le Ventre de Paris: il les fait revivre, vibrer, grouiller, la nourriture s'y étale, s'y amoncelle, comme dans un tableau géant d'Arcimboldo!
C'est dans ce temple de la bouffe, cet autel de la consommation gastronomique que vient chercher refuge Florent, un paria, échappé du bagne de Cayenne, après s'être opposé au coup d'état de Napoléon III, Cayenne où l'on envoyait aussi, au moment où Zola écrivait le Ventre de Paris, les communards de 1870, qui voulaient un peu trop partager cette manne réservée aux bourgeois, aux nantis, aux Gras!
L'action se passe en 1858, mais Zola , en 1873, devait avoir en tête ces nouveaux rebelles, ceux de 1870, broyés eux aussi par le bagne de Cayenne...
Florent est donc un rebelle, meurtri, amaigri, en fuite: un Maigre! La race maudite pour les opulents commanditaires des Halles...Celle qui dit la misère, la faim, la disette, l'inégalité, celle qui apporte le trouble, le désordre dans le monde des Gras!
Je vous laisse découvrir ce roman très descriptif, c'est vrai, mais aussi plein de silences et d'actualisation politique discrète, animé par le suspense d'une traque impitoyable- celle de l'utopie généreuse au milieu de l'opulence insolente...
Oui, il faut relire le Ventre de Paris.
Pour revoir les Halles et ses pavillons magiques et disparus.
Pour faire, à notre tour, un petit exercice mental d'actualisation, nous qui vivons dans un super-marché ...Géant, un ..Casino de mal-bouffe, un temple du gâchis alors que les Maigres, nos maigres à nous, qu'on stigmatise de trois lettres , les SDF, se cachent, honteux, avec leur pauvre paquetage de naufragés, "Au Bord du monde" - C'est le titre d' un documentaire terrible et saisissant de Claus Drexel, que je vous recommande, le jour où vous aurez le cœur bien accroché.
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Gwen21
Gwen2105 janvier 2016
  • Livres 4.00/5
Le Zola qui malmène le plus nos sens ! Le goût, la vue, l'odorat, le toucher, il n'y a guère que l'ouïe qui soit épargnée, et encore...
L'un des maîtres de la description met à profit son talent pour nous plonger dans le monde surpeuplé, surchauffé et surabondant des nouvelles Halles de Paris, cathédrale de verre et d'acier, temple de la consommation des denrées périssables, qui bat au cœur de la capitale, jour et nuit, tel un cœur dans la poitrine d'un homme. Cette puissante machine, à la fois génitrice de richesses et havre des traîne-misères, recèle un peuple aux aspirations disparates.
Comme fréquemment dans son oeuvre, Emile Zola cloître dès le début du roman son lecteur dans un espace restreint ; il boucle le quartier. C'est à ce prix que ses personnages nous deviennent familiers ; nous devenons leur intime. C'est à ce prix que nous pouvons voir, mises à nu, la beauté ou la laideur de leurs âmes, épier leurs gestes, analyser leurs pensées et anticiper leur destin.
"Le ventre de Paris" n'est pas mon Zola préféré mais il est tellement en cohérence avec la saga des Rougon-Macquart qu'il n'en demeure pas moins une très belle pierre à l'édifice et une fois de plus, Emile Zola s'y entend pour réserver la littérature à tout le monde.
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Parthenia
Parthenia27 septembre 2015
  • Livres 4.00/5
Publié fin 1873, le Ventre de Paris est le 3ème tome de la fresque sociale Les Rougon-Macquart et met en scène Florent, un idéaliste républicain, arrêté par erreur après le coup d'état du 2 décembre 1851 et qui s'évade du bagne de Cayenne sept ans plus tard pour se réfugier chez son demi-frère, Quenu, qui tient un commerce de charcuterie prospère.
Comme pour La Curée, l'histoire se déroule à Paris, mais cette fois, l'auteur décrit la vie des petits-bourgeois boutiquiers avides d'aisance et de bonne chair après celle de la haute bourgeoisie travaillée par ses appétits de luxe et de pouvoir.
Le titre est une double métaphore faisant d'abord référence aux Halles de Paris où la nourriture est abondante, ensuite à l'absence de coeur des commerçants qui ne sont intéressés que par la satisfaction de leur appétit.
* Les Halles, un personnage à part entière :
C'est à travers les yeux d'un Florent abasourdi et perdu que le lecteur découvre les Halles, présentées comme "une machine moderne, hors de toute mesure, quelque machine à vapeur, quelque chaudière destinée à la digestion d'un peuple, gigantesque ventre de métal, boulonné, rivé, fait de bois, de verre, de fonte, d'une élégance et d'une puissance de moteur mécanique" (page 29) et d'où se dégage un sentiment de puissance et de rigidité.
Ces Halles, dont la construction, confiée à Baltard, a débuté en 1854 et s'étale sur 20 ans (donc, inachevée au moment où Zola écrit ce volume), symbolise la modernité. On ressent à travers les descriptions de l'auteur la fascination qu'elles ont exercée sur son esprit puisqu'il consacre un bon quart de son livre sur l'activité foisonnante du marché.
Habilement, Zola nous épargne l'ennui de cette abondance de descriptions en alternant les points de vue. En effet, l'environnement des Halles reflète les émotions ou la personnalité du personnage qui nous guide à travers elles. Ainsi, cet environnement apparaît dès le début hostile à Florent qui ressent en son sein une impression de saturation, amplifiée par les relents de pourriture ou de puanteur qui l'étouffent et l'écoeurent.
Tandis qu'à travers Claude Lantier, le peintre, nous avons une vision extrêmement vivante et colorée de l'endroit, qu'il nous dépeint d'une manière très picturale et où les senteurs des fleurs ou des fruits embaument l'air.
Les Halles apparaissent donc comme un endroit ambivalent, fascinant ou mortifère selon le tempérament de qui les regarde.
Mais les Halles, en dehors de leur structure métallique et de leur animation, apparaissent également comme un être doué d'une vie propre qui avale, digère puis expulse tout corps étranger : " Il [Florent] poussa violemment la fenêtre, les [les Halles] laissa vautrées au fond de l'ombre, toutes nues, en sueur encore, dépoitraillées, montrant leur ventre ballonné et se soulageant sous les étoiles." (page 264)
* Florent, une victime sacrificielle :
Dès le premier chapitre, on pressent le destin tragique de Florent . Tout d'abord, le fait qu'il se retrouve rue Montorgueil, là où "une bande de sergents de ville l'avait pris, dans la nuit du 4 décembre" (page 14) sept ans plus tôt, laisse planer un sentiment de malaise et paraît de mauvais augure pour la suite. Cette allusion est l'occasion pour l'auteur de nous dresser un premier flash-back sur le passé de Florent où il est arrêté et condamné de manière arbitraire, échappant de justesse à une exécution sommaire, et de nous faire prendre conscience de la férocité de la répression qui a suivi le coup d'état de 1851.
Ensuite, comme dit précédemment, le quartier des Halles, dans lequel il erre, affolé et perdu, semble le rejeter, préfigurant le sort qu'il lui réserve à la fin du roman. En effet, Florent est perçu par les habitants comme un étranger, dont les traits de caractère (frugalité, timidité, rêve utopiste) si différents des leurs l'excluent d'entrée de jeu.
Et pire que tout, Florent est un maigre, tare physique provoquant suspicion et rejet chez ces commerçants repus de graisse.
* La bataille entre les «Gras» et les «Maigres» :
La nourriture est dans ce livre un signe distinctif de richesse. Les Gras, représentés par les commerçants des Halles, n'éprouvent donc que méfiance envers les Maigres, personnalisés par Florent ou Claude Lantier, dont la maigreur est perçue comme la conséquences de leur vices et de leur fourberie supposée. "Il ne peut pas seulement engraisser le malheureux, tant il est rongé de méchanceté." (page 159) pense Lisa de son beau-frère.
Zola utilise cette métaphore des «Gras» et des «Maigres» pour critiquer l'absence totale de fraternité ou d'empathie de cette bourgeoisie favorable à la dictature de Napoléon III juste parce que l'empire garantit la prospérité du commerce. Lisa Quenu explique d'ailleurs fort bien cette politique, celle des "honnêtes gens... Je suis reconnaissante au gouvernement, quand mon commerce va bien, quand je mange ma soupe tranquille, et que je dors sans être réveillée par des coups de fusil..." (page 155).
En dehors de ces considérations, ces "honnêtes gens" sont indifférents à l'injustice qui frappe les prolétaires, et plus particulièrement Florent. le passage où celui-ci raconte ses souffrances et ses humiliations de forçat est d'ailleurs édifiant. le récit poignant qu'il en fait : "On vivait en bête, avec le fouet éternellement levé sur les épaules. Ces misérables voulaient tuer l'homme..." (page 89) laisse Lisa complètement insensible, provoque au contraire chez elle dégoût et mépris. Progressivement, elle en vient à haïr son beau-frère de peur qu'il ne compromette leur situation et n'apporte la ruine de leur maison. Et pour préserver son confort, Lisa avoue à son mari qu'elle est prête à tout : "je t'avertis que je me débarrasserai de lui carrément... Je t'avertis, tu comprends !" (page 159).
Car dans cette lutte des «Gras» contre les «Maigres», des bien nourris contre les mal nourris, les «Gras» l'emportent toujours sur les «Maigres».
* Un monde clos dominé par les femmes :
Deux groupes de femmes apparaissent prépondérants dans ce roman.
D'un côté, nous avons le duo rival formé par Lisa Quenu, surnommée la belle Lisa ou la belle charcutière et par Louise Méhudin surnommée la belle Normande.
De l'autre, le trio friand de commérages formé par mademoiselle Saget, une vieille fille qui orchestre la campagne contre Florent, la Sarriette et sa tante Mme Lecoeur (dont le nom lui sied si mal !) !
Mademoiselle Saget, enragée de curiosité, attise la rivalité entre la belle Lisa et la belle Normande dans le but de découvrir le secret qui entoure l'arrivée mystérieuse de Florent, allant jusqu'à répandre la rumeur que non seulement Florent est l'amant de Lisa mais qu'il l'est également des deux soeurs Méhudin.
Lorsque Florent est entraîné par Gavard, un parent de la Sariette et de Mme Lecoeur, dans une conspiration (inoffensive car il s'avère que les conspirateurs ne sont en fait que des fantoches) contre l'empire, elle n'hésite pas à grossir de mensonges ses médisances, affirmant que Florent aurait tué 6 gendarmes avant d'être envoyé au bagne.
Ce sont ses révélations sur le projet d'insurrection de Florent Publié fin 1873, le Ventre de Paris est le 3ème tome de la fresque sociale Les Rougon-Macquart et met en scène Florent, un idéaliste républicain, arrêté par erreur après le coup d'état du 2 décembre 1851 et qui s'évade du bagne de Cayenne sept ans plus tard pour se réfugier chez son demi-frère, Quenu, qui tient un commerce de charcuterie prospère.
Comme pour La Curée, l'histoire se déroule à Paris, mais cette fois, l'auteur décrit la vie des petits-bourgeois boutiquiers avides d'aisance et de bonne chair après celle de la haute bourgeoisie travaillée par ses appétits de luxe et de pouvoir.
Le titre est une double métaphore faisant d'abord référence aux Halles de Paris où la nourriture est abondante, ensuite à l'absence de coeur des commerçants qui ne sont intéressés que par la satisfaction de leur appétit.
* Les Halles, un personnage à part entière :
C'est à travers les yeux d'un Florent abasourdi et perdu que le lecteur découvre les Halles, présentées comme "une machine moderne, hors de toute mesure, quelque machine à vapeur, quelque chaudière destinée à la digestion d'un peuple, gigantesque ventre de métal, boulonné, rivé, fait de bois, de verre, de fonte, d'une élégance et d'une puissance de moteur mécanique" (page 29) et d'où se dégage un sentiment de puissance et de rigidité.
Ces Halles, dont la construction, confiée à Baltard, a débuté en 1854 et s'étale sur 20 ans (donc, inachevée au moment où Zola écrit ce volume), symbolise la modernité. On ressent à travers les descriptions de l'auteur la fascination qu'elles ont exercée sur son esprit puisqu'il consacre un bon quart de son livre sur l'activité foisonnante du marché.
Habilement, Zola nous épargne l'ennui de cette abondance de descriptions en alternant les points de vue. En effet, l'environnement des Halles reflète les émotions ou la personnalité du personnage qui nous guide à travers elles. Ainsi, cet environnement apparaît dès le début hostile à Florent qui ressent en son sein une impression de saturation, amplifiée par les relents de pourriture ou de puanteur qui l'étouffent et l'écoeurent.
Tandis qu'à travers Claude Lantier, le peintre, nous avons une vision extrêmement vivante et colorée de l'endroit, qu'il nous dépeint d'une manière très picturale et où les senteurs des fleurs ou des fruits embaument l'air.
Les Halles apparaissent donc comme un endroit ambivalent, fascinant ou mortifère selon le tempérament de qui les regarde.
Mais les Halles, en dehors de leur structure métallique et de leur animation, apparaissent également comme un être doué d'une vie propre qui avale, digère puis expulse tout corps étranger : " Il [Florent] poussa violemment la fenêtre, les [les Halles] laissa vautrées au fond de l'ombre, toutes nues, en sueur encore, dépoitraillées, montrant leur ventre ballonné et se soulageant sous les étoiles." (page 264)
* Florent, une victime sacrificielle :
Dès le premier chapitre, on pressent le destin tragique de Florent . Tout d'abord, le fait qu'il se retrouve rue Montorgueil, là où "une bande de sergents de ville l'avait pris, dans la nuit du 4 décembre" (page 14) sept ans plus tôt, laisse planer un sentiment de malaise et paraît de mauvais augure pour la suite. Cette allusion est l'occasion pour l'auteur de nous dresser un premier flash-back sur le passé de Florent où il est arrêté et condamné de manière arbitraire, échappant de justesse à une exécution sommaire, et de nous faire prendre conscience de la férocité de la répression qui a suivi le coup d'état de 1851.
Ensuite, comme dit précédemment, le quartier des Halles, dans lequel il erre, affolé et perdu, semble le rejeter, préfigurant le sort qu'il lui réserve à la fin du roman. En effet, Florent est perçu par les habitants comme un étranger, dont les traits de caractère (frugalité, timidité, rêve utopiste) si différents des leurs l'excluent d'entrée de jeu.
Et pire que tout, Florent est un maigre, tare physique provoquant suspicion et rejet chez ces commerçants repus de graisse.
* La bataille entre les «Gras» et les «Maigres» :
La nourriture est dans ce livre un signe distinctif de richesse. Les Gras, représentés par les commerçants des Halles, n'éprouvent donc que méfiance envers les Maigres, personnalisés par Florent ou Claude Lantier, dont la maigreur est perçue comme la conséquences de leur vices et de leur fourberie supposée. "Il ne peut pas seulement engraisser le malheureux, tant il est rongé de méchanceté." (page 159) pense Lisa de son beau-frère.
Zola utilise cette métaphore des «Gras» et des «Maigres» pour critiquer l'absence totale de fraternité ou d'empathie de cette bourgeoisie favorable à la dictature de Napoléon III juste parce que l'empire garantit la prospérité du commerce. Lisa Quenu explique d'ailleurs fort bien cette politique, celle des "honnêtes gens... Je suis reconnaissante au gouvernement, quand mon commerce va bien, quand je mange ma soupe tranquille, et que je dors sans être réveillée par des coups de fusil..." (page 155).
En dehors de ces considérations, ces "honnêtes gens" sont indifférents à l'injustice qui frappe les prolétaires, et plus particulièrement Florent. le passage où celui-ci raconte ses souffrances et ses humiliations de forçat est d'ailleurs édifiant. le récit poignant qu'il en fait : "On vivait en bête, avec le fouet éternellement levé sur les épaules. Ces misérables voulaient tuer l'homme..." (page 89) laisse Lisa complètement insensible, provoque au contraire chez elle dégoût et mépris. Progressivement, elle en vient à haïr son beau-frère de peur qu'il ne compromette leur situation et n'apporte la ruine de leur maison. Et pour préserver son confort, Lisa avoue à son mari qu'elle est prête à tout : "je t'avertis que je me débarrasserai de lui carrément... Je t'avertis, tu comprends !" (page 159).
Car dans cette lutte des «Gras» contre les «Maigres», des bien nourris contre les mal nourris, les «Gras» l'emportent toujours sur les «Maigres».
* Un monde clos dominé par les femmes :
Deux groupes de femmes apparaissent prépondérants dans ce roman.
D'un côté, nous avons le duo rival formé par Lisa Quenu, surnommée la belle Lisa ou la belle charcutière et par Louise Méhudin surnommée la belle Normande.
De l'autre, le trio friand de commérages formé par mademoiselle Saget, une vieille fille qui orchestre la campagne contre Florent, la Sarriette et sa tante Mme Lecoeur (dont le nom lui sied si mal !) !
Mademoiselle Saget, enragée de curiosité, attise la rivalité entre la belle Lisa et la belle Normande dans le but de découvrir le secret qui entoure l'arrivée mystérieuse de Florent, allant jusqu'à répandre la rumeur que non seulement Florent est l'amant de Lisa mais qu'il l'est également des deux soeurs Méhudin.
Lorsque Florent est entraîné par Gavard, un parent de la Sariette et de Mme Lecoeur, dans une conspiration (inoffensive car il s'avère que les conspirateurs ne sont en fait que des fantoches) contre l'empire, elle n'hésite pas à grossir de mensonges ses médisances, affirmant que Florent aurait tué 6 gendarmes avant d'être envoyé au bagne.
Ce sont ses révélations sur le projet d'insurrection de Florent [spoiler]qui vont précipiter la chute du forçat évadé, entraînant du même coup celle de Gavard [/spoiler]dont les 3 commères convoitent le magot.
Une scène m'a particulièrement marquée : celle où les odeurs incommodantes des fromages viennent souligner la nature abjecte des 3 femmes et de leurs propos malveillants. "C'était une cacophonie de souffles infects, depuis les lourdeurs molles des pâtes cuites, du gruyère et du hollande, jusqu'aux pointes alcalines de l'olivet. (...) Cependant, il semblait que c'étaient les paroles mauvaises de madame Lecoeur et de mademoiselle Saget qui puaient si fort." (page 230)
Comble de l'ironie, la réconciliation finale des deux rivales que sont Lisa et Louise condamne [spoiler]Florent à une nouvelle déportation...[/spoiler]
C'est Claude qui commentera, désabusé, le dénouement de l'histoire en s'exclamant : "Quels gredins que les honnêtes gens !"
* Les membres de la dynastie au second plan :
Avant d'en finir avec ma chronique, quelques mots sur la place des représentants des Rougon-Macquart. Cette fois, ils passent au second plan, même si Lisa Macquart, épouse Quenu, a un rôle important. Pour rappel, Lisa est la fille de Fine Gavaudan de qui elle tient son goût pour le travail, et d'Antoine Macquart dont elle a hérité le "besoin de bien-être très arrêté", ainsi que la soeur de Gervaise et de Jean, évoqués brièvement dans La fortune des Rougon.
Sa fille Pauline, âgé ici de 7 ans, sera l'héroïne de la joie de vivre, et Claude, l'artiste peintre qui guide Florent à travers les Halles, reviendra dans L'Oeuvre.
Un petit clin d'oeil est fait à Saccard lorque Lisa critique sa manière de vivre et d'amasser sa fortune : "Tenez, j'ai un cousin à Paris... Je ne le vois pas, les deux familles sont brouillées. Il a pris le nom de Saccard, pour faire oublier certaines choses... Eh bien, ce cousin, m'a-t-on dit, gagne des millions. Ca ne vit pas, ça se brûle le sang, c'est toujours par voies et par chemins, au milieu de trafics d'enfer. (...) Je l'ai aperçu, l'autre jour, en voiture; il était tout jaune, il avait l'air joliment sournois. Un homme qui gagne de l'argent n'a pas une mine de cette couleur-là. Enfin, ça le regarde... Nous préférons ne gagner que cent sous, et profiter des cent sous." (page 57)
Cette diatribe est à elle seule une véritable profession de foi et résume la personnalité de Lisa : économe, honnête (elle va jusqu'à proposer à Florent sa part d'héritage), chaste, convenable, ses qualités cachent en fait une hypocrisie doucereuse, un égoïsme et une lâcheté confondants qui en font un personnage terrifiant sous son apparente placidité.
La cruauté dont elle et une poignée de Gras font preuve à l'égard de Florent est à ce titre glaçante... La scène à la Préfecture de Police est d'ailleurs saisissante, [spoiler]où l'on apprend que Florent a été dénoncé par presque tous les habitants du quartier ![/spoiler]
J'ai trouvé ce 3ème tome particulièrement pessimiste et désespérant sur la nature humaine : Zola atteint des sommets dans la peinture au vitriol de cette petite-bourgeoisie uniquement préoccupée de son bien-être et de son goût pour la médisance, [spoiler]n'hésitant pas à faire condamner à la déportation deux êtres inoffensifs...[/spoiler]
Encore heureux que Claude Lantier et Madame François sont là pour compenser la médiocrité et la pourriture morale de cette classe sociale faussement honnête !
Lien : http://parthenia01.eklablog.com/le-ventre-de-par..
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Allantvers
Allantvers08 décembre 2015
  • Livres 3.00/5
Lancée dans un marathon de lecture au long cours de l'ensemble des Rougon Macquart, je ressors de cette troisième étape avec encore l'énergie de la ligne du départ, mais l'estomac un peu retourné et l'allant légèrement affaibli…
Ou plus exactement avec les sens complètement saturés d'odeurs, de sensations, d'images de victuailles, du rouge de l'amoncellement de carottes au gras ferme du cou de la charcutière, du gluand un peu nauséabond du poisson frais au vacarme de la halle à l'heure de la criée, du brûlant de la marmite où cuit le sang du boudin au vertige métallique du pavillon vitré… Toutes ces sensations exacerbées par contraste par la maigreur ascétique de Florent, l'abimé du 2 décembre qui peine à jouir de ces opulences.
La réalité des scènes de halles, de vie marchande, de profusion de victuailles dans un Paris qui ingère et digère sans relâche est saisissante, et la métaphore du gras qu'utilise Zola pour dire tout son mépris d'une petite bourgeoisie tout en matérialisme insensible fonctionne bien, mais je dois confesser un certain soulagement d'être arrivée au bout de ce récit très sensoriel mais essentiellement statique.
Il n'en reste pas moins que nous avons là un témoignage essentiel d'un Paris disparu, que la plume magnifique de Zola nous donne l'impression d'avoir véritablement traversé.
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LiliGalipette
LiliGalipette01 septembre 2015
  • Livres 5.00/5
Florent a été accusé à tort de meurtre lors des affrontements qui ont marqué la fin de la république en 1848. Évadé du bagne de Cayenne, il retrouve Paris après des années d'absence. Il est accueilli à bras ouverts par son frère Quenu, heureux propriétaire d'une charcuterie prospère et époux de la belle Lisa Macquart, une maîtresse femme débordante de santé grasse. Florent ne leur ressemble pas, lui qui a eu faim toute sa jeunesse pour élever son frère, puis faim lors de son enfermement. « Il était devenu sec, l'estomac rétréci, la peau collée aux os. Et il retrouvait Paris, gras, superbe, débordant de nourriture au fond des ténèbres. » (p. 25) Florent est enragé de république, mais il est contraint de travailler pour l'Empire en devenant inspecteur des marées pour la préfecture. C'est ainsi qu'il se retrouve pris dans la rivalité qui oppose la belle Lisa et la belle Normande, poissonnière aux Halles. Ses idéaux politiques le mèneront à sa perte, alors que Lisa ne veut que prospérer tranquillement, prise dans une attitude bornée et pragmatique qui ne veut rien céder ou perdre.
Contraint d'arpenter les allées saturées de vivres à longueur de journée, le frugal Florent regrette les années où il enseignait et s'étouffe d'écoeurement devant l'abondance obscène des Halles. « Florent souffrit alors de cet entassement de nourriture au milieu duquel il vivait. » (p. 164) le milieu où évoluent les marchands et les épiciers est étouffant. « Les Halles géantes, les nourritures débordantes et fortes, […] lui semblaient la bête satisfaite et digérant, Paris entripaillé, cuvant sa graisse, appuyant sourdement l'Empire. » (p. 168) Dans les nouvelles Halles construites par Baltard s'incarne le mépris pervers et éclatant des pauvres et des opprimés. Tout le roman se construit sur l'opposition entre les gras et les maigres, les premiers attribuant aux seconds les plus vilains caractères et les vices les plus marqués. Pour la charcuterie Quenu-Gradelle, l'apologie de l'épaisseur et du gras est presque une religion, en tout cas une façon de vivre immuable et nécessaire.
Les Halles sont une nouvelle cathédrale dédiée à des libations orgiaques, à un culte païen et dévoyé reposant sur l'abondance de nourriture. Ce bâtiment monstrueux est un ogre de métal et de verre qui engloutit des tonnes de vivres alors que le peuple parisien crève de faim à quelques rues de là. Lisa Macquart observe une stricte dévotion à la chère et au labeur paisible et s'insurge contre la paresse et l'oisiveté. Pour elle et ses pairs, les agapes quotidiennes ne sont pas un abus, mais un devoir. « Elle parut l'âme, la clarté vivante, l'idole saine et solide de la charcuterie. » (p. 77) Mais les Halles sont surtout l'incarnation du progrès. Elles offrent un environnement industriel propre à l'aquarelle et aux descriptions picturales. de la structure métallique aux étals de nourriture, la plume de Zola s'empare du sujet et le sublime dans des déclinaisons de couleurs et de lumières. Ce n'est pas pour rien que l'on croise souvent Claude Lantier dans ce volume des Rougon-Macquart, lui qui sera le peintre au coeur de L'oeuvre.
Merveilleux, puissant, implacable Émile Zola ! Déambuler avec son personnage dans les Halles et les rues voisines est une parfaite façon de s'ouvrir l'appétit, puis de sentir la nausée envahir la page. Mais n'hésitez pas, plongez dans la puanteur des Halles et côtoyez l'esprit mesquin des commerçants âpres au gain !
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Citations & extraits (31) Voir plus Ajouter une citation
michfredmichfred24 mai 2016
Maintenant il entendait le long roulement qui partait des Halles. Paris mâchait les bouchées à ses deux millions d'habitants. C'était comme un grand organe central battant furieusement, jetant le sang de la vie dans toutes les veines. Bruit de mâchoires colossales, vacarme fait du tapage de l'approvisionnement, depuis les coups de fouet des gros revendeurs partant pour les marchés de quartier, jusqu'aux savates traînantes des pauvres femmes qui vont de porte en porte offrir des salades, dans des paniers.
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michfredmichfred24 mai 2016
Il se plaisait aussi, le soir, aux beaux couchers de soleil qui découpaient en noir les fines dentelles des halles, sur les lueurs rouges du ciel; la lumière de cinq heures, la poussière volante des derniers rayons, entrait par toutes les baies, par toutes les raies des persiennes; c'était comme un transparent lumineux et dépoli, où se dessinaient les arêtes minces des piliers, les courbes élégantes des charpentes, les figures géométriques des toitures.
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michfredmichfred24 mai 2016
"Pour sûr, dit-il, Caïn était un Gras et Abel un Maigre. Depuis le premier meurtre, ce sont toujours les grosses faims qui ont sucé le sang des petits mangeurs...c'est une continuelle ripaille, du plus faible au plus fort, chacun avalant son voisin et se trouvant avalé à son tour...Voyez-vous, mon brave, défiez-vous des Gras;"
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MarineaimelireMarineaimelire19 septembre 2015
Fatalement, Florent revint à la politique. Il avait trop souffert par elle, pour ne pas en faire l'occupation chère de sa vie. Il fût devenu, sans le milieu et les circonstances, un bon professeur de province, heureux de la paix de sa petite ville. Mais on l'avait traité en loup, il se trouvait maintenant comme marqué par l'exil pour quelque besogne de combat. Son malaise nerveux n'était que le réveil des longues songeries de Cayenne, de ses amertumes en face de souffrances imméritées, de ses serments de venger un jour l'humanité traitée à coups de fouet et la justice foulée aux pieds. Les Halles géantes, les nourritures débordantes et fortes, avaient hâté la crise. Elles lui semblaient la bête satisfaite et digérant, Paris entripaillé, cuvant sa graisse, appuyant sourdement l'Empire. Elles mettaient autour de lui des gorges énormes, des reins monstrueux, des faces rondes, comme de continuels arguments contre sa maigreur de martyr, son visage jaune de mécontent. C'était le ventre boutiquier, le ventre de l'honnêteté moyenne, se ballonnant, heureux, luisant au soleil, trouvant que tout allait pour le mieux, que jamais les gens de mœurs paisibles n'avaient engraissé si bellement. Alors, il se sentit les poings serrés, prêt à la lutte, plus irrité par la pensée de son exil qu'il ne l'était en rentrant en France. La haine le reprit tout entier.
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luocineluocine17 août 2015
Pêle-mêle, au hasard du coup de filet, les algues profondes, où dort la vie mystérieuse des grandes eaux, avaient tout livré : les cabillauds, les aiglefins, les carrelets, les plies, les limandes, bêtes communes d’un gris sale, aux tâches blanchâtres; les congres, ces grosses couleuvres d’un bleu de vase , aux minces yeux noirs, si gluantes qu’elles semblent ramper, vivantes encore; les raies élargies, à ventre pâle bordé de rouge tendre, dont les dos superbes, allongeant les nœuds saillants de l’échine, se marbrent jusqu’aux baleines tendues des nageoires , de plaques de cinabre coupées par des zébrures de bronze florentin, d’une bigarrure assombrie de crapaud et de fleurs malsaines; les chiens de mer, horribles, avec leur têtes rondes , leurs bouches largement fendues d’idoles chinoises, leurs courtes ailes de chauves – souris charnues, monstre qui doivent garder de leurs abris les trésors des grottes marines. Puis venaient les beaux poissons , isolés, un sur chaque plateau d’osier; les saumons , d’argent guilloché, dont chaque écaille semble un coup de burin dans le poli du métal ; les mulets , d’écailles plus fortes, de ciselures plus grossières; les grands turbots, les grandes barbues, d’un grain serré et blanc comme du lait caillé; les thons , lisses et vernis, pareils à des sacs de cuir noirâtres ; les bars arrondis, ouvrant une bouche énorme, faisant songer à quelque âme trop grosse, rendue à pleine gorge dans la stupéfaction de l’agonie. Et , de toutes parts, les soles , par paires, grises ou blondes , pullulaient ; les équilles , minces, raidies, ressemblaient à des rognures d’étain ; les harengs, légèrement tordus, montraient tous, sur leurs robes lamées , la meurtrissure de leurs ouïes saignantes ; les dorades grasses se teintaient d’une pointe de carmin, tandis que les maquereaux, dorés , le dos striés de brunissures verdâtres, faisaient luire la nacre changeante de leurs flancs, et que les grondins roses, à ventre blancs, les têtes rangées au centre des mannes, les queues rayonnantes épanouissaient d’étranges floraisons, panachées de blanc de perle et de vermillon vif. Il y avait encore des rougets de roche, à la chair exquise, du rouge enluminé des cyprins, des caisses de merlans aux reflets d’opale, des paniers d’éperlans, de petits paniers propres , jolis comme des paniers de fraises, qui laissaient échapper une odeur puissante de violette. Cependant , les crevettes roses, les crevettes grises , dans les bourriches, mettaient , au milieu de la douceur effacée de leur tas, les imperceptibles boutons de jais de leurs milliers d’yeux ; les langoustes épineuses, les homards tigrés de noir’ vivants encore, se traînant sur leur pattes cassées, craquaient.
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