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> Armand Lanoux (Autre)

ISBN : 2253002852
Éditeur : Le Livre de Poche (1971)


Note moyenne : 4.09/5 (sur 1527 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
Quatrième de couverture - Zola (Paris, 1840 - Paris, 1902), dans "L'Assommoir", septième roman des "Rougon-Macquart" raconte le drame de la vie populaire: l'alcoolisme, propagé par les débits de boisson nommés à jsye titres des "assommoirs". Coupeau, bon ouvrier zingueu... > voir plus
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Critiques, analyses et avis

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    • Livres 5.00/5
    Par Gwen21, le 30 mai 2013

    Gwen21
    Attention, la lecture de "L'assommoir" peut provoquer l'ivresse !
    Ivresse de tourner les pages ; ivresse de savoir ce que cache la violence sociale… Une ivresse noire, pénible, qui fait naître le malaise et retourne le cerveau.
    Pourquoi ce tome est-il l'un des plus célèbres de son auteur ? A cette question, chaque lecteur l'ayant apprécié peut apporter sa réponse personnelle. Pour ma part, je m'explique ce succès par la fascination du pire qu'il engendre chez le lecteur. Ce fut le cas pour moi.
    Comme toujours avec Zola, la nature humaine est mise à nu, crûment. le maître absolu de la littérature naturaliste dévoile dans ce roman toute la noirceur d'âmes qui ne connaissent ni la modération, ni la charité et encore moins la raison.
    Dans ce 7ème tome des Rougon-Macquart, le personnage principal que le lecteur va suivre (et auquel il a de fortes chances de s'attacher) est Gervaise Macquart, la petite-fille d'Adélaïde Fouque, racine-souche de la famille. Toute l'action du roman se déroule à Paris, dans un milieu ouvrier décrit sans concession, si bien qu'à sa parution, voilà un ouvrage qui a fait bien des remous dans l'opinion publique !
    Gervaise est blanchisseuse ; une brave fille travailleuse, pourtant l'archétype de celle "qui n'a jamais de chance", alors attendez-vous à un Zola "noir de chez noir". Malmenée par les hommes qui partagent sa vie, sa bonté et son endurance lui font franchir bien des épreuves et la mènent même sur la voie de la réussite mais c'est sans compter sur les "vices" vers lesquels l'homme a tant de facilité à glisser : oisiveté et fainéantise, alcoolisme, égoïsme et gaspillage. L'énergie et la patience de Gervaise n'y réussiront pas, c'est vers l'abîme social que toute sa famille dirige ses pas.
    Bon, je m'arrête là, vous aurez compris le ton du roman.
    Je finis en vous donnant mon opinion. Très beau "morceau" de littérature, œuvre qui "remue les tripes" en profondeur, "L'assommoir" reste pour moi un incontournable de Zola, l'un de ses plus beaux écrits, à sa ressemblance : dur, réaliste et émouvant.
    A consommer sans aucune modération !
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    • Livres 5.00/5
    Par isajulia, le 03 août 2013

    isajulia
    Zola, le grand, l'unique, nous a jusqu'ici régalés avec une série de portraits incisifs de certains membres du clan Rougon-Macquart. Vous vous souvenez sûrement de Gervaise? fille d'Antoine et Fine Macquart, blanchisseuse de son état, fraîchement débarquée à Paris avec armes et bagages. C'est à son tour d'avoir sa place sur la photo en tant qu'héroïne de L'assommoir, septième tome de la saga familiale.
    La Goutte-d'Or, quartier ouvrier de Paris, dans une chambre de l'hôtel Boncoeur nous trouvons Gervaise, pleurant et guettant Lantier, son amant de Plassans avec qui elle est montée à la capitale. Noceur et mangeur d'argent, ce bon à rien ne va pas traîner à prendre le large, laissant la blanchisseuse livrée à elle-même avec ses deux fils.
    Courageuse et travailleuse, Gervaise va essayer de reconstruire sa vie vaille que vaille mais c'est sans compter Coupeau, ouvrier zingueur, qui poursuit la jolie blonde de ses assiduités. D'une nature bonne et généreuse, réticente dans un premier temps, elle finira par accepter la proposition de mariage de l'ouvrier, voyant peut être l'opportunité de réaliser son rêve de vie simple : "travailler, manger du pain, avoir un trou à soi, élever ses enfants, ne pas être battue, mourir dans son lit."
    Le ménage connaîtra un temps l'harmonie, réussissant à faire des économies et gagnant en respectabilité dans le quartier, une petite fille naîtra même de cette union, la tristement célèbre Nana, personnage éponyme du neuvième roman de la saga. Malheureusement le ton est donné dès le départ, pour Gervaise la vie ne sera pas toute rose et Coupeau, victime d'un accident va changer progressivement...
    Comment ne pas ressentir de la pitié pour Gervaise? J'ai eu sans cesse le coeur serré pour elle. Je l'ai perçue comme victime des conséquences, tributaire de la roue du destin qui attend insidieuse, tapie dans l'ombre, le moment pour l'emporter dans la spirale de la déchéance. Comme nous avons pu le voir dans La fortune des rougon, Gervaise se trouvait mal barrée dès le départ, battue par son père alcoolique et fainéant, voyant sa mère se soumettre et se tuer au travail, encaissant les coups... La situation devait forcément se répéter d'une manière ou d'une autre. La jeune femme gardant ancré en elle une une vision déformée de la famille et surtout des hommes, fléau qui contribuera à perdre la blanchisseuse.
    En plus de ce destin tragique, Zola nous fait déambuler dans les abîmes du milieu ouvrier ou l'alcool détruit les familles et les cancans règnent en seigneur et maître. Comme quoi, même dans la misère et la pourriture, la jalousie reste omniprésente. Pas besoin de falbalas et de rivières de diamants pour planter des couteaux dans le dos, seul les enjeux changent mais les motivations restent les mêmes... La pauvre Gervaise, qui se verra affublée du cruel sobriquet de "La Banban" en prendra pour son grade!
    Noir de chez noir, ce roman est étourdissant. Une fois de plus très moderne dans son contexte, j'ai quand même trouvé que Zola a chargé la marmite de l'horreur humaine. Quand les ouvriers se déchaînent, ils y vont pas avec le dos de la cuillère et j'ai eu beaucoup de peine tout au long de la lecture. Bon après ne vous fiez pas à mon côté excessif, étant hyper-sensible de nature, le malheur des autres, qu'il soit réel ou sur papier, ça me touche.
    Jusqu'ici, c'est un des volumes de la saga que je préfère, pourtant il est construit relativement pareil que les autres mais ce livre possède quelque chose de particulier qui le rend unique, donc ne vous privez pas d'un tel plaisir, lisez-le !
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    • Livres 5.00/5
    Par Nastasia-B, le 02 juillet 2012

    Nastasia-B
    Assommoir (n. m.) : livre percutant, machine à donner des coups de poing en pleine face au lecteur.
    Pourquoi ce septième roman des Rongon-Macquart a-t-il connu plus de succès que Tous ceux qui ont précédé et jouit-il d'une plus grande notoriété? A priori, il n'est pas fondamentalement différent des autres. La recette de Zola semble toujours un peu la même, le couple subissant une lente agonie et une spirale descendante a déjà été dépeint dans La conquete de plassans. Ici, c'est la cousine des Mouret, la célèbre Gervaise Macquart, devenue Coupeau qui est sur le gril. Zola nous embarque dans les arcanes du monde d'ouvriers et de petits commerçants de Paris, et comme dans les ouvrages précédents, la part faite à la description est grande. Vous découvrirez les lavoirs, les blanchisseries, l'atelier miteux du chaîniste de la Goutte d'Or, les toits de Paris couverts de zinc, la forge, qui ressemble à celle de Vulcain, les fleuristes, et même l'auteur nous emmène au Louvre, puis bien évidemment, dans l'antre fétide et maléfique des débits de boisson où les ouvriers viennent s'abîmer. Qu'est-ce qui est si différent des autres romans? Sur le fond, probablement rien, Zola continue de dérouler son œuvre sociale sur un nouveau pan de la société, en l'occurrence les classes ouvrières qu'il avait déjà un peu visité dans Le Ventre de Paris. Gervaise n'est pas si loin de réussir dans la blanchisserie comme sa sœur Lisa dans la charcuterie. Ici, selon moi, la grande différence provient du style qu'Émile Zola va employer et faire éclore. A force de s'accoquiner au phrasé et à l'argot le plu cru de l'époque (pour faire plus vrai), la prose de Zola s'est révélée, transfigurée par ce mélange de langue érudite et de langue fangeuse. J'en veux pour preuve l'évolution du style au sein même du livre où on y découvre au chapitre 10 un mélange de lyrisme des miasmes absolument nouveau, même pour Zola et d'une fluidité, d'une force absolument prodigieuse, qui deviendront la "marque de fabrique" de l'auteur, qui annonce le grand Céline, et qui a éclos ici, à l'écriture de L'Assommoir. Ainsi, à baigner dans le jus de l'argot, la prose du naturaliste a acquis une dimension supplémentaire, Zola a fait évoluer son style pour coller à la violence, à la médisance et à l'indigence qu'il décrit. C'est, volontairement ou non, car on le sentait en germe dans les ouvrages précédents (il avait un peu raté le coche dans Le Ventre de Paris), mais jamais encore il n'avait pleinement épanoui une telle verdeur de style, une certaine révolution, qui fait qu'aujourd'hui Zola est Zola. Bref, on a le sentiment qu'à décrire la lente et inéluctable descente aux enfers de Gervaise dans la puanteur et le désespoir, l'auteur s'est trouvé lui-même et a franchi le seuil de son identité littéraire. Il y aura un "avant" et un "après" Assommoir. La scène du fouet chez le père Bijard au chapitre 10 est l'une des plus dures qu'on puisse imaginer, rappelant les pires déboires de Fantine et Cosette réunies dans Les Misérables.
    On sent Gervaise fragile psychologiquement, jamais très loin de s'en sortir, mais effectuant toujours le mauvais choix quand s'offre une alternative tant avec Lantier (admirable en sa qualité de "ver dans le fruit"), que Coupeau suite à sa chute, que Goujet qu'elle n'ose pas rejoindre alors que lui seul semblait pouvoir lui assurer un certain salut. Finalement, ce qui est touchant chez Gervaise (un peu comme chez Nana sa fille plus tard), c'est cette dénégation de la vie, cette abnégation à affronter la chute sans craindre la mort tellement l'existence a peu de prix pour elle. La scène d'apocalypse finale que subit Coupeau en proie au pire des delirium tremens est une sorte de synthèse, où tout le mal accumulé dans les chairs et dans l'esprit dans cette descente ressort en un torrent de douleurs et de démence indescriptibles. Ce roman est aussi le germe, l'éclosion de deux personnages important des romans à venir, en la personne de Nana dans le roman éponyme et d'Étienne dans Germinal.
    Enfin, comme les Halles dans Le Ventre de Paris et plus tard, la locomotive de La Bête humaine, l'alambic de L'Assommoir du père Colombe est élevé au rang de personnage effectif, démon maléfique et vénéneux au pouvoir quasi mystique digne des sortilèges de L'odyssée.
    Lisez et relisez ce premier (et pas dernier) grand coup de poing en pleine face que nous assène Émile Zola dans Les rougon-macquart.
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    • Livres 5.00/5
    Par LydiaB, le 08 janvier 2013

    LydiaB
    "J'affirme que j'ai fait une Oeuvre utile en analysant un certain coin du peuple, dans L'assommoir. J'y ai étudié la déchéance d'une famille ouvrière, le père et la mère tournant mal, la fille se gâtant par le mauvais exemple, par l'influence fatale de l'éducation et du milieu. J'ai fait ce qu'il y avait à faire : j'ai montré des plaies, j'ai éclairé violemment des souffrances et des vices que l'on peut guérir. Je ne suis qu'un greffier qui me défends de conclure. Mais je laisse aux moralistes et aux législateurs le soin de réfléchir et de trouver les remèdes... Oui, le peuple est ainsi, mais parce que la société le veut bien."
    C'est avec ces quelques lignes que Zola, dans une lettre publiée dans La Vie Littéraire, le 22 février 1877, se défendit des accusations dont il était victime. Car bien évidemment, ce septième roman de la saga ne pouvait pas laisser indifférent. On lui reprocha une atteinte aux bonnes moeurs et, pire que tout, de dénigrer le peuple. Cependant, n'était-ce pas de l'hypocrisie ? Zola a voulu lever le voile sur des tabous et, comme à son habitude, son écriture met en relief un pan de la société que l'on préfère ignorer : alcoolisme, débauche, infidélité... Bien sûr, Zola met le doigt là où ça fait mal, sinon, à quoi bon écrire un bouquin, hein ? Et comme à son habitude, il se documente suffisamment pour que tout cela paraisse bien réaliste, jusque dans la langue populaire.
    Si je devais choisir parmi Tous les romans de cet auteur, je dirais que L'assommoir est celui que je préfère. J'ai une certaine compassion pour cette pauvre Gervaise, une envie irrépressible de lui hurler, à chaque fois que je relis ce livre, "mais ôte-toi de la tête ce *** de Lantier, non, ne cède pas aux avances de Coupeau !" Mais ne nous leurrons pas : Zola avait vu juste et ce texte reste résolument moderne. Il y a et il y aura toujours des Gervaise, des Lantier ou des Coupeau, malheureusement !


    Lien : http://www.lydiabonnaventure.com/litt%C3%A9rature-du-xixe-si%C3%A8cl..
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    • Livres 4.00/5
    Par colimasson, le 24 mars 2014

    colimasson
    L'assommoir représente la vie en abrégé : un troquet dont les étals copieusement garnis flattent d'abord l'œil et le palais du visiteur avant de couler en lui et de détruire toute volonté, toute santé et toute beauté. C'est la vie de Gervaise que Zola couvre de sa plume, la vie d'une ouvrière aussi misérable que les autres –boiteuse, battue par son père, enceinte à quatorze ans, abandonnée par son premier homme-, obligée de ne se fier qu'à elle-même pour aller de l'avant. Et Gervaise, pas encore assommée par la torpeur vénéneuse de la vie, se démène avec force et courage sans jamais se retourner sur ses erreurs passées. Elle peut bien être malade, livrée à elle-même sans le sou et sans protection et soumise aux quolibets de Tous ceux qui l'entourent, s'il lui reste un horizon, Gervaise ne s'avouera pas vaincue. Ainsi parvient-elle à fonder son propre établissement et à reconstruire une cellule familiale sur les combles de son ancienne histoire. Au faîte de ses accomplissements, Gervaise parvient à réunir autour d'elle ses employées, sa famille, ses voisins et quelques personnes, prises au hasard de ses fréquentations, qu'elle nourrit et envahit de sa prodigalité pour voiler ses terreurs d'abandon et de manque. Comme les riches, on se livre alors à des banquets morbides ruisselant de viandes, de vins et de mesquineries. C'est l'extase mais un peu dégoûtante, le petit coup dans le nez qui fait du bien mais dont on se relève à chaque fois plus hagard, jusqu'à ce que l'équilibre de l'édifice soit définitivement ruiné et alors, les copains de beuverie se retranchent derrière leurs fortifications. La famille et l'emploi de Gervaise tombent en déliquescence et la force des habitudes, à la manière d'un cercle vicieux, condamne les pauvres à leurs jouissances délétères. Comme les riches, ils aimeraient pouvoir se payer un bon temps éternel, mais ils ne savent pas où le prendre, et n'ont pas les moyens de trouver une gratification à hauteur d'homme.

    « Ah ! vrai, dans cette vie, on a beau être modeste, on peut se fouiller ! Pas même la pâtée et la niche, voilà la sort commun. »
    L'assommoir déambule dans les quartiers ouvriers de Paris et s'imbibe de son argot familier. La langue elle-même semble pouvoir expliquer la condamnation de Gervaise et des siens. Brutale et dégradante, plus apte à violenter qu'à flatter, elle est moins propice à la valorisation des individus qu'à leur condamnation. Et lorsqu'il ne reste plus rien à faire, on cherche encore à se griser. Gervaise et Coupeau, le couple triomphant, se retrouve au troquet, fascinés par un alambic qui promet d'être plein de réserves lorsque tout le reste s'est asséché.

    « Derrière elle, la machine à soûler fonctionnait toujours, avec son murmure de ruisseau souterrain ; et elle désespérait de l'arrêter, de l'épuiser, prise contre elle d'une colère sombre, ayant des envies de sauter sur le grand alambic comme sur une bête, pour le taper à coups de talon et lui crever le ventre. Tout se brouillait, elle voyait la machine remuer, elle se sentait prise par ses pattes de cuivre, pendant que le ruisseau coulait maintenant au travers de son corps. »

    La démonstration de Zola est fascinante et dépasse la critique sociale classique. La classe ouvrière n'est pas seulement lésée par sa misère, elle l'est aussi par ses propres désirs qui sont ceux de tout le monde, pauvres ou riches : luxe et plaisirs sans fin. Gervaise et les siens disposent d'une force exceptionnelle qui a failli les élever d'une piètre condition à une existence plus confortable mais leurs instincts, restés vils et bassement pragmatiques, sont la cause de leur déchéance. Toute une vie s'épanouit et se dégrade dans un souffle, à la fois grandiloquente et ridicule, aussi éphémère que l'existence de n'importe qui d'autre.


    Lien : http://colimasson.blogspot.com/2014/03/lassommoir-la-vie-en-abrege-u..
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Citations et extraits

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  • Par colimasson, le 20 novembre 2014

    Et Gervaise s’intéressait au tourniquet. Elle soiffait à tirelarigot, et appelait Mes-Bottes « mon fiston ». Derrière elle, la machine à soûler fonctionnait toujours, avec son murmure de ruisseau souterrain ; et elle désespérait de l’arrêter, de l’épuiser, prise contre elle d’une colère sombre, ayant des envies de sauter sur le grand alambic comme sur une bête, pour le taper à coups de talon et lui crever le ventre. Tout se brouillait, elle voyait la machine remuer, elle se sentait prise par ses pattes de cuivre, pendant que le ruisseau coulait maintenant au travers de son corps.
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  • Par colimasson, le 18 novembre 2014

    L’heure était passée où le cric lui donnait des couleurs. Il ne pouvait plus se taper sur le torse, et crâner, en disant que le sacré chien l’engraissait ; car sa vilaine graisse jaune des premières années avait fondu, et il tournait au sécot, il se plombait, avec des tons verts de macchabée pourrissant dans une mare. L’appétit, lui aussi, était rasé. Peu à peu, il n’avait plus eu de goût pour le pain, il en était même arrivé à cracher sur le fricot. On aurait pu lui servir la ratatouille la mieux accommodée, son estomac se barrait, ses dents molles refusaient de mâcher. Pour se soutenir, il lui fallait sa chopine d’eau-de-vie par jour ; c’était sa ration, son manger et son boire, la seule nourriture qu’il digérât.
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  • Par colimasson, le 10 novembre 2014

    Ah ! bien sûr, Gervaise n’était plus remuée comme autrefois, quand elle voyait Coupeau au bord des gouttières, à des douze et des quinze mètres du trottoir. Elle ne l’aurait pas poussé elle-même ; mais s’il était tombé, naturellement, ma foi ! ça aurait débarrassé la surface de la terre d’un pas grand-chose. […] A quoi servait-il, ce soûlard ? à la faire pleurer, à lui manger tout, à la pousser au mal. Eh bien ! des hommes si peu utiles, on les jetait le plus vite possible dans le trou, on dansait sur eux la polka de la délivrance.
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  • Par LydiaB, le 08 janvier 2013

    A ce moment, comme la jeune femme pendait sa dernière pièce de linge, il y eut des rires à la porte du lavoir.
    - C'est deux gosses qui demandent maman ! cria Charles.
    Toutes les femmes se penchèrent. Gervaise reconnut Claude et Étienne.
    Dès qu'ils l'aperçurent, ils coururent à elle, au milieu des flaques, tapant sur les dalles les talons de leurs souliers dénoués. Claude, l'aîné, donnait la main à son petit frère. Les laveuses, sur leur passage, avaient de légers cris de tendresse, à les voir un peu effrayés, souriant pourtant. Et ils restèrent là, devant leur mère, sans se lâcher, levant leurs têtes blondes.
    - C'est papa qui vous envoie ? demanda Gervaise.
    Mais comme elle se baissait pour rattacher les cordons des souliers d'Étienne, elle vit, à un doigt de Claude, la clef de la chambre avec son numéro de cuivre, qu'il balançait.
    - Tiens ! tu m'apportes la clef ! dit-elle, très-surprise. Pourquoi donc ?
    L'enfant, en apercevant la clef qu'il avait oubliée à son doigt, parut se souvenir et cria de sa voix claire :
    - Papa est parti.
    - Il est allé acheter le déjeuner, il vous a dit de venir me chercher ici ?
    Claude regarda son frère, hésita, ne sachant plus. Puis, il reprit d'un trait :
    - Papa est parti... Il a sauté du lit, il a mis toutes les affaires dans la malle, il a descendu la malle sur une voiture... Il est parti.
    Gervaise, accroupie, se releva lentement, la figure blanche, portant les mains à ses joues et à ses tempes, comme si elle entendait sa tête craquer. Et elle ne put trouver qu'un mot, elle le répéta vingt fois sur le même ton :
    - Ah ! mon Dieu !...ah ! mon Dieu !... ah ! mon Dieu !...
    Madame Boche, cependant, interrogeait l'enfant à son tour, tout allumée de se trouver dans cette histoire.
    - Voyons, mon petit, il faut dire les choses... C'est lui qui a fermé la porte et qui vous a dit d'apporter la clef, n'est-ce pas ?
    Et, baissant la voix, à l'oreille de Claude :
    - Est-ce qu'il y avait une dame dans la voiture ?
    L'enfant se troubla de nouveau. Il recommença son histoire, d'un air triomphant :
    - Il a sauté du lit, il a mis toutes les affaires dans la malle, il est parti...
    Alors, comme madame Boche le laissait aller, il tira son frère devant le robinet. Ils s'amusèrent tous les deux à faire couler l'eau.
    Gervaise ne pouvait pleurer. Elle étouffait, les reins appuyés contre son baquet, le visage toujours entre les mains. De courts frissons la secouaient. Par moments, un long soupir passait, tandis qu'elle s'enfonçait davantage les poings sur les yeux, comme pour s'anéantir dans le noir de son abandon. C'était un trou de ténèbres au fond duquel il lui semblait tomber.
    - Allons, ma petite, que diable ! murmurait madame Boche.
    - Si vous saviez ! si vous saviez ! dit-elle enfin tout bas. Il m'a envoyée ce matin porter mon châle et mes chemises au Mont-de-Piété pour payer cette voiture...
    Et elle pleura. Le souvenir de sa course au Mont-de-Piété, en précisant un fait de la matinée, lui avait arraché les sanglots qui s'étranglaient dans sa gorge.
    Cette course-là, c'était une abomination, la grosse douleur dans son désespoir. Les larmes coulaient sur son menton que ses mains avaient déjà mouillé, sans qu'elle songeât seulement à prendre son mouchoir.
    - Soyez raisonnable, taisez-vous, on vous regarde, répétait madame Boche qui s'empressait autour d'elle. Est-il possible de se faire tant de mal pour un homme !... Vous l'aimiez donc toujours, hein ? ma pauvre chérie. Tout à l'heure, vous étiez joliment montée contre lui. Et vous voilà, maintenant, à le pleurer, à vous crever le coeur... Mon Dieu, que nous sommes bêtes !
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  • Par isajulia, le 08 août 2013

    Le vin décrassait et reposait du travail, mettait le feu au ventre des fainéants ; puis, lorsque le farceur vous jouait des tours, eh bien ! le roi n'était pas votre oncle, Paris vous appartenait. Avec ça que l'ouvrier, échiné, sans le sou, méprisé par les bourgeois, avait tant de sujets de gaieté, et qu'on était bien venu de lui reprocher une cocarde de temps à autre, prise à la seule fin de voir la vie en rose ! Hein ! à cette heure, justement, est-ce qu'on ne se fichait pas de l'empereur? Peut-être bien que l'empereur lui aussi était rond, mais ça n'empêchait pas, on se fichait de lui, on le défiait bien d'être plus rond et de rigoler davantage. Zut pour les aristos !
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