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> Armand Lanoux (Autre)

ISBN : 2253002852
Éditeur : Le Livre de Poche (1971)


Note moyenne : 4.02/5 (sur 1009 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
Qu'est-ce qui nous fascine dans la vie « simple et tranquille » de Gervaise Macquart ? Pourquoi le destin de cette petite blanchisseuse montée de Provence à Paris nous touche-t-il tant aujourd'hui encore? Que nous disent les exclus du quartier de la Goutte-d'Or version ... > voir plus
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Critiques, analyses et avis

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    • Livres 5.00/5
    Par LydiaB, le 08 janvier 2013

    LydiaB
    "J'affirme que j'ai fait une Oeuvre utile en analysant un certain coin du peuple, dans L'assommoir. J'y ai étudié la déchéance d'une famille ouvrière, le père et la mère tournant mal, la fille se gâtant par le mauvais exemple, par l'influence fatale de l'éducation et du milieu. J'ai fait ce qu'il y avait à faire : j'ai montré des plaies, j'ai éclairé violemment des souffrances et des vices que l'on peut guérir. Je ne suis qu'un greffier qui me défends de conclure. Mais je laisse aux moralistes et aux législateurs le soin de réfléchir et de trouver les remèdes... Oui, le peuple est ainsi, mais parce que la société le veut bien."
    C'est avec ces quelques lignes que Zola, dans une lettre publiée dans La Vie Littéraire, le 22 février 1877, se défendit des accusations dont il était victime. Car bien évidemment, ce septième roman de la saga ne pouvait pas laisser indifférent. On lui reprocha une atteinte aux bonnes moeurs et, pire que tout, de dénigrer le peuple. Cependant, n'était-ce pas de l'hypocrisie ? Zola a voulu lever le voile sur des tabous et, comme à son habitude, son écriture met en relief un pan de la société que l'on préfère ignorer : alcoolisme, débauche, infidélité... Bien sûr, Zola met le doigt là où ça fait mal, sinon, à quoi bon écrire un bouquin, hein ? Et comme à son habitude, il se documente suffisamment pour que tout cela paraisse bien réaliste, jusque dans la langue populaire.
    Si je devais choisir parmi Tous les romans de cet auteur, je dirais que L'assommoir est celui que je préfère. J'ai une certaine compassion pour cette pauvre Gervaise, une envie irrépressible de lui hurler, à chaque fois que je relis ce livre, "mais ôte-toi de la tête ce *** de Lantier, non, ne cède pas aux avances de Coupeau !" Mais ne nous leurrons pas : Zola avait vu juste et ce texte reste résolument moderne. Il y a et il y aura toujours des Gervaise, des Lantier ou des Coupeau, malheureusement !


    Lien : http://www.lydiabonnaventure.com/litt%C3%A9rature-du-xixe-si%C3%A8cl..
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    • Livres 5.00/5
    Par NastasiaBuergo, le 02 juillet 2012

    NastasiaBuergo
    Assommoir (n. m.) : livre percutant, machine à donner des coups de poing en pleine face au lecteur.
    Pourquoi ce septième roman des Rongon-Macquart a-t-il connu plus de succès que Tous ceux qui ont précédé et jouit-il d'une plus grande notoriété? A priori, il n'est pas fondamentalement différent des autres. La recette de Zola semble toujours un peu la même, le couple subissant une lente agonie et une spirale descendante a déjà été dépeint dans La conquete de plassans. Ici, c'est la cousine des Mouret, la célèbre Gervaise Macquart, devenue Coupeau qui est sur le gril. Zola nous embarque dans les arcanes du monde d'ouvriers et de petits commerçants de Paris, et comme dans les ouvrages précédents, la part faite à la description est grande. Vous découvrirez les lavoirs, les blanchisseries, l'atelier miteux du chaîniste de la Goutte d'Or, les toits de Paris couverts de zinc, la forge, qui ressemble à celle de Vulcain, les fleuristes, et même l'auteur nous emmène au Louvre, puis bien évidemment, dans l'antre fétide et maléfique des débits de boisson où les ouvriers viennent s'abîmer. Qu'est-ce qui est si différent des autres romans? Sur le fond, probablement rien, Zola continue de dérouler son œuvre sociale sur un nouveau pan de la société, en l'occurrence les classes ouvrières qu'il avait déjà un peu visité dans Le Ventre de Paris. Gervaise n'est pas si loin de réussir dans la blanchisserie comme sa sœur Lisa dans la charcuterie. Ici, selon moi, la grande différence provient du style qu'Émile Zola va employer et faire éclore. A force de s'accoquiner au phrasé et à l'argot le plu cru de l'époque (pour faire plus vrai), la prose de Zola s'est révélée, transfigurée par ce mélange de langue érudite et de langue fangeuse. J'en veux pour preuve l'évolution du style au sein même du livre où on y découvre au chapitre 10 un mélange de lyrisme des miasmes absolument nouveau, même pour Zola et d'une fluidité, d'une force absolument prodigieuse, qui deviendront la "marque de fabrique" de l'auteur, qui annonce le grand Céline, et qui a éclos ici, à l'écriture de L'Assommoir. Ainsi, à baigner dans le jus de l'argot, la prose du naturaliste a acquis une dimension supplémentaire, Zola a fait évoluer son style pour coller à la violence, à la médisance et à l'indigence qu'il décrit. C'est, volontairement ou non, car on le sentait en germe dans les ouvrages précédents (il avait un peu raté le coche dans Le Ventre de Paris), mais jamais encore il n'avait pleinement épanoui une telle verdeur de style, une certaine révolution, qui fait qu'aujourd'hui Zola est Zola. Bref, on a le sentiment qu'à décrire la lente et inéluctable descente aux enfers de Gervaise dans la puanteur et le désespoir, l'auteur s'est trouvé lui-même et a franchi le seuil de son identité littéraire. Il y aura un "avant" et un "après" Assommoir. La scène du fouet chez le père Bijard au chapitre 10 est l'une des plus dures qu'on puisse imaginer, rappelant les pires déboires de Fantine et Cosette réunies dans Les Misérables.
    On sent Gervaise fragile psychologiquement, jamais très loin de s'en sortir, mais effectuant toujours le mauvais choix quand s'offre une alternative tant avec Lantier (admirable en sa qualité de "ver dans le fruit"), que Coupeau suite à sa chute, que Goujet qu'elle n'ose pas rejoindre alors que lui seul semblait pouvoir lui assurer un certain salut. Finalement, ce qui est touchant chez Gervaise (un peu comme chez Nana sa fille plus tard), c'est cette dénégation de la vie, cette abnégation à affronter la chute sans craindre la mort tellement l'existence a peu de prix pour elle. La scène d'apocalypse finale que subit Coupeau en proie au pire des delirium tremens est une sorte de synthèse, où tout le mal accumulé dans les chairs et dans l'esprit dans cette descente ressort en un torrent de douleurs et de démence indescriptibles. Ce roman est aussi le germe, l'éclosion de deux personnages important des romans à venir, en la personne de Nana dans le roman éponyme et d'Étienne dans Germinal.
    Enfin, comme les Halles dans Le Ventre de Paris et plus tard, la locomotive de La Bête humaine, l'alambic de L'Assommoir du père Colombe est élevé au rang de personnage effectif, démon maléfique et vénéneux au pouvoir quasi mystique digne des sortilèges de L'odyssée.
    Lisez et relisez ce premier (et pas dernier) grand coup de poing en pleine face que nous assène Émile Zola dans Les rougon-macquart.
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    • Livres 4.00/5
    Par lecassin, le 02 juillet 2012

    lecassin
    « L'Assommoir », comme « Germinal » pour d'autres, fut mon premier contact avec l'œuvre d'Emile Zola, au collège. Il faut bien reconnaître qu'à cette époque j'étais comme on dit « passé complètement à coté ». Heureusement, une tentative postérieure, les vingt ans largement passés m'ont offert une seconde chance, hors Rougon-Maquart avec Thérèse raquin. Un choc ! Et la question : si Zola, c'est ça, comment suis-je passé coté au collège ? Je sais maintenant qu'il y a un temps pour tout et pour toute lecture…j'entrepris donc la lecture du premier tome, « La Fortune des Rougon », puis le deuxième… le troisième…
    Publié en 1876, « L'Assommoir »est le septième volume de la série « Les rougon-macquart ». Essentiellement consacré au monde ouvrier, il fit scandale à sa sortie - trop cru, disait-on - mais connut un véritable succès de librairie qui ne s'est jamais démenti.
    Le personnage central de l'ouvrage est Gervaise Macquart, la cousine des Mouret, et la sœur de la charcutière Lisa Quenu du « Ventre de Paris ». Elle s'installe à Paris avec son amant, Auguste Lantier, et leurs deux enfants, Claude - qu'on retrouvera dans « L'œuvre » - et Étienne, héros de « Germinal ».
    Lantier a tout du parasite : fainéant, beau parleur, dépensier et infidèle. Après avoir ruiné Gervaise et dilapidé son maigre héritage, il l'abandonnera.
    Elle rencontrera Coupeau, ouvrier zingueur, honnête et travailleur. de leur union, naîtra Anna Coupeau, la future « Nana »…Alléluia, se dit-on… et puis il y aura la chute du toit…

    Après une incursion partielle dans le monde ouvrier avec « Le Ventre de Paris », il s'agit avec cet « Assommoir », d'une immersion totale dans ce milieu. On découvrira l'univers des lavoirs et des blanchisseuses, celui des toits de Paris et des couvreurs-zingueurs, celui de la forge, celui des fleurs… Mais aussi et surtout celui des bistrots où les ouvriers viennent se pourrir la santé à coup d'alcool frelaté.
    « L'Assommoir » n'est pas mon préféré dans cette saga du Second Empire ; sans doute les réminiscences d'une lecture forcée de collégien. Il n'en reste pas moins un des maillons forts de l'œuvre d'Emile Zola.
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    • Livres 5.00/5
    Par ahasverus, le 21 février 2012

    ahasverus
    C'est l'histoire en pente douce, mais sûre, de Gervaise. Coincée entre l'alcool et la violence des autres, elle ne demandait pas grand chose, la Banban, et pas fort en plus : travailler tranquille, manger toujours du pain, avoir un trou un peu propre pour dormir.
    Elle y parviendra, rue de la Goutte d'Or. Elle aura son heure de gloire, un grand repas, sa cène. Pas facile de savoir lequel dans cette assistance la trahira tant il y en a des hypocrites, et des sacrés ! Et elle reprendra, un peu poussée dans le dos, un peu résignée, sa descente jsuqu'aux genoux, jusqu'au cou, dans la fange.
    """Les hommes, souvent, se marient pour une nuit, la première, et puis les nuits se suivent, les jours s'allongent, toute la vie, et ils sont joliment embêtés...""".
    Elle a raison de penser ça, Gervaise : les hommes, c'est son fléau. Ils dépensent tout L'Argent, vomissent, manipulent, battent, poussent, tuent. Sous les ricanements et les revirements des femmes spectatrices et commères.
    Ah ! Les hommes, Mesdames ! Lantier, malhonnête depuis toujours ; Coupeau, qui l'a épousée "pendant une absence du Bon Dieu". Bien propre, bien gentil, qui boit pas, Coupeau. Mais "l''habitude use l'honnêteté comme autre chose" ; Bijard qui tue et Bazouge qui emballe...
    Au suivant !
    Pas grand monde pour racheter l'autre. Goujet, peut être...Et Lalie.
    C'est un livre noir : c'est du Zola. Avec des images si fortes que c'est le cinéma d'avant le cinéma. Avec des grands seconds rôles, des gueules, un cocu transparent qui fabrique des petites boites en bois pour ses amis. Avec un alambic, un alambic sans gaieté qui n'arrête jamais, qui "à la longue devait envahir la salle, se répandre sur les boulevards extérieurs, inonder le trou immense de Paris".
    C'était écrit. La machine tue l'homme partout.
    A lire absolument au risque d'avoir envie de lire Tous les autres avant la noyade générale.
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    • Livres 4.00/5
    Par Corboland78, le 06 mars 2013

    Corboland78
    Émile François Zola (1840-1902) écrivain et journaliste, est considéré comme le chef de file du naturalisme. C'est l'un des romanciers français les plus populaires, l'un des plus publiés, traduits et commentés au monde. Sur le plan littéraire, il est principalement connu pour Les rougon-macquart, fresque romanesque en vingt volumes dépeignant la société française sous le Second Empire et qui met en scène la trajectoire de la famille des Rougon-Macquart à travers ses différentes générations. Les dernières années de sa vie sont marquées par son engagement dans l'affaire Dreyfus avec la publication en janvier 1898, dans le quotidien L'Aurore, de l'article intitulé « J'accuse…! » qui lui a valu un procès pour diffamation et un exil à Londres.
    Dans ce septième volume des Rougon-Macquart, paru en 1877, Emile Zola délaisse les salons et la bourgeoisie pour nous entraîner à l'autre bout de l'échelle sociale, le monde ouvrier et sa face la moins reluisante, ce qui vaudra à l'écrivain de nombreuses critiques lors de sa parution, le livre étant jugé trop cru et trop réaliste. Pour autant, c'est cette boue scandaleuse pour certains, qui en fera un véritable succès public, comme quoi le scandale faisant vendre, ne date pas d'aujourd'hui…
    Gervaise est arrivée à Paris avec son amant Lantier, un flemmard de première qui vit sur le travail des autres, en l'occurrence sur la maigre paye de lavandière de sa concubine. Bien vite abandonnée, la jeune femme se voit courtisée par Coupeau, un couvreur-zingueur, travailleur honnête et fidèle. Dans un premier temps ils se mettent en ménage dans un misérable immeuble où habitent les Lorilleux, sœur et beau-frère de Coupeau, puis ils décident de se marier. Lentement le ménage prospère grâce à leur travail, leur sérieux et la bonne gestion de leurs maigres revenus. Un enfant naît, Nana. Gervaise avait déjà eu deux autres enfants, des garçons expédiés rapidement par Emile Zola qui les envoie en province.
    La lavandière devient amie, en tout bien tout honneur, avec Goujet, un jeune forgeron timide secrètement amoureux de Gervaise qui vit avec sa mère, près de chez eux. Après que Coupeau tombé d'un toit, se soit grièvement blessé, Goujet prêtera une forte somme à Gervaise pour qu'elle ouvre un commerce de blanchisseuse, ses affaires marchent bien et elle engage des ouvrières repasseuses. Gervaise ne le sait pas encore mais elle est arrivée à son zénith et dès lors la descente va commencer. Elle sera inexorable et terrible.
    Coupeau devenu invalide découvre les bons côtés de la fainéantise, il traîne à droite et à gauche et finit par se laisser entraîner à boire par des amis peu recommandables. L'assommoir, un troquet où trône un alambic, devient leur quartier général. Petit à petit, les quelques économies du couple sont converties en coups à boire par Coupeau. Là-dessus, retour de Lantier qui devient copain avec Coupeau et finit par s'installer chez le couple où il fait son nid en évinçant le mari abruti par l'alcool. La dégringolade s'accélère, Coupeau boit de plus en plus, Lantier mange leurs économies, Gervaise sombre à son tour et doit se séparer de son commerce pour éponger une partie de ses dettes. Retour à la case départ dans une misérable chambre. Nana, jeune délurée pas farouche quitte le domicile et disparaît – du moins dans ce roman. La misère n'en a jamais assez et s'acharne sur Gervaise qui maintenant boit aussi. Les évènements les plus sordides s'enchaînent, Coupeau décédera alcoolique au dernier degré et Gervaise crèvera de faim, comme un chien, dans un cagibi sous un escalier qui lui servait de dernier logis.
    S'il y a des romans noirs et éprouvants, L'assommoir en est le plus parfait modèle. Tout est épouvantable dans cette histoire car Gervaise, l'héroïne, n'est pas foncièrement mauvaise, elle fait montre d'un beau courage quand elle trime dur pour élever son niveau de vie, tout le monde apprécie son travail et elle ne manque pas de cœur on le voit tout au long du roman ; toujours prête à pardonner ses incartades à son homme ou à se réconcilier avec son entourage, voire à tenter d'intervenir pour sauver la petite Lalie des violences de son père alors qu'elle-même est déjà bien bas. Certes elle n'est pas prudente, dépensant aussi sans compter (un chapitre extraordinaire sur le gueuleton qu'elle organise pour sa fête, un repas comme on les faisait au XIXe siècle avec une multitude de plats et de bouteilles vidées, intérêt sociologique et mise en appétit garantie) et n'hésitant pas à emprunter plus que de raison.
    Mais ce qui est réellement éprouvant dans ce roman, c'est la violence causée par l'alcoolisme. Les hommes qui frappent leurs femmes et leurs enfants jusqu'à la mort, la perte de Tous leurs repères, le moindre sou chèrement gagné qui finit en chopine alors qu'épouse et marmots attendent un quignon de pain à la maison. A cela s'ajoute, la promiscuité, on vit à plusieurs dans une pièce, les commérages de quartier, les alliances et mésalliances qui vont et viennent en fonction d'intérêts mesquins.
    Comme toujours Emile Zola a bossé son sujet, les descriptions liées aux activités professionnelles sont remarquables de précision, qu'il s'agisse des repasseuses, du couvreur ou du forgeron et la langue truffée de termes d'argot ou de mots grossiers met le lecteur en condition. Zola qui avait été journaliste, livre ici un roman en forme d'enquête in vivo, très moderne en somme. D'autant plus que la pauvreté, la faim et la misère, l'alcoolisme et les violences familiales, restent hélas, des sujets d'actualité.
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Citations et extraits

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  • Par LydiaB, le 08 janvier 2013

    A ce moment, comme la jeune femme pendait sa dernière pièce de linge, il y eut des rires à la porte du lavoir.
    - C'est deux gosses qui demandent maman ! cria Charles.
    Toutes les femmes se penchèrent. Gervaise reconnut Claude et Étienne.
    Dès qu'ils l'aperçurent, ils coururent à elle, au milieu des flaques, tapant sur les dalles les talons de leurs souliers dénoués. Claude, l'aîné, donnait la main à son petit frère. Les laveuses, sur leur passage, avaient de légers cris de tendresse, à les voir un peu effrayés, souriant pourtant. Et ils restèrent là, devant leur mère, sans se lâcher, levant leurs têtes blondes.
    - C'est papa qui vous envoie ? demanda Gervaise.
    Mais comme elle se baissait pour rattacher les cordons des souliers d'Étienne, elle vit, à un doigt de Claude, la clef de la chambre avec son numéro de cuivre, qu'il balançait.
    - Tiens ! tu m'apportes la clef ! dit-elle, très-surprise. Pourquoi donc ?
    L'enfant, en apercevant la clef qu'il avait oubliée à son doigt, parut se souvenir et cria de sa voix claire :
    - Papa est parti.
    - Il est allé acheter le déjeuner, il vous a dit de venir me chercher ici ?
    Claude regarda son frère, hésita, ne sachant plus. Puis, il reprit d'un trait :
    - Papa est parti... Il a sauté du lit, il a mis toutes les affaires dans la malle, il a descendu la malle sur une voiture... Il est parti.
    Gervaise, accroupie, se releva lentement, la figure blanche, portant les mains à ses joues et à ses tempes, comme si elle entendait sa tête craquer. Et elle ne put trouver qu'un mot, elle le répéta vingt fois sur le même ton :
    - Ah ! mon Dieu !...ah ! mon Dieu !... ah ! mon Dieu !...
    Madame Boche, cependant, interrogeait l'enfant à son tour, tout allumée de se trouver dans cette histoire.
    - Voyons, mon petit, il faut dire les choses... C'est lui qui a fermé la porte et qui vous a dit d'apporter la clef, n'est-ce pas ?
    Et, baissant la voix, à l'oreille de Claude :
    - Est-ce qu'il y avait une dame dans la voiture ?
    L'enfant se troubla de nouveau. Il recommença son histoire, d'un air triomphant :
    - Il a sauté du lit, il a mis toutes les affaires dans la malle, il est parti...
    Alors, comme madame Boche le laissait aller, il tira son frère devant le robinet. Ils s'amusèrent tous les deux à faire couler l'eau.
    Gervaise ne pouvait pleurer. Elle étouffait, les reins appuyés contre son baquet, le visage toujours entre les mains. De courts frissons la secouaient. Par moments, un long soupir passait, tandis qu'elle s'enfonçait davantage les poings sur les yeux, comme pour s'anéantir dans le noir de son abandon. C'était un trou de ténèbres au fond duquel il lui semblait tomber.
    - Allons, ma petite, que diable ! murmurait madame Boche.
    - Si vous saviez ! si vous saviez ! dit-elle enfin tout bas. Il m'a envoyée ce matin porter mon châle et mes chemises au Mont-de-Piété pour payer cette voiture...
    Et elle pleura. Le souvenir de sa course au Mont-de-Piété, en précisant un fait de la matinée, lui avait arraché les sanglots qui s'étranglaient dans sa gorge.
    Cette course-là, c'était une abomination, la grosse douleur dans son désespoir. Les larmes coulaient sur son menton que ses mains avaient déjà mouillé, sans qu'elle songeât seulement à prendre son mouchoir.
    - Soyez raisonnable, taisez-vous, on vous regarde, répétait madame Boche qui s'empressait autour d'elle. Est-il possible de se faire tant de mal pour un homme !... Vous l'aimiez donc toujours, hein ? ma pauvre chérie. Tout à l'heure, vous étiez joliment montée contre lui. Et vous voilà, maintenant, à le pleurer, à vous crever le coeur... Mon Dieu, que nous sommes bêtes !
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  • Par MysterChat, le 15 février 2012

    Enfin, après avoir descendu la rue Croix-des-Petits-Champs, on arriva au Louvre.

    M. Madinier, poliment, demanda à prendre la tête du cortége.

    C’était très grand, on pouvait se perdre ; et lui, d’ailleurs, connaissait les beaux endroits, parce qu’il était souvent venu avec un artiste, un garçon bien intelligent, auquel une grande maison de cartonnage achetait des dessins, pour les mettre sur des boîtes. En bas, quand la noce se fut engagée dans le musée assyrien, elle eut un petit frisson. Fichtre ! il ne faisait pas chaud ; la salle aurait fait une fameuse cave. Et, lentement les couples avançaient, le menton levé, les paupières battantes, entre les colosses de pierre, les dieux de marbre noir muets dans leur raideur hiératique, les bêtes monstrueuses, moitié chattes et moitié femmes, avec des figures de mortes, le nez aminci, les lèvres gonflées. Ils trouvaient tout ça très vilain. On travaillait joliment mieux la pierre au jour d’aujourd’hui. Une inscription en caractères phéniciens les stupéfia. Ce n’était pas possible, personne n’avait jamais lu ce grimoire. Mais M. Madinier, déjà sur le premier palier avec madame Lorilleux, les appelait, criant sous les voûtes :

    — Venez donc. Ce n’est rien, ces machines… C’est au premier qu’il faut voir.

    La nudité sévère de l’escalier les rendit graves. Un huissier superbe, en gilet rouge, la livrée galonnée d’or, qui semblait les attendre sur le palier, redoubla leur émotion. Ce fut avec un grand respect, marchant le plus doucement possible, qu’ils entrèrent dans la galerie française.

    Alors, sans s’arrêter, les yeux emplis de l’or des cadres, ils suivirent l’enfilade des petits salons, regardant passer les images, trop nombreuses pour être bien vues. Il aurait fallu une heure devant chacune, si l’on avait voulu comprendre. Que de tableaux, sacredié ! ça ne finissait pas. Il devait y en avoir pour de l’argent. Puis, au bout, M. Madinier les arrêta brusquement devant le Radeau de la Méduse ; et il leur expliqua le sujet. Tous, saisis, immobiles, se taisaient.
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  • Par NastasiaBuergo, le 17 octobre 2012

    Sur le mur, le mot : Maréchalerie, était écrit en grandes lettres, encadré d’un éventail de fers à cheval. Toute la journée, les marteaux sonnaient sur l’enclume, des incendies d’étincelles éclairaient l’ombre blafarde de la cour. Et, au bas de ce mur, au fond d’un trou, grand comme une armoire, entre une marchande de ferraille et une marchande de pommes de terre frites, il y avait un horloger, un monsieur en redingote, l’air propre, qui fouillait continuellement des montres avec des outils mignons, devant un établi où des choses délicates dormaient sous des verres ; tandis que derrière lui, les balanciers de deux ou trois douzaines de coucous tout petits battaient à la fois, dans la misère noire de la rue et le vacarme cadencé de la maréchalerie.
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  • Par Alixone, le 29 septembre 2012

    Virgine, elle aimait la peau, quand elle était rissolée, et chaque convive lui passait sa peau, par galanterie; si bien que Poissson jetait à sa femme des regards sévères, en lui ordonnant de s'arrêter, parce qu'elle en avait assez comme ça : une fois déjà, pour avoir trop mangé d'oie rôtie, elle était restée quinze jours au lit, le ventre enflé. Mais Coupeau se fâcha et servit un haut de cuisse à Virginie, criant que, tonnerre de Dieu ! si elle ne décrottait pas, elle n'était pas une femme. Est-ce que l'oie avait jamais fait du mal à quelqu'un ? Au contraire, l'oie guérissait les maladies de rate. On croquait ça sans pain, comme un dessert. Lui, en aurait bouffé toute la nuit, sans être incommodé; et, pour crâner, il s'enfonçait un pilon entier dans la bouche. Cependant, Clémence achevait son croupion, le suçait avec un gloussement des lèvres, en se tordant de rire sur sa chaise, à cause de Boche qui lui disait tout bas des indécences. Ah ! nom de Dieu ! oui, on s'en flanqua une bosse ! Quand on y est, on y est, n'est-ce pas ? et si l'on ne se paie qu'un gueleton par-ci, par-là, on serait joliment godiche de ne pas s'en fourrer jusqu'aux oreilles. Vrai, on voyait les bedons se gonfler à mesure. Les dames étaient grosses. Ils pétaient dans leur peau, les sacrés goinfres ! La bouche ouverte, le menton barbouillé de graisse, ils avainet des faces pareilles à derrières, et si rouge, qu'on aurait dit des derrières de gens riches, crevant de prospérité.
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  • Par LydiaB, le 09 mai 2010

    Gervaise avait attendu Lantier jusqu’à deux heures du matin. Puis, toute frissonnante d’être restée en camisole à l’air vif de la fenêtre, elle s’était assoupie, jetée en travers du lit, fiévreuse, les joues trempées de larmes. Depuis huit jours, au sortir du Veau à deux têtes, où ils mangeaient, il l’envoyait se coucher avec les enfants et ne reparaissait que tard dans la nuit, en racontant qu’il cherchait du travail. Ce soir-là, pendant qu’elle guettait son retour, elle croyait l’avoir vu entrer au bal du Grand-Balcon, dont les dix fenêtres flambantes éclairaient d’une nappe d’incendie la coulée noire des boulevards extérieurs ; et, derrière lui, elle avait aperçu la petite Adèle, une brunisseuse qui dînait à leur restaurant, marchant à cinq ou six pas, les mains ballantes, comme si elle venait de lui quitter le bras pour ne pas passer ensemble sous la clarté crue des globes de la porte.

    Quand Gervaise s’éveilla, vers cinq heures, raidie, les reins brisés, elle éclata en sanglots. Lantier n’était pas rentré. Pour la première fois, il découchait.
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