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Adolf Muschg (Autre)Gilberte Lambrichs (Autre)
ISBN : 2070373681
Éditeur : Gallimard (1982)

Note moyenne : 3.96/5 (sur 205 notes)
Résumé :
Sous le pseudonyme de Fritz Zorn se cache un jeune homme pressé. Jeune - il n'a que 32 ans - et pressé d'écrire car il se sait condamné par un cancer qui ne lui laissera aucune chance. Pour qui a vécu, la seule pensée d'une mort imminente fait jaillir le squelette branlant d'une angoisse incompressible et dévorante. Fritz Zorn est à peine révolté, il n'a jamais vécu. Produit d'une éducation pour laquelle l'impassibilité devant les réalités concrètes (donc vulgaires)... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (25) Voir plus Ajouter une critique
SagnesSy
SagnesSy05 novembre 2015
  • Livres 4.00/5
"Je suis jeune et riche et cultivé; et je suis malheureux, névrosé et seul."

Fritz Zorn (c'est un pseudonyme) a vécu 32 ans. Se découvrir atteint d'un cancer lui a paradoxalement permis d'ouvrir les yeux sur sa vie, et il en a rédigé, en 1976, le récit, qui a été publié après sa mort.
Issu de la bourgeoisie suisse aisée, il a été élevé dans l'absolue obligation du comme il faut. "L'atmosphère, chez mes parents, était prohibitivement harmonieuse." On occultait tout. Tout ce qui pouvait déranger était appelé compliqué ou pas comparable; "Chez nous, l'attitude de mes parents à l'égard de la sexualité était naturellement le résumé et le couronnement de leur attitude fondamentale envers la vie : Non. Ou, s'il fallait absolument que cela existe - Oui, mais seulement pour les autres, pas pour nous."
"Ce qui me permet d'aborder un autre charmant sujet, la grande affaire de toute éducation, dont le seul nom est une horreur en soi : l'information. Comment on peut expliquer tout l'univers aux enfants sans compromettre leur salut et qu'il faille cependant les informer sur la procréation et la naissance tout en éprouvant une peur terrible que leur salut en soit effectivement compromis, voilà une énigme que je ne suis pas arrivé à résoudre à ce jour. Enfant, je savais que les communistes sont méchants et que les anticommunistes sont bons; j'étais initié à certaines arguties théologiques selon lesquelles, par exemple, la religion et son Église étaient bonnes quoique Dieu fût mauvais; mais ce que c'était qu'un homme et ce que c'était qu'une femme, cela je ne le savais par car on ne m'en avait tout bonnement pas informé. Pour ce qui était de découvrir le domaine de la sexualité, j'en étais entièrement réduit à mon inspiration et j'obtenais d'ailleurs d'assez jolis résultats. Je savais que les petits enfants naissent parce qu'un homme et une femme "ont été ensemble" et que les petits enfants "sortent de la mère". Je me figurais dès lors que l'homme a une émanation mâle et la femme une émanation femelle et que quand un homme touche une femme, la transpiration de l'homme pénètre dans la femme par la peau et qu'un enfant se forme alors dans le corps de la femme. Cependant, comme il fallait que cet enfant "sorte" et comme j'avais appris que le nombril était le "centre du monde", il était évident que les bébés quittaient le corps maternel par l'ouverture du nombril. Plus tard j'appris aussi qu'il existait des enfants illégitimes pour qui c'était "arrivé". Ce qui signifiait naturellement que l'homme avait touché la femme par distraction, peut-être à un moment où il transpirait beaucoup, de sorte que "malgré toutes les précautions", un peu de la sueur de l'homme avait pu pénétrer dans la femme - par le poignet, par exemple - si bien que c'était "arrivé".
On le voit dans l'extrait ci-dessus, l'humour n'est pas absent de ces pages par ailleurs violentes. Ce qui impressionne le plus c'est la distance avec laquelle l'auteur désagrège longuement son enfance, son adolescence et sa courte vie d'adulte. Dans la longue première partie de ce livre, tout est mis à plat, posément, clairement. On se prend une véritable claque car si l'époque a changé, les sentiments restent les mêmes, ce n'est pas une question d'empathie, c'est un exposé clinique dans lequel il y a forcément des choses par lesquelles tout le monde est passé.
Au moment où il écrit ceci, l'auteur a fait un travail sur lui qui lui permet de nommer ce qu'il vivait. Mais quand il était en plein dedans, il se voilait la face et refusait de reconnaître ses problèmes. Ainsi il sait que la dépression s'est abattue sur lui alors qu'il avait dix-sept ans, sans jamais lui accorder de répit jusqu'à la mort. "... chacun sait ce que c'est que la dépression : tout est gris et froid et vide. Rien ne fait plaisir et tout ce qui est douloureux, on le ressent avec une douleur exagérée. On n'a plus d'espoir et on ne distingue rien au-delà d'un présent malheureux et privé de sens."
Plus tard, à l'université, il est accepté comme "original"; mais "L'originalité était tout bonnement l'expression de ma différence et il y avait longtemps que cette différence me donnait le sentiment d'être non pas mieux, mais pire."
(Rien à voir mais ceci m'a fait rire : "On ne pouvait cependant pas prétendre non plus que j'étais "fou", au sens où l'on se représente un fou comme un aliéné qui vit dans les hallucinations ou commet des actes insensés. Mon intelligence ne s'était manifestement pas atrophiée de cette manière : je ne suis pas spécialement doué mais je ne suis pas non plus spécialement stupide; mon intelligence est donc "normale." le fait que j'ai étudié à l'université n'apporte évidemment rien de nouveau concernant mon intelligence. En effet, pour passer un examen de maturité, on n'a pas besoin d'une intelligence exceptionnelle; il suffit le plus souvent d'avoir un père fortuné. Mais pour faire des études à la faculté des lettres, alors là, il n'est vraiment pas nécessaire d'être intelligent; au contraire ce serait plutôt nuisible."
En fait il analyse à postériori sa névrose comme une perte de la sensibilité, une incapacité totale à éprouver des sentiments.
Il y a encore des dizaines d'autres passages que je voudrais citer, mais ce ne serait pas raisonnable. Je dois dire que j'ai été moins réceptive à la façon dont il établit une cause à effet très nette entre sa névrose et son cancer, ainsi qu'aux deux parties suivantes, où il s'essaye à une vision plus large et use de rhétorique (et même de la déclamation, nous dit la préface). Mais c'est une lecture forte, pour laquelle il faut s'armer.
J'ai été pétrifiée par ceci : "Pendant trente ans j'ai donc bien existé pour ce qui est du corps mais durant le même temps, j'ai été mort pour ce qui est de l'âme. Aujourd'hui, après trente ans de stérilité, le corps s'effondre donc aussi et le produit inapte à la vie se détruit lui-même. Cela a-t-il un sens qu'entre la mort de mon âme et celle de mon corps trente ans de misère, de dépression et de frustration se soient écoulées ? Cela a-t-il un sens que je ne sois pas mort dès ma naissance ? Non, je ne puis pas trouver que cela a un sens."
Et j'ai souffert par ceci : "Les choses de la vie ne sont pas "compliquées" non plus; elles sont simples en soi mais elles ont souvent des noms atroces. Ce n'est pas parce qu'elle est si "compliquée" qu'on arrive à peine à prononcer la phrase : "Il est mort", c'est parce qu'elle est si terrible."
* Son vrai nom de famille, Angst, signifie en français « peur », « angoisse », et son pseudonyme « colère ».
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frandj
frandj21 février 2014
  • Livres 5.00/5
Ce livre paru en 1977 me semble exceptionnel. Un jeune homme habitant Zurich, qui a pris le pseudonyme de Fritz Zorn, commence ainsi son témoignage: « Je suis jeune et riche et cultivé ; et je suis malheureux, névrosé et seul. (…) J'ai eu une éducation bourgeoise et j'ai été sage toute ma vie. (…) Naturellement, j'ai aussi le cancer, ce qui va de soi si l'on en juge d'après ce que je viens de dire ». Cette maladie est moins une menace pour sa vie qu'une chance de vivre - vivre vraiment, au lieu de faire semblant de vivre (comme il l'a fait jusqu'ici). Mais, pour cela, il lui faut porter le fer dans la plaie, c'est-à-dire regarder en face l'affreuse névrose qui le retient prisonnier d'une éducation et d'habitudes aliénantes. Sur un ton calme, il raconte sa vie passée - non pas ses détails, mais son essence même. Et d'abord, il décrit avec une cruelle lucidité ses parents, très "comme il faut", pondérés, irréprochables: il est impossible de s'opposer à eux, et encore moins de les haïr ! Dès l'enfance, F. Zorn a appris à exister sans aucune passion, à niveler par le bas tous les sentiments. Il écrit avec un froid désespoir: « Je définirais le ridicule comme la distance entre le parfait et l'imparfait (…) le rien est toujours parfait ». le fils a adopté ce point de vue directement inspiré par ses parents. Il ne se fait pas remarquer, si ce n'est par ses qualités de bon élève et de fils très sage. Naturellement, dans sa famille, le sexe a toujours été un sujet absolument tabou. Donc, une fois proche de l'âge adulte, il n'est même pas pensable qu'il fréquente les filles. Mais enfin, il obtient la réussite: docteur de l'université de Zurich, il commence sa carrière professionnelle. Et c'est à ce moment-là la bombe à retardement explose - mais non, elle n'explose même pas ! Sa névrose se traduit par une lamentation funèbre (intérieure) et par une plainte permanente sur sa solitude. Comme il est un spécialiste de langues romanes, il se récite à lui-même ces vers d'un troubadour portugais « Ah Dieu, si seulement mon ami savait combien je me sens seul à Vigo ? », qui sont pour lui (et aussi pour le lecteur !) en quelque sorte la quintessence de la tristesse; c'est comme une bouteille à la mer qui n'arrivera jamais à destination. Aussitôt après, il se découvre une tumeur - c'est un cancer. Plus F. Zorn avance dans son témoignage, plus le ton devient âpre. Il se bat durement pour la vie et contre le malheur. Mais on devine que la lutte contre la maladie devient sans espoir. Il écrit: « Pour moi la chose n'est pas réglée. (….) Je me déclare en état de guerre totale » : ce sont ses derniers mots. F. Zorn est mort peu après, à l'âge de 32 ans, et la publication de son livre a été posthume.
Il est peu de livres aussi cruellement véridiques - et en même temps aussi éloignés d'un lourd pathos, malgré son tragique sujet - que celui-là. Il m'a fait une impression très profonde quand je l'ai lu à sa parution en France et quand je l'ai relu récemment. Malgré le caractère délétère de cette courte tranche de vie, et à cause du refus de l'auteur d'attendre la moindre compassion du lecteur, je me suis senti en empathie avec cet homme qui a au moins essayé de trouver la force vitale qui avait été éradiquée en lui. A lire absolument… et à méditer.
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colimasson
colimasson03 juin 2011
  • Livres 5.00/5
Faire de sa maladie le moment de sa délivrance, voilà ce qu'est Mars. Fritz Zorn dit ne pas vouloir s'exprimer au nom des milliers d'autres qui sont dans le même cas que lui. Pourtant, son message me semble être universel. Son livre est une exhortation à dépasser les règles, les coutumes et les mauvaises habitudes héritées de son éducation lorsqu'elles empêchent l'individu de vivre. Tout lecteur convaincu par Mars ne pourra pas s'empêcher, après avoir refermé le livre, de procéder à une vivisection de sa propre existence.
Il est dommage que cet ouvrage ait été détourné et utilisé pour culpabiliser les malades atteints du cancer. Il est évident que le cancer n'est pas uniquement provoqué par les souffrances de l'âme. Ici, le cancer est un symbole. Il représente toutes les maladies mentales dont peut être affecté l'être humain suite aux névroses héritées de son enfance, de son éducation, de son mode de vie, de sa trop grande sensibilité.

Lien : http://colimasson.over-blog...
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Flodopas78
Flodopas7827 octobre 2014
  • Livres 4.00/5
Livre phénomène, inclassable, classique de la littérature suisse contemporaine, Mars dérange par sa noirceur, sa rage et son désespoir. Il a été écrit par un homme de 32 ans atteint d'un cancer généralisé, révolté de n'avoir pas vécu et compris trop tard que sa vie fut un gâchis immense. Ce gâchis, il l'attribue à ses parents qu'il accuse de l'avoir tué. L'auteur analyse avec une lucidité implacable l'éducation bourgeoise qu'il a reçue, fondée sur la normalité et la conformité au groupe social, avec l'obsession du qu'en dira-t-on, pour essayer de comprendre l'origine de sa névrose, « cette torture dépressive omniprésente », et se délivrer de son passé avant qu'il ne soit trop tard. Pour lui, ce cancer qui le ronge est la révolte de son âme étouffée depuis tant d'années, le cri de rage d'un homme qui n'a jamais connu l'amour et ne le connaîtra jamais. Aucune lumière d'espoir dans ce récit qui nous entraîne dans un maelstrom d'émotions négatives. Déconseillé aux dépressifs.
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gerardmuller
gerardmuller24 juin 2016
  • Livres 4.00/5

Mars/Fritz Zorn
Fritz Zorn est le nom de plume de Fritz Angst, né le 10 avril 1944 à Meilen dans le canton de Zurich et mort le 2 novembre 1976 à Zurich, un écrivain suisse de langue allemande.
Fils d'une famille patricienne très austère, il a passé son enfance et jeunesse sur la « Rive dorée » de Zurich. Après le lycée, il a étudié la philologie allemande et les langues romanes. À l'université, il obtient le titre de docteur quoiqu'il fût un élève peu sérieux. Pendant une brève période, il a été professeur dans un lycée, jusqu'à ce que son cancer le force à abandonner cette profession. Il entame une psychothérapie et commence à écrire ses mémoires.
Il a terminé d'écrire Mars en 1976 (paru en allemand en 1977 et en français en 1979), histoire de son cancer, de sa vie névrotique, de son impossibilité à aimer et à communiquer. Il y décrit également tout l'ennui de la Suisse, lui qui était issu de la grande bourgeoisie zurichoise.
Son vrai nom de famille, Angst, signifie en français « peur », « angoisse », et son pseudonyme « colère ».
« Je suis jeune et riche et cultivé ; et je suis malheureux, névrosé et seul... » Ainsi commence ce récit inoubliable. Et plus loin :
« J'étais intelligent mais je n'étais capable de rien… »
« Mon histoire est celle d'une névrose ou du moins d'un certain nombre de ses aspects…C'est l'histoire et l'évolution d'un seul aspect de ma vie, à savoir celui de ma maladie. »
« J'ai grandi dans un monde si parfaitement harmonieux… »
« Je m'habituai à ne porter aucun jugement personnel, mais au contraire à toujours adopter les jugements des autres. »
La lecture de cette autobiographie partielle et fragmentaire qui est en somme le testament de Fritz Zorn et l'oeuvre d'une vie, puisqu'il est mort un an avant la publication, est bouleversante.
Mélancolie, dépression, anamnèse (biographie), résignation, puis le cancer : c'est le récit lucide d'un mourant qui place sa dignité dans le fait qu'il exprime la souffrance la plus profonde non pas comme souffrance, mais comme « colère ». Zorn est mort de n'avoir pas appris à partager sa vie, à la communiquer.
« je m'entendais bien avec tout le monde, je n'avais pas d'ennemis, mais je n'avais pas non plus vraiment d'amis. J'étais un personnage assez falot, qui ne suscitait particulièrement ni l'aversion ni la sympathie. »
« le cancer est un agissement asocial de la norme biologique, une évolution inconsciemment dirigée du dedans et non pas un attentat venu du dehors. La santé n'est pas une grandeur en soi, mais un rapport d'équilibre, une balance instable des échanges organiques entre la matière et l'esprit, un niveau déterminé de communication entre le dedans et le dehors, une harmonie. le cancer est une protestation contre des conditions objectives qui rendent la vie invivable, un signal de mort que l'organisme déjà diminué se donne à lui-même en développant rien que pour soi et finalement contre soi, un accroissement compensateur. »
Trois sujets en particulier ont été au cours de l'éducation de Zorn jugés tabous par ses parents : la politique, la religion et la sexualité. Ce qui le marqua à jamais. C'étaient des sujet qui n'avaient pas lieu d'entrer en conversation car ils étaient jugés « compliqués », disharmonieux et objets de discorde :
« Manifestement la sexualité n'était pas harmonieuse, elle était au nombre de toutes ces choses inexprimables qu'il fallait bannir du petit horizon de notre harmonie domestique. »
Plus loin :
« La femme telle que je l'imaginais n'était qu'un accessoire de plus dans mon univers infantile. »
Zorn est intelligent mais il ne sait rien faire de lui-même et sa conclusion tombe sans appel :
« Je remplissais toutes les conditions pour devenir quelqu'un de très malheureux. »
Effectivement, Zorn a dix-sept ans et sombre dans une dépression sévère qui ne le quittera plus jusqu'à sa mort à trente deux ans. Il s'exprime alors ainsi :
« À présent je comprenais que ma gaieté n'avait été rien d'autre que le manteau dont je couvrais ma tristesse. »
« Je suis le fils névrosé d'un père névrosé et d'une mère névrosée ; ma famille est pour moi la quintessence de tout ce que j'abomine. »
Après une première partie dans laquelle Zorn évoque ses souvenirs, une seconde partie intitulée « Ultima necat » consiste en une réflexion, sur le bonheur notamment :
« Je me dis que le premier but des hommes est tout de même le bonheur…mais névrosé est celui qui ne peut pas être heureux… et l'expression la plus nette de cette impuissance au bonheur est assurément l'impuissance sexuelle. La destruction de mes capacités sexuelles est certainement mon plus grand dommage. »
Réflexion également sur le sens de la vie : pour Zorn sa vie n'a pas de sens :
« Mes parents névrosés ont produit en ma personne un être qui s'il n'était pas assez faible de corps pour mourir dès sa naissance, a été tellement démoli dans son âme par le milieu ,névrotique où il a grandi qu'il n'est plus apte à une existence qu'on puisse qualifier d'humaine… Cela a-t-il un sens que je ne sois pas mort dès ma naissance ? »
Dans la troisième partie, Zorn aborde l'existence hypothétique de Dieu : révolutionnaire, il affirme :
« Si l ‘on part de l'hypothèse que Dieu n'existe pas, on devrait positivement l'inventer rien que pour lui casser la gueule ! »
Le livre se termine sur une belle note volontaire dans cette lutte contre le cancer :
« Je n'ai pas encore vaincu ce que je combats ; mais je ne suis pas encore vaincu non plus et ce qui est le plus important, je n'ai pas encore capitulé. Je me déclare en état de guerre totale. »
Un livre terrifiant.
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Citations & extraits (110) Voir plus Ajouter une citation
colimassoncolimasson03 juin 2011
A la sérénité du Bouddha l’agitation du monde paraît ridicule, car lui-même n’a plus rien à voir avec cela. Au cynique les sentiments du prochain paraissent ridicules parce que lui-même n’a plus de sentiments. A celui qui ne joue pas au football il paraît ridicule de courir pendant des heures après un petit ballon de cuir ; il ne se demande pas si ce jeu ne serait pas follement amusant, il ne voit que le côté ridicule de ces hommes adultes qui jouent comme de petits garçons. Sans doute celui qui fait quelque chose se rend-il toujours ridicule aux yeux de celui qui ne fait rien. Celui qui agit peut toujours prêter le flanc ; celui qui n’agit pas ne prend même pas ce risque. On pourrait dire que ce qui est vivant est toujours ridicule car seul ce qui est mort ne l’est pas du tout. […] Comme nous ne nous rendions jamais ridicules, nous étions tributaires des autres qui le faisaient à notre place et nous divertissaient de cette manière. Voilà pourquoi nous trouvions les clowns si sympathiques, les autres nous faisaient rire, ce dont nous étions par nous-mêmes incapables. Il va sans dire que nous n’étions pas en peine de trouver des ridicules dans notre entourage car plus on est soi-même un magasin de porcelaine, plus n’importe qui, venu de l’extérieur, y prend pour vous l’aspect d’un éléphant.»
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colimassoncolimasson03 juin 2011
[…] Beaucoup de mes camarades étaient déprimés parce qu’ils avaient raté un examen, mais moi, j’étais déprimé quoique j’eusse brillamment passé le même examen. Je ne voulais voir que ce que nous avions de commun, que chacun de nous était déprimé, je ne voulais pas voir la différence, à savoir que le chagrin de l’un avait un sens, et que le chagrin de l’autre en était dépourvu. Qu’on broie du noir parce qu’on a été collé à un examen qu’on a préparé très longtemps et à fond, c’est normal. Mais qu’on soit tout à fait incapable de se réjouir de l’avoir si bien réussi et qu’on passe la soirée assis sans rien faire, aussi déprimé que celui qui a échoué, n’est pas normal.
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patrick75patrick7515 septembre 2012
Le médecin scolaire fît projeter sur le mur une série de schémas des organes génitaux des deux sexes et, pour couronner le tout, la reproduction gigantesque en couleurs atroces des parties sexuelles de la femme, puis il déclara d'une voix émue: Hélas oui, mes enfants, tel est en réalité l'horrible aspect de la femme; aucun de vous n'aura sans doute envie d'entrer là-dedans, pas vrai ?

note du lecteur: toutes récriminations devront être adressées au dénommé Fritz Zorn
( je suis en train de chercher son adresse).



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PilingPiling12 mai 2009
Naturellement, ils allaient cependant tout de même à l'église. Il y avait déjà tous leurs morts à l'enterrement desquels ils avaient l'habitude de se rendre. Mais une fois que mes parents allaient à l'église, alors, ah, alors il appartenait au bon ton de s'y rendre selon toutes les règles du comme il faut, et alors, miséricorde, quel pèlerinage ! En effet, une fois qu'ils y étaient, à l'église, ils ne trouvaient plus rien à redire : ils louaient l'église, son architecture, sa décoration florale, le pasteur, le sermon, le jeu de l'orgue, le chant, l'atmosphère et tout de cont il y a moyen de faire l'éloge quand on est bien décidé à faire l'éloge de tout. L'église leur plaisait car elle était bien. Une seule chose semblait ne pas plaire à mon père : quand il devait se lever en même temps que les autres pour la prière, il avait toujours un air furibond, tant il était en colère de devoir se lever comme les autres et faire semblant de prier. Toutefois, après la cérémonie religieuse, il était toujours de bonne humeur et se répandait en louanges ; il déclarait que le curé avait très bien parlé, qu'il s'était exprimé en termes choisis et qu'il avait une diction parfaite. J'étais cependant frappée de ce que mon père louait toujours la forme du sermon : qu'il fût ou non d'accord avec son contenu, cela on n'en parlait pas. Je me rappelle encore qu'à l'issue d'une de ces cérémonies de funérailles j'avais pensé que le curé avait, en fait, dit des tas de bêtises. Pourtant, mon pauvre père commenta ce discours en disant que le curé avait très bien parlé. (On pourrait même conclure à ce propos un subtil compromis, car il est fort possible que le prêtre ait parlé très bien et très bêtement à la fois). Aujourd'hui, je m'expliquerai les choses en me disant que mon père était uniquement pour la forme de l'Eglise mais pas pour son sens. Être pour la forme de l'Eglise, cela faisait partie du bon ton ; être pour son sens, c'était ridicule.
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colimassoncolimasson03 juin 2011
Si l’on jette un coup d’œil sur ce qui a été écrit jusqu’ici, l’impression pourrait facilement se dégager que ce qui compte, pour moi, c’est uniquement de dénombrer avec malveillance les faiblesses de mes pauvres parents afin de les faire passer ensuite pour les méchants qui m’auraient détraqué et auxquels il faudrait donc attribuer tout mon malheur. Mais j’ai tendance à croire qu’il y a davantage, dans ce récit, que la simple intention de rendre mes parents responsables de ce que j’aurais dû mieux savoir et mieux faire. Aujourd’hui, mes parents sont beaucoup moins, à mes yeux, les « coupables » que les covictimes de la même situation faussée. Ils n’étaient pas les inventeurs de cette mauvaise façon de vivre ; ils étaient bien davantage –tout comme moi- dupes de cette vie mauvaise, acceptée sans esprit critique.
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Video de Fritz Zorn (1) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Fritz Zorn
Extraits de l'adaptation théâtre de "Mars", d'après Fritz Zorn, crée au théâtre Océan Nord à Bruxelles, mars 2009,
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