"Je suis jeune et riche et cultivé et je suis malheureux, névrosé et seul. Je descends d'une des meilleures familles de la rive droite du lac de Zurich, qu'on appelle aussi la Rive dorée. J'ai eu une éducation bourgeoise et j'ai été sage toute ma vie. Ma famille est passablement dégénérée, c'est pourquoi j'ai sans doute une lourde hérédité et je suis abîmé par mon milieu. Naturellement j'ai aussi le cancer, ce qui va de soi si l'on en juge d'après ce que je viens de dire"
Fritz Zorn s'attaque donc férocement à son passé à travers une critique sociale de son milieu d'origine (la haute finance suisse). Déjouant les hypocrisies de la bourgeoisie traditionnelle, il fustige notamment la famille et Dieu, ce vase dans lequel l'homme doit déverser sa haine. Une lucidité tardive le plonge dans la rage.
Cette autobiographie voudrait résumer la maladie et les problèmes à des causes purement psychosomatiques. Névrosé, incapable d'être heureux, de rire, sexuellement frustré, impuissant, Zorn se décrit sans fard ; aucune lumière dans ce désespoir.
Mais de cette noirceur obsédante, Zorn cherche avant tout à signifier comment la peur de la vie peut conduire à la mort. Que le refus de côtoyer le monde, inculqué par ses parents, aboutit à sa disparition physique de ce monde. Ayant passé sa vie à côté de celle des autres, Zorn se sait ainsi condamné à finir dans l'oubli.
Décédé à trente-deux ans d'avoir été "éduqué à mort".
Triste constat.