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Alzir Hella (Traducteur)Olivier Bournac (Traducteur)Brigitte Vergne-Cain (Traducteur)Gérard Rudent (Traducteur)Romain Rolland (Préfacier, etc.)
ISBN : 2253057541
Éditeur : Le Livre de Poche (1991)

Note moyenne : 3.99/5 (sur 749 notes)
Résumé :
Dans Amok, publié en 1922, est suggéré un bon, usage de l'exotisme : c'est d'abord de rendre problématique le confort d'une formule de croisière... Pour éprouver; en soi et partout autour, la présence d'un royaume primitif, puissant et mystérieux, le royaume de l'Autre, de l'Inhumain, de la Mort... et devenir ainsi un authentique exote (un en -, dehors », un « hors-venu ») sachant « parler et parler longtemps avec toutes les bouches, dans la nuit ». VICTOR SEGALEN, ... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (67) Voir plus Ajouter une critique
OlivierH77
OlivierH7701 mars 2015
  • Livres 5.00/5
La narrateur rencontre sur un navire de croisière un homme étrange qui reste caché dans la nuit...Il va lui raconter ses déboires. Médecin, ses tendances masochistes se révèlent devant les femmes. Une première fois, il va détourner de l'argent pour l'une d'elles, ce qui l'obligera à s'exiler d'Allemagne vers la Malaisie coloniale. Une fois là-bas, une belle, fière et riche anglaise vient le trouver pour lui demander secours...Elle est enceinte...mais manifestement pas de son mari, qui rentre de voyage dans quelques jours. Avorter est plus qu'une nécessité, une question d'honneur, et même de vie ou de mort...
Lui est ébranlé, mais son esprit sado-masochiste se manifeste, pour réclamer un prix à payer pour ce service, en nature...
A partir de cette demande va s'engager un bras de fer impitoyable entre les protagonistes, entre cette "dame de fer" obsédée par la sauvegarde de son honneur et cet homme dont l'esprit est miné, tourmenté par des sentiments ambivalents d'amour et de haine...qui se croit lui-même, depuis sa rencontre avec cette femme obsédante, amok, ravagé par une folie furieuse et meurtrière propre aux autochtones...
Dans cette longue nouvelle, Zweig installe dès le départ une atmosphère oppressante...D'abord la mystérieuse et quasi inquiétante entrée en contact de ce médecin, sur le bateau, avec le narrateur principal...Puis lorsque le médecin entame son récit de son histoire en Malaisie, le malaise (sans jeu de mots) nous gagne. L'ambiance devient étouffante, moite, ça transpire le drame à venir...
La progression de la tension est impressionnante, mise en relief par une maîtrise extraordinaire de la construction du récit et de la forme : le médecin, par l'emploi du "je" exprime ce qu'il ressent en direct, bizarre impression d'être comme au coeur d'un reportage de guerre en totale insécurité...sauf que la guerre ici est aussi à l'intérieur du corps et de l'âme du narrateur. Et puis quelle maestria pour, entre les moments d'emballements furieux, ralentir comme pour zoomer sur chaque plan dans les confrontations-clés entre les deux êtres déchirés : la première rencontre, la scène de la réception...
J'ai beaucoup aimé cette nouvelle, qui bien qu'écrite en 1922, m'a semblé sonner encore par son style d'écriture et son rythme comme les oeuvres de Stendhal ou Mérimée, même si, sans doute pour servir cette nécessité de mise sous tension du lecteur, certains mots comme "horreur" sont un peu employés trop facilement et trop souvent.
Pour moi un petit bijou, qui se prêterait bien à une nouvelle adaptation au cinéma ! Sauf erreur, la dernière date de 1982.
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valleg
valleg15 février 2013
  • Livres 5.00/5
Est-ce qu'un jour je serai déçue par un récit de Zweig ? J'en doute, et c'est tant mieux, mais bon allez savoir, pour peu que l'Amok me prenne moi aussi un de ces quatre matins…
Donc, j'ai adoré ce recueil de nouvelles.
J'ai retrouvé la finesse de l'analyse psychologique de Zweig que j'ai tant apprécié dans ses romans. Je sais qu'il était ami de Freud qui a dû bien le briffer, mais comme même ; réussir à décrire si justement les profondeurs de l'âme humaine dans ses obsessions, sa déraison, ses passions, ça me stupéfie chaque fois. On sent tellement d' humanité chez cet auteur.
Et puis ce sens de la construction, ce sens dramatique, la beauté des métaphores, la musicalité de son écriture. C'est somptueux.
Je vais vous dire, bien que le thème de ce recueil ne s'y prête guère, j'en suis sortie merveilleusement apaisée par tant de perfection et de beauté.
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paroles
paroles26 avril 2014
  • Livres 5.00/5
Où nous mène la passion ? Jusqu'à la folie parfois. Et c'est bien là que nous emmène cette fois-ci Stefan Zweig.
Tout-à-coup, sans crier gare, elle s'empare de nous. Elle nous fait faire tout et n'importe quoi. Cette passion dévorante, cette rage qui détruit tout sur son passage et nous pousse à commettre des actes irréfléchis. Et quand le coup de folie passé, nous nous penchons sur nos actes irraisonnés, il ne nous reste que le remords qui nous ronge jusqu'à l'épuisement.
Encore une fois, Stefan Zweig réussit magistralement à décrire les sentiments que traverse son malheureux héros, dont on ne connaîtra ni le nom, ni l'âge, sinon qu'il fut médecin et refusa de pratiquer l'avortement demandé par une jolie femme.
Il est minuit docteur... La confession commence. Les sentiments s'entrechoquent. le vertige hésite entre la haine, la passion, le devoir...

Sur le divan de Stefan Zweig, pour une autre psychanalyse... J'y cours.
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ibon
ibon10 juillet 2013
  • Livres 5.00/5
Trois superbes nouvelles. "Amok", "Lettre d'une inconnue", "La Ruelle au clair de lune". Ils sont hommes ou femmes et ils sont soumis à la passion amoureuse qui les dévore. Aveuglés, ils sortent logiquement du cadre de la normalité de la vie en société.
Ils se mettent en marge en mourant d'impatience de retrouver l'autre, l'aimé(e).
Mais la transe furieuse de cet amoureux (l'amok en malaisien) qui ne trouve pas sa moitié le pousse à l'autodestruction.
Stefan Zweig décrit ce processus dans ces trois nouvelles en variant les contextes.
Dans Amok, c'est le récit d'un voyageur désabusé, à bord d'un paquebot qui, une nuit, rencontre un médecin alcoolique qui lui raconte sa vie. (Un récit dans le récit).
Dans "Lettre d'une inconnue", (ma préférée), un écrivain à succès reçoit un courrier volumineux qui contient l'histoire d'une femme, son ancienne voisine, alors adolescente. C'est cette femme qui raconte passionnément son attente qui m'a le plus touché.
Dans "La Ruelle au clair de lune", un voyageur (encore désabusé, comme souvent chez Zweig) débarque dans un port et entre dans un bar interlope où il est témoin d'une scène dramatique.
Mais je n'en dis pas plus, en ai-je trop dit? Comme le dit fort justement Romain Rolland dans la préface, c'est une oeuvre qu'il faut humer, lamper!
"C'est un crime contre l'art, de la fausser, d'avance..."
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TheWind
TheWind19 juillet 2014
  • Livres 4.00/5
J'aimerais pouvoir parler de ces hommes atteints de folie meurtrière, de ces hommes à la désespérance telle qu'ils en arrivent à tuer des inconnus et même leurs proches, de ces hommes ne supportant pas l'humiliation et qui d'un brusque désir de vengeance anéantissent tout ce qui fut leur vie.
Quand la passion atteint son paroxysme et que plus rien ne peut retenir la main fanatique et dévastatrice.
Difficile de parler de ces hommes, auteurs d'acte infâme, monstrueux, barbare...sans ressentir de l'aversion, et même parfois de la haine.
Quoiqu'il en soit l'incompréhension règne. Et les mots deviennent bien futiles et vains.
Si ce ne sont ...les mots de Zweig.
L'Amok, c'est ça. "C'est plus que de l'ivresse...c'est de la folie, une sorte de rage humaine...une crise de monomanie meurtrière et insensée, à laquelle aucune intoxication alcoolique ne peut se comparer." Ainsi parle de cette folie meurtrière un médecin ayant exercé en Malaisie, personnage de cette nouvelle de Zweig.
L'amok, c'est cet accès de rage qui provoque chez certains malais une course effrénée au cours de laquelle ils tueront tout ce qui se trouve sur leur passage.
Zweig s'appuie sur ce phénomène pour écrire "Amok ou le fou de Malaisie" avec toute la subtilité et le talent qu'on lui connaît. Subtile évocation de ces sentiments qui submergent, qui rendent fou, qui dépassent l'entendement au plus haut point et qui poussent l'individu tourmenté vers l'irrationnel, vers l'insensé.
Zweig est incontestablement le maître quand il s'agit de plonger le lecteur au coeur de "ce monde souterrain des passions" et c'est, avec bien sûr une certaine appréhension à chaque fois, qu'on le suit fébrilement et qu'on écoute docilement ses mots :
" Surgissez de vos ténèbres crépusculaires,
Et n'ayez pas honte des tourments qui vous plongent dans l'ombre ! "
Sage conseil et bien avisé sans nul doute, que je me permets de généraliser. N'est ce pas en prenant à bras le corps ces tourments inconscients et en les partageant qu'on peut espérer retrouver la lumière ?
Petite pensée émue pour cet auteur épatant qui je l'espère a finalement retrouvé la lumière...
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Citations & extraits (64) Voir plus Ajouter une citation
rorospigororospigo11 mai 2016
L'unique droit qui reste à un homme n'est-il pas de crever comme il veut... et de plus sans subir l'ennui d'une assistance étrangère?
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cmpfcmpf13 janvier 2015
Quels rêves alors n’ai-je pas faits ! Je voulais apprendre les langues et lire les livres sacrés dans le texte original, étudier les maladies, faire de la recherche ; je voulais sonder l’âme des indigènes – oui, c’est ainsi qu’on dit dans le jargon européen –, bref, devenir un missionnaire de l’humanité et de la civilisation. Tous ceux qui viennent de ce côté font le même rêve. Mais dans cette serre étouffante, là-bas, qui échappe à la vue du voyageur, la force vous manque vite ; la fièvre – on a beau avaler autant de quinine que l’on peut, on l’attrape quand même, elle vous dévore le corps ; on devient indolent et paresseux, on devient une poule mouillée, un véritable mollusque. Un Européen est, en quelque sorte, arraché à son être quand, venant des grandes villes, il arrive dans une de ces maudites stations perdues dans les marais ; tôt ou tard, chacun reçoit le coup fatal : les uns boivent, les autres fument l’opium, d’autres ne pensent qu’à donner des coups et deviennent des brutes ; de toute façon, chacun contracte sa folie.
+ Lire la suite
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le_Bisonle_Bison24 mars 2012
Donc… attendez… oui, j’y suis. J’étais là-bas dans mon trou maudit, j’étais là-bas comme l’araignée dans son filet, immobile depuis déjà des mois. C’était précisément après la saison des pluies. Pendant des semaines et des semaines, l’eau avait clapoté sur mon toit. Personne n’était venu ; aucun Européen ; chaque jour, j’avais passé le temps assis chez moi, avec mes femmes jaunes et mon bon whisky. J’étais alors au plus bas ; j’étais complètement malade de l’Europe ; quand je lisais un roman où il était question de ruelles claires et de femmes blanches, mes doigts se mettaient à trembler. Je ne puis pas vous décrire cet état ; c’est une espèce de maladie des tropiques, une nostalgie fiévreuse, furieuse, et cependant débilitante, qui quelquefois s’empare de vous.
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gillgill08 juin 2013
Au mois de mars 1912, il se produisit dans le port de Naples, lors du déchargement d'un grand transatlantique, un étrange accident sur lequel les journalistes donnèrent des informations abondantes, mais parées de beaucoup de fantaisie.
Bien que passager de l'Océania, le navire en question, il ne me fut pas plus possible qu'aux autres d'être témoin de ce singulier événement, parce qu'il eut lieu la nuit, pendant qu'on faisait du charbon et qu'on débarquait la cargaison et que, pour échapper au bruit, nous étions tous allés à terre passer le temps dans les cafés ou les théâtres.....
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patatarte2001patatarte200116 décembre 2014
Ah! vous protestez...je comprends, vous êtes enthousiasmé par les Indes, les temples et les palmiers, tout le romantisme d'un voyage de deux mois. Oui, ils sont enchanteurs, les tropiques, quand on les voit du chemin de fer, de l'auto ou de la rikscha; et, moi, je n'ai pas eu une impression différente, lorsque, pour la première fois, j'y vins, il y a sept ans. Quels rêves, alors n'ai-je pas faits ! Je voulais apprendre les langues et lire les livres sacrés dans le texte original, étudier les maladies, faire de la recherche; je voulais sonder l'âme des indigènes - oui, c'est ainsi qu'on dit dans le jargon européen-, bref, devenir un missionnaire de l'humanité et de la civilisation. Tous ceux qui viennent de ce côté font le même rêve. Mais dans cette serre étouffante, la-bas, qui échappe à la vue du voyageur, la force vous manque vite; la fièvre - on a beau avaler autant de quinine que l'on peut, on l'attrape quand même, elle vous dévore le corps; on devient indolent et paresseux, on devient une poule mouillée, un véritable mollusque. Un Européen est, en quelque sorte arraché à son être quand, venant des grandes villes, il arrive dans une de ces maudites stations perdues dans les marais; tôt ou tard, chacun reçoit le coup fatal : les uns boivent, les autres fument l'opium, d'autres ne pensent qu'à donner des coups et deviennent des brutes; de toutes façon, chacun contracte sa folie. On a la nostalgie de l'Europe, on rêve de marcher de nouveau, un jour, dans une rue, de s'asseoir dans une chambre bien claire, avec des murs de pierre, parmi des hommes blancs. Pendant des années, on en rêve, et puis lorsque vient le temps où l'on a droit à un congés, on est déjà trop fainéant pour partir. On sait que là-bas on est oublié, inconnu et comme une moule dans l'océan, une moule que chacun foule aux pieds! C'est ainsi que l'on reste et que l'on s'abrutit et se déprave dans ces forêts chaudes et humides. Maudit le jour où je me suis vendu à ce sale trou..."
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