> Alzir Hella (Traducteur)

ISBN : 2253153532
Éditeur : Le Livre de Poche (2002)


Note moyenne : 3.68/5 (sur 57 notes) Ajouter à mes livres
Comment le désir et la passion, enracinés au fond de chaque être, peuvent le révéler à lui-même et bouleverser son destin : tel est le secret que tentent de percer les quatre récits qui composent ce volume. L'éveil de la jalousie chez un garçon de douze ans, qui a innoc... > voir plus
Ajouter une critique Ajouter une citation

> voir toutes (7)

Critiques et avis

> Ajouter une critique

    • Livres 4.00/5
    Par Ansault, le 15 janvier 2009

    Ansault
    Résumé :
    La première nouvelle qui ouvre ce recueil est Brûlant secret. Elle raconte l'histoire d'une mère et de son fils à la santé fragile âgé d'environ une douzaine d'année partis en vacances au grand air dans un hôtel luxueux. Un jeune dandy, oisif, baron de sa condition, aimant les femmes se trouve dans ce même hôtel. le baron est un chasseur cherchant aventures et trophées. Il trouvera en la mère d'Edgar comme un défi ou un challenge à relever. C'est sûr avant la fin de son séjour celle-ci sera sienne et succombera dans ses bras, car tel était son bon vouloir et tel sera son plaisir. Pour arriver à ses fins et conquérir une mère ne daignant pas répondre à ses avances, le fourbe Baron s'arrangera pour gagner l'amitié d'Edgar qui jouera bien malgré lui le rôle d'entremetteur.
    Mais c'était sans compter sur la perspicacité du jeune Edgar. Et dés lors qu'il aura compris qu'il n'était aux yeux de son ami que le vulgaire instrument de sa fourberie, Edgar mettra tout en œuvre pour contrecarrer les projets du Baron et se livrera à une surveillance étroite pour tenter de percer le mystère, ce Brûlant secret dont l'innocence de son âge ne lui en avait pas encore révéler la teneur.
    La seconde nouvelle, conte crépusculaire, nous parle de jeunes gens oisifs occupant leurs journées estivales en de longues promenades à cheval. Parmi eux un jeune homme, ou plutôt un adolescent. Alors que les autres occupent leurs soirées en fumant et jouant aux cartes, ce dernier se promène dans l'allée du parc qui entoure l'imposante demeure où il séjourne.
    C'est alors qu'une jeune femme sortant de nulle part, tel un fantôme, se jettera sur lui effrontément et l'embrassera fougueusement. Elle s'en ira tout aussi mystérieusement sans qu'il ait eu le temps de voir qui elle était.
    Hanté par la fulgurance de cet instant qui lui laissa entrevoir les délices d'une sensualité insoupçonnée jusqu'alors, il lui faudra trouver coûte que coûte qui parmi les convives pourrait être cette mystérieuse jeune femme.
    La troisième nouvelle, la nuit fantastique, raconte l'histoire d'un homme dégagé de tout souci matériel et dont la vie, sans grand intérêt, s'écoule paisiblement. Il occupe son temps en distractions diverses et en relations mondaines. Désabusé, le confort de sa situation lui permettant d'obtenir ce qu'il veut quand il veut, la vie lui apparaît à la longue insipide. Il s'ennuie.
    C'est alors qu'un dimanche après-midi enjoué par la chaleur estivale, ravi par l'allégresse des promeneurs, se laissant aller à ses humeurs printanières, il décide brusquement de se rendre à la campagne. Mais c'était sans savoir que là où il se rendait, se déroulait un Derby à l'hippodrome où toute la bonne société de Vienne avait rendez-vous. D'abord distant, ne semblant guère concerné, la vision d'une femme débordante d'opulence et d'extravagance, le conduira à jouer un jeu où les provocations s'enchaîneront et finiront par établir les circonstances qui changeront à jamais sa vie et sa vision du monde.
    La dernière nouvelle, Les Deux Jumelles, est un conte drolatique, il nous emmène en des temps reculés et incertains. Là-bas deux sœurs jumelles, Hélène et Sophie, filles d'un chef de cavalerie de l'armée du Roi et d'une boutiquière, vivent dans la précarité et sont élevées par leur seule mère. Leur père, à l'âme guerrière et peu scrupuleuse, trahit son Roi par ambition et pour l'appât du gain. Démasqué, il sera rapidement désavoué et exécuté le jour de la naissance de ses filles.
    Les deux sœurs si elles avaient héritées de la beauté de leur mère n'en étaient pas moins les dignes représentantes de la folie ambitieuse de leur père si bien que sans cesse elles étaient en concurrence l'une envers l'autre.
    Quelques années plus tard alors qu'Hélène s'était jetée dans la luxure pour ravir aux hommes jeunes ou vieux leur fortune et vivre ainsi une vie de facilités et de débauches, Sophie en proie à une profonde jalousie se devait de faire plus qu'elle. C'est alors que l'idée de rentrer dans les ordres s'imposa d'elle-même. Elle restera pure quand sa sœur sera souillée par le vice, elle sera vertueuse quand sa sœur se livrera à la débauche et à la luxure.
    Mais Hélène n'avait pas encore dit son dernier mot…
    Mon appréciation :
    En commençant la lecture de ces nouvelles, j'ai d'abord été enthousiasmé et j'ai franchement bien accroché au premier récit où l'action est pleine de rebondissements et où le personnage du jeune garçon est très attachant. C'est à la fois une quête initiatique vers la maturité, la fin d'un âge, la découverte de l'amour, l'apprentissage d'un nouveau monde, le passage vers l'âge adulte où les choses vous apparaissent tout à coup en une sorte de révélation extralucide. L'étude psychologique des personnages est d'une grande maîtrise, les sentiments et les émotions sont expliqués, justifiées, disséquées et tout cela est d'une parfaite cohérence.
    Fort de ces constats, la lecture de la seconde nouvelle m'est apparue déjà comme moins palpitante. le portrait psychologique des personnages est toujours aussi pointu mais bien que les apparitions surnaturelles de l'être aimé soient d'une grande beauté, l'intrigue plus simple m'a laissé un peu sur ma faim.
    Quant à la troisième nouvelle, l'analyse psychologique du personnage poussée dans ses extrêmes a fini par carrément m'ennuyer. Je lisais glissant sur ses longues phrases, perdu dans mes rêveries. Bref, j'étais blasé…
    … Jusqu'au moment où, dans un éclair de lucidité, m'est apparue une thématique récurrente à nombres d'écrits de Stefan Zweig. Ca m'a d'abord interpellé, interrogé, puis intéressé avant de carrément me passionner et de redonner un éclairage nouveau et palpitant sur ce que je venais de lire. J'aurais presque pu en relire toutes les pages sous la lumière de cette découverte, si le courage ne m'avait pas fait défaut.
    Tout en lisant cette histoire du jeune dandy, oisif et à l'abri du besoin, qui s'en va passer son dimanche après-midi au champ de courses, je me disais : « Mais bon sang, le Joueur d'Echecs, (que j'avais lu il y a très longtemps), m'avait laissé un souvenir enthousiaste et pourquoi donc ici, je ne retrouvais plus cette sensation ? »…
    « Le Joueur d'échecs…, les échecs…, les courses…, le jeu…, le hasard…, l'argent…, les jeux d'argent et de hasard… »
    « Mais c'est bien sûr !!! le jeu !!! »
    Ici se cache l'essence même des écrits et de la personnalité de Stefan Zweig qui en font toute l'originalité. Tous les écrits qu'il m'avait été donné de lire parlaient de la même chose et le « Jeu » y joue un rôle capital.
    Dans Brûlant secret, l'homme, le Baron parti en chasse de la mère d'Edgar est encore là aussi un jeune dandy, plein d'argent, issu de la noblesse cherchant à courtiser les femmes comme il miserait sur un numéro au casino. C'est un chasseur, un joueur, rien ne lui est plus plaisant que le jeu par lui-même et la femme qu'il convoite n'est rien d'autre que le lot à gagner. Il en va de même d'Edgar, qui une fois qu'il aura compris les intentions du Baron, entrera délibérément dans la partie, d'enfant immature, le voilà subitement transposé dans le rôle de joueur et d'adversaire. Les deux protagonistes jouent donc une partie serrée dont le lot ou la récompense est pour l'un les charmes sensuels de l'amour et pour l'autre la douceur et la sécurité maternelle : l'amante contre la mère.
    De même dans le conte crépusculaire, là encore nous est décrite une société de jeunes inactifs, pour qui l'argent n'est assurément pas un problème et qui passent leur temps à jouer et à se promener. Quand il arrivera cette chose hallucinante au héros (se faire littéralement violer – nous sommes dans les années 30 !!! – par une inconnue dans les allées d'un parc d'une demeure bourgeoise), il ne cherchera plus qu'à découvrir qui pourrait bien être cette jeune fille. Il partira ainsi dans une sorte d'enquête policière, d'énigme à résoudre, comme un joueur qui chercherait des indices pour savoir sur quel numéro parier.
    Dans la nuit fantastique, l'allusion au jeu est pour le coup flagrante en situant délibérément le début de l'intrigue dans un hippodrome au milieu des parieurs. Mais en réalité, comme dans les autres nouvelles mais d'une façon encore plus tragique ici, c'est précisément la vie du héros qui est mise en jeu. Ici le personnage ne se contente pas de jouer aux courses, il joue à la roulette russe et l'issue du jeu peut signifier une défaite c'est-à-dire la mort. Mais notre personnage en a parfaitement conscience et il en accepte l'issue de bonne grâce comme une éventualité probable. Quand on joue on accepte les règles du jeu et jouer inclus aussi le fait de perdre et même si perdre équivaut à mourir !
    Et il en va ainsi dans la dernière nouvelle Les Deux Jumelles, les deux sœurs ont passé leur enfance à être en concurrence l'une envers l'autre, sans cesse elles se sont mises au défi. Leur choix de vie respectifs, luxure ou religion, luxe ou pauvreté, exubérance ou pudeur, n'a pas été déterminé par vocation mais en opposition l'une par rapport à l'autre. Elles jouent à la roulette : Hélène a misé ses jetons sur les rouges, alors que Sophie choisit de miser sur les noirs.
    Alors évidemment bien que ces analogies et ces thèmes soient intéressants, ce qui en constitue la principale valeur c'est le message que Stefan Zweig tente de nous véhiculer à travers tout cela. Stefan Zweig est un poète et comme tout poète il semble habité par un certain idéalisme et une confiance en la nature humaine. Les personnages de Stefan Zweig sont en majorité désabusés et ils n'attendent plus grand-chose de la vie, ils mettent leur destin en jeu et ils s'en remettent délibérément au hasard en tentant de gagner la partie tout en sachant parfaitement qu'ils peuvent aussi bien la perdre. En réalité c'est Stefan Zweig qui tire les ficelles de tout cela et c'est lui qui décide de l'issue de cette partie. En tant qu'humaniste convaincu il nous propose toujours, et désolé si en disant cela je dévoile un peu trop de ces histoires, une issue qui vient en quelque sorte transcender le récit. Il en sort de cette errance de départ quelque chose de magnifier, quelque chose de grand, comme un espoir ou une révélation. Les personnages en sortent grandis, ils gagnent en lucidité comme si le sens de la vie venait de leur apparaître, comme s'ils venaient subitement d'accéder à la Connaissance Universelle.
    Alors fort de ces constats, il me fallait désormais découvrir d'où pouvait venir cette intime conviction qui semblait être pour Stefan Zweig une véritable philosophie de vie. Quand on peut à ce point trouver des concordances, des similitudes, des thèmes directeurs dans les œuvres d'un auteur ou d'un artiste, alors c'est sûr on est en passe de découvrir ce qui constitue l'essence même de toute une œuvre.
    Et c'est dans les travaux et la philosophie de Friedrich Nietzsche qu'on trouve, me semble-t-il, toute l'origine de l'œuvre de Stefan Zweig.
    (... suite dans autre message).

    Lien : http://www.michel-danzo.com
    > lire la suite
    Critique de qualité ? (6 votes positifs)
    • Livres 4.00/5
    Par lecassin, le 22 mai 2012

    lecassin
    « Brûlant secret » est la première nouvelle de ce recueil qui en compte quatre.
    Quatre nouvelles dans la plus pure tradition de Stefan Zweig :
    « Brûlant secret » où un jeune garçon, Edgar finit par servir d'entremetteur bien involontaire entre un baron entreprenant et sa mère, rétive à ses avances.
    « conte crépusculaire » : un groupe de jeunes gens passent leur temps, au plein cœur d'un été torride à monter à cheval et occupent leurs soirées à fumer et jouer aux cartes. Parmi eux, un jeune homme préfère les promenades nocturnes dans le parc. C'est là qu'une jeune femme « l'agressera » d'un baiser fougueux… pour disparaître immédiatement. Qui est-elle, qui lui permit d'entrevoir les délices insoupçonnés jusqu'alors de la sensualité ?
    Dans « la nuit fantastique », un homme s'ennuie dans le confort d'une situation enviable où rien ne semble lui pouvoir être refusé. Un dimanche après-midi comparable à tant d'autres… Il décide brusquement de se rendre à la campagne, ignorant que toute la bonne société de Vienne s'y est donné rendez-vous pour un derby à l'hippodrome. Une rencontre et son existence en sera définitivement bouleversée…
    Et pour finir, un conte, « Les deux jumelles » Hélène et Sophie, filles d'un chef de cavalerie de l'armée du Roi et d'une boutiquière. L'une entrera dans les ordres quand l'autre se vautrera dans la luxure.
    Je le disais plus haut : quatre nouvelles dans la plus pure tradition de l'auteur : peinture sans concession d'une société et de ses mœurs, mais également analyse subtile des consciences dans leurs plus obscurs retranchements.
    > lire la suite
    Critique de qualité ? (15 votes positifs)
    • Livres 4.00/5
    Par Ansault, le 15 janvier 2009

    Ansault
    (...Suite...)
    Quand le je devient jeu.
    La philosophie de Nietzsche dans l'œuvre de Stefan Zweig.
    La philosophie a ceci de confondant c'est qu'il suffit d'en lire quelques lignes pour que tout de suite on se dise : « Mon Dieu, mais comme c'est vrai !», et l'on pourrait très bien lire la thèse opposée pour que l'on se dise de la même façon : « Ah ben, il n'a pas tort non plus, celui là ! ». Enfin tout ça pour dire que je ne suis pas un spécialiste de la philosophie, loin de là, en réalité je m'en méfie beaucoup et même j'évite d'en lire car très vite on est troublé et on ne sait plus trop quoi penser quand ça ne nous laisse pas carrément vide… si bien sûr on ne s'est pas endormi avant !!!
    Néanmoins, au risque de m'y perdre, je vais quand même m'essayer à en dégager quelques similitudes entre les thèmes décrits dans l'œuvre de Stefan Zweig et certaines théories développées par Nietzsche, d'une façon non exhaustive et aux raccourcis sûrement un peu approximatifs.
    Belle affaire quand même, quand on pense que déjà les plus grands spécialistes se déchirent sur l'œuvre de ce philosophe… Enfin bref !!!
    Stefan Zweig est né en Autriche en 1881 et est mort en 1942. Friedrich Nietzsche, lui, est né en Allemagne en 1844 et est décédé en 1900. Ainsi Zweig, en homme ayant étudié la philosophie, devait avoir parfaitement connaissance des thèses développées par Nietzsche.
    Voici un texte de Nietzsche qui, me semble-t-il, illustre parfaitement les thèmes récurrents développés dans l'œuvre de Zweig :
    Le besoin nous contraint au travail dont le produit apaise le besoin : le réveil toujours nouveau des besoins nous habitue au travail. Mais dans les pauses où les besoins sont apaisés et, pour ainsi dire, endormis, l'ennui vient nous surprendre. Qu'est-ce à dire ? C'est l'habitude du travail en général qui se fait à présent sentir comme un besoin nouveau, adventice ; il sera d'autant plus fort que l'on est plus fort habitué à travailler, peut-être même que l'on a souffert plus fort des besoins. Pour échapper à l'ennui, l'homme travaille au-delà de la mesure de ses autres besoins ou il invente le jeu, c'est-à-dire le travail qui ne doit apaiser aucun autre besoin que celui du travail en général. Celui qui est saoul du jeu et qui n'a point, par de nouveaux besoins, de raison de travailler, celui-là est pris parfois du désir d'un troisième état, qui serait au jeu ce que planer est à danser, ce que danser est à marcher, d'un mouvement bienheureux et paisible : c'est la vision du bonheur des artistes et des philosophes.
    Extrait d'Humain, trop humain publié en 1878, soit 3 ans avant la naissance de Stefan Zweig.
    En lisant ce court extrait, j'ai vraiment l'impression de parcourir le synopsis décrivant la trame d'une des nouvelles de Stefan Zweig.
    Pour résumer, ce texte nous explique que l'homme pour vivre doit contenter des besoins physiologiques comme manger, boire, dormir, …, sans lesquels toute vie serait impossible. Pour combler ces besoins il faut travailler pour produire ce dont nous avons besoin, ou, dans nos sociétés contemporaines, pour gagner de l'argent pour acheter ces produits. Mais quand vos besoins primaires sont comblés (vous avez mangé, vous avez bu, vous avez bien dormi, …) et quand le travail à effectuer pour couvrir ces besoins est terminé, vous vous retrouvez inactif et commencez à vous ennuyer. Nietzsche nous explique alors que cet ennui est la résultante d'un nouveau besoin créé par l'acte de travailler lui-même. le travail est ce nouveau besoin, au même titre que les besoins physiologiques, qu'il vous faut désormais satisfaire.
    Alors pour combler ce nouveau besoin, deux possibilités s'offrent à vous : soit vous vous remettez à travailler, pour produire encore plus, pour surproduire ; soit vous jouez.
    Et c'est là que l'analogie avec les œuvres de Stefan Zweig est la plus flagrante. Tous ses héros sont rentiers, ils n'ont pas besoin de travailler pour subvenir à leur besoin, alors ils s'ennuient et ça Stefan Zweig le décrit très bien dans l'analyse psychologique qu'il en fait, tous sont plus ou moins désabusés, et c'est pourquoi ils trouvent un nouveau salut en engageant leur vie dans la sphère du jeu. Il en va de même pour les deux sœurs jumelles qui démarrent leur vie dans la misère mais très vite elles sauront se dégager de tous soucis matériels, l'une en courtisant des hommes très riche, l'autre en confiant à Dieu le soin de nourrir son corps à défaut de son âme.
    Nietzsche poursuit alors en nous expliquant que quand vous êtes « saoul » du jeu et que tout vos besoins sont comblés vous aspirez alors à un troisième état qui serait une sorte de désir de transcendance ou de transfiguration, une sensation de plénitude, un état de grâce et de sérénité et il nous dit qu'il s'agit là de « la vision du bonheur des artistes et des philosophes ».
    Et c'est précisément cette sensation qui est l'enjeu véritable de tous les personnages de Zweig. Tous se jettent à corps perdus dans le jeu, tous recherchent la plénitude et un nouvel éclairage sur leur vie, une lucidité… l'illusion d'un bonheur.
    Est-ce à dire alors que tous les héros de Stefan Zweig seraient des artistes ou des philosophes ?
    Stefan Zweig était le fils de Moritz Zweig, riche juif fabricant de tissu, et d'Ida (Brettauer) Zweig, fille d'un banquier italien. Il étudia la philosophie et l'histoire de la littérature. Autant dire alors qu'il était de par sa naissance dégagé du besoin, et il en profita d'ailleurs pour voyager beaucoup.
    Je crois donc que tous les héros de Stefan Zweig sont Stefan Zweig. Et l'histoire qu'il nous raconte est l'histoire de sa propre vie.
    Stefan Zweig en jeu sur l'échiquier… Echec et mat !
    Stefan Zweig donc est un artiste sincère et authentique qui au travers de ces écrits nous livre sa conception de la vie, sa philosophie (probablement inspirée des théories de Nietzsche… entre autres !!!). Mais au-delà de cela il me semble, et ce que je m'en vais vous raconter n'est qu'une intuition personnelle, que Zweig ne s'est pas contenté de nous transmettre une théorie illustrée par de belles histoires. En effet je crois qu'il a appliqué sur lui-même les propres principes de vie qu'il a développés dans ses livres. Je crois que Stefan Zweig a joué et a misé sa propre vie.
    A la différence des héros de ses histoires qui en sortent grandis, lui a perdu la partie. Et, le 23 février 1942, Stefan Zweig se donne la mort en ingérant des médicaments (sa femme le suivra elle aussi dans la mort) après avoir écrit la lettre suivante :
    « Avant de quitter la vie de ma propre volonté et avec ma lucidité, j'éprouve le besoin de remplir un dernier devoir : adresser de profonds remerciements au Brésil, ce merveilleux pays qui m'a procuré, ainsi qu'à mon travail, un repos si amical et si hospitalier. De jour en jour, j'ai appris à l'aimer davantage et nulle part ailleurs je n'aurais préféré édifier une nouvelle existence, maintenant que le monde de mon langage a disparu pour moi et que ma patrie spirituelle, l'Europe, s'est détruite elle-même.
    Mais à soixante ans passés il faudrait avoir des forces particulières pour recommencer sa vie de fond en comble. Et les miennes sont épuisées par les longues années d'errance. Aussi, je pense qu'il vaut mieux mettre fin à temps, et la tête haute, à une existence où le travail intellectuel a toujours été la joie la plus pure et la liberté individuelle le bien suprême de ce monde. »
    L'errance de Stefan Zweig est due, à l'exception de ses Voyages de jeunesse, au contexte politique de l'époque. La fin du 19ème siècle et le début du 20ème est marqué par un antisémitisme grandissant nourrit par le nationalisme qui conduira dans les années 1930 à la montée du nazisme et à la seconde guerre mondiale. Comme nombre d'artistes et d'intellectuels juifs l'exil sera leur seule chance de salut. Les écrits et les livres du « juif » Stefan Zweig étaient brûlés en autodafé si bien qu'il résolut de partir en 1934 pour l'Angleterre. Ce départ prématuré suscite nombre de polémiques chez ses biographes, certains affirment qu'il est parti en exil devant l'imminence de la guerre et la montée de l'antisémitisme, d'autres pensent qu'il est simplement parti approfondir sa recherche sur Marie Stuart dont il écrivait la biographie. Il est à noter aussi que certaines thèses de Nietzsche ont été récupérées et détournées frauduleusement de leur sens initial par les nazis. Personnellement, selon mon intuition, intuition qui n'est étayée par aucune thèse, je pense, et pour rester en cohérence avec tout ce qui a été énoncé précédemment, et tant pis si c'est un peu simpliste et réducteur, je pense donc que Stefan Zweig s'est laissé porter par le hasard. le hasard, ce hasard qui est partie intégrante de tout jeu quel qu'il soit. Son errance était en accord avec ses principes philosophiques, l'errance conduit à la transcendance par le jeu sublimé. Tous les héros de Stefan Zweig finissent un moment ou un autre par errer, remettant ainsi leur vie entre les mains du hasard.
    Fuite, lâcheté, manque de courage, refus de l'engagement politique, désintérêt pour la cause des siens ? Oui ? Non ? Peut-être ? On s'en fout… Il me semble que la portée de son message philosophique outrepasse de beaucoup un simple engagement politique et une lutte militante. En même temps aujourd'hui il nous est facile de juger, mais n'oublions pas que nous n'y étions pas et que la vision que nous en retirons aujourd'hui est une vision « romantique ». Voir la mort en face et appréhender physiquement la finitude de ses congénères est autrement plus réalistes et justifie, me semble-t-il, toutes les lâchetés et tous les exils. Et même si ça ne les justifie pas, ça ne nous donne pour autant pas le droit de juger et encore moins de condamner.
    Mais Stefan Zweig ne cherchait-il pas encore à étayer jusqu'au bout les principes qui nourrissaient sa philosophie de vie ?
    En tout cas l'issue tragique qu'il donna à sa vie le 23 février 1942 montre une chose : c'est qu'il n'avait pas peur de la mort.
    Tentait-il par cet acte de se racheter une conduite et ainsi démentir toute supposée lâcheté ou souhaitait-il simplement rester en cohérence avec lui-même et ses principes de vie ?

    Et vous ? Avez-vous le courage de miser, sans sourciller, votre vie pleine et entière?

    Lien : http://www.michel-danzo.com
    > lire la suite
    Critique de qualité ? (2 votes positifs)
    • Livres 4.00/5
    Par Seraphita, le 31 janvier 2010

    Seraphita
    1ère nouvelle : 5/5 « Brûlant secret ». A Semmering, dans les montagnes, un baron chasseur de femmes vient prendre quelques vacances, à la recherche d'une plaisante aventure avec une belle dame. Il remarque la présence d'une femme troublante : « c'était une de ces juives un peu grasses, à la veille de dépasser la maturité » (p. 17), accompagnée d'un jeune enfant de 12 ans, prénommé Edgar. Afin de rentrer dans les bonnes grâces de la femme, il se lie avec l'enfant. La passion amicale dévore rapidement ce dernier qui se trouble de tant d'attention de la part d'un adulte. le stratagème du baron fonctionne et nos deux adultes vont vite faire connaissance, délaissant l'enfant. Surgit alors dans l'esprit du garçon un sentiment inconnu jusqu'alors : la jalousie et l'envie pressante de découvrir le « Brûlant secret » qui lie les deux adultes et semble les transformer. La vengeance d'Edgar sera à la mesure de sa jalousie…
    2ème nouvelle : 5/5 « conte crépusculaire ». Bob est un adolescent de 15 ans qui va connaître un soir son premier émoi de jeune homme : alors qu'il se rend dans le jardin du somptueux château dans lequel vient de se dérouler une soirée, une femme inconnue se jette dans ses bras et l'embrasse avec fougue et volupté. Parviendra-t-il à découvrir l'identité de cette mystérieuse ombre ?
    3ème nouvelle : 1/5 « la nuit fantastique ». Un homme de 36 ans, assez fortuné, se découvre de plus en plus insensible et indifférent au monde qui l'entoure. Jusqu'aux événements de cette nuit du 7 juin 1913, à Vienne, cette « nuit fantastique ». Il se rend aux courses et y rencontre une femme séduisante ; mais son mari, un gros homme chauve, vient rompre le charme. le narrateur parvient à gagner une coquette somme d'argent en lieu et place du gros homme. Il en devient bouleversé et un émoi jusqu'ici inconnu le gagne.
    4ème nouvelle : 5/5 « Les deux jumelles ». Deux jeunes sœurs jumelles, à la beauté sans nulle autre pareille, rivalisent de jalousie : quand l'une d'elle, Hélène, du côté de la chair et de la volupté, multiplie les conquêtes afin d'exercer son emprise et son goût de la richesse, l'autre, Sophie, du côté de l'esprit et de la chasteté, s'engage vers le noviciat et l'aide aux malades. Un jour, Hélène tend un traquenard à Sophie, en la personne d'un séduisant jeune homme. Saura-t-elle résister à l'appel du désir ?
    Un recueil de nouvelles qui explore les tourments passionnels de l'âme humaine, depuis l'adolescence jusqu'à l'âge adulte. J'ai beaucoup apprécié la lecture de la première nouvelle : tout d'abord, elle est bien écrite, dans un style ciselé et précis. Ensuite, l'auteur explore la palette diversifiée des sentiments humains : les désirs troubles du baron, l'émoi provoqué par la séduction du baron sur la femme, mais surtout les modifications dans le ressenti du jeune garçon, depuis le trouble passionnel suscité par l'attention que lui porte le baron jusqu'à la jalousie féroce et la haine implacable à l'encontre du couple illégitime. La nouvelle est très introspective, décrivant bien les mouvements psychiques des personnages. le lecteur développe facilement une sympathie pour Edgar, se prenant à lui souffler sa conduite. Mais le lecteur – adulte – ne peut influer sur la destinée d'un psychisme enfantin. Une nouvelle de bout en bout passionnante. « conte crépusculaire » est une nouvelle captivante, de par son côté énigmatique et la description précise des émois d'un adolescent. J'ai été déçue par la troisième nouvelle, « la nuit fantastique » : son titre nous laisse présager des événements insolites, énigmatiques ; or, il n'en est rien : l'intrigue réside en le bouleversement des passions du narrateur, la manière dont il va passer d'un état insensible à un état passionné, le faisant accéder au statut d'être vivant. Il m'a semblé que cette nouvelle était trop longue et, cette fois-ci, trop introspective. Enfin, la dernière nouvelle m'a charmée de par son originalité, sa concision et les revirements de situation présentés. Elle prend la forme d'une légende et s'avère très bien écrite. Bref, hormis l'avant-dernière nouvelle, ce recueil m'a beaucoup plu.
    > lire la suite
    Critique de qualité ? (0 votes positifs)
    • Livres 3.00/5
    Par Elvira, le 02 janvier 2012

    Elvira
    Avec ces quatre nouvelles, Stefan Zweig nous entraîne une nouvelle fois dans son univers si particulier. L'écriture est toujours aussi poétique et tout est prétexte à poésie ; les phrases longues alternent harmonieusement avec des phrases plus courtes. Ce qui est remarquable chez cet auteur, c'est les descriptions et les analyses très précises de l'âme, de la psychologie et des passions humaines.
    Les nouvelles sont variées sur le plan de la forme : dans Brûlant secret, on suit tour à tour les pensées des personnages, tandis que dans la nuit fantastique nous sommes en plein coeur d'un travail minutieux d'introspection de la part du personnage principal. Mais toutes ces nouvelles sont d'inégale qualité, il y a en de vraiment bonnes (Brûlant secret et la nuit fantastique) alors que les deux autres (conte crépusculaire et Les deux jumelles) sont, à mon avis, moins intéressantes.

    Lien : http://metamorphoses-de-psyche.cowblog.fr
    > lire la suite
    Critique de qualité ? (10 votes positifs)

> voir toutes (14)

Citations et extraits

> Ajouter une citation

  • Par lecassin, le 22 mai 2012

    Une fois que quelqu’un s’est trouvé lui-même, il ne peut plus rien perdre dans ce monde.
    Citation de qualité ? (9 votes positifs)
  • Par lecassin, le 22 mai 2012

    Une dernière fois le livre de sa jeunesse ouvrit devant lui ses pages peines de séduction, puis il s’endormit et alors commença le rêve profond de sa vie.
    Citation de qualité ? (3 votes positifs)
  • Par lecassin, le 19 mai 2012

    O enfance, étroite prison !
    Que de fois j'ai pleuré derrière tes barreaux
    En voyant passer, tout pailleté d'azur et d'or,
    L'oiseau inconnu de mes rêves !
    Citation de qualité ? (5 votes positifs)
  • Par Elvira, le 02 janvier 2012

    C’était un de ces hommes qui doivent beaucoup de bonnes fortunes à leur joli visage et chez qui, à chaque moment, tout est prêt pour une nouvelle rencontre, une nouvelle expérience amoureuse ; un de ces hommes qui sont toujours au potentiel voulu se précipiter dans l’inconnu d’une aventure, que rien ne surprend, parce que, sans cesse à l’affût, ils ont tout calculé ; qui ne manquent aucune occasion parce que leur premier regard pénètre inquisiteur dans la sensualité charnelle de chaque femme, sans faire de différence entre l’épouse de leur ami et la servante qui leur ouvre la porte. Lorsque, avec un certain dédain superficiel, on donne à ces gens-là, en Autriche, le nom de « chasseurs de femmes », c’est sans savoir combien de vérité positive incarne ce mot, car, effectivement, tous les instincts passionnés de la chasse, le flair, l’excitation et la cruauté mentale, s’agitent dans l’attitude de ces hommes constamment sur le qui-vive. Ils sont toujours chargés de passion, une passion qui n’est pas celle de l’amant, mais du joueur, la passion froide, calculatrice et périlleuse.
    > lire la suite
    Citation de qualité ? (1 votes positifs)
  • Par Elvira, le 02 janvier 2012

    La locomotive fit entendre un rauque sifflement : on était arrivé au Semmering. Pendant une minute les noirs wagons stationnèrent sous la lumière faiblement argentée du ciel ; ils rejetèrent un mélange de personnes et en avalèrent d’autres. Des vois nerveuses résonnèrent çà et là, puis la machine siffla de nouveau et entraîna bruyamment la chaîne sombre des wagons dans la gueule du tunnel. Et la paix recommença à régner sur le vaste paysage aux clairs arrière-plans balayés par le vent humide.
    > lire la suite
    Citation de qualité ? (2 votes positifs)

> voir toutes (16)

Videos de Stefan Zweig

>Ajouter une vidéo
Vidéo de Stefan Zweig

Les Derniers jours de Stephan Zweig en BD, interview du dessinateur Guillaume Sorel .
Interview du dessinateur Guillaume Sorel au Salon du Livre de Paris 2012 à l'occasion de la sortie de l'album Les Derniers jours de Stephan Zweig en BD, par Laurent Seksik et G. Sorel (chez Casterman).











Acheter sur Amazon

Faire découvrir Brulant secret par :

  • Mail
  • Blog

> voir plus

Lecteurs (130)

> voir plus

Quiz