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Alzir Hella (Traducteur)Olivier Bournac (Traducteur)
ISBN : 2253061433
Éditeur : Le Livre de Poche
  Existe en édition audio

Note moyenne : 4.17/5 (sur 1434 notes)
Résumé :
À l'occasion de son soixantième anniversaire, R. de D., professeur de philologie, reçoit de la part de ses élèves et collègues un livre d'hommage, relation a priori exhaustive de l'intégralité de ses œuvres, articles et discours. Il y manque pourtant la clé de voûte de son parcours intellectuel, l'événement de sa jeunesse qu'il garde secrètement enfoui au plus profond de lui-même : la rencontre décisive d'un homme, un professeur, qui a naguère suscité en lui enthous... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (159) Voir plus Ajouter une critique
Nastasia-B
Nastasia-B02 septembre 2012
  • Livres 5.00/5
Oeuvre subtile, oeuvre forte, oeuvre minutieuse comme une dentelle d'Alençon, La Confusion Des Sentiments ne manquera pas de laisser une troublante impression envers tout lecteur disposé à se laisser mener sur les bancs de la passion à l'âge de la fac (ou sur les bancs de la fac à l'âge de la passion, au choix).
Quiconque a déjà connu une attraction magnétique vis-à-vis d'un être jugé supérieur se reconnaîtra dans le jeune Roland, lui, littéralement happé, aspiré comme un noctambule papillon par l'éclat phosphorescent de son professeur, son mentor et maître, manière de Pygmalion de la littérature.
Stefan Zweig a l'art d'évoquer des sujets, a priori, assez racoleurs ou qui peuvent sembler faciles ou usés, comme la débauche, l'éveil d'une relation amoureuse ou l'homosexualité avec un tact et une pudeur hors normes, ce qui en fait un grand orfèvre en la matière et justifie pleinement son renom.
Roland, jeune étudiant originaire du nord de l'Allemagne consume son existence à l'université de Berlin dans une vie d'excentricités et d'errements variés jusqu'au jour où son père, qui le croit studieux, le surprend en pleine débauche. L'électrochoc est tel pour les deux, qu'ils décident conjointement qu'il convient mieux à Roland d'étudier dans une petite ville universitaire qu'auprès des tentations et dépravations de la capitale.
Le jeune homme, muni d'une toute nouvelle envie de se racheter, se lance avec frénésie dans les études. Son chemin croise celui d'un professeur de littérature anglophone particulièrement charismatique, passionné et passionnant. Magnétisé par ce tourbillon passionnel, Roland, dont la passion ne demandait qu'une cible pour se focaliser va se satelliser autour de cet homme et de sa vie de solitude. Bientôt familier et habitué du foyer, il y fait la connaissance de la jeune épouse de son maître.
Mais derrière cet élan inconsidéré pour la dramaturgie anglaise du XVIIème siècle se cache des zones d'ombre et de mystère. Pourquoi cet homme est-il si solitaire, si isolé, même à l'université ? Pourquoi est-il si froid avec sa jeune et aimable épouse ? Pourquoi, par moments, s'absente-t-il inopinément pendant plusieurs jours ? Pourquoi sa femme comprend-elle si bien le trouble et les frustrations de Roland ? Pourquoi ce malaise au milieu de ce couple qu'il apprécie tant ? Pourquoi ses sentiments sont-ils si confus, si contradictoires, si constamment cahotés d'un pôle à l'autre ?
Voilà ce que je me propose de vous laisser découvrir. En tout cas, ce petit roman est mon préféré de ceux que j'ai lus de Stefan Zweig. Je le place bien avant le Joueur D'Échecs ou Vingt-Quatre Heures de la Vie D'Une Femme, mais ceci n'est que mon avis, un parmi tellement d'autres, particulièrement confus qui plus est, c'est-à-dire, pas grand-chose.
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lehane-fan
lehane-fan09 février 2012
  • Livres 4.00/5
Qu'on me donne un Z ! Qu'on me donne un W ! Aaaah si les noms propres étaient autorisés au scrabble , sur un mot compte triple...
Un nom qui claque , des récits à son image ! Nouvelliste par choix , Zweig excelle dans le genre . En un peu plus de cent pages , l'auteur assoit et développe son histoire avec une facilité déconcertante .
D'une plume fine et élégante , Zweig évoque , avec la pudeur qui le caractérise , les sentiments ambivalents entre un professeur et son éleve . Alors que ce dernier n'éprouve qu'une admiration malsaine , sans bornes et sans partage pour son mentor qui désormais l'héberge , son précepteur , lui , embourbé dans un mariage qui le tue à petit feu , semble éprouver un malin plaisir à souffler le chaud et le froid au gré de ses humeurs , de ses envies , de ses secrets inavouables...Un mariage de façade , une femme dont il n'a que faire , un nouveau disciple venant attiser le feu des possible , feu qu'il s'évertue à maitriser depuis tout jeune , l'image de professeur au-dessus de tout soupçon en étant la triste et illusoire récompense . Un mari , une femme et un jeune chien fou dans un jeu de quilles . Trio ultra classique d'un sujet qui ne l'est pas moins . A une différence pres , ici , pas de femme volage ( encore que...) mais une délicate approche de l'homosexualité réfrénée , bridée par la volonté vacillante d'un etre fatigué de lutter . Des sentiments qui naissent , se développent , s'expriment tout en tact et en subtilité sans jamais en laisser supposer leur véritable teneur . Un trio atypique aux humeurs aussi changeantes que les marées océanes . Un récit à la beauté indéniable , fragile et tragique .
Zweig est un orfevre de la plume qui cisele ses propos comme il affine ses récits . Partant d'un sujet souvent ordinaire , il épure au maximum pour en extraire la quintessence des etres et des situations .
Un sentiment facilement identifiable prédomine à la lecture de cette nouvelle : jubilatoire !
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juliette2a
juliette2a27 février 2013
  • Livres 5.00/5
Quelle plume magique que celle de Stefan Zweig ! Encore une fois, il signe un chef d'oeuvre avec La Confusion des Sentiments...
J'ai tellement de commentaires à faire sur cette oeuvre, mais je me réduirais à l'essentiel ! Commençons par l'histoire : alors âgé d'une soixantaine d'années un professeur de philologie très réputé pour son talent rend hommage à l'homme qui lui a donné goût à la vie, et qui a changé à jamais son destin...Par delà un court roman écrit à la première personne, nous suivons l'arrivée du jeune homme un peu distrait dans une petite ville d'Allemagne où ses études l'amènent à croiser un professeur, son professeur de philologie, envoûté par Shakespeare et l'Angleterre Elisabéthaine. Dès sa rencontre, le jeune étudiant est subjugué par l'éloquence de son maître avec qui il devient très vite proche, même voisin, jusqu'à être invité chaque soir à dîner chez lui...Alors, une admiration grandissante, presque d'amour se tisse entre les deux hommes, pourtant si froids l'un envers l'autre.
Hélas, cette vie ne peut continuer ainsi, par la présence même de la femme du professeur, très jeune et qui ne tardera pas à devenir jalouse de ces rendez-vous nocturnes.
J'ai dévoré ce livre ! le sujet est si intéressant -et d'actualité- et m'a fascinée du début à la fin. Celle-ci est d'ailleurs si émouvante : "Mais encore aujourd'hui, comme autrefois le garçon ignorant que j'étais, je sens que je ne dois davantage à personne qu'à cet homme, ni à mon père ni à ma mère, avant lui, ni à ma femme et à mes enfants, après lui, et que je n'ai aimé personne plus que lui. "...
Ainsi, Stefan Zweig est un auteur talentueux, l'un des rares écrivains qui m'a autant envoûtée par ses mots, sa simplicité et ses sujets toujours passionnants. Je crois que tous ses romans, sans exception, m'émerveilleront toujours autant...
Bravo Mr. Stefan Zweig ! A lire absolument !
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fredho
fredho05 février 2013
  • Livres 5.00/5
Roland, jeune étudiant à Berlin, fils d'un proviseur, oisif, qui accumule les conquêtes féminines et les sorties festives, n'est pas propice aux études et surtout les études littéraires auxquelles il voue une aversion. Son père conscient de sa passivité, décide pour parfaire ses lacunes de l'envoyer dans l'université d'une petite ville de Province, loin de toutes tentations nuisibles à sa réussite.
Le 1er jour de la visite de l'université, Roland est captivé comme magnétisé par le discours d'un professeur de philologie, il est conquis par l'interprétation éloquente du professeur sur les oeuvres de Shakespeare.
A ce jour, Roland voit en ce professeur son Maître.
Très vite les deux protagonistes font connaissance, ainsi le professeur lui propose une chambrette d'étudiant qu'une vieille dame loue près de sa maison. le jeune étudiant rencontre sa femme, et remarque que le couple est en opposition, une froideur caractérise leur couple plutôt particulier.
Roland entre dans l'intimité du professeur qu'il côtoie chaque jour, celui-ci devient son mentor au point de s'avilir à une servitude intellectuelle, Roland est emprisonné voire capturé par les pensées de son Maître, il finit par s'isoler de la société et des autres étudiants.
Le professeur a une attitude lunatique vis-à-vis du jeune élève, ce qui le déconcerte.
La femme du professeur, observatrice et consciente d'un danger, joue un rôle de protectrice auprès du jeune étudiant, se forme alors un trio, un triangle ambigu autour de ces trois personnages.
Roland éprouve pour son Maître, une attirance cérébrale et platonique qui vire à l'obsession, il ne contrôle pas ce rapport singulier et confus, et ne comprend pas le comportement du professeur parfois haineux et d'autre fois tendre ainsi que ses échappées nocturnes.
Roland n'a que 19 ans et les réactions d'une jeunesse impétueuse, il s'égare, s'humilie, et ne voit pas que les silences du professeur sont révélateurs d'un profond sentiment d'attachement, des silences qui dissimulent un amour qu'il protège d'éventuelles souffrances.
C'est un récit qui foisonne de sentiments précieux, pudiques, de vibrations intenses, de passion tortueuse, sous cette confusion de sentiments se cache peut être un amour impossible !
La majestueuse plume de Stefan Zweig m'a enchantée, un roman délectable et puissant, une oeuvre sentimentale tout en délicatesse.
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TheWind
TheWind16 mars 2014
  • Livres 5.00/5
La confusion des sentiments est une symphonie et Stefan Zweig en est le chef d'orchestre.
Dès le premier coup de baguette, la musique des mots retient notre attention, se fait de plus en plus intense puis nous happe littéralement, sans plus jamais nous lâcher.
Oui, c'est une véritable symphonie de sentiments que nous offre le sublime Zweig.
Roland relate sa jeunesse, sa vie d'étudiant et surtout la rencontre avec un professeur de philologie anglaise, maître passionné et charismatique. Une amitié naît rapidement entre les deux hommes. le jeune Roland se lance à corps perdu dans les études sous la houlette de ce professeur mordu de Shakespeare et s'attache à ne pas le décevoir. Bientôt, il se coupe du monde, accaparé par le travail mais surtout par cette profusion de sentiments qui le submerge.
En proie à une admiration sans bornes pour son mentor, il est dérouté par les réactions de ce dernier, qui sans cesse lui souffle le chaud puis le froid, l'attire et le repousse. Aucun sentiment ne lui sera épargné : la crainte, la gêne, la joie, la peine, la honte, le dépit, la colère, la révolte, l'accablement, la douleur...
Et c'est toute la force de ce petit roman. Stefan Zweig dévoile ici ce qu'il y a de plus profond en chacun. Pudiquement et tout en délicatesse, il creuse au coeur de l'intimité, mettant à nu les émotions intérieures et secrètes. Si Roland, jeune personnage exalté, ne comprend rien à ce qui lui arrive, le lecteur – tout comme la jeune épouse du professeur- ne s'y trompe pas et assiste, impuissant, aux combats intérieurs que se livrent les deux personnages principaux. Combat de Roland, aux prises avec une passion dont il n'a même pas idée et qui le détruit peu à peu, et combat du vieux professeur, qui lutte tant bien que mal avec ses vieux démons.
Quel magnifique roman d'amour ! Toute la magnificence, la beauté, la puissance de l'amour se lisent dans ces pages, telles des notes de musique sur une partition, jouées avec plus ou moins d'intensité, se faisant nonchalantes puis soudain violentes, se voulant légères et caressantes puis appuyées jusqu'à en devenir poignantes et vibrantes.
Je ne peux qu'applaudir après la lecture de cette oeuvre magistrale. Applaudir et remercier.
Me voilà confortée dans l'idée que lire ou écrire ne sont pas des activités anodines. Loin de là. Elles puisent au plus profond de nous, entrouvrent des portes dérobées, s'immiscent dans nos souvenirs les plus anciens, secouent nos vieux préjugés, nous révélant souvent à nous-même.
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Les critiques presse (1)
LaPresse09 avril 2013
C'est un bonheur de (re)découvrir Zweig, ce véritable archéologue de l'âme humaine qui analyse avec finesse les moindres nuances des sentiments. Son oeuvre est un must dans toutes les bibliothèques.
Lire la critique sur le site : LaPresse
Citations & extraits (180) Voir plus Ajouter une citation
MooonMooon22 août 2016
Je n'oublierai pas cette nuit ; une colère froide alternait en moi sauvagement avec un désarroi brûlant et désespéré. Comme des fusées, mes pensées traversaient mon cerveau, fonçant pêle-mêle. Pourquoi me martyrise-t-il ? me demandai-je cent fois dans le tourment qui me dévorait.
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Nastasia-BNastasia-B30 août 2012
Dans un large mouvement il décrivait cette heure extraordinaire qu'avait connue l'Angleterre, cette seconde unique d'extase, comme il en surgit à l'improviste dans la vie de chaque peuple ou dans celle de chaque individu, concentrant toutes les forces en un élan souverain vers les choses éternelles. Tout d'un coup, la terre s'était élargie, un nouveau continent avait été découvert, tandis que la plus ancienne puissance du continent, la papauté, menaçait de s'effondrer : derrière les mers qui maintenant appartiennent aux Anglais, depuis que le vent et les vagues ont mis en pièces l'Armada de l'Espagne, de nouvelles possibilités surgissent brusquement ; l'univers a grandi et involontairement l'âme se travaille pour l'égaler : elle aussi, elle veut grandir, elle aussi elle veut pénétrer jusqu'aux profondeurs extrêmes du bien et du mal ; elle veut découvrir et conquérir, comme les conquistadors ; elle a besoin d'une nouvelle langue, d'une nouvelle force. Et en une nuit éclosent ceux qui vont parler cette langue : les poètes... ils sont cinquante, cent dans une seule décennie, sauvages et libres compagnons qui ne cultivent plus les jardins d'Arcadie et qui ne versifient plus une mythologie de convention, comme le faisaient les poétereaux de cour qui les ont précédés. Eux, ils prennent d'assaut le théâtre ; ils font leur champ de bataille de ces arènes où auparavant il n'y avait que des animaux auxquels on donnait la chasse, ou des jeux sanglants, et le goût du sang chaud est encore dans leurs œuvres ; leur drame lui-même est un "circus maximus" dans lequel les bêtes fauves du sentiment se précipitent les unes sur les autres, altérées de malefaim. La fureur de ces cœurs passionnés se déchaîne à la manière des lions ; ils cherchent à se surpasser l'un l'autre en sauvagerie et en exaltation ; tout est permis à leur description, tout est autorisé : inceste, meurtre, forfait, crime ; le tumulte effréné de tous les instincts humains célèbre sa brûlante orgie. Ainsi qu'autrefois les bêtes affamées hors de leur prison, ce sont maintenant les passions ivres qui se précipitent, rugissantes et menaçantes, dans l'arène close de pieux. C'est une explosion unique, violente comme celle d'un pétard, une explosion qui dure cinquante ans, un bain de sang, une éjaculation, une sauvagerie sans pareille qui étreint et déchire toute la terre.
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Nastasia-BNastasia-B13 septembre 2012
Ce fut un baiser comme je n'en ai jamais reçu d'une femme, un baiser sauvage et désespéré comme un cri de mort. Son tremblement convulsif passa en moi. Je frémis, en proie à une double sensation, à la fois étrange et terrible : mon âme s'abandonnait à lui, et pourtant j'étais épouvanté jusqu'au tréfonds de moi-même par la répulsion qu'avait mon corps à se trouver ainsi au contact d'un homme — dans une inquiétante confusion de sentiments qui donnait à cette seconde, que je vivais sans l'avoir voulue, une étourdissante durée.
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Nastasia-BNastasia-B02 septembre 2012
Soudain, je reculai effrayé. N'étaient-ce point des pas dans l'escalier ? Je me redressai pour mieux écouter. Et effectivement, il y avait là quelqu'un qui montait en tâtonnant, comme un aveugle, les marches de l'escalier, d'un pas prudent, hésitant et mal assuré : je connaissais ce gémissement et ce bruit sourd du bois sous les pieds ; ce pas-là ne pouvait se diriger que vers moi, uniquement vers moi, car personne n'habitait ici, sous le toit, sauf la vieille femme sourde qui dormait depuis longtemps et qui du reste ne recevait jamais personne. Était-ce mon maître ? Non, ce n'était pas son allure hâtive et saccadée ; ce pas hésitait et traînait lâchement (comme à l'instant même) sur chaque degré : un intrus, un criminel pouvait s'approcher ainsi, mais non un ami. J'écoutais avec une telle tension que mes oreilles bourdonnaient. Et brusquement, quelque chose de glacial monta le long de mes jambes nues.
Voici que la serrure grinça légèrement : il devait déjà être contre la porte, cet hôte inquiétant. Un mince courant d'air sur mes orteils m'indiqua que la porte extérieure était ouverte.
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parolesparoles13 juin 2014
Ben Jonson, Marlowe, Massinger, Philippe Sidney... le tourbillon de feu les entraîne tous ensemble ; aujourd'hui ils sont fêtés, demain ils crèvent, les Kid, les Heywoods, dans la misère la plus profonde ; ou bien ils s'abattent affamés, comme Spenser dans King Street, tous menant une existence irrégulière, bretteurs, acoquinés à des prostituées, des comédiens, des escrocs - mais poètes, poètes, poètes ils le sont tous. Shakespeare n'est que leur centre ; mais on n'a même pas le temps de le séparer des autres, tellement ce tumulte est impétueux, tellement les œuvres pullulent pêle-mêle, tellement embrouillé est l'écheveau des passions. Et tout d'un coup, dans une convulsion semblable à celle de sa naissance, cette éruption, la plus splendide de l'humanité, retombe ; le drame est fini, l'Angleterre est épuisée, et pendant des centaines d'années le brouillard gris et humide de la Tamise pèse lourdement sur l'esprit : dans un élan unique, une génération a gravi tous les sommets de la passion, en a fouillé les abîmes, a mis à nu ardemment son âme exubérante et folle. Maintenant le pays est là, fatigué, épuisé ; un puritanisme vétilleux ferme les théâtres et met ainsi fin aux effusions passionnées ; la Bible reprend la parole, la parole divine, là où la plus humaine de toutes les paroles avait osé la confession la plus brûlante de tous les temps et là où, embrasée d'une ardeur sans pareille, une génération avait en une seule fois vécu pour des milliers d'autres.
...
C'est d'abord chez les poètes que vous devez entendre parler la langue, chez eux qui la créent et lui donnent sa perfection ; il faut que vous ayez senti la poésie vivre et respirer dans votre cœur...
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