> Alzir Hella (Traducteur)

ISBN : 2246087155
Éditeur : Grasset (2002)


Note moyenne : 4.31/5 (sur 81 notes) Ajouter à mes livres

A la veille de la Première Guerre mondiale, un jeune officier pauvre, en garnison dans une petite ville autrichienne, est pris de pitié pour une jeune infirme riche. De cette pitié dangereuse découlera l'amour fou que porte Edith de Kekesfalva au lieutenant Anto... > voir plus
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Critiques et avis(5)

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    • Livres 3.00/5
    Par Bunee, le 02 janvier 2011

    Bunee
    J'étais restée sceptique à la lecture d'Un soupçon légitime, et espérait que cet ouvrage me permettrait de me réconcilier avec Zweig.
    Dans cet ouvrage, un premier narrateur rencontre à deux reprises un officier distingué, héros mainte fois médaillé d'un premier abord assez distant. Il s'avère en fait que cet homme n'a jamais pris les armes que pour fuir une tragédie, un drame qui hante sa conscience depuis sa jeunesse.
    La plume passe ensuite à cet homme; Anton Hoffmiller, qui devient à son tour narrateur. Il évoque alors comment, embrigadé dans un régiment de cavalerie avant que la première guerre n'éclate, dans une ville de province de l'empire Austro-hongrois, il a fait la connaissance d' Edith, fille du richissime M. de Kekesfalva. D'emblée, il commet une bévue énorme en invitant la jeune fille à danser, sans avoir vu qu'elle était infirme et ne pouvait se déplacer autrement que lourdement appareillée et béquillée.
    La suite est une succession de maladresses que le jeune homme, dévoré par la pitié, va commettre en voulant se faire pardonner. Naïf, il ne va pas voir que ses multiples visites, sa gentillesse, vont faire naître en Edith un Amour aussi ardent que destructeur. Ainsi, Anton va s'attacher à faire croire à Edith qu'il existe un méthode pour la faire guérir, juste pour la rendre heureuse, peu important que la révélation ultérieure du mensonge soit dévastatrice. Condor, le médecin de famille d'Edith, aura beau mettre en garde Anton, ce dernier ne parviendra pas à avoir le courage suffisant pour assumer l'immensité de la charge des espoirs déçus qui ont été nourris par la jeune fille. Car à cette pression s'ajoute celle inhérente au jugement des compagnons de régiments d'Anton, qui raillent la jeune fille et cette famille, trop riche pour être honnête. Et le jeune homme est trop lâche pour faire autre chose que de hurler avec les loups.
    Car la pitié ressentie par Anton est une pitié dangereuse.
    Selon Zweig (Prologue), Il y a en effet "deux sortes de pitié. L'une, molle et sentimentale, qui n'est en réalité que l'impatience du cœur de se débarrasser au plus vite de la pénible émotion qui vous étreint devant la souffrance d'autrui, cette pitié qui n'est pas du tout la compassion, mais un mouvement instinctif de défense de l'âme contre la souffrance étrangère. Et l'autre, la seule qui compte, la pitié non sentimentale mais créatrice, qui sait ce qu'elle veut et est décidée à persévérer avec patience et tolérance jusqu'à l'extrême limite de ses forces, et même au-delà".
    La lecture de l'ouvrage, en dépit de quelques longueurs et de quelques lourdeurs de style, vous entraine de façon inexorable vers une fin que l'on devine (Trop facilement, d'ailleurs) tragique. Beaucoup de lecteurs pourront se reconnaitre en partie chez Anton, et ne manqueront pas d'admirer la grandeur d'âme du docteur Condor. On pourra néanmoins regretter le manque de nuance dans la description des personnages (j'avais déjà fait ce reproche au sujet d'"Un soupçon légitime")
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    • Livres 4.00/5
    Par Pchabannes, le 29 août 2009

    Pchabannes
    Etonnant livre. Un roman composé de 4 personnages clefs au sein de la société hongroise à la campagne en 1913 et 14. le héros au cours d'une soirée invite à danser la fille de la maison. La gaffe ! Elle est paralysée. Il va se développer une relation complexe entre lui, elle, la sœur, le père et le Docteur. Captivant. Certains, comme mon ami Hubert, pourront le trouver un peu mélo-pathos mais cela convient bien à ce Lieutenant de Uhlan de la société hongroise au seuil de la déflagration de la première guerre civile européenne.
    Au fil des pages une impression devient certitude. le roman n'est rien. L'histoire, les évènements ne sont qu'une trame permettant à Stefan Zweig d'écrire une dissertation de prés de 400 pages sur la Pitié. Bonté, pitié, amour, lâcheté, courage, ridicule, manipulation, détresse, joie…rien n'est épargné au personnage principal, le lieutenant Hoffmiller. Les sentiments vécus et décrits par ce jeune homme sont si intenses que l'on se prend à vouloir connaître le point de vue des autres acteurs comme Sandor Maraï a su le faire dans Métamorphose d'un Mariage. le bon Docteur Condor et sa vision des malades et sa pitié, Edith elle-même la jeune paralytique, son père le juif enrichi en cette campagne et surtout la sœur d'Edith, Llona, dont l'abnégation doit cacher son lot de souffrances sans oublier les amis Hoffmiller, les officiers du régiment qui portent un regard digne de l'antijudaïsme du XIXème siècle sur cette famille de juifs enrichis.
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    Critique de qualité ? (2 votes positifs)
  • Par Aela, le 23 février 2011

    Aela
    La Pitié dangereuse, Ungeduld des Herzens, c'est l'épisode le plus tragique de la vie d'Anton Hofmiller, ancient sous-lieutenant de Uhlans dans l'armé de l'ancienne monarchie autrichienne. Un certain Docteur Condor l'introduit au château de Kekesfalva,résidence de riches propriétaires . le père, veuf, vit avec sa fille Edith et sa nièce Ilona. Malheureusement sa fille Edith est atteinte d'une paralysie des jambes. L'essentiel du roman se joue entre mai et juin 1914. Edith a dix-sept ans lorsque le héros, Hofmiller, vient au château. Celui-ci, poussé par la pitié, et pour égayer le quotidien d'Edith, renouvelle ses visites. Il éveille ainsi une passion amoureuse chez Edith et va se laisser entraîner aux fiançailles. Toutefois, celui-ci, sous la pression de ses camarades de régiment, parce qu'il fréquente des « nouveaux riches » dément la nouvelle, quitte à confirmer son engagement envers Edith par la suite. La réaction d'Edith sera tragique..
    Une très belle expression des sentiments, une intensité psychologique , un vocabulaire puisé dans le jargon de la cavalerie font de ce livre un grand roman.
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    • Livres 5.00/5
    Par breba, le 07 octobre 2011

    breba
    Il y a des romans qui vous bouleversent à un tel point qu'ils vous hantent longtemps et deviennent ainsi les romans que vous citez ou offrez à tous les amoureux de lecture avec enthousiasme et passion ...
    La pitié dangereuse est de ces romans ; beau et terrifiant à la fois.
    S.Zweig évoque avec objectivité le sentiment de la pitié et ses mots (maux)
    résonnent longtemps en nous , faisant frissonner tous nos sentiments .
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    • Livres 4.00/5
    Par Jollanne, le 01 novembre 2010

    Jollanne
    Fort... comme du Zweig!
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Citations et extraits

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  • Par Couperine, le 04 juillet 2010

    Malgré moi, je me surpris à jeter un coup d’œil vers l’autre table pour considérer à deux mètres de distance un héros dûment estampillé par l’Histoire. Mais je rencontrai un œil dur et irrité, qui disait à peu près : « Que t’a fait accroire ce gaillard sur mon compte ? Il n’y a rien à voir sur ma personne ! » Et avec un geste manifestement mécontent, le monsieur déplaça sa chaise sur le côté et nous tourna résolument le dos. Un peu honteux, je détournai les yeux et j’évitai désormais d’effleurer fût-ce la nappe du moindre regard indiscret. Je pris bientôt congé de mon aimable bavard, non sans remarquer toutefois, en m’en allant, qu’il se transférait aussitôt à la table de son héros, sans doute pour lui faire à mon propos un récit tout aussi empressé qu’il m’en avait fait un sur lui.
    Ce fut tout. Un échange de regards… et j’aurais certainement oublié cette brève rencontre, si le hasard n’avait voulu que dès le lendemain je me sois retrouvé dans une société peu nombreuse en face de ce revêche personnage, qui du reste, dans son smoking du soir, était d’une élégance encore plus frappante que la veille en costume de tweed plus sport. Nous eûmes tous deux peine à retenir un léger sourire, le sourire complice de deux personnes qui conservent entre elles, au milieu des autres, un secret bien gardé. Il me reconnaissait lui aussi très bien, et sans doute nous amusions-nous chacun de la même façon en songeant à notre malheureux entremetteur de la veille. Nous évitâmes d’abord de nous parler, mais nous aurions dû de toute manière y renoncer, devant la discussion animée qui s’engageait autour de nous.
    L’objet de cette discussion sera aussitôt clair quand j’aurai dit qu’elle avait lieu en 1938. Les chroniqueurs de notre époque constateront, plus tard, que dans tous les pays de notre Europe bouleversée, les moindres conversations étaient alors dominées par les conjectures sur le caractère probable ou improbable d’une deuxième guerre mondiale. C’était le sujet qui infailliblement occupait les rencontres mondaines, et l’on avait parfois l’impression que ce n’étaient pas les hommes qui se libéraient ainsi de leurs hypothèses ou de leurs espoirs, mais l’atmosphère elle-même, l’air du temps, si agité et porteur de tensions secrètes, qui cherchait à s’en décharger dans les paroles que l’on échangeait ainsi.
    Ce fut le maître de maison, avocat de son métier et de caractère ergoteur, qui lança la discussion ; avec des arguments éculés, il exprima un lieu commun non moins éculé en disant que la nouvelle génération connaissait la guerre, et ne s’y engagerait pas avec autant de naïveté que dans la dernière. Dès la mobilisation, on mettrait crosse en l’air, car les vieux soldats en particulier, comme lui, n’avaient pas oublié ce qui les attendait. Je fus irrité par l’assurance clinquante avec laquelle, au moment où des dizaines et des centaines de milliers d’usines fabriquaient des explosifs et des gaz toxiques, il écartait la possibilité d’une guerre, juste comme on fait négligemment tomber, du bout du doigt, la cendre de sa cigarette.
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  • Par Bunee, le 02 janvier 2011

    Et elle continuait, continuait, comme un cliquet de moulin. J'écoutais tout étourdi, encore ébahi par la transformation qui s'était produite en elle. Tout autre était sa voix, légère et coulante la cadence. Son visage familier avait pris un teint coloré, sa pâleur cireuse avait fait place à une mine fraîche, la fébrilité de ses gestes s'était dissipée. Un peu grisée, les yeux brillants et avec un grand sourire, elle était bien vivante, assise là devant moi; et peu à peu cette ivresse passa en moi et fit se relacher ma résistance.
    Peut-être, me dis-je, tout cela est-il vrai ou sera vrai, peut-être ne l'ai-je pas du tout trompée et guérira-t-elle effectivement très vite. Car en fin de compte, je n'ai pas vraiment menti, ou presque pas - Condor a réellement parlé d'une guérison stupéfiante, relatée dans un article, et pourquoi ne se produirait-elle pas aussi chez cette jeune fille si ardente et si émouvante dans sa confiance? Chez cet être si sensible, qu'un souffle annonciateur de guérison suffit à rendre heureux et inspiré? Pourquoi devrais-je briser cet enthousiasme qui l'illumine, et la tourmenter par des scrupules mesquins, elle n'a déjà que trop souffert, la pauvre. [...]
    Ce n'est que le soir, en me retrouvant seul dans ma chambre, que je sentis renaître mes scrupules: tous ces espoirs n'étaient ils pas exagérés? Ne serait-il quand même pas préférable de diminuer cette confiance dangereuse? Mais finalement, je repoussai cette pensée. Pourquoi m'inquiéter de savoir si j'en avais trop dit ou trop peu? Même si j'avais promis plus que je n'aurais dû le faire, ce mensonge par pitié l'avait rendue heureuse. Et rendre quelqu'un heureux n'est jamais un mal ou une faute.
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  • Par aligastia, le 11 août 2011

    C'est seulement à partir de ce moment là que je commençai à comprendre (ce que taisent la plupart des écrivains) que les malades, les estropiés, les gens laids, fanés, flétris, les êtres physiquement inférieurs aiment au contraire avec plus de passion et de violence que les gens heureux et bien portants; ils aiment d'un amour fanatique, sombre, aucune passion sur terre n'est plus violente et avide que celle de ces désespérés, de ces bâtards de Dieu qui ne trouvent dans l'amour d'autrui et pour autrui leur raison de vivre.
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  • Par Aela, le 23 février 2011

    Je ne vous considère pas du tout comme ce « bon et merveilleux jeune homme » tel que vous louange Kekesfalva, mais comme un interlocuteur fort peu fiable, de par l’incertitude de vos sentiments, par une particulière impatience du cœur..
    Ich betrachte Sie keineswegs als jenen « wunderbaren, guten Menschen », als den Kekesfalva Sie lobpreist, sondern als einen, durch die Unsicherheit des Gefühls, durch eine besondere Ungeduld des Herzens, recht unverlässlichen Partner..
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  • Par aligastia, le 11 août 2011

    Car croyez moi, il est rare qu'un médecin, et surtout lui, ait la conscience tout à fait tranquille. On sait le peu dont on est vraiment capable, on se rend trop compte de l'impuissance d'un seul cerveau contre la multitude des tourments qui assaillent l'être humain, et ce n'est pas en puisant avec un dé que l'on peut arriver à vider cette mer insondable de souffrances.
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Zweig, autopsie d'un suicide par Dominique Frischer
Le soir du 22 février 1942, Stefan Zweig et sa seconde épouse Lotte Altman, de 28 ans sa cadette, se donnent la mort dans leur demeure au Brésil. Rien ne laissait présager cette fin tragique, que Dominique Frischer tente d'élucider dans « Stefan Sweig -- Autopsie d'un suicide » (Écriture, 345 p., 21 €). Psychosociologue de formation, auteur notamment de deux essais remarqués, « Les Analysés parlent » (Stock, 1977) et « le Moïse des Amériques » (Grasset, 2002, prix du Livre d'Histoire et de Recherches juives), et de films documentaires, elle met à nu la pensée de l'humaniste autrichien et ses motivations secrètes en se basant sur l'analyse de son journal, de sa Correspondance et de ses ultimes biographies et écrits romanesques, abordant ainsi son suicide sous un angle nouveau. Elle livre ses conclusions devant la caméra de Joseph Vebret











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