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Baptiste Touverey (Traducteur)
ISBN : 2246748216
Éditeur : Grasset (2008)
  Existe en édition audio

Note moyenne : 3.71/5 (sur 526 notes)
Résumé :
Le voyage dans le passé est l'histoire des retrouvailles au goût amer entre un homme et une femme qui se sont aimés et qui croient s'aimer encore.
Louis, jeune homme pauvre mû par une " volonté fanatique " tombe amoureux de la femme de son riche bienfaiteur, mais il est envoyé quelques mois au Mexique pour une mission de confiance. La Grande Guerre éclate. Ils ne se reverront que neuf ans plus tard. L'amour résiste t-il à tout ? A l'usure du temps, à la trahi... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (101) Voir plus Ajouter une critique
Marple
Marple01 septembre 2013
  • Livres 5.00/5
Il y a deux choses que j'aime généralement chez Zweig : l'émotion et le style. Et 'Le voyage dans le passé', cette grande histoire d'amour tragique entre Ludwig et Frau G, empêchée d'abord par son mari à elle, puis par un océan et le monde en guerre, enfin par sa femme à lui, ne fait pas exception.
L'émotion est partout dans ce court roman : dans l'amour-amitié qui ne dit pas son nom au début, dans l'amour-désir à l'approche de la séparation, dans la solitude déchirante de Ludwig au Mexique, dans la tendresse des courriers et dans la torture des retrouvailles entravées...
Ce livre n'a pas été publié du vivant de Zweig, mais bien après. J'ai lu dans la notice que Zweig avait biffé le titre (mais sans en indiquer un autre, c'est pourquoi il a été conservé). Je trouve qu'il avait raison, car ce n'est pas un voyage dans le passé que font Ludwig et Frau G, et ce n'est à mon sens ni le passé ni le passage du temps qui les empêchent de se retrouver. C'est simplement leur amour qui vaut mieux qu'une nuit dans un hôtel sordide. Mais ce 'mieux', la vie les empêche de le vivre...
Voilà en tout cas comment j'ai ressenti cette histoire, une vision probablement différente de celle d'autres lecteurs, car Zweig donne vie aux sentiments des personnages, de l'exaltation au malaise, sans jamais les expliquer ou les interpréter. A nous ensuite de vibrer et de comprendre comme nous l'entendons....
Le style est l'autre point fort de Zweig à mes yeux, en particulier ici. Difficile d'en parler sans tomber dans les poncifs. Je dirais donc simplement qu'il parvient toujours à trouver le bon mot, le bon adjectif, la bonne tournure, sans se laisser aller aux poncifs, justement. C'est une écriture très pure, sans trop de fioritures, que j'aime beaucoup... et paradoxalement surtout dans la traduction française : ayant l'édition bilingue, je me suis essayée à la Reise in die Vergangenheit, mais je l'ai trouvée un peu sèche et aride, probablement parce que les subtilités m'échappaient (je ne suis pas vraiment bilingue).
Lu dans le cadre du challenge Zweig de Sofy74.
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lehane-fan
lehane-fan10 août 2012
  • Livres 4.00/5
Aaaaah l'amour avec un H majuscule ! Quel sujet plus porteur que celui-ci excepté la migration des éphéméroptères en pays subsaharien , un cours magistral sur les taux entubatoires de l'ami Cetelem ou bien encore une douce berceuse sur l'expansion indexatoire des derniers taux fiscalisés à moyen long terme répertoriés sur la base des indices des derniers taux préparatoires réajustés ? Rien , vous me l'accorderez...en fa dièse , merci...
Ici , point d'histoire dégoulinante à l'eau de rose sur fonds de Richard Cleyderman – fonctionne également sous windows 95 avec Frank Michael – mais l'histoire avortée de deux êtres que tout semblait réunir pour le meilleur avant que ne survienne le pire : la déchirante déchirure d'un amour naissant sacrifié sur l'autel de l'ambition personnelle , le petit monsieur ayant décidé de prendre l'ascenseur social direction le Mexique et ce pour deux ans fermes , croyait-il le bougre ! Ola amigo , una téquila por favor ! Danke schön !
Un homme , une femme , chabadabada...
Simple , court et diablement éfficace !
Zweig , d'une plume fine et élégante , nous dépeint fort justement l'union transcendante de deux âmes, de celle qui vous laisse pantelants , marqués au fer rouge ad vitam aeternam .
Les années passent , le sentiment amoureux perdure malgré la séparation , tapi dans les tréfonds d'une mémoire qui se rappelle à votre bon souvenir sans crier gare , faisant alors resurgir un flot dévastateur d'émotions que vous croyiez à jamais égarées dans les limbes... L'auteur aborde subtilement le temps qui passe , assassin et qui emporte avec lui les rires des enfants , et les mistrals gagnants...
Courte nouvelle ( bouh le vilain pléonasme ) sur le thème porteur des prémices amoureux magnifiés , à tort ou à raison , par le souvenir enjolivé des sensations incomparables éprouvées alors puis contrariés par la vaine tentative de vouloir en retrouver la saveur unique bien des années plus tard .
Peut-on être après avoir été ? Questionnement des plus intéressants auquel maitre Zweig répond une fois de plus avec brio ! Il maitrise , comme peu , les affres et les tourments sentimentaux de nos contemporains tout en le vulgarisant magnifiquement , procurant au récit des envolées lyriques d'une force peu commune !
Le Voyage Dans le Passé , aussi mieux que Retour Vers le Futur !
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Piatka
Piatka22 juin 2013
  • Livres 4.00/5
L'Amour résiste-t-il à tout et surtout à la séparation ?
Tel est l'argument principal de cette courte nouvelle, habilement ciselée par un Zweig orfèvre dans l'art de scruter puis de nous livrer les forces irrationnelles et puissantes en jeu dans la passion amoureuse.
4 étoiles pour un très beau récit prenant, doublé d'un magnifique portrait de femme tourmentée. Je garde cependant une préférence pour les " 24 heures de la vie d'une femme ", oeuvre encore plus originale et plus nerveuse, au suspense psychologique plus abouti me semble-t-il.
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le_Bison
le_Bison09 novembre 2015
  • Livres 4.00/5
Ils se sont aimés. Passionnément. Avec Zweig, les histoires ne changent guère d'un roman à l'autre, d'une gare à l'autre. Tout juste évoluent-elles en fonction de la température politique ou caniculaire de l'époque. Il y est question d'amour, de bourgeoisie, de retrouvailles et de départ. Ils s'aiment comme avant. Avant les menaces et les grands tourments. Ils s'aiment tout hésitants. Découvrant l'amour et découvrant le temps. Encore et toujours. Attends, je vais chercher un mouchoir, toute cette eau de rose a tendance à faire couler mon rimmel façon Marc Bolan. Je suis comme ça, un être de chair, de sang et de sperme qui verse sa petite larme dès qu'il est question d'amour et de passion. Un bison sensible. Mais je ne suis pas là pour m'épancher nu sur ma psychologue, bien que question psychologie, Stefan Zweig sait la coucher sur papier.
Un train qui entre en gare, un homme qui sort tremblant de son compartiment. Une femme sur un quai. le sourire au rendez-vous, comme une évidence. de longs jours d'attente, mois, années. Et ces deux êtres qui se retrouvent après une longue séparation. Dans le souvenir de cet amour du passé. Un amour retrouvé ?
Les êtres changent, une longue séparation, de vieilles lettres jaunies par le temps, correspondances enflammées, des cuites au mezcal et des larves avalées pour effacer cette distance, oublier cette guerre qui empêche un allemand amoureux de retraverser l'Atlantique pour retrouver une femme discrète et amoureuse. Mais tous les tonneaux du Mexique ou de Munich, mousse bavaroise ou agave ensoleillé, ne sauront couler ce grand amour d'un autre temps, le temps où l'amour s'écrit sur papier avant que de pénétrer dans un hôtel miteux ou mieux côté.
Je ne sais pas pour toi, mais il y a tant à découvrir de ces rencontres sur un quai de gare. de suivre le visage de belles demoiselles et des beaux messieurs, des souriants et des timides, des yeux qui s'enflamment et d'autres qui pétillent, des bouquets d'edelweiss ou des bouteilles de bières à la main. S'installer sur un banc et regarder les couples se retrouver, s'enlacer, s'embrasser, se coller et se serrer jusqu'à fêler les côtes frêles et menues. C'est si beau l'amour, la passion… Des amours affichés ou des adultères cachés. Pas besoin d'être un Sherlock pour démasquer la légitimité des couples sur un quai de gare mais les moeurs d'un autre temps exigeait d'autres convenances. Et après ce quai de gare… Un hôtel, une chambre, un appartement discret et vide. Oser, se déshabiller et baiser ou se contenter de ce sourire et de cette timidité pour rester dans la passion épistolaire et le souvenir enflammé d'antan.
« le Voyage dans le Passé », l'amour sur un quai de gare.
Lien : http://leranchsansnom.free.f..
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marina53
marina5318 février 2013
  • Livres 3.00/5
Louis est un jeune homme ambitieux et méritant. Voulant à tout prix oublier le milieu modeste dans lequel il vivait, il a entrepris tout simplement de réussir dans la vie. Il se fait embaucher par un industriel, travaillant dans la chimie, que l'on appelle Mr le Conseiller. Celui-ci est marié à une très belle jeune femme, plus jeune que Louis. Etant installé chez ce couple par commodité, puisque Louis devient le secrétaire particulier de ce dernier, il s'éprend de sa femme. Après plusieurs mois, leur amour devient passionnel et passionné. Mais, Louis va devoir quitter cette maison pour le Mexique où il est envoyé en mission pendant deux longues années. Finalement, ce ne sera pas deux ans mais neuf qui vont séparer ce couple, la guerre ayant éclaté et le retenant au Mexique. Malgré les lettres d'amour, celui-ci va-t-il renaître de ses cendres après neuf ans de séparation? Peut-on retrouver la personne que l'on a quittée et l'aimer à nouveau?
C'est tout d'abord une très belle histoire d'amour que nous raconte Zweig, un amour passionné et tendre entre deux personnes de milieux totalement différents, mais également impossible.
En un court récit poignant, Zweig nous livre une part intime de l'être dans toute sa splendeur. Quoi de plus beau que l'amour qui traverse bien des épreuves et rencontre des obstacles et qui, malgré tout, tente de survivre aux aléas de la vie.
La palette de sentiments est ici merveilleusement décrite par la plume de Zweig, à la fois puissante et tout en retenue, qui sait donner vie aux sentiments. Il décrit avec talent la passion, les promesses tenues, les retrouvailles tant désirées, les regrets, tout ça sur fond de guerre impitoyable.
Le voyage dans le passé... un agréable présent...
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Citations & extraits (71) Voir plus Ajouter une citation
le_Bisonle_Bison07 novembre 2015
Avant qu’ils ne s’en rendent compte, leurs deux corps tremblants s’enflammèrent, et dans un baiser infini ils étanchèrent les heures et les jours innombrables de soif et de désir innomés.

Ce n’est pas lui qui l’avait attirée à lui, ni elle à elle, ils étaient tombés dans les bras l’un de l’autre, comme emportés ensemble par une tempête, l’un avec l’autre, l’un dans l’autre plongeant dans un inconnu sans fond, dans lequel sombrer était un évanouissement à la fois suave et brûlant – un sentiment trop longtemps endigué se déchargea, enflammé par le magnétisme du hasard, en une seule seconde. Et ce n’est que peu à peu, lorsque leurs lèvres collées se détachèrent, qu’encore pris de vertige devant le caractère invraisemblable de l’évènement il la regarda dans les yeux, des yeux d’un éclat inconnu derrière leur tendre obscurité. Et c’est là que s’imposa à lui l’idée que cette femme, la bien-aimée, avait dû l’aimer depuis longtemps, depuis des semaines, des mois, des années, tendrement silencieuse, ardemment maternelle, avant qu’une telle heure ne lui ébranlât l’âme.
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Eric75Eric7510 septembre 2013
Dès leur première rencontre, il l'avait aimée, mais ce sentiment, qui le submergeait jusque dans ses rêves, avait beau être une passion absolue, il lui manquait néanmoins l'événement décisif qui viendrait l'ébranler, c'est-à-dire la claire prise de conscience que ce qu'il recouvrait, se dupant lui-même, du nom d'admiration, de respect et d'attachement, était déjà pleinement de l'amour, un amour fanatique, une passion effrénée, absolue. Mais une espèce de servilité en lui réprimait violemment cette prise de conscience : elle lui semblait si lointaine, trop haute, trop distante, cette femme radieuse, ceinte d'un halo d'étoiles, cuirassée de richesses, de tout ce qu'il avait expérimenté de la féminité jusqu'ici. Il aurait ressenti comme un blasphème d'admettre qu'elle aussi était assujettie au sexe et à la même loi du sang que les quelques autres femmes que sa jeunesse d'esclave lui avait accordées, que cette fille de ferme qui avait ouvert sa porte au précepteur, juste une fois, curieuse de voir si l'étudiant s'y prenait d'une autre manière que le cocher et le valet, ou que cette couturière qu'il avait rencontrée dans la pénombre des réverbères en rentrant chez lui. Non, là c'était autre chose. Elle irradiait depuis une autre sphère où le désir n'était pas de mise, pure et immaculée, et même le plus passionné de ses rêves n'avait pas la hardiesse de la dévêtir. Troublé comme un enfant, il s'attachait au parfum de sa présence, jouissant de chacun de ses mouvements comme d'une musique, heureux de la confiance qu'elle lui témoignait et constamment effrayé à l'idée de trahir si peu que ce fût quelque chose du sentiment excessif qui l'agitait : sentiment qui n'avait pas encore de nom, mais qui s'était constitué depuis longtemps et s'attisait à demeurer tapi.
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marina53marina5318 février 2013
Cependant l'amour ne devient vraiment lui-même qu'à partir du moment où il cesse de flotter, douloureux et sombre, comme un embryon, à l'intérieur du corps, et qu'il ose se nommer, s'avouer du souffle et des lèvres. Un tel sentiment a tant de mal à sortir de sa chrysalide, qu'une heure défait toujours d'un coup le cocon emmêlé et qu'ensuite, tombant de tout son haut dans les plus profonds abîmes, il s'abat, avec une telle force décuplée, sur un coeur terrorisé.
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CarosandCarosand04 décembre 2012
Ces lettres étaient devenues l'eau et le pain du solitaire. Tout à sa passion, il les prenait avec lui lors de ses voyages à travers les steppes et les montagnes ; il s'était fait coudre des poches à sa selle afin de les protéger des averses soudaines et de l'humidité des fleuves qu'il leur fallait traverser pendant les expéditions. Il les avait lues si souvent qu'il les connaissait par coeur, mot pour mot, ouvertes si souvent que les parties pliées étaient devenues transparentes et que certains mots avaient été effacés par les baisers et les larmes. Parfois, quand il était seul et savait qu'il n'y avait personne alentour, il les sortait, pour les prononcer mot à mot avec son intonation à elle et conjurer ainsi l'absence de celle qui était loin. Parfois il se levait soudain dans la nuit, lorsqu'un mot, une phrase, une formule de conclusion lui échappait, il allumait sa lampe pour les retrouver et, pénétrant sa graphie, reconstituer en songe l'image de sa main, et à partir de la main, le bras, l'épaule, la peau, toute sa silhouette transportée jusqu'à lui par-delà les terres et les mers. Et tel un bûcheron dans la forêt vierge, il s'attaqua avec une fureur et une force guerrières au temps qui, sauvage et encore menaçant, impénétrable, lui faisait face, déjà impatient de les voir apparaître, elle, la perspective du retour, les heures de voyage, cette perspective, mille fois imaginée, de leur première étreinte de retrouvailles.
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CarosandCarosand05 décembre 2012
"Nous allons bientôt arriver", dit-elle comme pour elle-même.
"Oui", il soupira profondément, "cela a duré si longtemps."
Il ne savait pas lui-même, en prononçant cette plainte impatiente, s'il faisait allusion au trajet, ou à toutes les longues années qui aboutissaient à cette heure : la confusion entre rêve et réalité le déroutait. Il ne sentait qu'une chose, le cliquetis des roues qui filaient sous lui, vers quelque chose, un certain moment, que, du fond d'une étrange torpeur, il n'arrivait pas à discerner. Non, il ne fallait pas y penser, juste se laisser emporter par une puissance invisible, abandonné, les membres détendus, en attente de quelque chose de mystérieux. C'était une sorte de veillée nuptiale, suave et sensuelle et à laquelle pourtant se mêlaient aussi obscurément l'angoisse de l'accomplissement, ce frisson mystique qui vous prend, quand, soudain, ce à quoi on a infiniment aspiré devient palpable, s'approche d'un coeur qui n'ose y croire. Non, pour le moment, ne penser à rien, ne rien vouloir, ne rien désirer, juste rester ainsi, entraîné vers l'incertain come vers un rêve, porté par un flux inconnu, percevant à peine son corps, s'en tenant à un désir sans but, ballotté par le destin et en plein accord avec soi-même. Juste rester ainsi, des heures encore, une éternité, dans ce crépuscule prolongé, nimbé de rêves : mais déjà, comme une légère appréhension, la perspective d'une fin imminente se profilait.
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