En janvier 1939, la guerre civile espagnole arrive à son dénouement. Les troupes franquistes approchent de Barcelone. Un demi-million de civils et les restes de l'armée républicaine se dirigent dans le chaos vers la frontière française. Parmi eux l'écrivain
Alvaro de Orriols et sa famille. Ce poète et dramaturge, reconnu et acclamé, va connaître les affres de la fuite à pied, des bombardements de civils, des nuits sans sommeil sous la pluie, etc... Par une suite de hasards et de coups de chance, il arrive à rejoindre Bayonne où un cousin est déjà installé et où il va se retrouver dans un camp de concentration. Il décide alors d'écrire le journal de cet exode.
Alvaro de Orriols nous livre un témoignage exceptionnel sur la Retirada *. le récit est admirablement écrit et… passionnant ! Minutieusement, Orriols reconstitue heure par heure ce que lui, sa famille et ses compatriotes ont vécu et, miracle de l'écriture, nous sommes emportés dans une fuite sans fin, sous le fracas des bombes et au milieu d'un désordre indescriptible. Dans ce "sauve-qui-peut" jouent la peur, l'égoïsme, la ruse, la cruauté. Mais aussi, de temps en temps, la fraternité et la solidarité, la compassion. Malgré tout, il faut survivre, au moins pour les autres et marcher vers la lumière, vers "les feux du Perthus", le titre du journal. Pourtant, tout cela nous est conté sans pathos, "le ton est toujours ferme, lucide, le plus souvent comme distancié devant tant de difficultés, énergique envers et contre tout, avec des dialogues savoureux, parfois même avec une pointe d'humour, de cet humour noir espagnol qui serait la politesse du désespoir."
Les feux du Perthus est une histoire profondément tragique, bouleversante, une histoire vraiment poignante et captivante que vous lirez sans discontinuer, en apnée jusqu'à la dernière page. de plus, elle est illustrée d'admirables dessins peignant des situations du moment et qui la rend encore plus forte car Orriols est aussi un très bon dessinateur. Une histoire pour ne pas oublier. Remarquable ! Je ne peux que vous conseiller sa lecture.
* La retirada mot traduisant l'exil espagnol d'un demi-million d'espagnols s'étale entre fin janvier et début février 1939 suite à la chute de la deuxième république et à la victoire du Général Franco.