Éditeur : Privat (2011)

Note moyenne : 4/5 (sur 1 notes) Ajouter à mes livres
Espagne, janvier 1939. La République vit ses dernières heures et la guerre civile touche à sa fin. Aidées par les armées allemandes et italiennes, les troupes rebelles du général Franco battent définitivement l'armée républicaine espagnole sur le front de l'Est et se di... > voir plus
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Critiques et avis(2)

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    • Livres 4.00/5
    Par caro64, le 10 avril 2011

    caro64
    "La Guerre d'Espagne, comme toutes les guerres, a renversé brutalement, tragiquement, le cours de l'histoire nationale espagnole, pendant près de quarante ans (ce qui, à l'échelle d'une existence individuelle, est considérable); elle a durablement infléchi la culture, le savoir, l'éducation, l'intelligence vers des horizons barbares, elle a broyé des centaines de milliers de vies en les condamnant à la répression ou à l'exil. Elle a aussi forgé des destinées auxquelles très peu de gens de tous bords et de toutes conditions étaient préparés, mais qui ont su faire face à une énergie et un courage admirables. le cas d' Alvaro de Orriols n'est sans doute pas le plus connu parmi les exilés de l'Espagne républicaine de 1939, mais il n'en est pas moins exemplaire. (...)
    Les Feux du Perthus restent quand même, sous la plume du narrateur, une extraordinaire aventure humaine, avec ses moments d'angoisse et même de désespoir, ses épisodes où le tragique de la mort omniprésente, le feu, le sang versé, les bombardements, mais aussi où la "picaresque" espagnole et la débrouillardise, la solitude entre vaincus, obligent à réinventer en permanence un quotidien hasardeux. C'est qu'il en faut de l'énergie pour assumer le naufrage de l'exode, sans savoir à quoi ressembleront les heures qui suivent. Et pourtant le ton ferme, lucide, le plus souvent comme distancié devant tant de difficultés, énergique envers et contre tout, avec des dialogues savoureux, parfois même avec une pointe d'humour, de cet humour noir espagnol qui serait la politesse du désespoir; passer des nuits incommodes sur les fauteuils d'orchestre d'un petit théâtre de province, par exemple, pour un dramaturge reconnu, ne manque en effet pas de piquant avec un peu de recul, mais il est difficile de ne pas y voir le renversement radical d'une vie où l'on n'est plus ni auteur ni acteur de la grande représentation qui se donne au-dehors, mais un pauvre spectateur condamné à l'inconfort et au silence, dans un drame qui se joue sans lui, et contre lui."
    Serge Salaùn
    Historien, spécialiste de l'Espagne,
    Professeur à l'Université Paris III-Sorbonne Nouvelle.
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    • Livres 4.00/5
    Par caro64, le 26 mai 2011

    caro64
    En janvier 1939, la guerre civile espagnole arrive à son dénouement. Les troupes franquistes approchent de Barcelone. Un demi-million de civils et les restes de l'armée républicaine se dirigent dans le chaos vers la frontière française. Parmi eux l'écrivain Alvaro de Orriols et sa famille. Ce poète et dramaturge, reconnu et acclamé, va connaître les affres de la fuite à pied, des bombardements de civils, des nuits sans sommeil sous la pluie, etc... Par une suite de hasards et de coups de chance, il arrive à rejoindre Bayonne où un cousin est déjà installé et où il va se retrouver dans un camp de concentration. Il décide alors d'écrire le journal de cet exode.
    Alvaro de Orriols nous livre un témoignage exceptionnel sur la Retirada *. le récit est admirablement écrit et… passionnant ! Minutieusement, Orriols reconstitue heure par heure ce que lui, sa famille et ses compatriotes ont vécu et, miracle de l'écriture, nous sommes emportés dans une fuite sans fin, sous le fracas des bombes et au milieu d'un désordre indescriptible. Dans ce "sauve-qui-peut" jouent la peur, l'égoïsme, la ruse, la cruauté. Mais aussi, de temps en temps, la fraternité et la solidarité, la compassion. Malgré tout, il faut survivre, au moins pour les autres et marcher vers la lumière, vers "les feux du Perthus", le titre du journal. Pourtant, tout cela nous est conté sans pathos, "le ton est toujours ferme, lucide, le plus souvent comme distancié devant tant de difficultés, énergique envers et contre tout, avec des dialogues savoureux, parfois même avec une pointe d'humour, de cet humour noir espagnol qui serait la politesse du désespoir."
    Les feux du Perthus est une histoire profondément tragique, bouleversante, une histoire vraiment poignante et captivante que vous lirez sans discontinuer, en apnée jusqu'à la dernière page. de plus, elle est illustrée d'admirables dessins peignant des situations du moment et qui la rend encore plus forte car Orriols est aussi un très bon dessinateur. Une histoire pour ne pas oublier. Remarquable ! Je ne peux que vous conseiller sa lecture.
    * La retirada mot traduisant l'exil espagnol d'un demi-million d'espagnols s'étale entre fin janvier et début février 1939 suite à la chute de la deuxième république et à la victoire du Général Franco.
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Citations et extraits

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  • Par caro64, le 26 mai 2011

    Ce sera pour cette nuit, la salle du théâtre municipal. C’est ce que nous pouvons trouver de mieux si nous ne voulons pas couchés par terre dans les halls glacials du ministère. (…) Il n’y a pas d’ouvreurs, naturellement. Chacun choisit le siège qui lui convient le mieux. Dans les loges, on aperçoit de curieux groupes familiaux. Certains sont installés dans leurs étranges appartements depuis pusieurs jours. On dirait qu’ils ont pris un abonnement. (…) Avec les lumières latérales allumées, la salle donne l’impression de revivre ses classiques « entractes » des jours passés. Et l’on s ‘attend même, d’un instant à l’autre à voir les feux de la rampe et le grand rideau se lever pour pénétrer dans un monde merveilleux de le fiction scénique.
    Mais… il ne se passe rien. Cette fois, le drame est dans la salle, et c’est le grand rideau qui semble nous regarder, d’un air surpris, et de se demander, inquiet :
    "Mais que font-ils"
    Nous venons dormir, monsieur le rideau ; simplement dormir. (…)
    Mais, alors que je me perds dans ces sombres réflexions la quasi-totalité des lumières s’éteignent. Sa clarté s’en trouve sensiblement réduite ; dans la douce pénombre les toussotements cessent., les têtes s’inclinent , et le public lassé d’attendre une représentation qui n’aura jamais lieu, éclate en un concert de ronflements.
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  • Par caro64, le 26 mai 2011

    Que vais-je faire, maintenant ? Quelle force, quel optimisme, quel pouvoir d’illusion, quel délai me faudra-t-il pour tout recommencer ? Impossible ! Impossible !...
    Je sens qu’une lâcheté désespérée s’empare de moi, que mon esprit vacille et devient fou, et avec une inconscience aveugle, j’attrape mon pistolet. Je n’ai qu’un désir : en finir une fois pour toutes. Je suis complètement effrayé de devoir vivre pour survivre. (…) Mais en voyant mes deux enfants qui franchissent la porte et qui viennent vers moi, ma main se retrouve désarmée , le pistolet tombe au sol, et je les prends toutes les trois dans mes bras en pleurant comme un gosse.
    Elles ont raison : ma vie ne m’appartient plus . Elles leurs appartient à eux.
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  • Par caro64, le 26 mai 2011

    Ni la plus belle prose, ni le meilleur pinceau, ni le vers le plus abouti du plus grand des poètes, ne parviendraient à capter la grandissime beauté du tableau qui s’offre à nous. (…) Imaginez une de ces formidables crèches que font les enfants la nuit de Noël. (…) Imaginez un grand autel gigantesque plongé dans la pénombre ; un autel gigantesque qui aurait pour base une poignée de montagnes. (…) Ce n’est qu’ainsi, en vous approchant de la pauvre peinture d’une copie imparfaite, que vous entreverrez, en partie, la beauté de ce magnifique spectacle des feux du Perthus.
    Feux symboliques !
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  • Par caro64, le 26 mai 2011

    Le chemin – une pente douce – est agréable à parcourir. Dire qu’hier ce même trajet nous paraissait interminable ! Mais le pré sourit, là-bas, en bas, sur notre droite, tacheté de camions et de chariots, de linge blanc étendu sur l’herbe et de feux qui tourbillonnent dans l’air à la recherche de l’azur. Qui aurait cru qu’ici même, dans ce petit coin de « crèche de Noël » souriant et verdoyant, nous aurions connu l’horreur d’une nuit dantesque !
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  • Par caro64, le 26 mai 2011

    Nous nous sentirons en sécurité que lorsque nous serons sur la route qui serpente au pied de la montagne. S’étendant sur toute la vallée, elle se perd au loin, dans les nuages de brume. Une fourmilière humaine la recouvre entièrement. Vu depuis ces hauteurs, on dirait un immense reptile. Un reptile noir et silencieux, qui se traîne sur des pattes invisibles.
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