Suis-je épicurien ? Sans doute faut-il répondre à la normande, peut-être bien que oui, fort possible que non. Que veut dire être épicurien ? Adhérer à sa physique, à ses explications souvent loufoques parfois étonnamment modernes des phénomènes naturels ? Certes non. Adhérer à son rationalisme, à sa mise à distance des mythes, des dieux, de la mort ? Plus séduisant.
L'expérience en tant que base de la pensée, voilà sans doute l'apport crucial de l'épicurisme, la critique de tout discours, de toute autorité non évidente, voilà une attitude qui me convient. Et l'éthique ? Chasser les troubles, se contenter de plaisirs simples, voilà qui est sage. Echo dans mon esprit : trop sage. Certes, l'épicurien ne souffre pas, certes il ne regrette rien et la mort ne change pas grand chose pour lui. Il est si peu vivant. Mon esprit peut adhérer. le reste se frustre. Parfois la quête d'un plaisir amène plus de mal que de bien. On souffre pour une illusion, on tombe amoureux. Boum. On se brûle les ailes. On rêve (ça n'a rien de divin, ce sont des simulacres, juste de la matière,
Epicure a sans doute raison, mais ça ne change rien). On se damne pour atteindre l'inaccessible et on a le sentiment de vivre, de se perdre, mais le sacrifice nous transcende, alors qu'
Epicure nous endort. Vivre sans trouble, est-ce le bonheur ? Dénormandisons la réponse : non.