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Dernières critiques du Magazine Littéraire

  • Par HerveAubron, le 06/06/2013


    La fin d'Alice de A-M Homes



    Critique de HERVÉ AUBRON pour le Magazine Littéraire

    Les noms des deux protagonistes principaux de La Fin d'Alice ne nous sont pas connus - on devra se contenter, pour le narrateur, de Loustick, un surnom hérité de l'enfance. On pourrait être tenté de faire de ce livre une subliminale suite de Lolita. Imaginons que Humbert Humbert, le narrateur du roman de Nabokov, n'est pas mort peu de temps avant son procès - comme il était annoncé dans le préambule de Lolita -, qu'il vit toujours quelque part en prison, où il se fait régulièrement violer par son voisin de cellule. Il se remémore sa liaison avec sa Lolita passée (la sienne s'appelait Alice), mais n'en élude pas cette fois-ci, derrière le rideau des métaphores, la réalité charnelle. Il relate aussi - révélation - comment il s'est fait abuser par sa mère démente. Il rapporte enfin, sur un mode indirect libre, les lettres d'une admiratrice inconnue : attirée par un garçon de 12 ans, une étudiante lui raconte par écrit ses manoeuvres d'approche et bientôt la consommation de ses pulsions. Le destinataire cramoisi est touché par cette jeune oie prédatrice, il en est un temps presque amoureux.
    L'Américaine A. M. Homes, auteur de La Fin d'Alice, ne manque pas de courage. Il aura fallu attendre dix-sept ans pour que son troisième roman (elle en a écrit quatre autres depuis) paraisse en France. Il aurait pourtant dû être traduit dans la foulée, mais l'éditrice de l'époque a flanché lorsque l'affaire Marc Dutroux a éclaté, craignant que le livre soit réduit à une complaisante esthétisation de la pédophilie, alors érigée comme l'exclusive forme de la monstruosité. On a depuis expérimenté bien d'autres nuances de ténèbres. À l'heure où tout semble avoir été étiqueté et décrit, y compris la sexualité la plus franche, la pédophilie demeure l'un des derniers confins de l'indicible ou de l'irreprésentable. Ce qu'on appellerait un tabou si même ce terme n'avait été galvaudé. C'est à l'évidence l'un des ressorts d'A. M. Homes : est-il tenable, à la lisière du XXIe siècle, que la littérature passe globalement sous silence une telle réalité ? Est-il possible de se mettre dans la peau d'un pédophile ?
    L'enjeu n'est pas mince. Comment compatir avec une hyène tourmentée sans angéliquement l'absoudre ? Comment « comprendre » l'impardonnable ? Eh bien, A. M. Homes y parvient, alors même qu'elle ne nous épargne rien sur ce que peut un corps (écueil que Nabokov contournait, faisant de cette occultation virtuose le gage de son génie). Elle y parvient en gardant à l'oeil les innombrables récifs de la passe où elle s'est engagée. Et d'abord la provocation irraisonnée, le gore ricanant : il n'y en a pas une once, même durant les scènes les plus insoutenables. C'est que le Loustick narrateur est aussi dégueulasse qu'émotif, aussi pervers que terrifié par ses propres actes. Il s'adresse parfois au lecteur et le met en garde : « Jouir et se sentir dégoûté, totalement horrifié, n'est en rien un motif d'inquiétude - moi ça m'arrive tout le temps. [...] si j'ai touché une corde plus profonde et réveillé le violeur vicieux qui sommeillait en vous, qu'il est pris de tics et de démangeaisons, je vous conseillerais d'éviter autant que possible les situations de stress. [...] Je vous suggère de désamorcer ces pulsions imprudentes en discutant le plus possible avec votre épouse, et en laissant, peut-être, quand vous dormez, la lumière allumée. » Oui, le livre peut aussi être drôle - un comble.
    Autre écueil conjuré, à l'inverse : celui de la pure dextérité, du narcissisme créateur se gargarisant de sa capacité à transmuer n'importe quelle boue en or - et n'est-ce pas ce que l'on peut parfois reprocher à Lolita ? Chez A. M. Homes, si impressionnante soit l'écriture, certaines choses ne passent pas, ne pourront jamais passer, et c'est comme si une artiste consentait à érafler son si fin tissage contre des silex désespérément coupants. Tout au plus pourrait-on parfois lui reprocher un usage trop athlétique du montage alterné ainsi qu'une légère surcharge pondérale dans les mânes littéraires invoqués : il n'était pas nécessaire d'ajouter à l'évident sequel de Lolita la référence à Alice au pays des merveilles - quand bien même Nabokov a traduit Lewis Carroll et a explicitement déclaré que le clergyman anglais avait été l'un des modèles de Humbert.
    La grande question de La Fin d'Alice n'est pas seulement celle de la pédophilie, c'est celle de l'abus. Nous devons tout au long nous fier au récit du Loustick, avec le risque de nous laisser confondre. Jusqu'à quel point fantasme-t-il les péripéties scabreuses qu'est censée lui rapporter sa correspondante ? Affabule-t-il les exactions dont il a été victime ? Ou l'ascendant que prend sur lui l'entreprenante Alice ? Il y a là une théorie sous-jacente de la littérature : bravant l'indicible, une écriture peut abuser d'un lecteur, celui-ci étant aussi capable d'abuser d'un texte en y projetant ses propres lubies. Existe-t-il un roman absolument éclairé, fondé sur un parfait consentement mutuel entre le narrateur et le lecteur ? Rien n'est moins sûr, la littérature tenant peut-être à ce terrible couple pathologique où aimer revient à dévorer.

    Critique de qualité ? (0 votes positifs)


  • Par AlietteArmel, le 23/05/2013


    Les eaux tumultueuses de Aharon Appelfeld



    Critique de Aliette Armel pour le Magazine Littéraire

    Aharon Appelfeld est l'auteur qui, après Kafka, porte au plus haut une écriture affirmant ses références juives, assumant l'étrangeté du monde en croisant les fils du réel et de l'imaginaire, forgée dans une langue arrachée au silence et tendant vers l'épure. Arrivé en Israël à l'âge de 14 ans après plusieurs années d'errance dans le ghetto, les camps, mais aussi la forêt, parlant l'allemand et le yiddish, un peu le ruthène et le roumain, mais pas l'hébreu, Appelfeld est désormais célébré dans le monde entier comme l'un des plus grands écrivains de langue hébraïque contemporains, l'un des derniers à avoir survécu à l'Holocauste. Ses textes arrivent en Occident dans le désordre propre aux découvertes tardives d'auteurs ayant déjà beaucoup écrit. Pierre Belfond avait publié, dès 1985, Le Temps des prodiges, puis, en 1986, Badenheim 1939. Mais il a fallu attendre la traduction par Valérie Zenatti et la publication, en 2004, par les éditions de l'Olivier d'Histoire d'une vie, livre composé de fragments autobiographiques, pour que l'auteur reçoive le prix Médicis étranger et soit connu du public français.
    Publiées en Israël en 1988, Les Eaux tumultueuses, qui paraissent aujourd'hui en France, appartiennent à la veine la plus métaphorique de l'oeuvre d'Appelfeld, celle que creusait déjà Badenheim 1939, titre inspiré par le nom d'une station thermale fictive où se retrouvaient des estivants juifs assimilés, soudain menacés par la « délocalisation » vers la Pologne. Les Eaux tumultueuses se déroulent dans une pension située au bord de la rivière Pruth, aux confins de l'Ukraine et de la Roumanie. Le village imaginaire de Fracht est peuplé essentiellement de Ruthènes, qui sont, pour les touristes juifs, la figure même de l'autre, dans leur langue comme dans leur religion et leur comportement, mais aussi ceux qui jugent et représentent une menace parce qu'ils se sentent menacés : « Qu'ils partent en Palestine, qu'ils aillent dans leur pays et ne répandent pas la peste ici ! », réclament certains paysans ruthènes ne supportant pas que l'une d'entre eux, Maria, serve ces « débauchés » qui ont l'habitude de se retrouver dans la pension Zaltzer pour jouer leur héritage, boire au-delà de toute raison et faire des rencontres amoureuses.
    Maria n'hésite pas à admonester Rita, le personnage principal qui fait partie de ces hôtes de la pension dépendants du jeu et de l'alcool : « Il faut que tu pries ! », lui enjoint-elle. Pour les domestiques chrétiens, Maria, mais aussi Vassil, le barman, le salut des nouveaux Juifs « perdus et malheureux » réside soit dans la conversion, soit dans le retour vers leurs racines et leurs traditions : « Les Juifs ne jouent pas aux cartes et ne boivent pas, affirme Maria. La boisson brouille l'image de Dieu en l'homme. Les Juifs sont nobles parmi les nobles et cette noblesse les oblige. » Dans une ambiance de catastrophe, pressentie puis réelle - l'absence inexplicable des autres estivants, une mort accidentelle -, les conversations, aux résonances souvent très tchekhoviennes, tournent autour d'une identité juive indéfinissable, d'un salut inatteignable et de la présence éventuelle de Dieu en chaque homme. La peur menace de tout envahir et de paralyser ceux qui s'obstinent à survivre, mais elle aussi n'est peut-être qu'un leurre : « J'ai beaucoup de mal à surmonter la peur », avoue Rita à son fils Yohann. « La peur n'est qu'une ombre, lui répond-il avec l'agressivité qui caractérise leurs relations. Si on abat l'arbre, il n'y a plus d'ombre. [...] Une nuit je me suis dit : la peur est inutile, il faut l'ignorer. Depuis, elle ne m'embête plus. »
    La désagrégation du monde où ils ont jusqu'ici vécu conduit à d'étranges inversions des rapports entre les classes sociales et les générations : les domestiques se transforment en maîtres de sagesse, le fils de 17 ans en donneur de leçons lucide dont la mère, Rita, redoute le jugement. Zaltzer, le propriétaire de la pension qui jusqu'ici contribuait à dépouiller ses hôtes, bâtit dans sa cour un mausolée pour le premier de leurs morts, Benno Starck, qui s'est noyé en tentant de traverser la rivière. Il n'atteindra jamais la terre qui représentait pour lui l'espoir : « La Palestine changerait [leur] vie de fond en comble. Là-bas on ne buvait pas et on ne jouait pas mais on travaillait dur, du matin au soir. »
    Cette fascination de Benno pour la Palestine est partagée par Rita, hantée par des rêves prémonitoires. Appenfeld décrit avec tendresse la fragilité de cette femme victime de ses addictions et de ses angoisses, de la lucidité froide de son fils et de la disparition des hommes qu'elle cherche à aimer. Il lui prête cette capacité à la contemplation qui a nourri la vie intérieure de l'écrivain dans le silence de ses années de fuite, pendant la guerre. Rita trouve, elle aussi, la force de s'arracher au connu, d'aller une nouvelle fois vers la gare, vers ces trains très présents dans l'oeuvre d'Appenfeld comme dans le destin des Juifs d'Europe orientale. Elle ne s'embarque pas pour un retour vers la ville d'où elle vient. Elle est celle qui, avec détermination, tente l'accomplissement du destin qu'elle espère pour les Juifs, et qu'elle formule dès les premières pages, « avec des mots qui ne lui appartenaient pas : "Nous, les Juifs, méritons beaucoup d'estime [...]. Nous ouvrons des mondes nouveaux, des mondes cachés, nous montrons ce qu'est la liberté." » Malgré l'incertitude qui marque ses premières étapes vers la Palestine, l'image lugubre d'une synagogue abandonnée, les menaces antisémites dans les bars où elle se perd, l'humiliation sexuelle et l'épuisement de chaque partie de son corps, elle persiste à croire dans l'avenir.
    Plongé dans une atmosphère d'un réalisme apparent et d'une étrangeté constante, ce roman accumule les signes de la montée de la haine et de la destruction inéluctable, mais il laisse aussi une porte ouverte sur l'espoir, celui qui a permis la survie d'Appenfeld et de tous ceux qui n'ont pas sombré dans le renoncement : « La mort ne signait pas une fin, il était possible encore de s'asseoir pour jouir de la lumière, de l'eau, et des bons repas servis par Maria. »

    Critique de qualité ? (3 votes positifs)


  • Par MagazineLitteraire, le 01/05/2013


    Autrement et encore de sébastien Lapaque



    Critique de Marie Fouquet pour le Magazine Littéraire

    Alors que le journaliste s'apparente parfois à un réducteur de plumes, comme en témoigne la multiplication d'articles courts, Sébastien Lapaque, critique littéraire au Figaro et auteur de nombreux livres (Les Barricades mystérieuses, Georges Bernanos encore une fois), renoue brillamment avec la longueur, sous la forme d'un journal extime où sont livrées réflexions, anecdotes et références autour de notre époque. Autrement et encore, qui fait suite à son journal de l'année 2009 Au hasard et souvent, offre une chronique des années 2010 à 2012. De la critique féroce du processus d'identification génétique promu par le gouvernement d'alors, aux personnalités littéraires plus ou moins contemporaines en passant par le match de rugby Écosse-France, Sébastien Lapaque évoque tous les domaines, dans une écriture à la fois libre et vive. Introduits par une citation, les textes balancent entre faits du présent et rappels du passé. Témoin éclairé par l'expérience de nos aïeux, l'écrivain reste généralement sombre quant à l'actualité, mais fait preuve d'un enthousiasme affiché pour les événements qui la précèdent. Tout était-il mieux avant ?

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  • Par Jean-YvesMasson, le 01/05/2013


    Le livre II (al-Kitâb) : Hier Le lieu Aujourd'hui de Adonis



    Critique de Jean-Yves Masson pour le Magazine Littéraire

    Qu'il suffise donc de dire ici que ce poète raffiné s'est nourri de tout l'héritage de la poésie moderne occidentale, et que c'est grâce à lui et à ses amis de la revue Ch'ir, à partir des années 1960, que la poésie arabe, se libérant des carcans académiques, est entrée en effervescence.
    Les éditions du Seuil ont entrepris en 2007 la publication du Livre, imposant triptyque qui représente le massif central de son oeuvre : une somme embrassant tout le patrimoine de la culture et de la langue arabes pour leur poser la question de leur rapport à l'histoire, qu'elles ont pour perpétuelle tentation de nier. Nous en avons évoqué le premier volume (Le Magazine Littéraire n° 470) : voici le deuxième, traduit avec un soin exemplaire par Houria Abdelhouaed. Les anciens poètes mystiques de l'Islam, mais aussi les grands rebelles et les hérétiques sont convoqués par la voix du poète, inventeur d'une épopée où chaque lettre de l'alphabet arabe devient une ville, à moins que ce ne soit l'inverse. Ici, même les notes - précieuses indications, non moins utiles au lecteur arabe moderne qu'au lecteur français - font partie du poème ! De tous les prédécesseurs illustres, Al-Mutanabbi, le grand poète irakien du Xe siècle, est le compagnon le plus sollicité par Adonis, au point de s'identifier à lui. Ce livre ne se résume pas : il est une exploration de la profondeur des temps.
    Paraît en même temps, harmonieusement traduit par Vénus Khoury-Ghata, un livre bien plus bref de 96 textes écrits par Adonis en 2012 au cours d'un séjour au Mexique. Zócalo mérite la lecture : le poète y dialogue avec l'héritage spirituel des Mayas. Il dit son amour de la pluralité des cultures, sa confiance dans la beauté du monde. La poésie d'Adonis, parfois si sombre, si lucide, est tout entière animée d'un humanisme profond.

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  • Par MagazineLitteraire, le 25/04/2013


    La cuisinière d'Himmler de Franz-Olivier Giesbert



    Critique de Aliocha Wald Lasowski pour le Magazine Littéraire

    « L'Histoire entre sans frapper et c'est à peine si on la remarque quand elle passe. Sauf quand elle vous roule dessus. » C'est la leçon donnée au lecteur du roman de Franz-Olivier Giesbert, par sa narratrice-héroïne, à travers l'épopée tragicomique, le récit picaresque de ses aventures au milieu de l'horreur de la guerre, des génocides et des massacres du XXe siècle. Comment fuir les événements de l'Histoire ? On le sait : tôt ou tard, les fourmis qui tentent d'échapper à la montée des eaux, un jour d'orage, sont rattrapées par le destin. La Cuisinière d'Himmler développe une fresque intime, historique et trépidante autour de la Méditerranée, où la saveur des épices se mêle au sang versé des tragédies humaines.
    Le conte philosophique moderne s'ouvre à Marseille, de nos jours. À La Petite Provence, son restaurant face au Vieux-Port, Rose décide d'écrire ses Mémoires. Son établissement est un résumé de sa vie : chaque plat qui défile sur la carte du menu évoque un événement de son passé. C'est aux personnes rencontrées qu'elle doit une partie de ses recettes, et de sa bibliothèque. Le plaki de sa grand-mère (un plat de haricots), les aubergines à la provençale de Barnabé Bartavelle, le flan au caramel d'Emma Lempereur... Et elle doit à sa grand-mère la lecture de lord Byron, à la paysanne Emma celle du poète John Keats. Mais qui est Rose ? « Cent cinq ans, un maigre filet de voix, cinq dents valides, une expression de hibou. » Devant ses fourneaux, au milieu du grésillement de la cuisine, l'étonnante centenaire fait alterner, dans la friture des souvenirs, moments tragiques et scènes légères. Fille de Vart et d'Hagop, Rose naît en Arménie le 18 juillet 1907, près de la mer Noire, à Kovata, capitale mondiale de la poire. Sa mère lui donne naissance sur les branches d'un cerisier : « C'est ainsi que je vins au monde, en dégringolant. » Et à Constantinople, le chef spirituel des sunnites ordonne le génocide du peuple arménien. Que faire ? Avant de fuir, sa grand-mère, cuisinière inventive, lui transmet sa spécialité à base de céleri, de carottes et de haricots blancs, plat de pauvre nommé plaki - « rien que d'écrire ce mot, je commence à saliver ».
    Cachée derrière un framboisier du jardin, puis dans le fumier d'une charrette, la jeune fille échappe au massacre et prépare sa vengeance. Découvrant un batracien, salamandre jaune qu'elle nomme Théo, diminutif d'une princesse du XVe siècle, Théodora Comnène, elle en fait son amie et sa conscience. Comme un Jiminy Cricket de conte de fées. Prisonnière à bord d'un cargo, Rose s'enfuit lors d'une escale à Marseille. Pour échapper aux sbires de Chapacan Ier, en argot « voleur de chiens », un truand local, elle se réfugie chez Barnabé Bartavelle, au restaurant Le Galavard. Rose apprend l'art des aubergines à la provençale. Après la rencontre avec une paysanne, Emma Lempereur, Rose tombe amoureuse de Gabriel Beaucaire, s'installe à Paris et ouvre son premier restaurant. Les années de bonheur sont de courte durée. La presse antisémite pullule. C'est la montée du nazisme en 1933, l'incendie des synagogues, le pillage de magasins et l'arrestation de la population. Entre son célèbre flan au caramel, son inimitable brandade et son inégalable soufflé au crabe, Rose règle ses comptes. Le couple a deux enfants, Édouard et Garance. Rose part en Turquie venger l'assassin de son père et revient à Paris cacher son mari quand la propagande dénonce ses origines juives. Gabriel doit fuir. Entre rage et dégoût, Rose se lance dans la phytothérapie, science des plantes médicinales de Galien, médecin de l'empereur Marc Aurèle.
    Un jour, après le défilé des troupes allemandes sur les Champs-Élysées, Himmler dîne à La Petite Provence. Le Reichsführer-SS félicite le chef pour sa brandade, interroge Rose sur le secret des tisanes. Et sur les écrits de sainte Hildegarde de Bingen, herboriste du XIIe siècle. Le nazi devient adepte des pilules au ginseng. Rose va-t-elle ajouter de l'arsenic dans ses pilules, pour sauver son mari et protéger sa famille ? Comment préparer l'assassinat du monstre ? Que faire devant les avances de Himmler qui lui demande d'être sa cuisinière et sa maîtresse ? Comme dans son roman-confession Un très grand amour (2010) ou l'autoportrait Dieu, ma mère et moi (2012), Franz-Olivier Giesbert s'emploie à plaisir à brouiller les pistes. Les souvenirs du témoin historique se mêlent à l'histoire d'amour et à l'enquête dans ce roman brillant, où la désinvolture et la gravité signent une élégance littéraire de grand charme.

    Critique de qualité ? (7 votes positifs)


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