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Une rentrée littéraire pour découvrir une autre Amérique

Article publié le 14/10/2020 par la Rédaction, en partenariat avec Editis

 


Les amateurs de littérature américaine – et encore plus ceux qui ont eu la chance d’y mettre les pieds – savent bien que les Etats-Unis sont une terre de contrastes, où le superbe côtoie l’abject, où la liberté peut vite mener à la chaise électrique, où tolérance absolue et bêtise crasse cohabitent. On ne s’étonnera donc pas que cet immense pays, vu depuis l’Europe, fascine autant qu’il repousse. Mais que connaît-on vraiment des Etats-Unis d’aujourd’hui et d’hier ? La littérature peut et doit nous permettre d’explorer autrement ces territoires, dans le détail et la diversité de leurs manifestations (sociales, politiques, culturelles).

Après notre article sur les destins de femmes, et celui sur les liens entre l’Histoire et l’intime, nous vous proposons ici, en partenariat avec les maisons d’édition du groupe Editis, un tour d’horizon des Etats-Unis vus essentiellement par des auteurs américains (mais aussi avec deux livres signés par des Français), à l’occasion des parutions récentes de la rentrée littéraire de l’automne 2020. L’occasion de découvrir une autre Amérique, notamment à travers de nombreux romans et récits traitant de la condition des Afro-Américains, qui continue de soulever beaucoup de questions. L’autre Amérique, c’est d’ailleurs peut-être avant tout la leur, mais aussi celle d’autres minorités qu’on entend encore peu, et qui pourraient bien venir irriguer d’un sang neuf la littérature de ce pays dans les prochaines années…

 

Ludovic Manchette et Christian Niemiec, Alabama 1963 (Le Cherche-Midi)



Comment parler de ségrégation raciale aux Etats-Unis dans les années 1960 sans tomber dans les clichés ? Dans leur premier roman à quatre mains Alabama 1963 (Le Cherche-Midi), Ludovic Manchette et Christian Niemiec ont tenté l'aventure à travers une histoire d'amitié entre une femme de ménage noire (Adela) et un détective blanc (Bud), autour d’une enquête sur le meurtre de jeunes filles noires. Un roman français aux airs de polar américain, qui remporte un franc succès sur Babelio depuis sa parution fin août 2020.

Tomabooks ne mâche pas ses mots pour conseiller cette lecture : « Ludovic Manchette et Christian Niemiec réussissent leur coup, puisque nous ne cherchons pas vraiment à nous focaliser sur l'auteur des enlèvements et des meurtres, mais bien sur cette population qui évolue, cette amitié qui naît. La fin arrive avec finesse et nous saisit avec force, si bien qu'Alabama 1963 se transforme bel et bien en un coup de cœur, mais surtout en un roman qui ne s'oublie pas. »


Retrouvez les auteurs dans notre vidéo, dans laquelle ils présentent leur livre en 5 mots


Elizabeth Wetmore, Glory (Les Escales), traduit par Emmanuelle Aronson



De racisme et de violence il est également question dans le premier roman d’Elizabeth Wetmore, dans lequel une jeune fille mexicaine de 14 ans est violée durant toute une nuit par un homme blanc bien intégré à la communauté. Or en 1976, les a priori sont encore très tenaces dans une Amérique rurale – ici à Odessa, dans l’ouest du Texas. Pour raconter le destin de Gloria, l’autrice a fait le choix d’un roman choral, permettant ainsi à d’autres femmes d’Odessa de s’exprimer pour mieux révéler une société non seulement empreinte de racisme, mais également misogyne et intolérante.

Un portrait bien loin de l’american dream et du pays de la liberté, dont l’Europe vantait encore largement les mérites à l’époque, et un roman dont Stockard fait l’éloge sur Babelio : « Glory, c'est une plume élégante au service d'une histoire dure, sur fond de racisme, de religion et de patriarcat, notions qui font loi à Odessa, et où la misogynie, l'injustice et la peur sont la norme ; une histoire que l'aisance stylistique d'Elizabeth Wetmore rend si vivante que, tournée la dernière page, on a bien du mal à croire qu'il s'agisse d'un premier roman. Ça promet pour la suite. Assurément une auteure à suivre. »



Kiese Laymon, Balèze (Les Escales), traduit par Emmanuelle et Philippe Aronson



On reste dans le Sud des Etats-Unis avec cette fois un récit intime centré sur la vie de son auteur Kiese Laymon, et notamment son enfance dans le Mississippi avant son arrivée à New York. Balèze est un texte dans lequel l’auteur règle aussi bien ses comptes avec sa mère – une femme intelligente, très engagée politiquement et dans l’éducation de son fils, mais également maltraitante, à laquelle il s’adresse durant tout le livre –, qu’avec les Etats-Unis, un pays où naître noir, pauvre et obèse (ou « balèze ») ne vous avantage pas vraiment… Ou quand un destin individuel permet de questionner celui d’une Nation pleine de contradictions, résolument tournée vers le futur sans toujours prendre en compte le lourd poids de son passé.

Kirzy nous en dit beaucoup de bien sur Babelio : « Le texte crépite d'intelligence et d'authenticité, animé par une langue très vivante et cadencée qui décharge à intervalles réguliers de l'émotion. Et le miracle est là : au-delà de la noirceur des thèmes, de la chronique d'un quotidien assailli par le racisme, la violence familiale et l'obsession de la minceur, c'est la profonde humanité d'un texte porteur d'amour et de lumière qu'on retient. Celui d'un garçon qui a lutté pour se réaliser et devenir homme et écrivain. Puissant. »


 
Elizabeth McCracken, Le Bowling du Point du Jour (Nil), traduit par Hélène Cohen



Et si on s’offrait un peu plus de légèreté (sans pour autant mettre de côté les sujets sérieux) ? C’est ce que propose Elizabeth McCracken dans cette saga familiale déjantée, centrée sur un lieu fort de l’imaginaire américain : le bowling. Un récit épique qui commence en 1900, alors que l’excentrique Bertha Truitt est retrouvée inconsciente près d’une tombe, avec dans son sac une boule de bowling, une quille et 7 kilos d’or. Elle ouvre peu après à Salford (Massachusetts) son propre bowling, qui devient vite un lieu central de la ville, et la scène de péripéties rocambolesques qu’Elizabeth McCracken se plaît à inventer pour ses personnages.

Justinelibrary salue l’originalité de ce roman dans sa critique : « On suit dans cette Amérique des années 1900 de (très) nombreux personnages aux destins comico-tragiques. Une généalogie à la fois maudite et bouleversée depuis la rencontre de Bertha Truitt. Une (looongue) saga familiale épique, tentaculaire et décalée, à laquelle il faut s'accrocher pour découvrir les secrets de chacun et les liens qui les unissent ! »

 

Alain Mabanckou, Rumeurs d'Amérique (Plon)




Du Congo à la Californie en passant par la France, il n’y a parfois qu’un pas. Et c’est Alain Mabanckou, un auteur cher au cœur des lecteurs français, qui le franchit. L’auteur de Mémoires de porc-épic (prix Renaudot 2006) réside en Californie depuis une quinzaine d’années, où il enseigne la littérature française. Dans ce livre, il offre son regard sur un Etat (et à travers lui sur un pays) complexe, aussi repoussant qu’attirant, à travers des considérations sur les élections américaines, la guerre des gangs, sa vie en tant qu’exilé franco-congolais ou encore la musique.

Comme l’écrit HerbP : « Par petites touches et à partir d'événements de la vie courante, Alain Mabanckou nous donne un regard "dépassionné" sur la condition des noirs en Amérique ou en France, avec quelques touches d'humour comme par exemple les Sapeurs congolais dont j'ignorais l'existence. Cela se lit très vite et donne envie de découvrir plus en profondeur cet auteur à la belle plume. »

 

Tayari Jones, Des baisers parfum tabac (Presses de la Cité), traduit par Karine Laléchère



Dans son deuxième roman traduit en France, Tayari Jones ancre une nouvelle fois son récit dans un Etat qui lui est cher, puisque c’est celui de son enfance : la Géorgie. Un Etat dans lequel elle est revenue vivre après 10 ans passés à New York, et qui lui sert de toile de fond pour Des baisers parfum tabac, où l’on suit une famille entre ombre et lumière à l’heure de la lutte pour les droits civiques et l’émancipation des femmes noires dans les Etats du Sud, des années 1960 aux années 2000. Une histoire très intime, puisque c’est notamment celle de Dana, enfant illégitime d’un père bigame dans la communauté noire d’Atlanta, et de ses rapports avec sa demi-sœur légitime, Chaurisse. Mais aussi celle de leurs mères, et des choix d’adultes quand on est afro-américain.

Une lecture à laquelle sophronie décerne la note maximale de 5 étoiles sur Babelio : « Ce quatuor de filles-femmes qui se sont construites sur un faux-semblant est terriblement captivant. Un très bon roman doux-amer où l'autrice montre un bel attachement à ses personnages, qu'elle ne juge pas. »

 

David L. Carlson et Landis Blair, L'Accident de chasse (Sonatine), traduit par Julie Sibony



Que diriez-vous de passer par la case roman graphique pour en prendre plein les yeux, et vous plonger dans une histoire américaine à travers le texte ET l’image ? Ca se passe chez Sonatine, un éditeur plus coutumier du roman noir que de la bande dessinée – et pour pas mal de lecteurs, c’est une très bonne surprise. Inspirée de faits réels, l’œuvre de David L. Carlson (texte) et Landis Blair (dessin) convoque le Chicago de la fin des années 1950. Orphelin de mère, Charlie Rizzo doit aller vivre avec son père, aveugle des suites d’un accident de chasse. Mais quand la police débarque chez lui, Matt Rizzo décide de raconter à son fils la vérité : il doit sa cécité à un vol à main armée, et à ses liens avec la mafia de Chicago.

Un livre bien épais de 500 pages, pour un résultat qui a plus qu’emballé terror77 : « Grosse surprise venue de chez Sonatine parue fin aout avec ce format inhabituel pour cet éditeur et assez volumineux pour ce fabuleux roman graphique en noir et blanc saisissant de détail, c'est très profond et je pense sans me tromper que plusieurs lectures seraient idéales pour apprécier cette histoire de rédemption et qui restera également dans ma mémoire de lecteur. »

 

Sarah Elaine Smith, Marilou est partout (Sonatine), traduit par Héloïse Esquié



En route pour la Pennsylvanie rurale, avec le premier roman de la poétesse Sarah Elaine Smith. Dans Marilou est partout, l’autrice met sa poésie au service du personnage de Cindy, une ado paumée âgée de 14 ans qui vit avec ses deux frères plus âgés. Quand sa charismatique voisine Marilou (Jude de son vrai prénom) disparaît, toute la communauté en est affectée. Cindy se rapproche alors de la mère de la disparue, Bernadette, jusqu’à prendre la place peu à peu de Marilou… A travers les errances intérieures de Cindy, et une langue qui figure des paysages où la torpeur règne, on s’immisce dans une relation étrange, voire malsaine, qui ne manque pas de marquer les lecteurs.

Ce récit à la première personne, au style à la fois exigeant et brillant, a enchanté et troublé Waterlyly : « Voilà longtemps que je n'avais pas lu un roman d'une telle densité, d'une âpreté extrême et aussi dérangeant. Je ressors totalement chamboulée et l'écriture percutante de l'auteure n'y est pas pour rien. J'ai fait une expérience de lecture particulière et incomparable. Je sais que c'est un roman auquel je vais souvent repenser. C'est fort et d'une rare profondeur, et ce jusqu'au dénouement surprenant mais cohérent avec l'intrigue. »

 

David Joy, Ce lien entre nous (Sonatine), traduit par Fabrice Pointeau



Comment évoquer les Etats-Unis sans passer par la mythique chaîne de montagne des Appalaches, s’étendant sur plus de 2000 km et 13 Etats ? Une terre d’inspiration pour des écrivains comme Ron Rash, Chris Offutt ou encore Phillip Lewis, mais aussi pour le très remarqué David Joy, digne successeur de ces auteurs très célébrés. Dans Ce lien entre nous, l’auteur du Poids du monde dresse un portrait noir d’une région durement touchée par le chômage et la drogue, à travers le personnage de Darl Moody résidant dans un mobil home en Caroline du Nord. Alors qu’il braconne, il tue un homme par accident. Le frère de celui-ci ne va pas tarder à le retrouver, bien décidé à le venger. Mais dans les livres de David Joy, les personnages sont complexes : les méchants sont rarement totalement mauvais, et les gentils jamais absolument bons.

Un roman noir dans lequel la nature tient une place centrale, comme les questionnements sur la chasse, la vengeance et les liens familiaux. Et qui a conquis Imaginoire : « Autant le dire tout de suite, Ce lien entre nous de David Joy est une pépite. Un roman noir, social, superbement écrit sur ce qui me plaît le plus dans ce genre littéraire, la spirale infernale qui emporte les protagonistes et parfois ceux les entourant, vers une descente aux enfers que rien n'arrête par une suite de décisions malheureuses. »


 

Avez-vous lu des livres prenant pour cadre l'Amérique, parus récemment ? Partagez votre avis en commentaire…

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