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Interview : Olivia Koudrine à propos de L'homme battu

Article publié le 09/08/2021 par Mahaut Adam

 

Dans L’homme battu, le tout nouveau roman d’Olivia Koudrine, nous découvrons l’histoire d’une famille détruite par une mère violente et un père faible et dépendant. Justine, la jeune narratrice, touchée par la mort de son père, tente de se réconcilier avec l’image d’homme soumis qu’elle a de lui.
Touchante, cette histoire nous plonge dans les souvenirs douloureux de Justine, traumatisée par ce rapport déséquilibré entre ses deux parents et par un monde d’apparence et d’hypocrisie. Nous avons cherché à en savoir plus sur ce nouveau roman sincère et étonnant, mais aussi sur l’auteure et ses motivations.

 


 

 

Le langage de Justine oscille constamment entre argot adolescent et formule poétique, comment avez-vous écrit ce va-et-vient entre deux registres ?

L’argot permet à Justine de garder ses distances face à une situation qu’elle maîtrise mal, à s’en moquer ou à montrer qu’elle appartient à un groupe. Dans les formules poétiques, elle se dévoile davantage, elle baisse la garde.

J’aime utiliser les mots récents comme les mots désuets, les mots grossiers même, si leur sonorité m’amuse et me plaît. J’utilise mes cinq sens quand j’écris. Je veux que le lecteur marche dans une bouse de vache et tout de suite après qu’il admire la couleur des coquelicots au milieu d’un champ de blé. C’est le même champ lexical. La vie nous promène entre la joie, le plaisir, le dégoût, la colère… ces divers états affectifs auxquels répond l’enfant, l’adolescent ou l’adulte à l’intérieur de nous. On ne sait jamais lequel va réagir. C’est ce qui caractérise Justine.

 

 

Aujourd’hui, les livres qui ouvrent la parole sur les violences conjugales sont de plus en plus présents. Comment avoir eu l’idée de renverser le schéma disons “traditionnel”, pour parler d’un homme soumis et battu ?

On a longtemps mis sous le tapis le drame des femmes battues et assassinées par leur conjoint et c’est une prise de conscience qui semble bouleverser la société comme si c’était un phénomène nouveau. Alors il faut se venger, accuser les hommes de tous les maux. C’est vrai, certains hommes sont violents et pervers, mais je préfère écrire Homme avec un grand H. Les femmes ne sont pas le sexe faible comme on les a longtemps nommées et cette victimisation les ramène à ce statut d’infériorité. Nous ne sommes ni moins intelligentes ni moins brillantes que les hommes, ni moins cruelles, ni moins perverses. Et même si les violences faites aux hommes sont souvent moins visibles et moins dites, il faut en parler parce que, dans ces deux cas de figure, les enfants du couple, si enfant il y a, sont les premières victimes. Eux sont vraiment sans défense. C’est le cas de Justine.

 

 

Quelles ont été vos références littéraires, philosophiques ou féministes pour écrire ce livre ? Est-ce un sujet qui a beaucoup fait couler de l'encre ?

 

De nombreux films mettent en scène des femmes battues. La littérature n’est pas en reste : il y a une dans La Bête humaine, au début du roman quelques pages qui ont terrifié l’adolescente que j’étais. Il y a également les faits divers insoutenables. Tout cela est bien réel. Ce n’est pas une raison pour nier une autre réalité, celle des hommes maltraités, frappés et même tués par leur conjointe. Une amie m’a confié les affres de son père, victime de sa mégère de mère. Je m’en suis inspirée pour L’Homme battu.

Le féminisme, je ne sais plus vraiment ce que c’est, on met tout et n’importe quoi dans ce mot. Je suis révoltée aujourd’hui quand j’entends parler des petites filles que l’on excise, que l’on viole, que l’on marie de force. Avec parfois la complicité des femmes. Que des épouses au vingt-et-unième siècle soient sommées d’obéir à leur mari, à leur fils, qu’elles cachent leur corps pour le dérober au désir des mâles… Ça, c’est un vrai combat dont certaines, qui se disent féministes, ne semblent pas tenir compte. Je me revendique comme une femme qui aime les hommes mais je ne me laisserai dominer par aucun d’entre eux… sauf si j’y trouve du plaisir bien sûr (lol).

 

 

 

 

Vous avez choisi d’aborder cette question au travers du regard de leur fille, une adolescente anorexique et malheureuse. Qu’est-ce qu’apporte selon vous ce point de vue-là ?

Comme je l’ai écrit précédemment, le sort de l’enfant est beaucoup plus dramatique que celui des adultes. Il n’a aucun recours quand il vit dans un climat de violence. Il est fragile et manipulable. Se construire dans ces conditions sans être abîmé pour le restant de ses jours est un véritable challenge. Dans L’Homme battu, je ne ménage pas la mère mais pas le père non plus, c’est surtout le sort de Justine qui m’intéresse. J’ai montré les souffrances de son père pour mieux montrer la racine du mal de Justine. Ce qui la mène à l’anorexie et au mépris d’elle-même.



Que pensez-vous du féminisme ? Dans ce livre, tentez-vous d’en définir un nouveau genre ? 

L’homme est l’égal de la femme mais il est différent. Il porte ma valise, je prépare son plat de pâtes. Il me rassure dans une rue sombre, je le rassure quand il doute de lui… (À prendre entre le premier et le second degré).

Je pense que l’erreur de certaines féministes est de se définir par rapport à l’homme. Et que l’erreur de certains hommes, pour prouver qu’ils sont féministes, est de se définir par rapport à la femme. Ce qui est tout aussi dommageable. Personne n’a rien à prouver. Liberté pour tous sans concession, égalité en droit malgré les différences, fraternité cerise sur le gâteau.

 

 

Votre dernier livre, De Cinq à Sept, fait l’objet d’une adaptation cinématographique. Avez-vous pensé à adapter L’homme battu ?

 

C’est en bonne voie, j’ai déjà été contactée par une prod.

 

 

Olivia Koudrine à propos de ses lectures

 

Quel est le livre qui vous a donné envie d’écrire ?

 

Les romances de Barbara Cartland. Ses histoires d’amour me faisaient rêver quand j’étais enfant… et les histoires qui vous font rêver se concrétisent dans la réalité si vous le souhaitez vraiment… On invente sa vie, on l’écrit à chaque instant… L’avantage d’écrire des romans, c’est qu’on s’en invente plusieurs.

 


Quel est le livre que vous auriez rêvé d’écrire ?

 

La liste est non exhaustive… Les contes d’Andersen, Le Portrait de Dorian Gray, Anna KarénineKnock ou le Triomphe de la médecine car j’écris aussi des pièces de théâtre…

 


Quelle est votre première grande découverte littéraire ?

 

Mort à Crédit.

 


Quel est le livre que vous avez relu le plus souvent ?


Mort à Crédit.

 


Quel est le livre que vous avez honte de ne pas avoir lu ?


À la recherche du temps perdu… Je n’arrivais pas à entrer dedans quand j’étais ado… et je n’ai jamais eu le courage de m’y replonger.

 


Quelle est la perle méconnue que vous souhaiteriez faire découvrir à nos lecteurs ?

 

L’Homme battu (on n’est jamais mieux servi que par soi-même) !

 


Quel est le classique de la littérature dont vous trouvez la réputation surfaite ?

 

L’Attrape-cœurs… Oh je vais me faire des ennemis ! (Mais je n’ai lu que la traduction, et c’est peut-être l’explication).

 


Avez-vous une citation fétiche issue de la littérature ?

 

« Se méfier des personnes dont l'esprit ne fonctionne qu'à partir d'une citation » Cioran

 


Et en ce moment, que lisez-vous ?

 

Un livre que l’on m’a offert récemment : Elles ont aimé des hommes plus jeunes (d’Aliénor d’Aquitaine à Gabrielle Russier en passant par Gala, Agatha Christie, Simone de Beauvoir, Marguerite Duras et bien d’autres)

 

 

 

 

Découvrez Olivia Koudrine à propos de L'homme battu au éditions Le Cherche Midi


 

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