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Sabrina Calvo : Le souffle furieux de la liberté
Interview : Sabrina Calvo à propos de Melmoth furieux

 

Article publié le 24/09/2021 par Anaelle Alvarez Novoa

Condamnée à l’exil, Fi, couturière de 40 ans traumatisée par la mort de son frère, trouve refuge dans la commune de Belleville, dernier rempart contre une société ultra-capitaliste et dictatoriale. Là-bas, elle mettra tout en œuvre pour détruire Eurodisney et faire tomber « la souris », ayatollah suprême du nouveau régime en place responsable de la disparition de son frère. 


Déroutant, violent, grunge, poétique, punk… Le Melmoth furieux (La Volte) de Sabrina Calvo est tout cela à la fois. Nous avons voulu en savoir plus et démêler les fils de cette société patchwork avec l’autrice qui a accepté de répondre à quelques questions sur son livre.

 



On ne sait pas réellement à quelle époque se situe l’action de votre roman, ni même si elle prend tout à fait place dans notre réalité. Pourtant, en mettant en scène une véritable guerre contre un Eurodisney totalitaire, Melmoth furieux aborde des enjeux très contemporains. Pourquoi cet ancrage dans le réel et cette dimension très politique étaient-ils importants pour vous ? 

Ça l’a toujours été. Le contemporain me régénère. Depuis ce qu’on vit ici, maintenant. Il se trouve que ma réalité, aujourd’hui, elle est très politique. Je témoigne de mon temps, de mes aspirations, de ce que j’affronte quotidiennement. Ce à quoi je rêve. J’écris peut-être politiquement de la SF, mais pas de la SF politique.


Dans sa croisade contre Eurodisney, votre héroïne Fi est largement soutenue par une bande d’enfants, qui rappelle les enfants perdus de Peter Pan, une jeunesse désoeuvrée et abandonnée mais dont la créativité et l’énergie sont sans limite. Comme votre héroïne, la jeune génération vous donne-t-elle foi en l’avenir ? 

Je ne pense pas qu’il y ait d’autre choix vu la situation que vont devoir affronter ceux et celles qui viennent après nous. Nous ouvrons des portes dans la catastrophe. Nous avons cette responsabilité-là, d’être là avec ce qui peut changer le monde. Si nous ne cherchons pas la révolution dans ce qui vient, où irons-nous ?


Fi est couturière. Dans votre ouvrage, la couture et plus largement le style vestimentaire revêtent une importance primordiale. Ils sont symboles de liberté, liberté de choisir qui l’on est ou d’afficher ses opinions. C’est aussi à travers le prisme de la couture et du costume que sont mises en lumière les questions d’identité. Pourquoi ces métaphores ? 

Il ne s’agit pas d’une métaphore. C’est littéralement ce qui m’est arrivé : re-découvrir la couture après des années de pure écriture et de dessin. Et me rendre compte de tout ce que je dois à ma grand-mère, une grande couturière. Ce ré-apprentissage, il est au centre de ma pratique alors tout le texte s’est créé autour. Quant aux vêtements, je crois que c’est une passion un peu incontrôlable parce que c’est de l’intime, de l’affect qui se voit, se déploie. J’enseigne d’ailleurs aujourd’hui la poétique de mode.

 




Si votre style est rythmé et moderne, parfois même parlé et violent, il est surtout très poétique. L’un de vos personnages principaux s’appelle d’ailleurs François Villon, célèbre poète de la fin du Moyen Âge. Pourquoi avoir invité François Villon dans votre récit ? Quelle place prend la poésie dans votre œuvre et dans votre écriture ? 

Villon est un auteur magnifique et j’ai fait vœu de poésie très tôt.


L’action de Melmoth furieux se déroule dans un Belleville en lutte, où les communautés s’organisent et résistent ensemble contre les sbires d’une toute-puissante souris. Votre livre questionne la façon dont on habite et occupe l’espace, la ville. Vous vivez d’ailleurs sur la colline de Belleville : quel regard portez-vous sur votre quartier ? Pourquoi avoir choisi de placer votre action dans ce Belleville imaginaire ?

Parce que je suis arrivée ici il y a deux ans. Mon manuscrit était au point mort - à cette époque, tout le roman se déroulait dans un Eurodisney post-cyberpunk, carcéral. J’ai atterri dans un ancien atelier de couture, où j’ai commencé à faire des rêves très étranges, en velours. Puis j’ai déménagé plus profondément dans Belleville et je me suis enracinée dans la vie de ce quartier très solidaire. Ça m’a bouleversée et j’ai réussi à sortir mes personnages de l’enfer concentrationnaire, pour leur coudre une histoire ici, avec moi, tous les jours, dans cette commune imaginaire. J’ai vécu deux ans avec ielles, toute ma vie est passée dans ces rues. J’écris sur où je suis. Mais il y avait, pendant l’écriture de Toxoplasma, une distance. Je suis aujourd’hui plus impliquée.


Le titre de votre roman Melmoth furieux renvoie au roman gothique de Charles Robert Maturin mais également au poème épique Roland furieux. Pouvez-vous nous parler de ces œuvres? Pourquoi ces références dans votre titre ?

Je voulais écrire une suite à la suite que Balzac avait fait du livre de Mathurin (Melmoth réconcilié). Si Melmoth a pu se réconcilier, j’avais envie au contraire de le voir en mode « vnr ». Dans mon livre, Melmoth est un concept qui prend plusieurs formes, dont celui des processus de collusion entre politique répressive et entertainment de masse. C’est l’extase du capitalisme. Mais Melmoth est aussi une figure tragique, la transgression personnifiée, corrompue par la mise en valeur du monde. Du rêve industriel.


Votre livre paraît lors de la rentrée littéraire de l’automne 2021. Allez-vous lire certains livres à paraître en même temps que le vôtre ?

Comme ce monde est joli de Karen Fowler à La Volte, nouvelles traduites par Leo Henry et Luvan. 

 

 

Découvrez Melmoth furieux de Sabrina Calvo publié aux éditions La Volte

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