AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix Babelio

Proust en bande dessinée : du côté de chez Céleste Albaret
Article publié le 20/06/2022 par la Rédaction, en partenariat avec les éditions Delcourt/Soleil

 
Comment, aujourd’hui, aborder intelligemment en bande dessinée un monument littéraire tel que Marcel Proust ? Peut-être de biais, en s’intéressant de près à celle qui fut sa domestique durant près de 10 ans : Céleste Albaret. C’est le parti pris de Chloé Cruchaudet, qui signe le récit et les dessins de Céleste : Bien sûr, monsieur Proust, premier tome d'un dyptique aux Éditions Soleil, collection Noctambule.

 


 
Du côté de chez Céleste

La première chose qui frappe lorsqu’on découvre cet album, c’est d’abord le soin apporté à l’objet : couverture toilée, reliure, couleurs profondes de l’illustration de couverture, papier épais… Tout ici rappelle le raffinement de l’auteur de la Recherche. Nous voilà donc dans de bonnes dispositions pour faire connaissance avec Céleste, que l’on découvre en 1956 à Paris, alors que deux antiquaires aux airs de vautours viennent la voir chez elle. L’objet de leur visite ? La recherche… d’objets ayant appartenu au célèbre écrivain et conservés par son ex-domestique et amie.

Un objet retient leur attention : une cafetière d’époque, source des souvenirs que Céleste ne tarde pas à partager avec ses convives importuns. Un goutte-à-goutte mémoriel qui nous entraîne dans le Paris des années 1910, alors que la jeune femme débarquée de la campagne et fraîchement mariée à Odilon, chauffeur de Proust, entre au service du futur illustre dandy.

 



Du dandy fragile au monument littéraire

A 42 ans, il n’est pas encore un mythe littéraire. Odilon ne prend pas de gants pour le décrire à sa compagne : « Il me fait penser à un de ces bibelots de riches qu’on met sous cloche pour pas qu’il se casse… » Certes, Marcel se montre d’une sensibilité à fleur de peau, est très souvent alité, souffreteux ; Chloé Cruchaudet ne ménage d’ailleurs pas son personnage, quadragénaire aussi égocentrique qu’empathique, toujours ambivalent.

La parution de son premier livre chez Grasset, Du côté de chez Swann, va tout changer. Il est alors courtisé par Gaston Gallimard, qui dépêche chez lui à plusieurs reprises André Gide – autre sommité à la réputation gentiment égratignée dans cette BD. En plus de nous raconter la relation entre Céleste et Proust, l’autrice nous invite à observer le processus créatif d’écriture, magnifiquement mis en dessin dans des allégories reprenant des textes originaux. Un processus créatif dans lequel Céleste prend au fur et à mesure une place de premier plan, aidant l’auteur à organiser ses ajouts, corrections et autres remaniements. L’inspirant aussi pour trouver le nom d’un personnage, puisque son vrai prénom est en fait « Célestine », qui va mener Proust vers la fameuse « Albertine ».


 
Le beau partout, tout le temps

Peu à peu, Céleste prend donc de plus en plus d’importance dans la vie de Proust, en tant que domestique, mais aussi comme confidente et assistante. Pourtant, Chloé Cruchaudet nous montre clairement qu’à travers ces deux personnages, plus Odilon, ce sont aussi deux classes sociales qui se confrontent. Proust est un dandy bourgeois, l’argent n’a pas d’importance puisqu’il en a assez pour vivre dans le confort de sa classe ; Céleste, elle, loge dans une chambre de bonne à Levallois avec Odilon, et doit économiser pour se payer le moindre vêtement. L’écrivain est également déconnecté de l’actualité, alors que la Première Guerre mondiale débute, que les bombes commencent à tomber, et qu’Odilon est mobilisé sur le front.

Ces différences ne les empêchent pas de nourrir une même passion, de poursuivre un même but : tenter d’extraire du monde, la beauté. La bonne nouvelle, c’est qu’elle est partout ; dans un buisson d’aubépine, un corps plongeant dans l’eau, un paysage qui défile. En plus de son approche biographique originale et de sa capacité à nous transporter à cette époque mouvementée, ce premier tome nous éblouit par sa richesse graphique, usant avec un très bel à-propos de l’aquarelle, plus rarement des pastels. Nous voilà dès les premières pages plongés dans cette ambiance début de siècle à la palette de couleurs très travaillée, progressive, passant par exemple délicatement de teintes de vert à des explosions de violets et de rouges. Le tout sous un trait à la fois précis, poétique et délicat, pour donner une âme aux intérieurs feutrés, et du corps aux scènes d’extérieur. Une BD proustienne sur Proust, en somme.

 


 
Les premières critiques de lecteurs sur Babelio sont très bonnes. En voici quelques extraits :

« J'ai été complètement séduite par les dessins soignés : j'ai adoré les visages expressifs, les corps élancés, les couleurs pastels, l'ambiance douce et feutrée, la dimension onirique de l'imagination de Proust qui prend parfois le pas sur la réalité. Il me tarde de lire le deuxième et dernier tome de cette très intéressant duologie ! »  Adoptalibrarian 

« Dans ce superbe roman graphique très bien documenté on découvre les débuts de Céleste au service de Marcel Proust dès l'année 1914 et on se rend vite compte à quel point ces deux personnalités complètement différentes se sont biens trouvées. J'ai beaucoup apprécié le graphisme soigné et le choix de couleurs fait par Chloé Cruchaudet qui arrive à nous transporter dans une autre époque... »  Mousquetaire11 

« Au fameux questionnaire qui porte son nom, l'écrivain répondait à la question « Quelle est votre couleur préférée ? » : « La beauté n'est pas dans les couleurs, mais dans leur harmonie ». Ainsi, l'album est de toute beauté dans son harmonie de violets et verts et ses teintes pastel. Ses pages si délicates et évanescentes avec leurs jeux de transparence créés dans des brushes semblables à de l'aquarelle permettent au lecteur de bien distinguer la réalité du fantasme et des fantômes (mais c'est la même racine) nés de l'imagination ou des souvenirs de Céleste. »  Bdotaku 

 

Découvrez Céleste : Bien sûr, monsieur Proust de Chloé Cruchaudet, publié aux Éditions Soleil, collection Noctambule

 

Quelles BD biographiques sur des auteurs et/ou autres artistes vous ont particulièrement marqués ? Dites-le nous en commentaire…

Commenter  J’apprécie          42