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Note moyenne 3.95 /5 (sur 9 notes)

Nationalité : France
Né(e) : 1829
Biographie :

La Revue des deux Mondes est une revue mensuelle française, une des plus anciennes publications périodiques encore en activité en France.

La Revue des deux Mondes, recueil de la politique, de l'administration et des mœurs fut fondée le 1er août 1829 par Prosper Mauroy et par Pierre de Ségur-Dupeyron, et éditée par François Buloz pour donner une tribune aux idées en France en relation avec les autres pays d'Europe et avec le continent américain en particulier. Elle est la revue en activité la plus ancienne d’Europe.

En janvier 1830, son titre devient Revue des deux mondes. Journal des voyages, de l'administration et des mœurs, etc., chez les différens peuples du globe ou archives géographiques et historiques du XIXe siècle ; rédigée par une société de ­savants, de voyageurs et de littérateurs français et étrangers. Dès 1831, François Buloz en devient le rédacteur en chef. Il accueille Alexandre Dumas, Alfred de Vigny, Honoré de Balzac, Sainte-Beuve, Charles Baudelaire, George Sand, Alfred de Musset et autres grands noms de la littérature de cette époque, car, à l’origine, c’est la littérature qui domine le contenu de la revue.

L'objectif de la revue est de développer l'esprit critique et l'analyse de la vie politique au sens large (mode d'administration, organisation civile et politique, ressources financières, industrielles ou agricoles) en comparant avec ce qui se vit dans le reste du monde. Comme le dit l'éditorial du premier numéro : « voir les mêmes principes diversement compris et appliqués en France et en Angleterre, au Brésil et en Allemagne, sur les bords de la Delaware et sur les rivages de la mer du Sud ». Les deux Mondes sont donc la France et le reste du Monde.
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Citations et extraits (8) Ajouter une citation
talou61   05 juin 2020
Revue des Deux Mondes Novembre 2015 Robespierre de Revue des deux mondes
L'assimilation du député d'Arras à la terreur n'est pas nouvelle. Elle a débuté dès sa mort. Par stratégie. La terreur avait été un processus collectif émanant du Comité de salut public soutenu par la Convention et appliquée par les envoyés en mission. Ainsi au 10 Thermidor, un constat âpre et implacable s'impose : si faute il y a eu, elle est commune.
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alberthenri   17 mars 2020
La France éternelle de Simenon, Revue des deux mondes Hors-Série de Revue des deux mondes
En quelques lignes, tout est donné-le contexte social et économique, l'atmosphère d'activité et d'ennui- avec une concentration et une économie de moyens à faire se suicider d'envie tous les journalistes.



"La tragédie à l'oeuvre" Frédéric Verger.
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ElGatoMalo   22 juillet 2019
Revue des Deux Mondes - 1868 - tome 77 de Revue des deux mondes
Et Goethe avait raison. Trois lignes ajustées bout à bout vous donneront mieux l’idée d’un triangle que les descriptions les plus minutieuses. Le mérite du dessin est de parler aux yeux là où la langue fait défaut. Le jour où les éléments du dessin seraient entre les mains de tous, ce jour-là, un nouvel outil serait donné aux hommes, et un grand service aurait été rendu.



[Ch. d’Henriet, L’Enseignement populaire des arts du dessin en Angleterre et France, première partie (p. 212)]
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 Revue des deux mondes
Partemps   27 avril 2020
Revue des deux mondes
Je devais commencer par cette profession de foi, car le principal objet du voyage qu’on va lire a été d’aller appliquer la méthode, et, s’il se pouvait, étendre la découverte de Champollion, d’aller étudier les principaux monumens de l’Égypte et de la Nubie à la lueur de ce flambeau éteint depuis quinze siècles qu’il a rallumé pour le monde. Avant lui, il était souvent impossible de connaître l’âge et la destination des monumens, les savans les plus respectables s’y trompaient. Si on n’accordait qu’une médiocre antiquité aux monumens élevés par Sésostris ou ses prédécesseurs, on reportait à l’époque la plus reculée le portique du temple de Dendéra, bâti sous Tibère ; c’est qu’on n’avait pas lu sur les premiers les noms des anciens Pharaons, sur le second les noms des empereurs. Les peintures et les bas-reliefs étaient mal interprétés, faute d’entendre l’inscription hiéroglyphique, souvent très claire, qui les explique : on prenait un triomphe pour un sacrifice, un dieu pour un prêtre, le Pyrée pour un homme ; mais, grace à la lecture des hiéroglyphes, si incomplète qu’elle soit encore, on sait quel est l’âge historique des monumens, à quelle divinité ils sont consacrés, de quel roi ils ont reçu les restes, car les monumens de l’Égypte sont à la fois des tableaux et des manuscrits ; ce sont des tableaux avec une légende qui énonce le sujet comme dans les peintures du moyen-âge, ce sont des manuscrits éclaircis par des figures comme les livres illustrés de nos jours. Avec ce double secours, jamais de doute possible sur la destination d’un monument. On peut dès aujourd’hui lire sans nulle chance d’erreur les noms des dieux et même les formules dédicatoires de leurs temples, les noms des rois, ceux des particuliers, les termes qui expriment les professions, les degrés de parenté ; on sait donc toujours à quelle divinité appartient le temple dans lequel on se trouve, quel roi l’a fait construire, souvent même en quelle année de son règne il a été élevé. Quand un édifice renferme des parties d’origine diverse, on sait à quelle époque elles se rapportent, quel souverain a construit ou réparé chacune d’elles. Tout cela est indiqué avec une clarté parfaite par des formules bien connues et faciles à comprendre ; si on pénètre dans les tombeaux des rois, des reines, des princes, des prêtres, des juges, des grands dignitaires du palais ou des chefs de l’armée, on sait toujours quels furent le nom et le rang du mort auquel on rend visite. Le défunt est représenté entouré de sa famille, qui lui offre ses hommages ; les noms, les professions, les rapports de parenté de tous les membres, souvent très nombreux, de cette famille, sont écrits à côté de chaque personnage ; les scènes de la vie ordinaire sont peintes ou sculptées sur les murs de ces innombrables demeures funèbres ; étude, gymnastique, fêtes, banquets, guerres, sacrifices, mort, funérailles, sont retracés fidèlement dans ces tableaux de mœurs, qui sont quelquefois des tableaux épiques. Toutes les conditions, tous les arts, tous les métiers, figurent dans cette vaste encyclopédie pittoresque, depuis le roi, le prêtre, le guerrier, jusqu’à l’agriculteur et à l’artisan. On voit dans l’exercice de leur art le peintre, le sculpteur, le musicien, le danseur, et dans l’exercice de leur industrie le tisserand, le cordonnier, le verrier ; on voit des vétérinaires soignant des bestiaux, des manœuvres traînant un colosse, des esclaves pétrissant la brique ainsi que les Israélites. Ces galeries funèbres de peinture sont en même temps des musées d’antiquités. Tous les ustensiles, les instrumens, les petits meubles relatifs aux diverses professions, aux divers besoins de la vie, existent en nature dans ce Pompeï colossal. Les bijoux, les parures, l’écritoire, la coudée, l’encensoir, jusqu’à des jouets d’enfant et des poupées, se trouvent dans les tombeaux comme pour éclairer l’étude par la comparaison des objets avec leur image ; le mort lui-même est peint sur les parois funèbres, sa statue assise dans une niche, et son portrait reproduit par de nombreuses figurines ; il y a plus, l’hôte de ces demeures sépulcrales, si l’avidité des marchands de cadavres ne l’a pas arraché à son repos séculaire, est là pour vous recevoir, conservé par un art savant avec ses cheveux, ses dents, ses ongles, sa chair ; tout est vivant, même la mort.



Vous avez vu se dérouler l’existence égyptienne tout entière. Maintenant dans les tombes, surtout dans les tombes royales, sur les parois des sarcophages, sur les caisses des momies, sur les papyrus ensevelis avec elles, une autre série de peintures plus considérables, plus variées, d’une variété, d’une richesse infinie, vont vous offrir l’histoire de l’ame après la mort, les épreuves qu’elle traverse, les jugemens qu’elle subit, toutes les aventures enfin de cette pérégrination à travers des régions inconnues, à travers les étangs de feu et les champs destinés aux ames heureuses, au milieu d’une foule innombrable de génies et de divinités funèbres. Ainsi la vie présente et la vie à venir, notre monde et l’autre, tout ce que les Égyptiens connaissaient de celui-ci et imaginaient de celui-là a été représenté mille fois par eux, et ces représentations subsistent. L’ancienne Égypte peut donc se retrouver dans ses ruines, nous parlant un double langage, complétant les représentations figurées par les inscriptions hiéroglyphiques, expliquant les inscriptions par le spectacle des objets qu’elles accompagnent, des scènes qu’elles traduisent. Lors même qu’on ne lit pas ces inscriptions, on sait en général à quoi se rapporte ce qu’on ne peut pas lire, on sait si ce qu’on a devant les yeux est une prière ou une dédicace, ou une commémoration historique ; on sait, de plus, à quel dieu s’adresse cette prière, quel roi a fait cette dédicace, de quel événement cette légende a conservé la mémoire. Enfin, si l’on ne sait pas tout ce que disent les hiéroglyphes, on sait, et c’est beaucoup, ce qu’ils ne disent pas. On ne leur demande plus les secrets merveilleux, les connaissances supérieures dont on croyait depuis deux mille ans qu’ils renfermaient le mystère ; il faut renoncer à y lire les oracles d’Hermès, comme le père Kircher, ou, comme on l’a fait de nos jours, les psaumes de David. Il n’y a, à vrai dire, que des inscriptions sur les monumens de l’Égypte : les unes religieuses, les autres historiques, les autres domestiques et privées ; mais ces inscriptions sont sans nombre, et quelques-unes, grace à leur étendue, peuvent passer pour des livres de religion ou des chapitres d’histoire. Nul n’ignore combien ont fourni de renseignemens précieux sur l’antiquité les inscriptions grecques et latines en général si courtes, et dont les sujets ne dépassent pas un cercle assez restreint ; que ne doit-on pas attendre de cette épigraphie colossale dont les pages et les volumes se déroulent sur les murs des palais et des temples, dans des proportions que sont loin d’atteindre les inscriptions tracées sur les murailles de Ninive ou les rochers de Bisitoun ? Les lacunes que présente l’explication, encore incomplète, des hiéroglyphes correspondent aux lacunes qu’offrent les textes mutilés des inscriptions grecques et latines. On peut deviner ce qui reste obscur dans les premières au moyen de ce qui est déjà compris, comme on restitue dans les secondes, avec le secours des lettres et des mots qui restent, les lettres et les mots effacés, et il y a entre les inscriptions hiéroglyphiques et les inscriptions grecques et latines cette différence à l’avantage des premières, que les lacunes qu’elles présentent peuvent être comblées avec le temps par les progrès de la science. Laissant de côté tous les textes dont le sens est douteux, et s’attachant à ceux dont le sens est certainement connu, on peut, en les rapprochant, en les comparant, les compléter, les éclairer les uns par les autres, et parvenir à en tirer quelques enseignemens sur le peuple extraordinaire qui a tracé ces lignes si long-temps muettes. En un mot, on peut dès aujourd’hui appliquer l’étude des hiéroglyphes à deux objets : à l’histoire des événemens et à l’histoire des idées, des mœurs de la société égyptienne.
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 Revue des deux mondes
Partemps   27 avril 2020
Revue des deux mondes
Si l’on trouve cette histoire trop pauvre, il en est une autre, selon moi, encore plus curieuse, et pour laquelle les matériaux abondent c’est l’histoire des croyances, des institutions, des mœurs, et celle-ci est écrite sur toutes les pierres des monumens, sur tous les papyrus, sur toutes les caisses de momie, jusque sur les meubles et les ustensiles d’un usage journalier. D’après ce qu’on peut lire de ces inscriptions hiéroglyphiques, qui forment comme une littérature éparse sur les monumens, on peut dès à présent se faire une idée des croyances religieuses et morales, de l’organisation sociale et domestique des anciens Égyptiens ; on peut, sur ces objets importans, la religion, la société, la famille, l’industrie, compléter, modifier, et, sur beaucoup de points, corriger ce que les anciens nous ont appris, les anciens, si nouveaux par rapport à la vieille civilisation de l’Égypte, les anciens, qui trop souvent ont prêté leurs idées à un pays tardivement et toujours imparfaitement connu. Pour moi, je l’avoue, le plus grand intérêt qu’offrent les hiéroglyphes et les peintures qui les accompagnent, c’est de nous aider à percer au cœur de cette nation célèbre et mystérieuse que la Grèce, policée tant de siècles après elle, regardait comme son institutrice, et qui a pu agir aussi sur la Judée, cette autre maîtresse de l’humanité.



Quelle a été l’action de l’Égypte sur ces deux peuples, qui tiennent la plus grande place dans l’histoire de notre culture moderne, qui nous ont donné, l’un notre philosophie et nos arts, l’autre notre religion ? Quels ont été les rapports de l’Égypte avec la Phénicie, l’Assyrie, l’Inde ? Placée entre le monde asiatique et le monde grec, l’Égypte aurait-elle été soustraite aux influences de l’un, serait-elle demeurée sans action sur l’autre ? Il est difficile de l’admettre. Et alors quel a été son rôle ? D’où vient-elle ? Jusqu’où sont allées ses colonies et ses conquêtes ? Quelle place sa mythologie et ses arts tiennent-ils dans l’histoire de la mythologie et des arts de la Grèce ? Toutes ces grandes questions ne peuvent être résolues, si l’on ne connaît à fond l’Égypte elle-même.



Or, ce n’est pas dans les témoignages souvent suspects des anciens, ou dans les systèmes presque toujours trompeurs des modernes, qu’il faut la chercher. Il faut demander l’Égypte à ses propres monumens avant d’étudier ses rapports avec Babylone, Jérusalem, Argos ; il faut l’observer chez elle, dans les deux expressions vivantes qu’elle a laissées, les tableaux qui aident à comprendre les hiéroglyphes, et les hiéroglyphes qui achèvent de faire comprendre les tableaux.



Tout cet ordre de recherches a été le but principal de mes explorations, mais n’a pas été leur but unique. Il n’y a pas seulement des hiéroglyphes en Égypte ; ce pays offre des sujets d’observation et de méditation que ne peut entièrement négliger un voyageur, quel qu’il soit, s’il a des yeux pour voir, une mémoire pour se souvenir, et un peu d’imagination pour rêver. Qui pourrait être indifférent aux tableaux de cette étrange nature des bords du Nil, au spectacle de ce pays-fleuve auquel ne ressemble nul autre pays ? Qui ne serait ému en présence de ce peuple qui fit de si grandes choses et qui est réduit à une si extrême misère ? Qui visiterait Alexandrie, le Caire, les pyramides, Héliopolis, Thèbes, sans être assailli des plus imposans souvenirs et des plus variés ? Y a-t-il dans le monde un pays plus à part des autres pays et plus mêlé à leur histoire ? La Bible, Homère, la philosophie, les sciences, la Grèce, Rome, le christianisme, les hérésies, les moines, l’islamisme, les croisades, la révolution française, presque tout ce qu’il y a eu de grand dans le monde se rencontre sur le chemin de celui qui traverse cette contrée mémorable. Abraham, Sésostris, Moïse, Hélène, Agésilas, Alexandre, Pompée, César, Cléopâtre, Aristarque, Plotin, Pacome, Origène, Athanase, Saladin, saint Louis, Napoléon, quels noms ! quels contrastes ! La Grèce et l’Italie en présentent moins peut-être et de moins frappans. L’Égypte, qui éveille tous les grands souvenirs du passé, intéresse encore dans le présent et dans l’avenir : dans le présent, par l’agonie de son douloureux enfantement ; dans l’avenir, par les destinées que l’Europe lui prépare quand elle l’aura prise, ce qui ne peut tarder. Pays fait pour occuper éternellement le monde, l’Égypte apparaît à l’origine des traditions de la Judée et de la Grèce. Moïse en sort, Platon y court. Elle attire la pensée et le tombeau d’Alexandre, la piété de saint Louis et la fortune de Bonaparte. Et aujourd’hui, pendant que j’écris ces lignes, l’objet de l’empressement un peu exagéré de Paris et de Londres, c’est le fils de Méhémet-Ali.

Tel est le pays à travers lequel je demande au lecteur de me suivre, offrant d’être pour lui un cicérone peut-être assez bien renseigné par l’étude et l’observation. En lui communiquant jour par jour mes impressions personnelles dans toute leur spontanéité, je m’efforcerai toujours de lui fournir le moyen de les compléter, de les redresser même en les comparant avec les observations des autres voyageurs qui m’ont précédé dans ce pays, tant visité depuis Hérodote jusqu’à Champollion. Le tissu de cet ouvrage sera formé d’une double trame. On y trouvera ce que j’ai vu et senti sur place, et aussi le résultat des études que le spectacle des lieux m’a fait entreprendre et a pu féconder. Je voudrais que le voyage en Égypte dont je donne aujourd’hui l’ébauche fût un livre sur l’Égypte ; je voudrais que ce livre fût dans son ensemble au niveau des connaissances acquises ; je voudrais que, sur les sujets auxquels des études spéciales m’ont préparé, il pût aider aux progrès de la science et parfois les devancer un peu.



Paris, 1er août 1846.
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 Revue des deux mondes
Partemps   27 avril 2020
Revue des deux mondes
J.-Jacques Ampère

Voyage et recherches en Égypte et en Nubie

Revue des Deux Mondes, période initiale, 1846-1848.



I. Départ et traversée 1 août 1846



J’avais vu l’Italie, la Grèce et une partie de l’Asie-Mineure ; je voulais voir l’Égypte. En me préparant à cette excursion nouvelle, j’ouvris la grammaire égyptienne de Champollion. J’avais entendu dire que Champollion était parvenu à lire les noms des Pharaons, des Ptolémées et des empereurs romains, gravés en caractères hiéroglyphiques sur les monumens de l’Égypte. Quelques personnes ajoutaient qu’il avait fait plus qu’avec le secours du cophte, débris de l’ancienne langue égyptienne, il avait pu retrouver des mots et déchiffrer des phrases ; mais je voyais régner à cet égard une grande défiance parmi les savans, et une incrédulité générale parmi les gens du monde ; peu d’entre les premiers se risquaient à dire que la découverte de Champollion dépassât la lecture des noms propres ; cela même était contesté par plusieurs. Un certain public, ce public qui tour à tour admet sans preuve ce qui est absurde et rejette sans motif ce qui est certain, satisfait dans les deux cas, parce qu’il se donne le plaisir de trancher les questions en s’épargnant la peine de les examiner ; ce public qui croit aux Osages, quand ils viennent de Saint-Malo, mais qui ne croit pas aux Chinois, quand ils viennent de Pékin, qui est fermement convaincu de l’existence de Pharamond, et n’est pas bien sûr que le latin et l’allemand puissent être de la même famille que le sanscrit ; ce public gobe-mouche quand il faut douter, esprit fort quand il faut croire, hochait et hoche encore la tête au nom de Champollion, trouvant plus commode et plus court de nier sa découverte que d’ouvrir sa grammaire.



J’étais assez disposé à m’en rapporter aux timides négations des doctes et aux doutes assurés des ignorans, quand un bon génie me fit rencontrer cette admirable grammaire. A ma grande surprise, je vis un système de lecture et d’interprétation justifié par de nombreux exemples. De la multitude de ces exemples résulta pour moi et, je ne crains pas de le dire, résultera pour tout esprit droit et sans prévention, la conviction que le secret de l’écriture hiéroglyphique n’est plus à trouver, que la lecture de la plupart des mots écrits en hiéroglyphes est certaine, que le sens d’un assez grand nombre de ces mots est découvert, que les règles essentielles de la grammaire hiéroglyphique, analogues dans leur ensemble aux règles de la grammaire cophte, sont connues ; qu’à l’aide de ces mots dont le sens a été découvert, et de cette grammaire dont les règles sont connues, on peut lire, sinon tous les textes, sinon des textes très étendus, nul ne l’a fait jusqu’ici d’une manière satisfaisante, on peut lire, dis-je, des phrases, plusieurs phrases de suite, avec une entière certitude. Voilà où en est la science ; elle n’est ni en-deçà ni au-delà.



Cette affirmation ne sera, je m’assure, démentie par aucun de ceux qui se sont occupés sérieusement et sans idée préconçue des travaux de Champollion ; elle ne le sera en France ni par M. Lenormant, le digne compagnon de Champollion, dont il lui appartiendrait mieux qu’à personne de continuer l’œuvre parmi nous, ni par M. de Saulcy, dont les recherches sur le démotique ont fondé une nouvelle ère dans les études égyptiennes, et qui, dans cette Revue, a rendu un si éclatant hommage à la découverte de Champollion, ni par la sévère critique de M. Lettonne, ni par la vaste érudition de M. Raoul Rochelle. Elle ne le sera en Angleterre ni par M. Wilkinson ni par M. Birch ; elle ne le sera en Italie ni par M. Barucchi à Turin, ni par M. Migliarini à Florence, ni par le père Ungarelli [1] à Rome ; elle ne le sera pas en Allemagne par M. Lepsius, qui vient d’éprouver la méthode de Champollion par trois années d’études au milieu des monumens de l’Égypte ; elle ne le sera pas en Amérique par M. Gliddon, qui a passionné pour elle le public peu enthousiaste des États-Unis. Dans la mesure que j’ai indiquée, la lecture des hiéroglyphes est un fait acquis à la science, un fait qu’ont reconnu, parmi les illustres morts, de Sacy et Cuvier, qu’un des plus illustres vivans, M. Arago, a proclamé dans l’éloge du rival de Champollion. Tant pis pour qui ne se rangera pas avec ces hommes célèbres du côté de l’évidence et de la justice.
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 Revue des deux mondes
Partemps   27 avril 2020
Revue des deux mondes
Les travaux de Champollion ont montré le parti qu’on pouvait tirer de la lecture des noms de rois, comparés avec la liste que nous a laissée le prêtre égyptien Manéthon, pour rétablir la série chronologique des Pharaons. Depuis Champollion, beaucoup a été fait, beaucoup reste à faire dans cet ordre de recherches, même après le savant et ingénieux ouvrage dans lequel M. Bunsen vient de donner pour la première fois une série des règnes de toutes les anciennes dynasties depuis Ménès. Des travaux importans sur ce vaste et difficile sujet sont près de paraître. On attend surtout avec impatience le Livre des Rois de M. Lepsius. L’abondance et la nouveauté des matériaux recueillis en Égypte et jusque dans la Haute-Nubie, la sagacité de l’auteur, prouvée par d’autres travaux, font espérer que la chronologie égyptienne, embrassée dans son ensemble, lui devra un véritable progrès.



L’étude des hiéroglyphes n’a donc pas été sans fruit pour l’histoire, comme on le répète encore un peu légèrement. La suite, la durée des règnes rapportées aux monumens qu’ils ont vu élever et aux grands événemens qu’ils ont vu accomplir, tels que la prépondérance de Thèbes ou de Memphis, l’union ou la division des diverses parties de l’Égypte, l’invasion des pasteurs, tout cela, c’est de l’histoire. Outre les noms des Pharaons, ceux de leurs épouses, de leurs fils, de leurs filles, les noms des peuples qu’ils ont soumis, des pays qu’ils ont conquis, c’est aussi de l’histoire.
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Clio1989   06 janvier 2017
La Pologne immortelle de Revue des deux mondes
L'esprit polonais est plus proche du génie français que de l'esprit des autres peuples slaves.

C. de Danilowicz
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