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Critiques de Aimé Césaire (117)
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Une Saison au Congo
  21 décembre 2014
Une Saison au Congo de Aimé Césaire
Aimé Césaire est une fine plume et possède une envergure de vue, de conviction et de culture rare. Il a donc beaucoup de choses à nous dire et — assertion toute personnelle — peut-être a-t-il voulu trop nous en dire dans Une Saison Au Congo.



C'est une pièce éminemment politique qui évoque le passage troublé de la colonisation belge à l'indépendance du Congo (plus tard nommé Zaïre puis de nos jours République Démocratique du Congo). Il se focalise sur un personnage-clé : Patrice Lumumba, figure mythique de l'indépendance, manière de Gandhi ou de Nelson Mandela congolais.



Il faut saluer la performance d'Aimé Césaire d'arriver, aussi peu d'années après les faits et avec la difficulté d'obtenir des informations fiables à l'époque, à nous dresser un tableau très réaliste de l'assassinat du leader indépendantiste Lumumba.



Cette pièce m'a donné grandement envie de me documenter sur cette période et cette région que je connais fort peu. Beaucoup de faits sont réels, beaucoup de noms également. Certains sont légèrement modifiés car à l'époque de l'écriture de la pièce, ces personnes réelles étaient encore en place, notamment l'adorable Mobutu, baptisé Mokutu dans la pièce, tyran et assassin notoire qui mit en place une bonne vieille dictature des familles, du début des années 1960 à sa mort en 1997 et saigna son pays autant qu'il le put.



Le propos de la pièce est réellement captivant pour qui s'intéresse aux questions politiques, aux prises de pouvoir, à l'indépendance africaine voire même, à la bonne compréhension de la mondialisation que nous vivons. le rôle sourd et pourtant déterminant de l'ancienne tutelle coloniale et des banquiers internationaux n'est pas omis.



Cependant, j'ai ressenti de la gène à la lecture car quelque chose me dérangeait. Certes Aimé Césaire se réapproprie la vieille tradition du théâtre engagé et je ne peux que l'en féliciter. Par contre, le théâtre a tout de même ses règles internes qui ne correspondent pas forcément au projet littéraire que s'est fixé l'auteur.



Un partage en trois actes très artificiel, pas d'unité de temps, ni de lieu, ni de ton, ni de mode narratif. Du coup, c'est assez confus, brouillon, une suite de tableaux pas très bien reliés entre eux, des scènes extraordinairement peu scéniques avec des personnages qui nous parlent des actions au lieu que nous les vivions et que nous les voyions jouer, des passages de la prose au chant ou aux dialogues en vers que je trouve assez mal maîtrisés, des échanges entre des personnages réels et des allégories dont la encore je questionne la pertinence.



En somme, à vouloir trop en mettre dans cette soupe, peut-être perd-on le goût des ingrédients de base qui étaient pourtant, pris indépendamment, de grande qualité. C'est le principal défaut que je trouve à cette pièce et d'où mon ultime question : le théâtre était-il la forme adéquate à donner à ce propos ? de mon point de vue non ; soit il aurait été préférable de basculer carrément vers l'essai politique, soit, si l'on souhaitait à tout prix conserver la forme dramatique, revenir à une forme plus simplifiée, plus allégorique et se détacher plus nettement de la réalité factuelle pour ne conserver que l'essence du propos.



Mais il me semble que je me permets beaucoup de bémols, du haut de mon insignifiance, alors lisez, dévorez Une Saison Au Congo et faites-vous en votre propre opinion, au besoin pour la contredire, car celle-ci n'est qu'une minuscule feuille tombée sur le géant fleuve Congo, autant dire, pas grand-chose.
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Cahier d'un retour au pays natal
  15 mai 2012
Cahier d'un retour au pays natal de Aimé Césaire
Un texte sur l'amour du pays, sur l'amour des peuples mais aussi, et surtout, sur la bêtise humaine. Un texte critique envers l'Europe et ses stéréotypes stupides sur les noirs mais aussi un texte sur l'égalité des races humaines.

Dans ce pamphlet, Aimé Cesaire n'est pas rempli de rancœur envers le peuple européen, il critique seulement ses erreurs passées et apprend, avec beaucoup d'humour, à se moquer de sa propre race.



Un livre plein d'humour et de dérision qu'il ne faut surtout pas lire au premier degré. Bien qu'un peu difficile d'accès et de compréhension parfois (on perd facilement le fil), la beauté du texte et du sens de ce dernier permet largement au lecteur de se ressaisir et l'invite, suite à cette lecture, à une longue méditation sur ce qui a été dit et écrit. A découvrir !
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Discours sur le colonialisme
  18 octobre 2017
Discours sur le colonialisme de Aimé Césaire
Ce discours est celui d'un homme politique qui dénonce avec force une idéologie qui a préfiguré celle de la barbarie totalitaire du XXè siècle, ses atrocités commises par une race prétendue supérieure.

Les massacres, déportations, humiliations, sévices, enfermement et esclavagisme infligés par des Blancs convaincus de leur supériorité "de race" à des individus qualifiés de primitifs, cela relève d'une idéologie qui fut défendue pendant des siècles pour justifier l'exploitation de millions d'êtres humains. Tous se sont entendus pour rabâcher les mêmes âneries: militaires, politiciens, membres du clergé, académiciens, intellectuels, scientifiques. L'homme Blanc est le seul qui sache allumer le flambeau de la Civilisation et il a le devoir d'aller éduquer, évangéliser, instruire, "pacifier" les sauvages qui vivent comme des bêtes.

Cette idéologie a servi à justifier les pillages et la quasi destruction de nombreuses cultures, à effacer des langues, des coutumes, à imposer le joug colonial.

Ce n'est pas dans Mein Kampf qu'on trouve la phrase suivante: "Nous aspirons, non pas à l'égalité, mais à la domination. Le pays de race étrangère devra redevenir un pays de serfs, de journaliers agricoles ou de travailleurs industriels. Il ne s'agit pas de supprimer les inégalités parmi les hommes, mais de les amplifier et d'en faire une loi." Renan, dans La Réforme intellectuelle et morale.

Déjà, tout était là, prêt à servir les intérêts de la dictature nazie.
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Cahier d'un retour au pays natal
  13 décembre 2014
Cahier d'un retour au pays natal de Aimé Césaire
"Au bout du petit matin"... une île se dévoile, rues en terre battue, cases éparpillées et coqs chantant, avant qu'on ne leur torde le cou. Une île où l'on mange, où l'on travaille, une île odorante, bruyante, vivante, animée par la nature, soufflée par les tornades, brûlée par le soleil.

"Au bout du petit matin"... Aimé Césaire, étudiant à la Sorbonne dans les années 30, loin de son île, prend du recul et écrit sur la Martinique un long poème de révolte, d'espoir et de désarroi, et se fera ainsi le chantre de l'écriture "noire" francophone.

Césaire nous dresse ici un portrait vivant de cette île encore sous le joug de la France, des Blancs. Ce portrait est souvent violent, critique; la population est majoritairement illettrée et pauvre et parfois passive face aux traitements qu'elle subit.

Césaire n'est pas seulement Martiniquais, il est tous les Noirs, tous les peuples opprimés, dominés, soumis à l'esclavage, maltraités, fouettés, humiliés mais aussi ceux qui se sont battus, révoltés, tel Toussaint Louverture.

Ce recueil se voulait manifeste pour la cause des Noirs, contre le colonialisme et toute forme d'oppression. Le texte est merveilleusement beau et riche, autant dans les propos que dans l'écriture.

Il faisait partie de la sélection des tous premiers textes imposés en cours de Lettres, en Terminale, au Bac littéraire. Une riche idée, qui ouvre le regard sur la poésie contemporaine mais aussi sur un passé encore tout frais.



(Re)Lu dans le cadre du Challenge Poésie 2014-2015
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La Poésie
  30 juillet 2020
La Poésie de Aimé Césaire
La poésie de Césaire n'est pas des plus accessibles ! Résolument moderne, très teintée de surréalisme (au moins dans les premiers ouvrages de l'auteur) et véhiculant un double discours : engagement politique anticolonial d'une part ; ode à la beauté, et surtout l'identité noire, d'autre part.



Cet ouvrage regroupe la quasi totalité des écrits poétiques de Césaire. On pourrait juste regretter que ces textes ne soient pas datés : pour pouvoir les apprécier totalement, il faudrait parfois pouvoir se replonger dans le contexte historico-politique de leur naissance...



La lecture n'est pas toujours des plus fluides, mais ces moments laborieux sont rapidement effacés par des fulgurances poétiques qu'on a envie de déclamer.



Un recueil de référence !
Lien : http://michelgiraud.fr/2020/..
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Cahier d'un retour au pays natal
  12 mai 2017
Cahier d'un retour au pays natal de Aimé Césaire
Lire Cahier d'un retour au pays natal, c'est d'abord lire un poème engagé. Césaire crie sa révolte contre l'état français et la colonisation imposée. C'est la prise de conscience de l'impossible vie des Martiniquais et l'inégalité de la condition des Noirs.

Mais c'est aussi la reconnaissance de la passivité d'un peuple ( "cette foule qui ne sait pas faire foule, cette foule, on s'en rend compte, si parfaitement seule sous ce soleil») et le souhait de le voir se lever et lutter contre toute oppression, même culturelle.

Césaire se bat pour démonter les images-clichés de la Martinique, son ciel bleu et ses plages romantiques. Non, ici tout est malade, jusqu'au "soleil vénérien".



Et puis bien sûr, lire Cahier d'un retour au pays natal c'est prendre conscience de l'impossible assimilation française ou européenne. Les ancêtres des Antillais (et des Africains) ne seront jamais les Gaulois. Et c'est ainsi que Césaire emploie le terme de négritude pour revendiquer son appartenance à la civilisation et à la culture noires.



"Et mon originale géographie aussi ; la carte du monde faite à mon usage, non pas teinte aux couleurs des savants, mais à la géométrie de mon sang répandu, j'accepte."



Enfin, Césaire encourage ses compatriotes à croire en eux, à oublier le passé et à se tenir debout pour retrouver tout ce qui fait leur appartenance.



"Et nous sommes debout maintenant, mon pays et moi. Les cheveux dans le vent, ma main petite dans son poing énorme..." C'est l'espoir qui renaît, tout n'est pas perdu. L'époque du "bon nègre" est révolue.



Il ne s'agit pas non plus de faire l'apologie de la haine, Césaire est tiraillé entre sa culture et celle acquise en France. Il prône la tolérance et l'ouverture à l'autre.







S'il est difficile (en tout cas pour moi ; son vocabulaire est d'une richesse incroyable, et ses tournures de style plutôt surréalistes) d'entrer de plein pied dans la poésie de Césaire, je reconnais que certains passages m'ont pris aux tripes tant son cri de révolte est audible et percutant. J'avais parfois l'impression de l'avoir là en face de moi, complètement enflammé par son discours, et de l'entendre et non de le lire. Comme un récit psalmodié, un chant negro-spiritual



Alors même si certains passages me sont restés hermétiques, je veux saluer ici Aimé Césaire, qui en son nom et pour les siens, agit en écrivant, en dénonçant.


Lien : http://mes-petites-boites.ov..
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Discours sur le colonialisme
  24 septembre 2012
Discours sur le colonialisme de Aimé Césaire
La plume d'Aimé Césaire a ceci d'incroyable qu'elle dit précisémment les actes les plus barbares sant jamais les décrire. Ode à la vie, puissant chant aux tonalités africaines, appel à la compassion et recherche de sa propre identité, c'est ce Discours sur le colonialisme qui permet à certains aujourd'hui de relever la tête et d'affirmer son droit à la différence.



Cultivé à faire rougir bien des blancs, fin observateur d'une culture dans laquelle il a étudié et qu'il aime profondément, Césaire a su comme aucun autre manier et sublimer la langue française.
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Discours sur le colonialisme
  21 avril 2017
Discours sur le colonialisme de Aimé Césaire
Suivi du Discours sur la négritude.

Véritable acte d'accusation du colonialisme sous toutes ses formes. Dénonçant point par point la colonisation occidentale : ses motivations, ses effets, ses justifications , et l'idéologie qui en découle. Un texte majeur.



26/08/2009
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La tragédie du roi Christophe
  10 octobre 2013
La tragédie du roi Christophe de Aimé Césaire
Une saga dramatique sur la révolution haïtienne et de la vie après révolution.

Dans les premiers moments du texte, un hommage est rendu aux grandes figures de la révolution haïtienne Toussaint Louverture et Jean-Jacques Dessalines. Ensuite Aimé Césaire nous illustre la vie déjà gangrenée de l'après révolution. On découvre que les même acteurs qui ont chassés les tyrans de la colonisation avec toute leur tyrannie n'ont fait qu'hériter de cette nature purement inhumaine. Les révolutionnaires se métamorphosent peu à peu à des tyrans. Des tyrans dont la tyrannie est bien plus exigeante que celle des premiers bourreaux.

Mon premier contact avec ce texte s'est fait par un merveilleux spectacle joué par un mélange de comédiens africains et européens. J'en ai eu la chair de poule. J'ai beaucoup été fascinée par le rôle du roi Christophe tel qu'il a été rendu.

Un texte d'une sévérité où se dégage la profondeur de son auteur Aimé Césaire. N'empêche qu'on y retrouve de l'humour à côté des tensions dramatiques.... Un chef d'oeuvre!!!
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La Poésie
  29 septembre 2017
La Poésie de Aimé Césaire
NÈGRE JE SUIS, NÈGRE JE RESTERAI [*]



Difficile, pour ne pas dire parfaitement impossible, de chroniquer en si peu d'espace un tel volume, d'une poésie aussi essentielle que celle du regretté Aimé Césaire. Les éditions Seuil ont ainsi rassemblé dans cet ouvrage sobrement intitulé La Poésie tous les textes poétiques du grand auteur - mais aussi intellectuel, penseur de la fameuse "négritude", ainsi qu'homme politique puisqu'il fut député-maire de Fort de France cinquante-six années durant ! Un très mauvais exemple de cumul des mandats s'il en est, mais une fidélité sans faille aux intérêts de son île et de son peuple -.



L'homme de la révolte, de la création du concept et de la reconnaissance de la négritude, de l'anticolonialisme chevillé au corps et à l'esprit, l'homme du ressouvenir d'avec mère l'Afrique, l'ami du sénégalais Léopold Sédar Sanghor, professeur de lettre de Frantz Fanon, d'Édouard Glissant, promoteur de ce qui peut apparaître comme l'acte de naissance de la culture littéraire caribéenne des Antilles françaises, avec son impressionnant "Cahier d'un retour au pays natal" est tout entier dans ces quelques cinq cent pages de vers libres ou rédigées dans une prose poétique forte, tempétueuse, rythmiquement incroyable, la plupart du temps.



Voici, afin d'éviter de longs discours futiles, ce que ce recueil d'importance regroupe, dans l'ordre suivant et accompagné d'un extrait :



- Cahier d'un retour au pays natal (1939) :



«Au bout du petit matin, le vent de jadis qui s'élève, des fidélités trahies, du devoir incertain qui se dérobe et cet autre petit matin d'Europe...



Partir.

Comme il y a des hommes-hyènes et des hommes-panthères, je serai un homme-juif

un homme-cafre

un homme-hindou-de-Calcutta

un homme-de-Harlem-qui-ne-vote-pas



l'homme-famine, l'homme-insulte, l'homme-torture on pouvait à n'importe quel moment le saisir le rouer de coups, le tuer - parfaitement le tuer - sans avoir de compte à rendre à personne sans avoir d'excuses à présenter à personne

un homme-juif

un homme-pogrom

un chiot

un mendigot



mais est-ce qu'on tue le Remords, beau comme la face de stupeur d'une dame anglaise qui trouverait dans sa soupière un crâne de Hottentot ?»



- Les Armes miraculeuses (1946) :



Ça y est. Atteint. Comme frappe

la mort brutale. Elle ne fauche pas.

Elle n'éclate pas. Elle frappe silencieusement

au ras du sang, au ras du cœur,

comme un ressentiment, comme un retour de sang.

Floc.



- Poèmes de la revue Tropique :



EN RUPTURE DE MER MORTE (extrait)



Tu les reconnais, mon cœur, doucement délirants.



A fond de cale leurs croupissements musiquent de puanteurs moribondes et les hérauts du vent pluvieux montent, moissonnant lentement l'office d'un soleil pâle. Parfois une surgie allume dans la fumigation béate la fleur d'un pur sanglot, mais l'instant d'une lueur, la florale poussée dans la cendre, débile et nulle, s'affaisse...

Passez, soleil, les plaises sanglantes suffisamment allument leur purulement propitiatoire. Passez. Et maintenant qu'une force irrésistible préside à la métamorphose des paroles en étoile polaire.



- Cadastre (1961). Reprend Soleil cou coupé ainsi que Corps perdu :



FILS DE LA FOUDRE



Et sans qu'elle ait daigné séduire les geôliers

à son corsage s'est délité un bouquet d'oiseaux-mouche

à ses oreilles ont germé des bourgeons d'atolls

elle me parle une langue si douce que tout d'abord je ne

comprends pas mais à la longue je devine qu'elle m'affirme

que le printemps est arrivé à contre-courant

que toute soif est étanchée que l'automne nous est concilié

que les étoiles dans la rue ont fleuri en plein midi et

très bas suspendent leurs fruits





- Soleil cou coupé (poèmes non retenus dans la version définitive) :



«Visage de l'homme tu ne bougeras point

tu es pris dans les coordonnées féroces de mes rides.»



- Ferrements (1960. 1ère Publication en revue en 1950) :



FERMENT



Séduisant du festin de mon foie, ô Soleil

ta réticence d'oiseau, écorché, roulant.

L'âpre lutte nous enseigna nos ruses,

mordant l'argile, pétrissant le sol

marquant la terre suante

du blason du dos, de l'arbre de nos épaules

sanglant, sanglant

soubresaut d'aube démêlé d'aigles.



- Moi, laminaire (1982) :



"test..."



Les chercheurs de silex

les testeurs d'obsidienne

ceux qui suivent jusqu'à l'opalescence

l'invasion de l'opacité

les créateurs d'espace



allons les ravisseurs du Mot

les détrousseurs de la Parole

il y avait belle lurette qu'on leur avait signifié

leur congé

de la manière la plus infamante



- Noria (1976. Poèmes nos repris dans la version définitive de Moi, laminaire) :



Lettre de Bahia-de-tous-les-saints (extrait)



Ah ! Bahii-a !



Bahia d'ailes ! de connivences ! de pouvoirs ! Campo grande pour les grandes manœuvres de l'insolite ! De toutes les communications avec l'inconnu, Centrale et Douane !



- Comme un malentendu de salut (recueil inédit) :



Cet espace griffonné de laves trop hâtives

je le livre au Temps.

(le Temps qui n'est pas autre chose que la

lenteur du dire)



la fissure

toute blessure

jusqu'à la morsure de l'instant infligée

par l'insecte innocent



L’interstice même que la vie ne combla

tout se retrouvera là

cumulé par le sable généreux



Prières reconnaître à l'orée de la caverne

un bloc de jaspe rouge

assassiné de jour

caillot



(NB : ultime texte publié dans ce beau recueil d'un ultime ouvrage posthume)



Peut-être ces quelques extraits donneront-ils désir d'aller écouter de plus près cette parole d'une force incroyable - un cri, souvent, mais salvateur -, parfois matinée d'une once de surréalisme en ses débuts (dont Césaire fut un temps proche) mais sans l'empuantissement doctrinal que ce mouvement connu assez vite sous la férule jalouse d'André Breton. Se ralliant peu à peu à une écriture plus directe, toujours aussi vive et virulente mais recherchant moins les effets de styles ni les images trop facilement oniriques - quoi qu'une certaine forme d'onirisme de la réalité fut présent jusqu'au bout dans ses écrits orphiques -.

Une poésie de la révolte, de la lutte, du souffle profond de la Caraïbe, de la reconnaissance du moi viscérale d'un peuple entier atrophié, déculturé, massacré et mis plus bas que la plus dérisoire des bêtes, mais une poésie amoureuse de tous ces êtres et de ces paysages flamboyants qui l'ont accompagné jusqu'au bout.

Une poésie dont on ne se remet jamais tout à fait, une fois qu'on en a entamé la lecture clairvoyante et indispensable !





[*] Titre d'un recueil d'entretiens très intimiste du romancier avec Françoise Vergès. Il avait alors 92 ans. (Editions Albin Michel).
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Cahier d'un retour au pays natal
  27 juillet 2019
Cahier d'un retour au pays natal de Aimé Césaire
C’est avec plaisir et nostalgie que je retrouve mes notes de lecture et d’études de ce monument sur la négritude qu’est le Cahier d’un retour au pays natal d’Aimé Césaire.

La « Négritude » est un mouvement qui rassemble à Paris, dans les années 1930, plusieurs poètes et intellectuels venus des colonies, avec comme figure principale Aimé Césaire et aussi, même s’il les éclipse un peu, Léon-Gontran Damas et Léopold Sedar Senghor. La négritude francophone a aussi pour origines le mouvement américain Harlem Renaissance porté par les musiciens de jazz autour de Duke Ellington.



Le Cahier d’un retour au pays natal, entre poésie et texte prosaïque, est l’œuvre la plus célèbre de Césaire ; élaboré dès 1935, le recueil a connu plusieurs versions avant sa publication définitive en 1956. Il s’agit d’un texte vraiment décisif pour la littérature antillaise, qui exprime un cri de révolte et rejette toute la littérature doudouiste. Césaire est en totale rupture avec les clichés paradisiaques sur les Tropiques ; dans ce cahier, il nous parle de la misère matérielle et psychique de la Martinique dans un profond réalisme à la fois métaphorique et flamboyant. Il remet les faits historiques à leur juste place, depuis la traite des esclaves jusqu’à l’Histoire des Antilles françaises, amnésiques, privées de mémoire par des siècles de déni. Il y a dans ce cahier une réelle volonté de rétablir la chronologie historique, de redonner un passé aux anciens esclaves dont l’identité et les origines ont été effacées.



Au niveau de l’écriture et de la forme, je ne peux que citer le poète lui-même, plutôt que d’essayer de la définir : « Le Cahier, c'est le premier texte où j'ai commencé à me reconnaître ; je l'ai écrit comme un anti-poème. Il s'agissait pour moi d'attaquer au niveau de la forme la poésie traditionnelle française, d'en bousculer les structures établies ».

Le lecteur est forcément surpris et envouté par le langage châtié, recherché avec des mots qu’il faut chercher dans le dictionnaire et des métaphores alambiquées. On s’est interrogé sur ce choix de la langue française plutôt que du créole ; en fait Césaire voulait aller au-delà de l’oralité et donner à ses mots toute la force de la langue écrite. Ainsi, son long et étrange poème devient-il fondateur car son auteur nous transmet sa profonde confiance dans le potentiel du langage…

Césaire choisit la tonalité de la révolte et de l’invective. Il constate et dénonce, puis met en avant une affirmation identitaire ; je garde toujours en mémoire le passage sur la négritude, véritable définition dynamique, d’abord toute en formulation négative, puis en action et en mouvement : « ma négritude n’est pas une pierre, sa surdité ruée contre la clameur du jour / ma négritude n’est pas une taie d’eau morte sur l’œil mort de la terre / ma négritude n’est ni une tour ni une cathédrale / elle plonge dans la chair rouge du sol / elle plonge dans la chair ardente du ciel / elle troue l’accablement opaque de sa droite patience ».

Je me souviens aussi du lexique de la maladie pour parler de la misère des Martiniquais, de l’alternance entre les passages de révolte et de refus et les envolées lyriques de l’affirmation identitaire, de beaux passages narratifs, de moments contradictoires, d’acceptation des tabous historiques quand il faut bien parler des bateaux négriers et de l’assimilation…

C’est une écriture de la confrontation au traumatisme de l’esclavage et, en ce sens, elle ne peut laisser indemne. Le texte propose également une ouverture sur l’avenir, met en avant des postures volontaires et conquérantes : « Vienne le colibri / Vienne l’épervier / Vienne le bris de l’horizon/ Vienne le cynocéphale / Vienne le lotus porteur de monde ».

Il est intéressant de relever le passage progressif du JE au NOUS, du ressenti individuel à la dimension collective et identitaire.



Cette poésie m’a d’abord profondément touchée par ses rythmes et sonorités, ses formules anaphoriques et incantatoires et ses ambiances…

L’étude de sa complexité, de ses mots à double-sens, de ses métaphores et de son caractère épique est venue après. Toutes les pages de mon exemplaire sont annotées, notamment par les définitions des mots rares et inconnus…

Pour celles et ceux que ce texte difficile pourrait rebuter, je recommande la reprise de quelques passages par Arthur H. et Nicolas Repac dans l’album « L’Or Noir ».

Je conclurai mon billet comme je l’ai introduit : ce cahier est un monument…

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Une Saison au Congo
  28 janvier 2016
Une Saison au Congo de Aimé Césaire
Traîtrise, perfidie, coup-bas, mensonge, hypocrisie, tous les ingrédients de la tragédie sont au menu de cette Saison au Congo. Une sorte de pièce shakespearienne au temps des indépendances. Patrice Lumumba, l'homme qui porte les espoirs de tout un peuple, est confronté aux résistances des cupidités intérieures et extérieures. Son intégrité ne tient pas face à la voracité des hommes. Toutes les désillusions des indépendances africaines s'expriment ici dans une langue toujours aussi virulente et torrentielle.
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Cahier d'un retour au pays natal
  16 mars 2013
Cahier d'un retour au pays natal de Aimé Césaire
Sans doute le texte le plus fort de la "négritude". Puissance toujours renouvelée.



Publié en 1939, ce poème de 75 pages est probablement la réalisation littéraire la plus puissante conçue dans le mouvement de la négritude, à partir de 1934.



Sans doute moins académique et ampoulé que Senghor, plus ample que Damas, le texte fondateur de Césaire se lit et se scande à voix haute, alternant des moments calmes d'énergie ramassée, concentrée, rassemblée en un poing fermé prêt à frapper, et des moments d'exorde libérateur, de rage déversée, orientée, tumultueuse, pour clamer la différence revendiquée de l'homme noir, son refus des canons imposés par les canonnières, et son rêve éveillé d'une histoire autre, qui n'a jamais signifié l'absence d'histoire - comme certains dirigeants européens particulièrement réfractaires à l'inteliigence pouvaient encore vouloir le proclamer à Dakar en 2007...



Relu attentivement à plus de vingt ans de distance à l'occasion d'une soirée 'Littératures antillaises" à la librairie Charybde, le texte porte une force toujours renouvelée. À peine sa lecture achevée monte désormais une envie difficilement répressible de s'y plonger à nouveau, de se baigner dans cette langue riche, précise, affûtée où même les affèteries occasionnelles semblent porter un sens caché.



Une très grande œuvre (dont on peut aussi goûter plusieurs extraits superbement mis en musique et en voix par Arthur H et Nicolas Repac dans l'album de poésie "L'or noir").



"Tiède petit matin de chaleur et de peur ancestrales je tremble maintenant du commun tremblement que notre sang docile chante dans le madrépore.



Et ces têtards en moi éclos de mon ascendance prodigieuse !

Ceux qui n'ont inventé ni la poudre ni la boussole

ceux qui n'ont jamais su dompter la vapeur ni l'électricité

ceux qui n'ont exploré ni les mers ni le ciel

mais ils savent en ses moindres recoins le pays de souffrance

ceux qui n'ont connu de voyages que de déracinements

ceux qui se sont assouplis aux agenouillements

ceux qu'on domestiqua et christianisa

ceux qu'on inocula d'abâtardissement

tam-tams de mains vides

tam-tams inanes de plaies sonores

tam-tams burlesques de trahisons tabides



Tiède petit matin de chaleurs et de peurs ancestrales

par-dessus bord mes richesses pérégrines

par-dessus bord mes faussetés authentiques

Mais quel étrange orgueil tout soudain m'illumine ?

vienne le colibri

vienne l'épervier

vienne le bris de l'horizon

vienne le cynocéphale

vienne le lotus porteur du monde

vienne de dauphins une insurrection perlière brisant la coquille de la mer

vienne un plongeon d'îles

vienne la disparition des jours de chair morte dans la chaux vive des rapaces

viennent les ovaires de l'eau où le futur agite ses petites têtes

viennent les loups qui pâturent dans les orifices sauvages du corps à l'heure où à l'auberge écliptique se rencontrent ma lune et ton soleil



il y a sous la réserve de ma luette une bauge de sangliers

il y a tes yeux qui sont sous la pierre grise du jour un conglomérat frémissant de coccinelles



il y a dans le regard du désordre cette hirondelle de menthe et de genêt qui fond pour toujours renaître dans le raz-de-marée de ta lumière

(Calme et berce ô ma parole l'enfant qui ne sait pas que la carte du printemps est toujours à refaire)"

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Discours sur le colonialisme
  18 février 2013
Discours sur le colonialisme de Aimé Césaire
Aimé Césaire dénonce dans ce pamphlet écrit en 1950 la violence et la barbarie coloniale. Cette violence extrême, toute entière au service de la bourgeoisie française (et dont le point culminant furent les massacres de Sétif, en Algérie, et de Madagascar, en 1945) permettait d'imposer aux peuples colonisés une exploitation féroce, et la ré-orientation de toute leur économie au profit de l'industrie coloniale. Les impérialistes européens n'ont apporté ni civilisation, ni droits, ni libertés, comme l'auto-proclame les colonisateurs, mais l'oppression et la haine, le racisme, et une forme de fascisme.

Césaire oppose donc, à cette légende qui cherchait à se donner bonne conscience, des territoires aux économies naturelles, coopératives et à la mesure de l'homme, détruites par l'impérialisme ; des peuples brutalisés et méprisés ; « des sociétés vidées d'elles-mêmes, des cultures piétinées, des formes originales d'institutions minées, des terres confisquées, des religions assassinées, des magnificences artistiques anéanties, d'extraordinaires possibilités supprimées ».

L'auteur s'insurge particulièrement contre la torture infligée par l'armée française aux malgaches, aux vietnamiens et aux algériens.

Il critique ainsi objectivement la classe bourgeoise qu'il qualifie de décadente, car ne connaissant plus de limites dans les crimes et les préjudices qu'elle commet au travers du système économique capitaliste.

C'est un excellent petit livre, qui dénonce avec justesse les rapports entre colonisateurs et colonisés, et résume à lui seul toute la morgue que constituait la colonisation.
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Discours sur le colonialisme
  14 juillet 2010
Discours sur le colonialisme de Aimé Césaire
Brève et éclatante, une énorme claque imparable sur cinquante-deux pages. Ce discours dit tout, et le dit bien. Sur l'Occident impardonnable. Sur le capitalisme cause affichée de cette abomination. Sur le racisme de classe, d'Etat, d'institution. Sur les préjugés bourgeois, les horreurs dont ils se réjouirent, la vision de l'Autre comme une bête. Sur la soif de sang, de profit, indissociables, et sur l'état moribond de telles sociétés.



Sans doute qu'à l'époque ce fut un nécessaire cri de révolte et d'espoir en l'humain (sait-on jamais). Je ne sais pas s'il est encore question d'espoir aujourd'hui, et surtout si l'on a vraiment réalisé que la colonisation, le rapport colonial au reste-du-monde, ne se sont jamais, jamais arrêtés, mais en tout cas ce livre est indispensable. S'il n'en fallait qu'un...



(Des passages vraiment difficiles moralement, qui peuvent faire penser par leur dureté et leur caractère édifiant au "Code Noir", tout aussi bref et tout aussi nécessaire).
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Une Saison au Congo
  31 juillet 2011
Une Saison au Congo de Aimé Césaire
Quelle foule dans cette pièce de théatre! Ca fourmille comme sur une place de marché africaine, bariolée,bruyante,odorante,poussiéreuse.

Aimé Césaire, né en 1913 en Martinique,poète,dramaturge et homme politique qui a fondé avec Léopold Sédar Senghor la notion de négritude présente ici une pièce qui se déroule au temps de l'Indépendance du Congo.

Elisabethville.

Le bonimenteur harangue la foule, et c'est la voix d'Aimé Césaire, l'anticolonialiste qui s'élève:"pour le bon, il y a la bière !Buvez ! Buvez donc ! D'ailleurs n'est ce pas la seule liberté qu'ils nous laissent? On ne peut se réunir sans que ça se termine en prison".

Quelle bière? La bière Polar, celle de la liberté congolaise.Tac au tac.Provocation pour provocation!

On applaudit au bagout!

Il y a là Patrice Lumumba, l'homme politique visionaire qui veut rendre à son peuple la liberté perdue.

Le joueur de sanza fiché de la police chante que le Congo bouge.

Le "buffle", gouvernement des Belges et des flamands qui les menace.

Les femmes se joignent au bonimenteur car elles en ont assez de cette vie.

Mokutu, lui,invite à la révolution."Le Congo est un grand bordel".

Le premier policier affirme que le blanc violente, ennivre les guerriers, mais les belges leur ont appris à lire. Coups de matraque.

Les banquiers parlent en vers.L'indépendance ruine les finances.Mais vive l'uranium libre,le diamant,le cuivre,le cobalt.

La revendication prone:"fermez les oreilles au bourrage de crane"

Les soldats crient "A mort Lumumba!"

puis "Vive Lumumba"

Et là Mokutu criera "feu!"

C'est tout un pan d'histoire qui nous est donné à voir, l'Indépendance avec ses espoirs,ses angoisses et ses interrogations!
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Cahier d'un retour au pays natal
  29 juillet 2016
Cahier d'un retour au pays natal de Aimé Césaire
En refermant ce livre j'avoue que j'ai du mal à savoir ce que j'en ai vraiment pensé. J'ai été captivé par la poésie et l'atmosphère qui se dégagent du texte. Mais dans le même temps, je l'ai trouvé très difficile. J'ai un peu honte de l'avouer, mais dans certaines phrases, je ne connaissais même pas la moitié des mots. Cahier d'un retour au pays natal méritera sans doute une seconde lecture dans quelques temps. Une jolie découverte qui me laisse tout de même perplexe...
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Cahier d'un retour au pays natal
  05 mai 2015
Cahier d'un retour au pays natal de Aimé Césaire
Un sublime témoignage créole, une ode à la négritude...

Dans un style poétique chiadé, Aymé Césaire rend hommage aux siens que l'esclavage a marqué au fer rouge sans que cela ne soit suffisamment reconnu... Ce livre est un cri !
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La tragédie du roi Christophe
  21 octobre 2020
La tragédie du roi Christophe de Aimé Césaire
Parue en 1963, la pièce est montée pour la première fois l’année suivante au festival de Salzbourg, puis à l’Odéon, et entre même au répertoire de la Comédie Française en 1991.



Le sujet de la pièce est inspiré par l’histoire de Haïti. Suite aux luttes anti-coloniales, le pays devient indépendant. Suite à la mort de Dessalines, vainqueur des Français et fondateur d’un éphémère Empire d’Haïti, le pays se partage en deux, entre la république du sud, dirigée par Pétion, et un royaume au nord, fondé par Henri Christophe, devenu le roi Henry, cuisinier puis général.



La pièce se compose d’un prologue et de trois actes entrecoupés de deux intermèdes. Dans le premier acte, Christophe refuse d’être nommé président de la république, en invoquant la limitation du pouvoir présidentiel apporté par le Sénat. Il s’oppose à Piéton, qui deviendra pas la suite président. Nous le retrouvons roi dans sa cour, à laquelle il tente d’imposer les manières européennes en matière d’étiquette. Une guerre civile l’oppose à la République du sud, mais il se refuse à prendre Port-au-Prince. Des différents commencent à apparaître dans l’entourage de Christophe, sa femme s’inquiète.



Au deuxième acte, Christophe impose des corvées à son peuple, et sanctionne un certain nombre de personnes dans son entourage qui n’adhèrent pas suffisamment à ses vues. La construction d’une forteresse gigantesque, qui nécessite un travail très soutenu, provoque des contestations. Des signes inquiétants se manifestent, comme la foudre qui tombe sur une poudrière.



Christophe se montre de plus en plus tyrannique et l’ambiance à la cour de plus en plus délétère. Christophe se trouve paralysé après l’apparition du fantôme d’un archevêque qu’il a fait assassiner. L’armée du sud attaque, pendant que ses sujets se révoltent contre lui.



Nous sommes dans une véritable tragédie, plus proche du théâtre élisabéthain ou espagnol que du théâtre classique français. Il y a l’histoire en marche, un héros qui devient un tyran, tout en restant attaché à une forme d’idéal, qui est la défense de son peuple, anciens esclaves qui se sont libérés, et dont il veut démontrer les capacités et la dignité. Mais au final, il les réduit à une condition proche de celle qu’ils ont connus en tant qu’esclaves, provoquant des morts en cascade, avant de mourir lui-même défait. Le début de la pièce est essentiel : Christophe refuse la limitation de son pouvoir par le Sénat, et au-delà par son peuple, pensant être plus à même de déterminer ce dont il a besoin. Même si Piéton et les Sénateurs ne sont pas idéalisés, ils sont opportunistes et pensent à leurs intérêts, néanmoins le rejet par Christophe de contre-pouvoirs, le choix de vouloir être le seul détenteur de l’autorité, est le pêché originel qui signe sa fin et qui précipite son pays dans le désastre. La machine mise en branle devient impossible à arrêter, il y a une escalade de tyrannie et de violence qui mène jusqu’au désastre final.



Mais la pièce joue sur plusieurs registres, elle comporte un côté bouffon, satirique, Christophe a une sorte de fou du roi en la personne de Hugonin, il y a les scènes où l’entourage de Christophe s’essaie sous son commandement à imiter maladroitement les apparences de cours européennes, sans aucun sens pour pour lui. La pièce alterne la prose et les vers, il y a aussi de la musique et des chants, un français très soutenu se mêle à du créole. En un mot, c’est un objet complexe, pensé et sensible. Une belle réussite.
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Cahier d'un retour au pays natal
  07 septembre 2015
Cahier d'un retour au pays natal de Aimé Césaire




Aimé Césaire écrit sa Martinique, qui semble vivre et revivre par sa plume. Il écrit l'exil. Il écrit l'Europe et sa représentation de l'homme noir.

Cette voix qui s'élève évoque par des images fortes ou innatendues l'un des plus grand malheurs qui ont frappé la vie des Hommes : le colonialisme, l'esclavage...

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(Le Corbeau et le Renard) - Maître Corbeau, sur un arbre ......... , Tenait en son bec un fromage. Maître Renard, par l'odeur alléché, Lui tint à peu près ce langage : Et bonjour, Monsieur du Corbeau. Que vous êtes ........ ! que vous me semblez ......... ! Sans mentir, si votre ramage Se rapporte à votre plumage, Vous êtes le ......... des hôtes de ces bois

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