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Note moyenne 3 /5 (sur 31 notes)

Nationalité : France
Né(e) à : Nantes , le 11/02/1957
Mort(e) à : Paris , le 14/05/2017
Biographie :

Alain Defossé est un écrivain et traducteur (entre autres de Joseph Connoly, Sarah Waters, Bret Easton Ellis...).

Il a notamment publié Les fourmis d'Anvers (Salvy, 1991), Chien de cendres (Panama, 2006), et L'homme en habit (Ed. du Rocher), dont la version radiophonique, réalisée par Etienne Vallès, a été diffusée en janvier 2009 sur France Culture.

D'abord attiré par le cinéma, il s'inscrit au cours Florent après l'obtention de son bac. Inspiré par la lecture de l'Affamée, de Violette Leduc, il se dirige ensuite vers la littérature et publie son premier roman, Les fourmis d'Anvers, en 1991. La même année, il traduit l'American Psycho de Bret Easton Ellis, puis s'engage dans une longue carrière de traducteur, avec 70 ouvrages à son actif.

Source : franceculture.fr
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Bibliographie de Alain Defossé   (54)Voir plus


Interview d’Alain Defossé à propos de son ouvrage Effraction



Avez-vous déjà été victime ou témoin d’un cambriolage ? De quoi vous êtes-vous inspiré pour imaginer le ressenti d’Anne, l’héroïne du roman elle-même victime d’un cambriolage ?



J’ai en effet été victime d’un cambriolage, il y a quelques années. Qui ne l’a pas été au moins une fois ? Des objets auxquels je tenais beaucoup m’ont été dérobés, contrairement à mon personnage : Anne n’a chez elle rien à quoi elle tienne, rien qui fasse sens ou souvenir, sauf une photo. Elle dit elle-même : « repeindre l’appartement, ce serait comme ripoliner du vide ». Le cambriolage en soi la laisse presque indifférente.



Le roman traite principalement du thème de la mémoire. Pourquoi avez-vous choisi de mettre en avant cette thématique ?



Tous mes livres sont basés sur ce thème. Tous réinventent, recréent des fantômes, parfois littéralement (L’Homme en habit). C’est la mémoire qui nourrit mon écriture, la mienne ou celle que je prête à mes personnages. Sans mémoire, on n’est rien.



Effraction est l’autoportrait d’une vieille femme. Votre précédent roman On ne tue par les gens était déjà construit sous la forme d’un autoportrait intime. Cette constante dans la narration est-elle volontaire ? Pour vous, l’autoportrait est-il un moyen de vous sentir plus proche de vos personnages ?



Je tourne toujours autour de l’autofiction, mais tous mes livres n’adoptent pas la forme de l’autoportrait. D’ailleurs peut-on qualifier Effraction d’autoportrait d’Anne Rivière ? Parfois oui, parfois non. Globalement, je dirais non. C’est un roman, avec des parts de « courant de conscience », pour reprendre la formule du groupe de Bloomsbury.



Bien que narratrice, Anne l’héroïne alterne entre la première et la troisième personne du singulier pour parler d’elle, et ce changement se fait parfois au sein d’une même phrase, sur le modèle de “elle est déjà demain, les vêtements sont déjà posés sur la chaise dans la chambre, cette nuit je n’aurai qu’à me délasser, me détendre”. Pourquoi cette originalité ? Plus généralement, prônez-vous les libertés grammaticales lorsqu’il s’agit de littérature ?



Je crois que ce « procédé » (que j’ai emprunté à Joseph Connolly, auteur de comédies) traduit le flottement intérieur, permanent du personnage. Au-delà de son quotidien très rangé, très raisonnable, il y a une incertitude profonde, une perte latente d’elle-même. Une amnésie. C’est ce que j’ai voulu communiquer, en utilisant ce glissement entre le « je » et le « elle ». C’est une petite liberté. Je ne suis pas un écrivain de l’expérimentation.



Anne est un personnage au passé flou, dont elle a choisi d’enterrer les épisodes difficiles au fond de sa mémoire avant que ce cambriolage ne les ravive. Pensez-vous qu’il faille se confronter à ses traumatismes pour les éteindre une bonne fois pour toutes ?



Je ne pense pas que l’on puisse jamais se défaire de certains traumatismes. Ils nous forgent. Ils deviennent constitutifs de ce que l’on est.


Cet événement douloureux qu’Anne a choisi d’oublier, doit-on le mettre sur le dos de sa jeunesse ? Pensez-vous que les jeunes soient plus en proie à leur fougue que les adultes ?



Sa jeunesse, peut-être. Un amour, sûrement. Les raisons pour lesquelles on tombe amoureux de tel ou tel être, ces causes très mystérieuses, qui nous échappent et échappent souvent à toute logique (« l’amour a ses raisons, etc... »), je crois que c’est simplement là, dans cette inconnue, qu’il faut chercher. En tombant amoureuse d’Ange, elle a construit son destin. C’était ça qu’elle devait vivre. Elle n’y a pas failli.



Quelles que soient les expériences vécues par le passé, pensez-vous qu’en vieillissant il soit possible de devenir quelqu’un d’autre ou les traits principaux de notre personnalité ne peuvent s’effacer ?



Je crois à l’absolue permanence de l’être. Les traumatismes nous forgent, mais fondamentalement, on est à 80 ans la personne que l’on était à 8.



Le récit soulève également le sujet de l’émigration et des DOM TOM. Le roman révèle en effet une aventure entre deux personnage dont l’un est issu de Cayenne et ne fait pas une peinture chaleureuse de cette ville. Avez-vous un message particulier à faire passer à ce sujet ? Pensez-vous que la situation de ces départements soit instable ?



Le partie « Antilles » du roman se situe dans les années 60. Je fais allusion à cette organisation gouvernementale appeleé Bumidom, qui a (fort mal) organisé une immigration massive pour faire face à la pauvreté endémique des DOM-TOM. De nombreux trafics existaient à l’époque entre les Antilles et la Guyane, dans lesquels Anne se trouvera prise. Mais ce n’est en aucune manière le sujet du livre. Je m’attache plus à la situation d’Ange en métropole.



Alain Defossé et ses lectures



Quel livre vous a donné envie d`écrire ?



L`Affamée, de Violette Leduc.



Quel est l`auteur qui vous aurait pu vous donner envie d`arrêter d`écrire (par ses qualités exceptionnelles...) ?



Aucun. C’est au contraire stimulant.



Quelle est votre première grande découverte littéraire ?



Les nouvelles de Jean Lorrain et les poètes symbolistes, Tristan Corbière, Maurice Maeterlinck, etc.



Quel est le livre que vous avez relu le plus souvent ?



Je ne sais pas. Je relis peu. Les livres s’impriment. Il en reste une couleur.



Quel est le livre que vous avez honte de ne pas avoir lu ?



Ulysse, de Joyce.



Quelle est la perle méconnue que vous souhaiteriez faire découvrir à nos lecteurs ?



Mes huit précédents romans.



Quel est le classique de la littérature dont vous trouvez la réputation surfaite ?



La Bible.



Avez-vous une citation fétiche issue de la littérature ?



« Écrire, c’est la nuit ». Marguerite Duras



Et en ce moment que lisez-vous ?



Je viens d’achever Ici commence la nuit, d’Effraction de Alain Defossé aux éditions Fayard :






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Vidéo de

16 janvier 1996 Alain Defossé: Retour à la ville. Filmé dans le couloir d'un grand Hôtel, Olivier BARROT nous parle du llvre "Retour à la Ville", consacré à la ville de Nantes. Images d'archive INA Institut National de l'Audiovisuel

Podcasts (1)


Citations et extraits (21) Voir plus Ajouter une citation
Corboland78   29 janvier 2016
On ne tue pas les gens de Alain Defossé
Un nouveau patron pour un nouveau bar. Brun, petit format, plutôt mignon, sympa. Je sais comment j’ai réagi en découvrant Didier, j’ai réagi exactement comme n’importe quel client de café-tabac, de restaurant, de ces lieux où l’on reste plus de deux minutes réagirait en voyant arriver la nouvelle patronne ou la nouvelle serveuse. C’est forcément ce que j’ai pensé, en voyant Didier pour la première fois, ce petit gars brun au sourire rouge qui s’installait parmi nous, j’ai eu forcément la même réaction qu’un macho devant une petite serveuse, parce qu’il donnait ça à voir et à ressentir, Didier, il était mignon Didier le tueur, et sympa, oui, et bien foutu si vous voulez tout savoir (…). Dans la géhenne où il brûle sans doute, Gorgones et Erinyes doivent se pousser du coude et échanger des clins d’œil quand passe le petit brun aux yeux noirs, tellement sexe, chérie, un homme, un salaud comme on les aime.
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LaBiblidOnee   09 septembre 2015
Effraction de Alain Defossé
Elle a reculé autant que possible ce moment, avec son thé, mais là elle y est, acculée à devoir identifier et dénombrer ce qu'on lui a pris, volé. Ce n'est pas un saccage. Le salon n'est presque pas dérangé, et le peu qu'elle voit de la chambre lui indique qu'il en est de même là-bas. Elle aurait presque préféré : des tiroirs renversés, des objets brisés, des déchirures, des lacérations, elle aurait presque préféré un vandalisme intégral qui aurait fait de cette mésaventure une tragédie et non un embêtement. Un scandale, pas un contretemps. Un viol, avec violences.
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Bibalice   20 mai 2015
Effraction de Alain Defossé
Tout le monde a un jour cette idée, passé un certain âge, tout le monde se dit je pourrais être un héros/ héroïne de roman, se dit-elle au seuil du réveil, un personnage plutôt, restons modeste, un personnage de roman se dit-elle en se réveillant tout à fait, et aussitôt elle se dit que tout le monde a forcément un jour cette idée, passé un certain âge, en se retournant sur sa vie : ma vie à moi est un roman, car il n’y a pas de vie non romanesque. Quoique beaucoup trop détachée de moi-même : jamais je ne me laisserais faire. Un sujet rétif, sec, une vie dissuasive dit-elle. Finalement non. Elle se lève, quitte

sans regret ce moment où l’on rêve toujours un peu sa vie, cette complaisance qui n’a pas d’âge.
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opera64   11 décembre 2013
On ne tue pas les gens de Alain Defossé
J'ai commandé un tango, c'est ma consommation la plus courante. Le tango est né pendant l'Occupation, c'était la boisson des zazous. J'adore la grenadine, sa couleur et son goût de rouge à lèvres bon marché. J'en ajoute dans tout, la bière, le pastis, le lait.



Au café je ne prends pas de whisky : le sotch est pour moi une boisson de la maison, de la lecture nocturne, de la conversation, de l’écriture ou de l'amour, sa chaleur ambrée est intime. p 62



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opera64   11 décembre 2013
On ne tue pas les gens de Alain Defossé
Les conversations tournaient autour de ça, de cette haine qui déferlait. J'ai entendu alors, parfois, à demi-mot, évoquer des projets d’expéditions punitives.



Au hasard de brides de conversations, j'ai découvert chez certains un visage que je ne soupçonnais pas, très noir, très violent, le visage criminel qui se fait jour quand on est poussé à bout, la renaissance de la haine atavique. p 77
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mustango   09 mars 2012
On ne tue pas les gens de Alain Defossé
Ce soir-là, j'ai été le dernier à quitter le bar et les protagonistes de l'affaire, vivants et morts. Je suis le dernier témoin.
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Bibalice   20 mai 2015
Effraction de Alain Defossé
Je pourrais être une héroïne de roman. Je pourrais très bien. C’est à la portée de tout le monde d’être une héroïne. Ça ne dépend même pas de vous. Quelqu’un

vous prend, un écrivain, ou il vous invente, et fait de vous, de moi une héroïne de roman.
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opera64   11 décembre 2013
On ne tue pas les gens de Alain Defossé
C'est la nuit. A ce rendez-vous de la nuit, je rejoins tout ce qui a sombré, les gens et moi-même. Mon passé c'est la nuit, aussi mort que les gens, de la même eau qui ne coule plus.



Pourtant je peux parler, je peux écrire de cette eau sombre, je ne fais que cela, toujours, écrire est un travail de mort, je n'ai cessé de le répéter, c'est faire de la mort avec ce qui l'est déjà, ratifier de la mort, fixer, consigner de la mort, et c'est nécessaire.



Confirmer la mort n'est jamais triste. Éprouvant, parfois, mais jamais triste. C'est donner ses lettres de noblesse à ce qui est mort p 55
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sardynka   02 août 2012
On ne tue pas les gens de Alain Defossé
Je ne sais pas si je fais bien, je fais ; quelque chose ne me laisse pas le choix de raconter ce que j'ai vécu face à ce qui en est dit, comme s'il l'on me forçait à avouer la vérité des autres en suscitant la mienne.
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LaBiblidOnee   15 septembre 2015
Effraction de Alain Defossé
On ne sait pas pourquoi ce cambriolage fait resurgir quelque chose du passé. Peut-être est-ce un simple accroc dans une vie très lisse, qui dévoile, comme une déchirure sur un canapé montre au-dessous quel tissu le recouvrait avant, qu’il était rouge et doré avant d’être beige et neutre, que ça foisonnait au-dessous, les couleurs, les conversations, les postérieurs posés là de morts depuis des lustres, les verres qui s’entrechoquent et les drames qui se dénouent. Cette présence d’un jeune homme dans des meubles trop neufs pour une dame âgée, c’est autant d’anachronisme, du passé qui se glisse sous la porte comme un courant d’air. Cette intrusion a perturbé les ondes magnétiques du temps, si une telle chose existe, le champ magnétique qu’Anne sécrète elle-même, dans lequel elle se meut depuis si longtemps, et qu’elle veut absolument clair et vide, inexistant pour tout dire.
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