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Note moyenne 4.04 /5 (sur 187 notes)

Nationalité : France
Né(e) à : Ceva, Piémont , le 20/04/1807
Mort(e) à : Paris , le 29/04/1841
Biographie :

Louis Jacques Napoléon Bertrand, dit Aloysius Bertrand, est un poète, dramaturge et journaliste français.

Il vécut un temps entre Dijon et Paris, où il exerça les métiers de correcteur en imprimerie et de journaliste, soucieux de mettre sa plume au service de la révolution et de son idéal romantique. À Paris, il mena une vie de bohème, mais sa santé fragile lui imposa bientôt de fréquents séjours à hôpital.

L'ensemble de son œuvre ne fut édité, par un proche, qu'après sa mort.

Considéré comme l'inventeur du poème en prose, il est surtout connu pour une œuvre posthume passée à la postérité, "Gaspard de la nuit" (1842).


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Émission "Une Vie, une Œuvre" par Claude Mettra, sous-titrée « Les enchantements de Gaspard de la Nuit » diffusée, le 9 avril 1992, sur France Culture. Invités : Pierre Péju et Max Milner.


Citations et extraits (80) Voir plus Ajouter une citation
Aloysius Bertrand
Piatka   28 octobre 2015
Aloysius Bertrand
Quand le raisin est mûr, par un ciel clair et doux,


Dès l'aube, à mi-coteau, rit une foule étrange :


C'est qu'alors dans la vigne, et non plus dans la grange,


Maîtres et serviteurs, joyeux, s'assemblent tous.




À votre huis, clos encor, je heurte. Dormez-vous ?


Le matin vous éveille, élevant sa voix d'ange :


- Mon compère, chacun, en ce temps-ci, vendange.


Nous avons une vigne : eh bien ! vendangeons-nous ?




Mon livre est cette vigne, où, présent de l'automne,


La grappe d'or attend, pour couler dans la tonne,


Que le pressoir noueux crie enfin avec bruit.



J'invite mes voisins, convoqués sans trompettes,

À s'armer promptement de paniers, de serpettes.

Qu'ils tournent le feuillet : sous le pampre est le fruit.
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Orphea   27 mars 2011
Gaspard de la nuit de Aloysius Bertrand
Ondine



- " Écoute ! - Écoute ! - C'est moi, c'est Ondine qui

frôle de ces gouttes d'eau les losanges sonores de ta

fenêtre illuminée par les mornes rayons de la lune ;

et voici, en robe de moire, la dame châtelaine qui

contemple à son balcon la belle nuit étoilée et le beau

lac endormi.



" Chaque flot est un ondin qui nage dans le courant,

chaque courant est un sentier qui serpente vers mon palais,

et mon palais est bâti fluide, au fond du lac, dans le

triangle du feu, de la terre et de l'air.



" Écoute ! - Écoute ! - Mon père bat l'eau coassante

d'une branche d'aulne verte, et mes sœurs caressent de

leurs bras d'écume les fraîches îles d'herbes, de nénu-

phars et de glaïeuls, ou se moquent du saule caduc et

barbu qui pêche à la ligne ! "





Sa chanson murmurée, elle me supplia de recevoir son

anneau à mon doigt pour être l'époux d'une Ondine, et

de visiter avec elle son palais pour être le roi des lacs.



Et comme je lui répondais que j'aimais une mortelle,

boudeuse et dépitée, elle pleura quelques larmes, poussa

un éclat de rire, et s'évanouit en giboulées qui ruisse-

lèrent blanches le long de mes vitraux bleus.
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Sphilaptere   11 novembre 2018
Gaspard de la nuit de Aloysius Bertrand
Ah ! Ce que j'entends, serait-ce la bise nocturne qui glapit, ou le pendu qui pousse un soupir sur la fourche patibulaire ?



Serait-ce quelque grillon qui chante, tapi dans la mousse et le lierre stérile dont par pitié se chausse le bois ?



Serait-ce quelque mouche en chasse sonnant du cor autour de ces oreilles sourdes à la fanfare des halalis ?



Serai-ce quelque escarbot qui cueille en son vol inégal un cheveu sanglant à son crâne chauve ?



Ou bien serait-ce quelque araignée qui brode une demi-aune de mousseline pour cravate à ce col étranglé ?



C'est la cloche qui tinte aux murs d'une ville, sous l'horizon, et la carcasse d'un pendu que rougit le soleil couchant.
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LydiaB   23 décembre 2010
Gaspard de la nuit de Aloysius Bertrand
Il était nuit. Ce furent d'abord, – ainsi j'ai vu, ainsi je raconte, – une abbaye aux murailles lézardées par la lune, une forêt percée de sentiers tortueux, – et le morimont grouillant de capes et de chapeaux.



Ce furent ensuite, – ainsi j'ai entendu, ainsi je raconte, – le glas funèbre d'une cloche auquel répondaient les sanglots funèbres d'une cellule, – des cris plaintifs et des rires féroces dont frissonnait chaque feuille le long d'une ramée, – et les prières bourdonnantes des pénitents noirs qui accompagnaient un criminel au supplice. Ce furent enfin, – ainsi s'acheva le rêve, ainsi je raconte, – un moine qui expirait couché dans la cendre des agonisants, – une jeune fille qui se débattait pendue aux branches d'un chêne, – et moi que le bourreau liait échevelé sur les rayons de la roue. Dom Augustin, le prieur défunt, aura, en habit de cordelier, les honneurs de la chapelle ardente; et Marguerite, que son amant a tuée, sera ensevelie dans sa blanche robe d'innocence, entre quatre cierges de cire.



Mais moi, la barre du bourreau s'était, au premier coup, brisée comme un verre, les torches des pénitents noirs s'étaient éteintes sous des torrents de pluie, la foule s'était écoulée avec les ruisseaux débordés et rapides, – et je poursuivais d'autres songes vers le réveil.
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GrandGousierGuerin   09 octobre 2014
Gaspard de la nuit de Aloysius Bertrand
L’Écolier de Leyde



Il s’assied dans son fauteuil de velours d’Utrecht, messire Blasius, le menton dans sa fraise de fine dentelle, comme une volaille qu’un cuisinier s’est rôtie sur une faïence.

Il s’assied devant sa banque pour compter la monnaie d’un demi-florin ; moi, pauvre écolier de Leyde, qui ai un bonnet et une culotte percée, debout sur un pied comme une grue sur un pal.

Voilà le trébuchet qui sort de la boîte de laque aux bizarres figures chinoises, comme une araignée qui, repliant ses longs bras, se réfugie dans une tulipe nuancée de mille couleurs.

Ne dirait-on pas, à voir la mine allongée du maître, trembler ses doigts décharnés découplant les pièces d’or, d’un voleur pris sur le fait et contraint, le pistolet sur la gorge, de rendre à Dieu ce qu’il a gagné avec le diable ?

Mon florin que tu examines avec défiance à travers la loupe est moins équivoque et louche que ton petit œil gris, qui fume comme un lampion mal éteint.

Le trébuchet est rentré dans sa boîte de laque aux brillantes figures chinoises, messire Blasius s’est levé à demi de son fauteuil de velours d’Utrecht, et moi, saluant jusqu’à terre, je sors à reculons, pauvre écolier de Leyde qui ai bas et chausses percés.

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michfred   27 février 2015
Gaspard de la nuit de Aloysius Bertrand
LA RONDE SOUS LA CLOCHE





C’était un bâtiment lourd, presque carré, entouré de ruines, et dont la tour principale, qui possédait encore son horloge, dominait tout le quartier.

Fenimore Cooper.





Douze magiciens dansaient une ronde sous la grosse cloche de Saint-Jean. Ils évoquèrent l’orage l’un après l’autre, et du fond de mon lit je comptai avec épouvante douze voix qui traversèrent processionnellement les ténèbres.



Aussitôt la lune courut se cacher derrière les nuées, et une pluie mêlée d’éclairs et de tourbillons fouetta ma fenêtre, tandis que les girouettes criaient comme des grues en sentinelle sur qui crève l’averse dans les bois.



La chanterelle de mon luth, appendu à la cloison, éclata ; mon chardonneret battit de l’aile dans sa cage ; quelque esprit curieux tourna un feuillet du Roman de la Rose qui dormait sur mon pupitre.



Mais soudain gronda la foudre au haut de Saint-Jean. Les enchanteurs s’évanouirent frappés à mort, et je vis de loin leurs livres de magie brûler comme une torche dans le noir clocher.



Cette effrayante lueur peignait des rouges flammes du purgatoire et de l’enfer les murailles de la gothique église, et prolongeait sur les maisons voisines l’ombre de la statue gigantesque de Saint-Jean.



Les girouettes se rouillèrent ; la lune fondit les nuées gris de perle ; la pluie ne tomba plus que goutte à goutte des bords du toit, et la brise, ouvrant ma fenêtre mal close, jeta sur mon oreiller les fleurs de mon jasmin secoué par l’orage.
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michfred   03 août 2015
Gaspard de la nuit de Aloysius Bertrand
LES CINQ DOIGTS DE LA MAIN





Une honnête famille où il n’y a jamais eu de banqueroute, où personne n’a jamais été pendu.

La parenté de Jean de Nivelle.





Le pouce est ce gras cabaretier flamand, d’humeur goguenarde et grivoise, qui fume sur sa porte, à l’enseigne de la double bière de mars.



L’index est sa femme, virago sèche comme une merluche, qui dès le matin soufflette sa servante dont elle est jalouse, et caresse la bouteille dont elle est amoureuse.



Le doigt du milieu est leur fils, compagnon dégrossi à la hache, qui serait soldat s’il n’était brasseur, et qui serait cheval s’il n’était homme.



Le doigt de l’anneau est leur fille, leste et agaçante Zerbine qui vend des dentelles aux dames et ne vend pas ses sourires aux cavaliers.



Et le doigt de l’oreille est le Benjamin de la famille, marmot pleureur, qui toujours se trimbala à la ceinture de sa mère comme un petit enfant pendu au croc d’une ogresse.



Les cinq doigts de la main sont la plus mirobolante giroflée à cinq feuilles qui ait jamais brodé les parterres de la noble cité de Harlem.
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Aloysius Bertrand
Aurel82   08 septembre 2017
Aloysius Bertrand
La Tour de Nesle



- » Valet de trèfle ! » – » Dame de pique ! de gagne ! » -

Et le soudard qui perdait envoya d’un coup de poing sur

la table son enjeu au plancher.



Mais alors messire Hugues, le prévôt, cracha dans le bra-

sier de fer avec la grimace d’un cagou qui a avalé une

araignée en mangeant sa soupe.



- » Pouah ! les chaircuitiers, échaudent-ils leurs cochons

à minuit ? Ventre-dieu ! c’est un bateau de feurre qui

brûle en Seine ! »



L’incendie, qui n’était d’abord qu’un innocent follet

égaré dans les brouillards de la rivière, fut bientôt

un diable à quatre tirant le canon et force arquebusades

au fil de l’eau.



Une foule innombrable de turlupins, de béquillards, de

gueux de nuit, accourus sur la grève, dansaient des gigues

devant la spirale de flamme et de fumée.



Et rougeoyaient face à face la tour de Nesle, d’où le

guet sortit, l’escopette sur l’épaule, et la tour du

Louvre d’où, par une fenêtre, le roi et la reine voyaient

tout sans être vus.
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ElGatoMalo   05 mars 2015
Gaspard de la nuit de Aloysius Bertrand
Je courus par la ville m’informant de M. Gaspard de la Nuit à chaque passant. Les uns me répondaient : — « Oh ! vous plaisantez ! » — Les autres : — « Eh qu’il vous torde le cou ! » — Et tous aussitôt me plantaient là. J’abordai un vigneron de lai rue sain-felebar, nabot et bossu, qui se carrait sur sa porte en riant de mon embarras.



— « Connaissez-vous M. Gaspard de la Nuit ?



— Que lui voulez-vous, à ce garçon-là ?



— Je veux lui rendre un livre qu’il m’a prêté.



— Un grimoire !



— Comment ! un grimoire !… Enseignez-moi, je vous prie, son domicile.



— Là-bas, où pend ce pied de biche.



— Mais cette maison… vous m’adressez à monsieur le curé.



— C’est que je viens de voir entrer chez lui la grande brune qui blanchit ses aubes et ses rabats.



— Qu’est-ce que cela signifie ?



— Cela signifie que M. Gaspard de la Nuit s’attife quelquefois en jeune et jolie fille pour tenter les dévots personnages, — témoin son aventure avec saint Antoine, mon patron.



— Faites-moi grâce de vos malignités et dites-moi où est M. Gaspard de la Nuit.



— Il est en enfer, supposé qu’il ne soit pas ailleurs.



— Ah ! je m’avise enfin de comprendre ! Quoi ! Gaspard de la Nuit serait… ?



— Eh ! oui… le diable !



— Merci, mon brave !… Si Gaspard de la Nuit est en enfer, qu’il y rôtisse ! J’imprime son livre. »
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Darkcook   29 janvier 2018
Gaspard de la nuit de Aloysius Bertrand
J'escaladai ma mansarde, et là, comme j'épelais curieusement le livre énigmatique, devant la fenêtre baignée d'un clair de lune, soudain il me sembla que le doigt de Dieu effleurait le clavier de l'orgue universel. Ainsi les phalènes bourdonnantes se dégagent du sein des fleurs qui pâment leurs lèvres aux baisers de la nuit. J'enjambai la fenêtre et je regardai en bas. O surprise! Rêvais-je? Une terrasse que je n'avais pas soupçonnée aux suaves émanations de ses orangers, une jeune fille, vêtue de blanc, qui jouait de la harpe, un vieillard, vêtu de noir, qui priait à genoux! (...)



La musicienne était son unique enfant, blonde et frêle beauté de dix-sept ans qu'effeuillait un mal de langueur (...)



Ah! monsieur, ne remuons pas une cendre encore inassoupie! Elisabeth n'est plus qu'une Béatrix à la robe azurée. Elle est morte, monsieur, morte! et voici l'eucologe où elle épanchait sa timide prière, la rose où elle a exhalé son âme innocente. - Fleur desséchée en bouton comme elle! - Livre fermé comme le livre de sa destinée! - Reliques bénies qu'elle ne méconnaîtra pas dans l'éternité, aux larmes dont elles seront trempées, quand la trompette de l'archange ayant rompu la pierre de mon tombeau, je m'élancerai par-delà tous les mondes jusqu'à la vierge adorée pour m'asseoir enfin près d'elle sous les regards de Dieu!
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