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Nationalité : Roumanie
Né(e) à : Arad , le 8 juillet 1941
Biographie :

Angela Marinescu (Basaraba-Angela Marcovici) est née en 1941 à Arad en Roumanie. ‎

Elle a fait des études de ‎médecine et publié une quinzaine de livres de poésie, ‎dont la cire (1970), chaux (1989), fugues postmodernes ‎‎(2000), événements dérisoires de la ‎fin (2006), ainsi qu’un essai le village à travers lequel je me ‎promenais tête rasée (1996).

Elle est une des voix les plus ‎importantes et les plus incisives de la littérature ‎roumaine.‎

Source : https://ro.wikipedia.org/wiki/Angela_Marinescu
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Citations et extraits (10) Ajouter une citation
Angela Marinescu
Tandarica   15 juillet 2021
Angela Marinescu
Cette nuit



Cette nuit assoiffée d'amour

jaillit de ma poitrine comme alors, il y a longtemps,

quand très jeune encore je crachais du sang sur les murs

enfumés de l'hôpital au sommet de la montagne.

Dans mes promenades errantes et malades

le chemin parmi les sapins éclatait directement hors des poumons

comme un arc d'argent trempé dans la résine

ou peut-être comme un mot qui provoque l'acte sexuel

ou, plus exactement, le plaisir pur.



Un rat me poursuit partout.



(traduit du roumain par Alain Paruit)
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Tandarica   15 juillet 2021
Je mange mes vers de Angela Marinescu
dans un certain sens



dans un certain sens, le fait qu’à la moitié du mois de mars

le vent cogne fortement contre les petites portes, géométriques, parfaites,

de nos arbres éternels, qui se trouvent devant

et seulement devant nous, spectaculaires et virils, mais ondoyants,

les arbres dont les branches traînent presque ventre à terre,

moribonds, ne signifierait pas grand-chose, si je ne me trouvais pas

moi aussi dans les parages, marginale,

en marge, à la périphérie,

oscillant toujours entre un quartier et un autre,

entre un poète et un autre,

entre un prosateur et un autre, entre le texte d’un poète forgé

et le texte d’un poète inné,

si je n’étais pas une marginale solidaire

avec la ruine de tout mur marginal, comme une juive innée et pas

forgée, et non avec le mur qui se dresse comme la tour opulente

d’une église couverte de dalles et d’or,

qui porte les traces des mendiants en lambeaux,

si je ne me collais pas contre ces murs marginaux

comme une sangsue qui suce le mortier et le ciment textuel,

si je n’étais pas une marginale, la lune dans le sang, une marginale

porteuse d’un nouveau virus, anarchiste, viscéral, séparée

de tous et de toutes, remplie à ras bord de sms et de sos

tragiques et funambulesques, si je n’étais pas une marginale collée

comme une sangsue contre les murs les plus éloignés

du centre-ville,

détruits, rongés, blessés, comme quelques soldats qui retournent dans l’arène

après un combat qui a sucé leur sang goutte après goutte,

si je n’étais pas une impossible épouse de boucher qui appelle

au secours en plein dépeçage de viande,

si je n’étais pas l’une de mes propres victimes, surtout

lorsque je prie sur les dalles des églises sans tours,

sans coupoles, sans murs et icônes,

l’une parmi ceux qui crachent sur les objets

droit au centre des objets,

qui crachent sur la poésie, sur la littérature, sur l’art,

précisément au centre de la poésie,

de la littérature et de l’art,

comme un archer spécialisé dans le crachement au centre,

le centre m’obsède

je suis obsédée par le centre, je suis une marginale obsédée

je me traîne marginale vers le centre

je me promène sur le boulevard du centre

remplie de mélancolie
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Angela Marinescu
Tandarica   15 juillet 2021
Angela Marinescu
Rêve de sang



Le temps est venu où, la nuit, je baigne dans la sueur.

Le rêve avertit, toujours, sans cesse, très coloré

en rouge : les murs sont de sang.

Les murs pour lesquels mon père, noir et fou, est mort

brûlé.

À présent, là-bas, une race blonde, privée de douleur,

prépare, sans violence, son silence.

Je glisse les mains sous la porte qui, autrefois,

m'enfermait avec le fils dans le lieu enseveli

dans mes propres poumons, entre mes cuisses

malades et humbles qui cachaient la peur : par plaisir.



Mais le plaisir, à présent, est un vase noir dans lequel

j'égoutte mes longues larmes hors de la grotte obscure

de la mort ; car la mort est une grotte dans laquelle

le temps est devenu l'esclave, enchaîné, qui se tait.



Au-delà, la forêt de bouleaux, immuable.



(traduit du roumain par Alain Paruit)
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Tandarica   15 juillet 2021
Je mange mes vers de Angela Marinescu
Ceux qui sont en marge de la société



Je n’ai jamais travaillé de mes mains j’ai écrit seulement ce que j’avais



dans la tête, souvent la tête me demandait de l’écraser contre le mur



de ma famille, je n’ai jamais ramé sur les galères je n’ai pas signé le registre de présence



je n’ai pas couru comme une folle parmi des écrivains plus ou moins



authentiques pour les interviewer, tôt le matin je me cogne



contre la jeune odeur d’Alexandru, je cire ses chaussures je lave



sa nourriture j’enterre son lait dans un thé jaune comme du miel



rien ne m’intéresse, je suis seule et absente



je vois toujours à la fenêtre une paroi qui s’élève jusqu’au ciel



sur laquelle s’égrènent des pierrots déments, en lambeaux,



ceux qui sont en marge de la société.



dans leur gorge l’écriture se tient droite



comme un cheval dressé sur deux pattes
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Tandarica   15 juillet 2021
Je mange mes vers de Angela Marinescu
je suis sourde et muette





je suis sourde et muette parce que j’écris



je suis aveugle et j’ai la langue tranchée parce que j’écris



je ne peux te faire l’amour parce que j’écris



je peux sentir ta présence parce que j’écris



je n’ai plus de sang parce que j’écris



seul le diable montre son visage fin



dans l’obscurité de la nuit parce que j’écris



seul le diable détruit



la poésie



en moi



parce que j’écris
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Tandarica   15 juillet 2021
Je mange mes vers de Angela Marinescu
j’ai voulu écrire d’une certaine manière



j’ai voulu écrire d’une certaine manière

pour que vous sentiez vous aussi quelque chose de ce que je ressens

mais « cela ne vaut pas le coup ».

ne sentez rien parce que la réalité, c’est un rien

ensuite, lorsque j’écris, ma main gonfle à partir du poignet,

ce qui est tellement misérable

presque vulgaire et incertain.

je sentais des riens opportunistes,

comment pourrais-je écrire

pour que vous sentiez quelque chose de non-conformiste?

d’un point de vue social, seuls l’opportunisme

et le conformisme peuvent être sentis.

on dirait quelques recteurs en devenir,

qu’on cultive par peur.

je n’évoque même pas d’autres points de vue

qui pendent en franges, comme des lièvres

écorchés sans pitié,

dans n’importe quel contexte je me trouverais,

seules les choses sur lesquelles j’ai déjà écrit pourraient être senties.

tout le reste, c’est l’obscurité et l’effroi et l’impuissance

de porter autre chose que le masque mortuaire de la famille

sur mon visage indécent et sophistiqué.
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BandiFuyons   29 juillet 2019
Je mange mes vers de Angela Marinescu
D’ici cent ans, Tudor viendra et dira : Angela a voulu

être un homme et cela ne lui a pas réussi.

elle a voulu être le poète dont on pourrait dire

qu’il est né

malencontreusement avec un sexe de femme

mais elle n’a écrit que sur la peur et la mort

et cela ne lui a pas réussi.



elle a voulu être une alcoolique invétérée et une grande fumeuse

des fumées plein la tête

pouvoir faire n’importe quoi sous son masque de glace sentant la vodka

pouvoir saisir à la gorge celui qui n’a plus de gorge

accuser celui qui ne peut plus se défendre

hurler lorsque l’autre pleure

gaspiller comme si elle était en train d’offrir

mourir comme si elle voulait mourir

et cela ne lui a pas réussi
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Tandarica   15 juillet 2021
Je mange mes vers de Angela Marinescu
Je ne reconnaîtrais jamais que j'aurais aimé faire l'amour



je ne désire et n'ai désiré que rentrer dans le royaume des cieux.

parmi des anges veules, parmi des femmes aux utérus de pierre,

parmi des enfants au sexe dodu et pervers,

parmi de grandes lesbiennes, parmi des voleurs qui prient, les genoux brisés,

parmi des ratés, des aveugles, des boiteux et des impuissants,

des impotents qui se construisent des châteaux de sang,

parmi des noirs enchaînés, parmi des vieux suicidaires et fous.

je n'ai voulu faire l'amour qu'avec moi-même sur une croix en fer

que j'ai moi-même dressée (…)
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Tandarica   15 juillet 2021
Je mange mes vers de Angela Marinescu
Quelle partie de la dissidence intéresse le langage ? la verte ou la rouge ?

la partie verte des infatués dont l'unique vie est

en train de crever à cause d'un humour atteint par le ridicule ou la partie rouge

de ceux qui sont ridicules et avancent, poitrine découverte, naïfs, vers

n'importe quelle fonction sociale ?
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Tandarica   15 juillet 2021
Je mange mes vers de Angela Marinescu
chaque fois que je vais en audience

s'entortille ma queue invisible

au long de la colonne vertébrale la peau se retire toute seule de mon corps

je suis dépouillée comme une hyène vivante en pleine action (…)
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