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Citation de anirosch


anirosch   31 août 2015
Nuits de cartons de Anick Roschi
Lelitteraire.com :

Anick Roschi : la poé­sie sans fard

L’être n’existe que par l’autre : encore faut-il à celui-là — comme à la poé­sie — la puis­sance de sor­tir du nar­cis­sisme qui n’est qu’une indif­fé­rence affec­tive. Anick Roschi le prouve dans les « Clan­des­tines » qui habitent la saga d’une des tra­gé­dies de notre époque et d’un monde schi­zo­phré­nique : abon­dance d’un côté, misère de l’autre. Le poète (son nom pour­rait être trom­peur) nous confronte à tous ces émigrés qui fuyant la misère ou la guerre tentent de rejoindre les côtes ita­liennes, grecques ou espa­gnoles. Tout finit par­fois par « de funestes / Rendez-vous ». En effet « Dans le repli / D’une vague argen­tée / De jeunes corps / S’échouent » avant d’avoir atteint ce qui pour eux auraient eu — du moins le rêvaient-ils ainsi — valeur de Graal. D’une misère ils sont pas­sés direc­te­ment à la mort sous le joug de pré­ten­dus pas­seurs d’écumes qui les ont livrés aux abysses de la mer. Le texte du poète franco-suisse est fidèle à son pro­pos : frac­tal et sans la moindre fio­ri­ture afin que s’entende le cri des dis­pa­rus. Il ramène l’humanité entière à sa plus ter­rible condi­tion – mélange d’indifférence et d’égoïsme.

La vic­time est donc ce sem­blable, ce frère qui « né quelque part » n’a pas eu la chance de voir le jour du bon côté de la Médi­ter­ra­née. Cet autre au moment de trou­ver comme lin­ceul la « vague argen­tée » est évoqué sans pathos. Roschi ne lar­moie pas : repre­nant une veine chère à Aimé Césaire, il évoque sans laïus huma­niste de bonne conscience et sans la moindre illu­sion les « Défer­lantes esclaves »- lâchées aux mains de sbires et de « rois mau­dits » que nous avons sacrés. Elles sont les vic­times des Etats où l’argent des poten­tats compte plus que leurs citoyens. Mais ce monde de l’ignoble est aussi le nôtre : il est sans fron­tière et atem­po­rel. Et les vic­times seront — au mieux — des images pour les chaînes d’information.

Anick Roschi rap­pelle sim­ple­ment com­ment non seule­ment les « rois » mais les « Dieux », du moins ceux qui agitent leurs marion­nettes, font le jeu de la catas­trophe humaine. Rap­pe­lant toutes les vic­times du monde : aux émigrés font échos les « Hagards » de la « Terre murée / Iso­lée /Niée / Encore aban­don­née » de la Pales­tine. Tou­te­fois, le poète à l’intelligence de ne jamais tom­ber dans le mani­chéisme qui par­ta­ge­rait très sim­ple­ment le bien et le mal, les bons et des méchants. C’est là la grande force du livre : il témoigne des voyages sans arrivée.

jean-paul gavard-perret

http://www.lelitteraire.com/?p=15677

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