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4.46/5 (sur 57 notes)

Nationalité : France
Biographie :

Professeur de français, elle sévit en ce moment dans le Roussillon après avoir exercé en Algérie, au Maroc et à Tahiti et vadrouillé sur les six continents.
Elle a déjà publié Moana Blues… et L’Astronome aveugle (Ramsay, 2009).

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Citations et extraits (45) Voir plus Ajouter une citation
Nous y voilà, Moana, en face de la tombe où tu vas reposer, comme disent ceux qui croient, ceux qui s’appuient sur la religion pour se soutenir, comme disent aussi ceux qui font semblant de croire et ne s’appuient que sur l’imposture lénifiante des mots. Pour l’instant, il ne s’agit que d’un simple trou dans la terre, où quatre hommes ont descendu ton cercueil avec des cordes. La vérité nue, enfin presque, disons à peine voilée. Plus tard viendront la dalle, les inscriptions, les fleurs. L’emballage, quoi. Rien n’est trop beau pour éviter de la regarder en face, la vérité.
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Mais il arrive parfois, quand il trace un kanji, de ne plus se sentir exister que comme souffle vital, comme pur élan du corps devenu simple conducteur de l’énergie universelle. Dans ces instants de grâce, il s’oublie et se fond dans le creuset du monde. Sa vie alors n’est plus sa vie, elle participe de cette énergie démesurée et il expérimente à l’avance, ébloui comme un enfant qui mâchouille un bout de pâte crue avant que sa mère n’enfourne le gâteau, la saveur inachevée mais grisante, de son éternité
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Mais, avant le soir de sa chute, elle ne prit jamais conscience de la haine qu’une créature comme elle pouvait générer dans l’un ou l’autre clan.

La limpidité presque angélique de ses intentions la sauvait toujours de désastre. La sincérité de son regard, la spontanéité de ses élans la protégeaient du mal. Parvenus au bord du gouffre, ses agresseurs potentiels renonçaient à l’y pousser, parce qu’elle était vraie, parce qu’elle était pure, et sans doute aussi parce qu’ils n’étaient pas totalement pervertis, parce qu’ils étaient encore capables de pressentir en elle cette vérité, cette pureté, capables encore d rougir d’eux-mêmes.”

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Ne regarde pas, n’écoute pas. Regarde l’océan. L’océan t’a toujours sauvé de la médiocrité, quand tu la sentais peser vraiment trop fort sur ta pauvre vie d pauvre petit Paulot paumé. C’est pourtant vrai qu’on voit l’océan, d’ici, les montagnes s’entrouvrent sur une belle échancrure verte de lagon, frangée de la ligne blanche et nette du récif qui la sépare du bleu profond, du moana …
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Ces tatouages-là sont faits pour être exhibés, visibles de tous, ils grimpent à l’assaut des membres, enlacent les torses, soulignent l’arc des reins, ciblent les épaules ou les crânes.

D’autres, au contraire, s’enveloppent de mystère, posés délicatement sur la rondeur d’une fesse, effleurant le creux d’une aisselle ou le renflement d’un pubis, encerclant l’aréole d’un sein. Ces tatouages-là sont d’abord des offrandes amoureuses, de tendres surprises à l’amant qui, pour la premières fois, les dévoile sur le corps désiré. Ils deviennent ensuite des secrets d’alcôve, des sujets de plaisanteries privées, de discrets petits sceaux garant d’intimité.

Et le tatoueur à longueur de journée écoute, conseille, caresse, palpe, gratte, pince, et puis transperce et brûle et imbibe d’encre indélébile les épidermes de ses frères humains.

Dépositaire de tous les secrets du monde.

A la fois artiste graphique et écrivain public. Ecrivain à fleur de peau.”

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nous avons eu si peu de temps, Moana. Nous avons gaspillé à nous guetter mutuellement, à nous apprivoiser, à nous connaître. Mais dans le bleu, d’abord quand je t’apprenais à plonger et ensuite quand, devenu en peu de mois mon égal, tu t’amusais à me faire comprendre que bientôt l’élève dépasserait le maître, nous avons vécu ensemble des moments d’une telle intensité que leur souvenir vaut bien une vie.
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Des montagnes sublimées par cette lumière mouvante, qui joue à se faufiler entre le bleu du ciel et de gros nuages gris perle, roulant très haut; Des montagnes qui se jettent dans le lagon, comme toutes celles de l’île, n’offrant aux habitants qu’une mince bande de terre habitable de part et d’autre de la route de ceinture
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Chez nous, les rues de la nuit appartiennent aux furtifs, aux baveux, aux électriques. Elles appartiennent aux chats pelés qui bondissent des poubelles, crachoteurs d’injures chuintantes, griffes et dents jaillies du fourreau pour défendre la pauvre arête ou la tripaille fétide qui alimentera en eux jusqu’au lendemain la petite braise de vie, étique et obstinée. Elles appartiennent aux lignes de chiens galeux, mangés de tiques, mais forts de leur nombre : masse protéiforme et grondante, capable d’attaquer l’ivrogne branlant ou de faire reculer le jouisseur clandestin filant à son plaisir, feutré, circonspect, concentré dans son effort pour noyer l’ombre qui le talonne dans l’ombre caressante des murs, un ton plus noire.
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Chez nous, les rues de la nuit appartiennent aux furtifs, aux baveux, aux électriques. Elles appartiennent aux chats pelés qui bondissent des poubelles, crachoteurs d'injures chuintantes, griffes et dents jaillies du fourreau pour défendre la pauvre arête ou la tripaille fétide qui alimentera en eux jusqu'au lendemain la petite braise de vie, étique et obstinée. Elles appartiennent aux ligues de chiens galeux, mangés de tiques, mais forts de leur nombre : masse protéiforme et grondante, capable d'attaquer l'ivrogne branlant ou de faire reculer le jouisseur clandestin filant à son plaisir, feutré, circonspect, concentré dans son effort pour noyer l'ombre qui le talonne dans l'ombre caressante des murs, un ton plus noire." (p.7) Poétique : "La Faena a un petit sexe humide et souriant, un petit coquillage rose corail, niché dans sa pelote d'algues douces. La Faena a des yeux d'obsidienne, des lacs volcaniques sans mémoire dans un visage de lave épuré, mais rigide, infiniment lointain, comme ignorant de sa propre histoire. (p.26)
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Gente dame, ne tremblez point ! Certes, du fait de ma décrépitude, je suis impardonnable d’oser seulement effleurer votre manche. Mais si ma carapace est immonde, l’âme qui s’y trouve enfouie a su rester noble et fière. Daignent vos beaux yeux, ouverts à la lumière du jour, percer l’apparence des choses et vous faire voir que vous n’avez nulle raison de me craindre ni de me fuir. “ En entendant ces mots la belle, étonnée, regarda l’aveugle, et soudain ne le trouva plus repoussant, ni effrayant. Elle fut fort surprise par la douceur de sa voix et la suavité de ses paroles, choses auxquelles ni son mari, bourgeois grincheux, ni son amant, homme de grand cœur mais de peu d’éducation, ne l’avaient habituée. “Asseyez-vous donc sur cette escabelle, reprit l’astronome en la lui présentant aussitôt car, comme beaucoup d’aveugles, il connaissait à une ligne près l’emplacement de chaque objet autour de lui. Nous n’avons point ici, reprit-il, de ces douceurs qui plaisent aux dames, pâtes d’amandes, rousquilles, tourons et autres délicates confiseries ; mais si vous vous en daignez contentez, voici quelques noix encore fort bonnes, quoique cueillies l’automne dernier, et une pomme qui elle aussi traversa l’hiver sans dam
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