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Note moyenne 4.41 /5 (sur 11 notes)

Nationalité : France
Né(e) à : Nantes , le 05/10/1974
Biographie :

Anne-Sophie Guénéguès, née à Nantes en 1974, a vécu quatre décennies en Normandie avant de s'installer à Paris avec son chat et son métier de correctrice-relectrice, qu'elle exerce à son compte depuis 2009 (Des Mots Passants...).
Sa plus belle œuvre est bien évidemment son fils, le comédien et scénariste Axel Cormont, mais elle a également publié trois recueils de nouvelles : Pensées intérieures et autres limites (2007), Jacque et autres choix de grands (2010) et Être(s), un recueil de seize nouvelles paru en 2020 aux éditions Nombre7. Elle collabore aussi depuis une dizaine d'années au sein d'un collectif qui publie des nouvelles pour les 8-12 ans (voir les six ouvrages déjà parus sur le site de l'éditeur, SaperliVpopette). Elle a participé à plusieurs cocréations littéraires, car jouer avec les mots, seule ou à plusieurs, l'amuse depuis toujours.
Au moins autant que d'observer ses contemporains et de pointer du doigt leurs jolis travers et endroits.
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Citations et extraits (6) Ajouter une citation
AnSoFie   13 juillet 2020
Être(s) de Anne-Sophie Guénéguès
J’ai adoré la phase deux : monter sur une chaise, me barbouiller le visage de mousse blanche et sentir dans mon dos la chaleur du buste de mon père et les effluves de sa lotion après-rasage. Il en versait dans ses mains qu’il claquait fort l’une sur l’autre, puis il les appliquait de chaque côté de son cou d’abord, de ses joues ensuite en se donnant des petites tapes et du courage. Il était prêt. En phase deux, mon père rasait mes joues neuves, imberbes et encore rondes d’enfance. Tout doucement, pour ne pas me couper. Je respirais le plus lentement possible. Je devais trembler tellement je me contractais pour ne pas bouger d’un pouce. Pendant qu’il retirait la mousse, j’essayais de retrouver dans la glace l’image de mon père telle que je la connaissais ; mais le reflet me laissait toujours un peu perplexe. Il y avait quelque chose, dans les yeux surtout, qui me disait que face à moi, sur la paroi de verre, ce n’était pas tout à fait la même personne que derrière.
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AnSoFie   02 juin 2020
Jacque et autres choix de grands de Anne-Sophie Guénéguès
Maman m’a expliqué que parfois il fallait changer les plantes de terre, opter pour un pot plus grand, ou les rapprocher du soleil, pour qu’elles s’épanouissent. Après un petit temps d’adaptation, elles deviennent plus grandes et plus belles, selon elle. Elle dit que c’est pareil pour moi, que je suis comme une plante (elle a dit que j’étais « une métaphore », je n’en ai jamais vu, mais ce doit faire de très jolies fleurs) qui va devenir très belle dans son nouveau pot. J’ai hâte. De devenir plus belle et plus grande. Plus grande surtout. Pour retourner vivre là où je suis née, là où j’ai appris à faire du vélo, là où le père Noël passe chaque année sans faute, près de ma cousine Julie, du sourire de la boulangère, du bac à sable et du tourniquet, même si ça fait un peu peur quand ce sont les grands qui le font tourner vite.
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AnSoFie   02 juin 2020
Pensées intérieures et autres limites de Anne-Sophie Guénéguès
Les caresses ne sont plus les mêmes. Elles se font du dos de la main, du bout des doigts. Les mots qu’elles disent ont changé aussi, nous sommes passés du « S’il te plaît » au « Merci ».

La peau a perdu sa moiteur. Elle est redevenue douce et lisse. J’ai une cicatrice au niveau du coude, Paul vient de l’apprendre, son petit doigt lui a dit. Il l’explore comme si l’histoire qui va avec était inscrite en braille.

J’avais neuf ans. Je jouais sur le canapé. J’avais lavé, peigné, habillé ma plus belle poupée, Claire. Je l’avais préparée pour lui faire jouer la scène du bal de «La Belle et la Bête» avec l’Ours Totor dans le rôle de la bête. Elle portait donc sa tenue d’apparat : Une robe de princesse avec bretelles et jupon, il manquait quelques perles sur le col et l’ourlet était décousu, mais c’était la plus jolie. Une cape de velours pourpre doublée de satin mauve. À ses pieds de petites mules remontées d’un pompon rose. J’en étais à lui vernir les ongles (avec du vernis de maman, chut !) quand mon cousin Pierre fit irruption dans le salon de mes parents, déguisé en pirate. Il voulait de l’or. C’était la bourse ou la vie. Comme argument, il présentait un immense couteau volé en cuisine. Comme je n’étais pas suffisamment réceptive à ses gamineries de môme de six ans, il prit ma poupée Claire en otage.

La rage au bord des yeux, je me suis jetée sur l’agresseur. La lame du couteau a traversé mon sous-pull couleur moutarde. La manche droite est devenue ketchup. Pierre fut condamné pour blessure involontaire à deux semaines sans télévision. Peine ramenée à trois jours pour bonne conduite.
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AnSoFie   21 juillet 2020
Être(s) de Anne-Sophie Guénéguès
Sans doute que si elle lâchait la poignée du frigo, elle tomberait.

Elle tient debout. L’air froid ne fait pas réagir sa peau.

Le monde vient de cesser d’exister.

Le temps passe.

Elle n’entend pas la voix de Solène qui décline son identité, son adresse, le motif de son appel.

Le temps passe.

Elle n’entend pas la sonnerie du four qui rappelle que c’est meilleur quand c’est chaud.

Le temps passe.

Elle n’entend pas avec quelle insistance on sonne à la porte.

Ni Solène qui ouvre.



— Madame ? Madame ?

Elle entend. On l’appelle. Le monde reprend vie. Et c’est purement inconcevable.

À l’idée qu’un jour prochain, elle puisse à nouveau avoir faim, soif, sommeil ou envie de faire pipi, elle prend conscience de toute l’absurdité de l’existence. La sienne en particulier. Elle n’a plus de raison d’être. Pourquoi serait-elle ? Pour quoi serait-elle ?
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AnSoFie   12 juillet 2020
Être(s) de Anne-Sophie Guénéguès
C’est dingue à quel point l’autre est un autre. Je suppose que dans les premières heures de nos vies respectives, lui et moi ne devions pas être très différents. Et puis…

— Bonjour, je suis vot…

— T’es le gars qu’a acheté à côté ?

— Oui, c’est ça, je viens vous voir parce que je voudrais vous demand…

— Il a mis l’temps, à la vendre. Personne y voulait l’acheter, sa baraque.

— Oui, ça faisait un moment qu’elle était…

— Ils disaient qu’elle porte malheur !

— Ah ? En tout cas, moi, elle fait mon bonheur.

— C’est ce que j’dis toujours !

— …

Dans ma tête, je me repasse ma dernière phrase, pour savoir ce qu’il a pu comprendre qu’il dit toujours. Mon corps, lui, continue d’aller vers lui tandis que le sien m’invite à le suivre.
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AnSoFie   12 juillet 2020
Être(s) de Anne-Sophie Guénéguès
Et, bien sûr, c’est à moi qu’on demande ça. Je l’entends encore, la boss, en salle de briefing ce matin : « Carla, tu t’occupes de l’article sur les pervers narcissiques, hein. Fais court, 700 mots, 4 000 signes, on a déjà fait une double page sur le sujet l’an dernier. » Pourquoi j’ai pas dit non ? Pourquoi j’ai pas dit « Refile le sujet à Katia, file-moi autre chose : la vie sexuelle des paresseux ou le basket-ball chez les girafes, je sais pas, mais autre chose… » Elle m’aurait rétorqué qu’on n’est pas un magazine animalier, voilà pourquoi.

Bon, par quoi je commence ? Le début. Oui, bien sûr. Le début. Au début, c’est toujours super.
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