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Note moyenne 3 /5 (sur 1 notes)

Nationalité : France
Né(e) : 1946
Biographie :

Professeur de Sciences politiques, Antoine Artous, né en 1946, est un écrivain marxiste. Il est codirecteur de la collection Cahiers de Critique communiste et membre du comité de rédaction de ContreTemps. Il se définit comme un « marxiste critique ».

Source : Wikipédia
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Citations et extraits (33) Voir plus Ajouter une citation
de   24 novembre 2011
La France des années 1968 de Antoine Artous
Ce livre a l’ambition d’éclairer la longue décennie, 1967-1981, au cours de laquelle, selon une expression empruntée à Adolfo Gilly, le monde a cheminé aux « frontières de la rupture » (Gilly, 1993). Les textes réunis dans cet ouvrage dressent un panorama des bouleversements qui ont marqué ce temps. Et, pourquoi le cacher, nous avons aussi voulu restituer l’atmosphère d’une époque où des protagonistes – dont nous sommes – avaient la sensation grisante de participer à la « marche de l’histoire » et de contribuer à donner « au monde  » les coups d’épaules, les impulsions capables d’influencer son cours. Nous avons voulu aussi donner à voir, même partiellement, la « grande peur » des possédants et les possibles non advenus.



L’objet de notre travail, le fil conducteur de notre démarche, est de présenter les événements, les grèves et les mouvements émergents, les débats et les controverses, les brèches du système et les mobilisations qui s’y sont engouffrées et qui ont modifié l’ordre des choses. Nous avons voulu aussi esquisser un point de vue, inscrit dans une histoire du présent. Il est à peu près certain que les mandarins et les faiseurs d’opinions toutes faites dédaigneront notre approche en nous déniant toute qualification à mener à bien un tel travail, d’abord parce que nous y assumons le fait d’avoir été de ceux et celles qui ont tenté de contribuer au franchissement de cette frontière, ensuite parce que nous ne sommes pas issu-e-s du sérail de ceux qui établissent les vérités. Universitaires ou pas, diplômé-e-s ou non, chercheurs ou chercheuses de la nouvelle génération, ceux et celles qui ont contribué à ce livre sont – risquons le mot – « engagé-e-s ». Les articles livrés ici sont donc le produit d’un perpétuel va-et-vient entre réflexion et action, d’auteur-e-s soucieux-ses, à chaque étape de leurs engagements, d’avoir les pieds sur terre, les mains dans le cambouis et la tête dans les nuages.



Enfin, le temps passant, nous avons voulu cet ouvrage comme une sorte de passage de témoins. C’est une dimension importante de nos engagements d’aujourd’hui, nous qui sommes sans doute, comme l’a si bien dit Benjamin Stora, « La dernière génération d’Octobre » que de servir de lien entre les générations qui nous ont précédés et qui ont tenu bon contre vents et marées quand il était « minuit dans le siècle » et la jeune génération qui se lève contre le nouvel ordre mondial en cherchant à renouer les fils de l’émancipation.



Il y a quarante ans déjà que l’offensive du Têt au Vietnam et l’appel du Che à créer « Deux, trois, plusieurs Vietnam » nous transmettaient l’extraordinaire nouvelle, selon mes mots d’Eduardo Galeano : « Les envahisseurs ne sont pas immortels. »



Il est grand temps de rappeler que cette longue décennie n’a pas été uniquement celle des illusions, même si elles étaient largement présentes, mais profondément celle de l’agir individuel et collectif et celle de possibles, même s’ils ne sont pas advenus. Tout nous a semblé effectivement possible au cours de cette période, et malgré le temps passé et les retours critiques que nous nous efforçons en permanence de mener à bien, nous persistons à penser que tout était possible. Un « tout » qui n’implique évidemment pas la totalité (comme par exemple l’illusion d’un « grand soir  » balayant la réalité), mais qui indique la présence de bifurcations, de croisements, d’autres présents toujours en filigrane, et toujours à déceler, à saisir et à construire.



Écrire ne se résume pas à « conter » des événements, à présenter l’histoire des « vainqueurs », mais implique de mettre en lumière, selon les mots d’Ernst Bloch, le « non encore advenu » (1991) qui éclaire les ténèbres de l’immédiat. Raconter cette histoire, c’est jeter un regard par-delà l’épaule des « défaits », de ceux et celles justement que l’histoire oublie ou dédaigne. Nous userons donc du tout est possible pour insister sur une idée forte : le monde n’est jamais réductible à ce qu’il est advenu.



Et puisque tout a été possible, tout redeviendra possible… L’ambition de ce livre est aussi de contribuer à faire refleurir la « gerbe des possibles » qu’évoque Henri Lefebvre dans son œuvre.



Ondes de choc…



Tout a été possible dans un monde partagé en deux camps – certes opposés, mais comme s’opposent les deux pôles du même aimant, comme des étoiles jumelles. Rappelons-le, aucun de ces « camps » n’était le nôtre. Pas plus celui que nous combattions de l’intérieur que l’« autre », celui né de l’incomplétude, de la dégénérescence et de la défaite des « dix jours qui ébranlèrent le monde ».



Les années 1950 et 1960 ayant été celles de la lutte des peuples pour leur émancipation nationale contre les puissances coloniales, cette dimension ne pouvait qu’être encore présente dans les processus de radicalisation de la jeunesse à l’échelle internationale. L’Algérie n’est pas loin quand, à partir de la fin des années 1960 et jusqu’en 1975, l’impact de la guerre menée par l’armée des États-Unis contre le peuple vietnamien aura eu un effet de souffle considérable dans les citadelles impérialistes, sur les campus bien entendu, mais aussi dans le mouvement syndical et dans l’armée même de la « superpuissance » américaine.



Il y eut au cours de cette longue décennie, ici et là et partout à la fois, une critique-pratique des mœurs et de la morale établie, une remise en cause des rapports sociaux genrés et des hiérarchies « naturelles  », il y eut des grèves sauvages contre le despotisme d’usine, des livrets militaires brûlés, des batailles pour les droits civiques et les libertés démocratiques. L’insoumission et la subversion empruntaient des routes sinueuses et diverses et bousculaient l’ordre établi  en révélant les libertés inabouties ou en apparence inaccessibles mais à portée de main.



La solidarité avec le peuple vietnamien elle-même fut bousculée par le souffle venu des rizières d’Extrême-Orient. Elle sépara celles et ceux qui se mobilisaient pour la victoire des maquisards vietnamiens de ceux qui ne mettaient en avant que l’objectif de « paix en Indochine ». Divergence qui peut sembler futile à quarante années de distance mais ce fossé nous séparait des courants communistes plus ou moins inféodés à l’URSS et attachés au statu quo mondial négocié à Yalta.



Tandis que certains avaient les yeux de Chimène pour la Chine maoïste et maintenaient plus ou moins des références à Staline, une onde de choc parcourait l’« autre » camp. Le socialisme « nié », « déformé », « trahi », « dégénéré » de l’Est tentait de prendre un « visage humain  » avec le printemps praguois. Une aile importante d’un parti communiste tentait d’initier une rupture démocratique et, douze années après Budapest, un autre possible se levait. Les chars du pacte de Yalta (pardon, du pacte de Varsovie !) n’allaient pas tarder à normaliser l’espérance. Sous l’apparence de la glaciation et du durcissement, l’édifice du bloc soviétique se lézardait un peu plus. Le soutien à la dissidence sera l’occasion d’une collaboration renouvelée entre « gauchistes-Marcellin » (Expression utilisée par le PCF pour désigner les organisations de la gauche révolutionnaire après 1968. Raymond Marcellin fut ministre de l’intérieur du 31 mai 1968 au 27 février 1974) et opposants communistes.



Autre onde de choc, la chute des dictatures en Espagne, au Portugal et en Grèce. Avec, au Portugal, une authentique révolution, commencée de manière inédite et dont l’essor réactualisait là encore les possibles. Les travailleurs, les paysans, les femmes et les soldats portugais construisirent les premières arches des ponts nécessaires pour franchir la frontière, entre présent et futur, ouvrant les fenêtres d’un possible coloré de multiples œillets. Possible, comme le comprirent les milliers de militant-e-s venu-e-s des quatre coins du monde pour participer à la dernière révolution européenne du court 20e siècle. Possible encore, comme le comprit Washington qui dépêcha à Lisbonne les hommes qui avaient été en poste à Santiago du Chili et un ambassadeur qui avait été impliqué dans l’assassinat de Patrice Lumumba au Congo ex-belge.



À Paris, Santiago, Berkeley, Berlin, Buenos-Aires, Prague, Amsterdam, Mexico, Madrid, Varsovie, Lisbonne, Athènes et ailleurs, rébellions, révoltes et révolutions, se répondaient, s’enrichissaient et s’entraînaient mutuellement. Il ne se passait rien (ou presque) en ce temps-là qui ne fut « politique » et qui ne donnait pas un sens mondial au moindre des gestes défiant l’ordre établi. Deux « anecdotes  » olympiques sont là pour en témoigner : les échos des poings tendus gantés de noir des athlètes afro-américains à Mexico et de la victoire de la Tchécoslovaquie sur l’URSS en finale de hockey sur glace parcouraient la planète comme un défi au pouvoir.



L’onde de choc parcourt aussi longuement et profondément l’Italie où le Mai est rampant et l’automne chaud. La contestation touche les usines, l’université et les villes et met en avant l’aspiration au contrôle social sur les processus de production et sur la vie en société. On y assiste à une « véritable prise d’assaut » des pouvoirs dans toute la société italienne Dans les entreprises, les salarié-e-s élisent des délégué-e-s de département et des commissions d’usine. Les structures syndicales traditionnelles percutées et transformées adoptent un fonctionnement plus démocratique et élargissent leurs champs d’action. Ces luttes laissèrent des marques profondes, ferments de développements possibles. Comme en France, le poids du passé et l’absence de stratégies crédibles suscepti
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de   11 avril 2012
Marx, l'Etat et la politique de Antoine Artous
Il est devenu banal de dire que Marx n'a pas laissé de théorie achevée de l’Etat et de la politique. Les problèmes commencent, lorsqu'il s'agit de tirer les conclusions de cette constatation. On peut affirmer comme l'a fait une certaine tradition marxiste, que la théorie de Marx sur l'Etat n'est pas complètement élaborée, mais qu'au fond elle l’est presque et qu'il suffit de la compléter et de la prolonger pour la constituer vraiment. Est-il besoin de le dire ? Cette attitude est une porte ouverte à l'arbitraire et au dogmatisme. On se croit facilement, trop facilement, en possession de la vraie doctrine de Marx, parce qu'on s’attribue d'emblée le mérite de l'avoir mieux comprise que les autres. On peut à l'inverse décider que les prises de position de Marx en ce domaine sont d’un intérêt fort limité, marquées qu'elles seraient par la sous-estimation de l'Etat (de ses aspects non bureaucratiques) et un véritable nihilisme en politique (l'économisme supposé de Marx).



Antoine Artous procède tout à fait autrement. Il veut faire parler les textes de Marx, leur faire dire plus qu'ils n'ont dit jusqu'à présent. Il ne veut ni faire de l'exégèse, ni classer ou étiqueter des écrits disparates pour leur donner une fausse homogénéité. Ce qui l'intéresse, c'est de restituer dans leurs interrogations et leurs tâtonnements des textes trop lissés par des pratiques canoniques de lecture. Il veut cerner des problématiques, adoptées plus ou moins hâtivement, dans leurs points forts et leurs points faibles pour faire avancer la réflexion d'aujourd'hui. La tâche ainsi fixée n'est pas simple, elle exige une très grande attention critique, un déchiffrement scrupuleux et minutieux des œuvres de Marx sans rien laisser dans l'ombre, sans privilégier à l'avance telle ou telle période d'activité théorique. Au-delà de la dispersion des textes et de la diversité de leurs prétextes, il ne faut en effet pas perdre de vue le mouvement qui les traverse et leur donne des lignes de force.



Comme on le sait, la thématique de la critique de l'économie politique est présente dans la majeure partie de l’œuvre de Marx. Antoine Artous, qui la prend très au sérieux, montre très bien qu'elle sort de tout cadre étroitement « économiste » pour investir l'essentiel des activités humaines. Pour lui, c'est un contresens fondamental de parler de « détermination en dernière instance par l'économie » car c’est oublier que Marx avait pour préoccupation essentielle critiquer l'autonomisation des pratiques économiques par rapport aux autres activités sociales. Il ne présupposait pas que les activités matérielles de production et de reproduction de la vie conditionnaient, de toute éternité, les autres activités humaines. Il essayait au contraire d'élucider dans quelles circonstances un type de rapport social historiquement situé pouvait donner aux activités économiques la préséance sur les autres activités. Pour Marx, ce qui était premier, ce n'était donc pas le rapport économique, mais bien la façon dont les hommes produisaient et organisaient leurs rapports sociaux. Ne disait-il pas que la production capitaliste était avant tout une production de plus value et seulement secondairement une production d'objets et de services ?



Autrement dit, Marx entendait faire, grâce à la critique de l'économie politique, l'analyse de la différenciation, de l'articulation et de la combinaison des activités humaines dans la société capitaliste. Et contrairement à l'économie politique classique qui considérait comme naturelles les divisions et les diversifications des sphères d'activité, il y voyait, lui, malice. Plus précisément il y décelait les effets d'une machinerie sociale captant et cloisonnant les activités, qu'elles soient sociales ou individuelles au profit – directement ou indirectement – de la valorisation. L'activité économique, c'est-à-dire le procès de la valeur qui s'autovalorise par-dessus la tête des hommes, pondérait selon lui les activités non-économiques, déterminant leurs champs d'intervention et leurs limites de variation en leur attribuant des places relativement précises dans le champ général des pratiques. En aucun cas, il n'affirmait que l'économie pouvait expliquer les autres activités, ce qu'il cherchait à mettre en évidence c'est que toutes les activités non-économiques devaient tenir compte de la préséance de l'économique (même en s'opposant à lui dans une certaine mesure).



Antoine Artous saisit très bien que la politique ne peut échapper à cette omniprésence massive de l'économie de la valorisation et, ce qui fait toute la nouveauté et le prix de son travail, il s'efforce de mettre en lumière toutes les tentatives de Marx pour penser cette réalité. Il ne cache ni les réussites, ni les échecs de la réflexion marxienne tant dans les écrits politiques (brochures, pamphlets, articles de journaux) que dans les œuvres théoriques. Le mérite de Marx, selon lui, et il n'est pas mince, est de ne pas se contenter de quelques formules simples, voire simplistes pour parler de l'État et de la politique. Contrairement à une légende tenace, l'auteur du Capital ne fait pas de l'État une émanation directe de la classe dominante, c'est-à-dire une sorte de sujet bourgeois collectif, capable d'actions pleinement conscientes. Il y discerne plutôt un ensemble d'institutions et de formes sociales dont l'unité et les modalités d'intervention ne sont jamais données une fois pour toutes. Il y a, bien sûr, les réalités régaliennes de l'Etat (l'armée, la police entre autres), particulièrement celles qui correspondent à des phénomènes de monopolisation des moyens de la violence. Mais ce n'est pas le tout de l’Etat, loin de là, et surtout il faut bien voir que les activités régaliennes ne sont pas autosuffisantes. Elles n’ont de sens et de portée qu’en s’articulant à d’autres activités sociales, notamment les activités juridiques, politiques et culturelles (ou symboliques). Le recours à la coercition n’est pas pur emploi de la force, il se doit de produire des effets symboliques pertinents de confirmation, et de réaffirmation des relations et des hiérarchies sociales sans bousculer de façon arbitraire les couches dominées.



De ce point de vue, la relation de l'étatique au juridique est capitale. L'État s’adresse à des sujets de droits auxquels il doit garantir qu'ils pourront exercer ces droits avec un minimum de sécurité et de tranquillité. La paix civile que doit assurer l'Etat, ce n'est pas seulement empêcher des affrontements destructeurs entre groupes sociaux opposés, c'est aussi permettre des pratiques inégales de disposition et de possession de biens et d'activités dans un cadre formel d'échanges équivalents. L'État sanctionne l'égalité juridique des titulaires de droits pour que soient mises en œuvre des relations dissymétriques entre ceux qui, comme représentants du Capital, captent les activités des autres et ceux qui, d'autre part, doivent se conditionner comme prestataires de force de travail et accepter que la majeure partie de leurs capacités d'agir leur échappe. Le droit de la contractation, placé sous la protection des tribunaux et de l'Etat, se doit de traiter comme des échanges de même nature les contrats de vente et d'achat et les contrats de travail, c'est-à-dire mettre sous le signe de l'homogène ce qui est hétérogène. L'État comme État de droit est donc une sorte de paradoxe en action, il égalise les différences pour les reproduire immédiatement comme les résultats inévitables de la compétition universelle. Il ne fait pas que sanctionner des inégalités de revenus et de moyens, il verrouille aussi des relations de domination-subordination qui exercent une violence sourde et récurrente sur la majeure partie des individus et des groupes sociaux. La violence étatique organisée, posée comme proscription de la violence dans les rapports sociaux se rend en fait complice d'une violence juridique dont le droit, malgré ses prétentions universalistes, n'arrive pas à se débarrasser. Comme l'a très bien vu Walter Benjamin dans son court texte « Sur la critique de la violence », la création du Droit se présente comme dépassement de la violence, mais son maintien et sa conservation dans les pratiques juridiques impliquent une systématisation de la violence répressive sur une grande partie de la société (l'inégalité devant la dé¬linquance et la criminalité).



En principe, la politique se situe au-dessus de ce monde des institutions et de la violence instituée. Elle est même censée être la capacité instituante de la société, c'est-à-dire sa capacité à travailler sur les rapports sociaux et de mettre en mouvement des structures apparemment figées. Marx ne récuse pas en totalité discours théorique sur la politique et sa dynamique transformatrice du social. Il montre en particulier que les conflits politiques portés par la lutte des classes peuvent produire du nouveau dans le domaine institutionnel (que l'on songe à la législation du travail analysée dans Le Capital). Mais en même temps il s'efforce de mettre en lumière tous les obstacles qui s'opposent à ce que l’instituant l'emporte sur l'institué, qu'il s'agisse de la gestion bureaucratique des affaires publiques, qu'il s'agisse de la prédominance des intérêts économiques au détriment de la recherche d’autres rapports sociaux dans les débats politiques. Pour Marx, la politique, dans le cadre capitaliste, se heurte sans cesse à des interdits : ne pas mettre en danger l'accumulation du capital, ne pas mettre en question les équilibres étatiques, ne pas s'attaquer aux rapports de pouvoir à l'intérieur des rapports sociaux, notamment de l'économie, etc. C'est cela qui est à l'origine de la relative impuissance des régimes démocratiques et du caractère largement rhétorique de leurs proclamations sur le bien commun et l'intérêt général. Les équipes politiques qui se haussent au sommet de l'Etat découvrent très vite qu'elles doivent assumer la raison d'État, c'est-à-dire les raisons d'agir et les modalités d'action
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de   11 avril 2012
Marx, l'Etat et la politique de Antoine Artous
La séparation radicale introduite par le capital entre la sphère de la production et la sphère des rapports de parenté, permet de produire une analyse générale des conditions de production capitaliste sans traiter du devenir du rapport de parenté. Ce qui n'est pas possible dans les formes précapitalistes où les rapports de parentés sont encastrés dans l'ensemble de la structure sociale. L'absence de leur traitement dans Le Capital a certains effets, mais non sur le fond de l'analyse. C'est Engels qui va, dans L'origine de la famille...développer le plus clairement le rapport entre famille et oppression de la femme : « Dans l'ancienne économie domestique qui comprend beaucoup de couples avec leurs enfants, la direction du ménage, confiée aux femmes, était une industrie publique au même titre que la fourniture des vivres par les hommes. Avec la famille patriarcale, et plus encore avec la famille individuelle monogamique, il en alla tout autrement. La direction du ménage perdit son caractère public. Elle ne concerna plus la société ; elle devint un service privé ; la femme devint la première servante, elle fut écartée de la participation à la production sociale. C'est seulement la grande industrie de nos jours qui a rouvert – et pas seulement à la femme prolétaire – la vie de la production sociale. » Non seulement Engels (comme Marx) se démarque de tous les discours sur la vocation naturelle de la femme, mais il marque bien la rupture induite dans son statut par le fait que la transformation de « la direction du ménage » en « service privé ». Toutefois il fait remonter l'apparition de cette famille « privée » à la division de la société en classes pour en faire une institution traversant de façon quasi indifférencié les diverses sociétés précapitalistes alors qu'il s'agit d'une spécificité de la famille moderne. La famille est donc comprise comme une institution archaïque. Par la suite la tradition marxiste (tout au moins celle n'acceptant pas le discours du mouvement stalinien qui va reprendre la thématique de la vocation naturelle de la femme), constatant que la prolétarisation des femmes s'opère de façon contradictoire va, grosso modo, reprendre le cadre d'explication d'Engels en expliquant qu'il a simplement sous-estimé les rythmes. L'existence de la famille moderne est comprise comme maintient, pour diverses raisons, d'une institution fondamentalement précapitaliste (le patriarcat) et non comme une institution nouvelle qui va modifié radicalement le statut des femmes par rapport aux formes précapitalistes parce que, justement, « la direction du ménage » se transforme en « service privé ».



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de   11 avril 2012
Marx, l'Etat et la politique de Antoine Artous
Ici encore la transformation du statut de la femme le fait bien apparaître. La famille moderne, qui émerge au 19 ème siècle, dit l'égalité homme/femme dans le mariage, mais enferme également les femmes dans l'espace domestique, entendu comme espace privé s'opposant à l'espace public, lieu d'exercice des droits politiques. Une telle distinction n'existait pas sous l'Ancien Régime. Dans la première constitution issue de la Révolution française, les femmes sont de fait rangées dans la catégorie des citoyens « passifs ». Puis, dès la constitution de 1793, elles sont exclus définitivement des droits politiques. Alors que sous l'Ancien Régime, certaines femmes pouvaient avoir le droit de vote, car dans la tradition juridique féodale il était lié à un statut et non à la personne. Reste que la contradiction est manifeste. D'autant que, par la suite, la prolétarisation des femmes va peser. Ici encore le processus n'est pas linéaire. Il sera non seulement moins rapide que le croyaient Marx et Engels, mais les femmes seront prolétarisées en tant que groupe social spécifique. Suite, justement, au statut particulier que va leur conférer la construction de la famille moderne/capitaliste au sein des classes populaires (3). Reste que, si cette dimension est toujours présente, on connait la dynamique d'ensemble du mouvement historique. Naturellement, on ne peut comprendre ce dernier sans référence aux luttes menées. Mais nous retrouvons là une question déjà soulignée : la façon dont le droit (l'exigence de nouveaux droits) va structurer l'horizon des luttes d'émancipation.



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de   23 juin 2015
Nature et forme de l'état capitaliste : Analyses marxistes contemporaines de Antoine Artous
Au-delà, les caractéristiques propres à l’État capitaliste et les contradictions qu’il porte obligent, me semble-t-il, non de remettre en cause un radicalisme critique antiétatique, mais les apories de l’utopie marxienne du dépérissement de l’État « politique » au profit d’une problématique de démocratisation radicale du pouvoir politique.
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de   11 avril 2012
Marx, l'Etat et la politique de Antoine Artous
En parlant de dimension contradictoire de ce procès de socialisation, nous ne voulons pas seulement indiquer qu'il est porteur de certaines améliorations dans les conditions de vie (habitat, hygiène, etc.). Il s'agit de souligner qu'il reproduit l'aspect contradictoire de cette institution qu'est la famille moderne, née au 18 éme siècle, dans la façon dont elle structure les rapports entre individus. En premier lieu entre hommes et femmes. En effet, elle s'organise selon le modèle du contrat entre deux individus supposés libres de leur choix. Le ver est donc dans le fruit de la dépendance millénaire des femmes par rapport aux hommes. Au demeurant l'individuation des rapports homme/femme dans le mariage est réel, comme le recul important dans les rapports de domination brutaux, y compris dans les relations sexuelles.
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de   08 octobre 2011
Marx et le fétichisme : Le marxisme comme théorie critique de Antoine Artous
Il est difficile de comprendre le monde dans lequel nous vivons et la forme d’objectivité particulière du social qu’il porte si l’on ne commence pas par l’analyse de la marchandise qui n’est pas seulement un objet économique, mais une forme sociale structurant les relations entre individus
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de   12 octobre 2011
Démocratie, citoyenneté, émancipation : Marx, Lefort, Balibar, Rancière, Rosanvallon, Negri... de Antoine Artous
Il est nécessaire de reformuler un projet d’universalisme démocratique se situant dans une perspective de citoyenneté transnationale, ouverte sur les différences et d’un universalisme concret.
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de   12 octobre 2011
Démocratie, citoyenneté, émancipation : Marx, Lefort, Balibar, Rancière, Rosanvallon, Negri... de Antoine Artous
Non pas comme la simple défense d’acquis démocratiques issus de la période antérieure, en attendant un nouvel universalisme porté par le prolétariat – l’internationalisme prolétarien comme ordre politique universel – mais comme prise en charge du procès – sans fin, pourrait-on dire – d’universalisation portée par les exigences de l’énoncé de l’égalité citoyenne. Il faut donc inventer de nouveaux territoires politiques.
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de   29 octobre 2011
Les cahiers de critique communiste : Droit et émancipation de Antoine Artous
les contradictions et violences interindividuelles actuelles ne découlent pas de la misère du monde, l’élimination des inégalités sociales ne crée pas ipso facto un monde homogène, non conflictuel, où les tensions interindividuelles (et leur dérapages possibles en violences, en micro-oppressions, en brutalités volontaires) auraient disparu, sauf résultat de maladies mentales
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