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Note moyenne 3.92 /5 (sur 38 notes)

Nationalité : France
Né(e) à : Paris , 1975
Biographie :

Antoine Brea est né en 1975 en banlieue parisienne. Il est l’auteur de romans, novellas ou fictions courtes parmi lesquels Papillon, Fauv et Méduses publiés au Quartanier. Il a fait paraître aussi plusieurs livres ou plaquettes de poésie et travaille actuellement à des traductions de l’Enfer de Dante et du Conte du graal de Chrétien de Troyes.

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Bibliographie de Antoine Brea   (10)Voir plus

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Citations et extraits (14) Voir plus Ajouter une citation
Charybde2   09 octobre 2015
Roman dormant de Antoine Brea
l y a aussi celui qui voit en rêve des anges à table qui lui tendent un plateau de fromages. Celui-là doit prendre garde. Un choureur pourrait tenter de rentrer chez lui. Celui-là devrait s’efforcer de conjurer le sort. La science des rêves lui conseille de coucher avec une arme sous l’oreiller. La science des rêves lui conseille de garder la nuit près de l’oreille comme un couteau El Baraka orné d’une croix d’Agadès comme on peut en acheter sur les marchés aux trucideurs de chèvres. Avec un tel talisman coupe-rasoir ça peut marcher. On soigne le couteau par le couteau.
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Charybde2   09 octobre 2015
Roman dormant de Antoine Brea
On raconte que qui voit Dieu en fureur tomber d’un ciel élevé ne passera pas la nuit. Qui voit Dieu sur un mur ou sur une montagne se trompe d’animal. La fureur est forcément tournée contre lui. Cela Dieu l’a écrit dans le Livre des Colères. Qui prend Dieu pour un rapace perché sur une potence il lui reste peu de temps. Il mourra pâle et amaigri. Dieu déteste que l’on s’abuse sur Ses natures divine ou bestiale. Qui prend Dieu pour un charognard effondré du ciel qui s’effrite au sol s’expose à la fureur de Dieu. Cela indique qu’il sera mutilé. Cela indique l’apparition de maladies dans l’endroit où il passe. Dieu est une bête du ciel a cou abîmé mais coriace. Qui ne se laisse pas tuer. C’est une bête au cou coulé de sang comme un fromage. Qui rend colère pour colère. Nuit pour nuit. Hurlement pour hurlement.
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Charybde2   09 octobre 2015
Roman dormant de Antoine Brea
Il y a le rêveur il y a le rêve et il y a ces bêtes qu’il doit nourrir et caresser. Le rêve est plein de bêtes dont il faut prendre soin. En rêve cinq bêtes seulement sont immorales. Évite les corbeaux-mâles les scorpions-à-deux-pointes les couleuvres-faux-corail les chevals-cornus et les chiens-en-nage. Ne rêve pas à ces bêtes. Ne donne pas à ces bêtes le rêve en pâture. N’interprète pas les rêves secoués de reniflements de telles bêtes. En rêve le rêveur est puissant mais il est affaibli. En rêve le rêveur tremble comme un main. En rêve on peut mourir si l’on surprend les bêtes que j’ai dites accrochées aux rideaux. Bêtes qui feraient voir le dessin du Visage de Dieu.
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robertlediable   14 septembre 2015
Roman dormant de Antoine Brea
Ce que nous dit le ciel. Ce qui nous purifie. Ce que nous dit la suie. Ce qui nous purifie. Ce que nous dit la sueur. Ce qui nous purifie. Ce que nous dit la peur. Ce qui nous terrifie. Ce que nous dit le feu. Ce qui nous purifie. Ce que nous dit le fiel. Ce qui nous magnifie. Ce que nous dit le buis. Ce qui nous purifie. Ce que nous dit la buée. Ce qui nous purifie. Ce que nous dit le sort. Ce qui nous pétrifie. Ce que nous dit la mort. Ce qui nous purifie. Ce que nous dit la nuit. Ce qui nous purifie. Ce que nous dit le rêve.
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kristolikid   04 septembre 2014
Méduses de Antoine Brea
C'était encore trop tôt pour être épris de toi directement, et il fallait que je susse d'abord ce que tu valais au quotidien : supporterais-je de bon matin au réveil ta viande en chemise de nuit et tes pieds nus, obscènes, enchaussonnés d'immonde ; tes simagrées d'étrangère à table le midi parlant ta langue exprès pour m'apprendre et me faire sentir seul ; l'odeur crépusculaire le soir avant de dormir derrière tes passages barbouillés aux toilettes ?
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robertlediable   14 septembre 2015
Méduses de Antoine Brea
Dans la série des événements récents, je veux t’apprendre d’abord la mort de maman, enfin. Son agonie aura été longue et dégoûtante. Vraiment, je ne suis pas fâché que c’en soit terminé. Ainsi soit-il. Tu seras heureux de savoir en tout cas que, peu avant sa mort, unissant nos efforts, nous avions fini par obtenir ce en quoi tu plaçais tant d’espérances : l’audience auprès du chef de service en charge de ton dossier. Nous avons pu transmettre ainsi la liste de tes réclamations et recueillir les renseignements les plus spécifiques à ton sujet.
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Charybde2   16 octobre 2016
Récit d'un avocat de Antoine Brea
Le voyage en train Intercités vers la maison centrale de Clairvaux a été pénible. En ce début de mai il faisait déjà chaud et le soleil donnait en plein contre la vitre jouxtant mon fauteuil. Je transpirais au fond de mon costume. Je m’étais levé tôt, je sommeillais, mais à la gare de Romilly un confrère est monté qui a pris place en face de moi. Nous nous étions reconnus à nos dossiers sortis, et j’ai été contraint de soutenir la conversation quant aux avantages comparés d’être inscrit à Paris ou au barreau de Troyes. À peine étais-je débarrassé du gêneur qu’une compagnie d’élèves gendarmes a envahi la voiture et occupé très bruyamment l’espace. J’ai renoncé à me reposer. De toute façon, il faut le reconnaître, j’étais dans un état de grande nervosité. J’allais entrer pour la première fois en prison et me tenir en présence d’un assassin. L’idée m’impressionnait et dans le même temps me plaisait. « Une maison centrale reçoit les condamnés les plus difficiles. Leur régime de détention est essentiellement basé sur la sécurité », avertissait le site Internet du ministère de la Justice où j’avais été prendre l’adresse de Clairvaux. Y repensant, j’ai été traversé d’un frisson. J’ai ressenti une contraction brusque des muscles de mon visage. L’impression que partout autour on me scrutait. Je me suis enfoncé des boules Quies au creux des oreilles et repenché sur mon dossier.
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Charybde2   16 octobre 2016
Récit d'un avocat de Antoine Brea
Je n’étais pas le défenseur d’Ahmet A. aux assises. En 1996, je suivais les cours de deuxième année à la faculté de droit. Les éléments de l’affaire portés à ma connaissance étaient dans le dossier qui plus tard m’a été remis. Au moment de mon intervention, en incluant la détention provisoire, Ahmet A. entrait dans sa seizième année de prison. La peine avait été purgée pour l’essentiel à la maison centrale de Clairvaux. J’étais jeune avocat, tout juste inscrit au barreau. « Jeune » n’est pas le mot : j’avais déjà trente-trois ou trente-quatre ans et connu d’autres métiers, d’autres occupations. Je passe sur le temps, fort long dans mon cas, des études. Après ma thèse en droit international, j’avais voyagé de nombreux mois, appris des rudiments de langues, les choses étaient moins compliquées alors, avoir sur son passeport, ses relevés de banque ou de téléphone les traces d’un séjour prolongé en Asie Mineure, en Syrie, en Jordanie ne vous rendait pas comptable au retour de vos déplacements auprès des « services » français. En revenant, j’avais cherché et trouvé du travail. À compter de 2005, j’avais occupé des fonctions de rapporteur à la Commission des recours des réfugiés, juridiction d’appel spécialisée en charge du contentieux de l’asile. J’étais agent contractuel en poste pour un an. J’instruisais les recours et j’établissais des rapports où je proposais que l’asile soit accordé ou non à des étrangers (des Turcs très souvent, militants d’extrême gauche ou partisans de la cause kurde) dont la demande de protection à la France avait été rejetée en premier ressort par l’administration. Je présentais ces rapports à l’audience devant des formations de trois juges, vieillards désoccupés et endormis qui sur la base de mes conclusions rendaient des conclusions habituellement conformes. À l’échéance, mon contrat n’aurait pas été renouvelé. La Commission s’était adjoint pour une durée restreinte le surcroît de personnel nécessaire à l’examen de dizaines de milliers de dossiers en attente ; et il faut croire que le recrutement massif, mais à temps, de rapporteurs ainsi que d’interprètes, de secrétaires, de greffiers, d’agents de tous ordres avait suffi pour présenter des chiffres satisfaisants au gouvernement qui les exigeait. Je ferme cette parenthèse fastidieuse, mais la suite de mon récit imposait que soit dit quelque chose de la Commission des recours des réfugiés.
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Charybde2   16 octobre 2016
Récit d'un avocat de Antoine Brea
Je souffre d’une invalidante pathologie mentale. Des attaques de panique irrépressible dont la prise de repas ou de boissons en commun forme le terrain privilégié. On parle, dans ce que j’ai lu, de phobie sociale. Cela m’est venu après mon retour du Proche-Orient, lorsque j’ai commencé de travailler. Je demande pardon au lecteur de cette nouvelle inflation du récit et de livrer des détails aussi effrayants de mon intimité, mais il aura déjà conçu de toute façon que tout à l’heure j’ai pu mentir et que dans ces pages, autant que d’un certain dossier judiciaire, il serait question, pour citer Corneille, de l’ « étrange monstre » que je suis. Je n’ignore rien du caractère déraisonnable et même absurde des terreurs spécifiques que provoque ma maladie. Et je n’ignore pas davantage de quel marécage intérieur pareille perturbation remonte chargée de toutes les guerres que la sexualité a faites à un enfant. J’en perçois aussi les contours éventuellement sociologiques, sinon politiques : la dimension « sociale » du trouble émergé au coeur de l’adolescent blessé par sa condition, de l’homme sorti de celle-ci mais retenu à elle encore et écrasé par les usages, les codes, les rites et le langage propres à son nouveau rang. Mais l’intuition née du travail d’introspection ni la connaissance livresque de ces choses n’empêchent rien. Si les conditions sont présentes, le mal tourbillonne dans mes pensées, dont il opacifie la lucidité, aussi sûrement qu’autour du sucre un vol de guêpes qu’il serait drôle de raisonner.
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Charybde2   17 juin 2016
Méduses de Antoine Brea
On se débrouillait comme on pouvait, on cherchait des expédients : normalement elle cédait et je finissais par réussir à la violer debout dans la cabine de douche. Une fois que j’avais terminé, elle m’arrosait d’un jet précis du pommeau et le sang courait s’évanouissait dans le trou d’évacuation. J’attendais qu’elle fût partie et je respirais dégueulais tout ce que je pouvais ses culottes tachées les odeurs fades ; je tâchais de me remettre frappé d’une commotion je m’asseyais sali sur le carrelage qui me rappelait l’hôpital, les murs hébétés, les corps, l’aile des fous dangereux pour eux-mêmes, la dérision des êtres qui marchent et pensent avec la liberté d’une tête coupée. J’avais pitié de cette petite fille électrocutée qui brûlait des cierges et grimpait aux rideaux ; cette belle noire élevée dans un sertão et que je connaissais à peine ou vaguement. La fille était à moi, rien qu »à moi : en matière de meubles la possession vaut titre. Je réclamais-revendiquais cette propriété active de tout son être, une manière de créance sur le temps. Pour moi elle consentait à n’être que chair inerte aux yeux pâles modelée à ma convenance, dont je faisais plier les épaules sous mon poing et elle tendait les reins. Avec la fille c’était que du plaisir, que de l’être, directement de l’être, de l’être en barre malgré les risques d’infection. La fille était impure et je faisais des efforts inhumains pour ne pas la lapider à coups de pierres. La fille était la Croix au pied de laquelle Judas j’étais coupable et me masturbais. J’étais vigoureux, plein de santé, juste quelques nécroses. J’étais bien avec cette inconnue cette folle de moi qui pour presque rien permettait presque tout. Je ne pouvais plus l’encadrer et j’eusse aimé en avoir dix comme elle qui eussent dansé le cul à l’air dans mon salon. La fille était payée, cherchait à m’abattre m’émasculer attenter à ma peau, elle se mourait bruyamment de ses secrètes passions pour moi. Elle était couchée contre mon flanc sur le canapé, elle était morte et pleurait doucement parce que sa mère et ses pays lui manquaient. Elle me suppliait de dire si oui ou non il fallait qu’elle se maintînt auprès de moi à mes pieds, si je ressentais quelque chose de pur pour elle, si elle devait tout abandonner pour vivre loin des siens dans mon ombre. J’avais de l’affection pour cette pauvre fille éternellement vierge, ses hésitations nauséeuses de jeune réglée, sa viande froide qui commençait de sentir. Je détestais cette putain asservie qui gisait là me posant des questions amorties, me faisait suer, sortir de mes gonds, me manipulait, m’enterrait humilié sous des tombereaux de bonne volonté ; je lui en voulais de faire de moi un être abject, immonde, psychotique, incapable de reconnaître le désir quand il se présentait. Je pleurais à chaudes larmes comme le sale gosse suicidaire que je n’avais jamais été. La fille a cru devoir rester. Vraiment je ne savais pas. Ensuite j’ai oublié.
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