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Citations de Antoine Volodine (333)


Piatka   20 septembre 2016
Terminus Radieux de Antoine Volodine
Le chant cristallin des gouttes retombant dans la vasque.
Le goût de l'eau. Un lointain parfum de tourbe, de silice un peu poivrée. Une impression de transparence, d'éternité. L'émotion de pouvoir ressentir cela, de ne pas être mort encore.
Le silence de la forêt.
Le martèlement d'un pic creusant l'écorce avec violence, à quelques centaines de mètres de la fontaine.
Puis, de nouveau, le silence.
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Malaura   07 avril 2012
Alto solo de Antoine Volodine
Il regarde par la fenêtre.
En fait, ce n’est pas une fenêtre, mais l’ouverture d’une caverne où habitent des oiseaux.
Dehors, tout est à pic, tout est bleu : nuages bleus, soleil bleu, abîmes bleus. Quand il se penche, il aperçoit des volcans, des lacs, des coulées de lave, des montagnes que couronne une neige d’azur. La brise est légère, tiède, embaume. Il se penche un peu plus à la lisière du précipice. Les étendues d’herbe scintillent, les oiseaux planent, traversent le ciel, plumes frémissantes.
Il sait que, malgré son aile blessée, il pourra voler.
Il écoute la musique.
Il écoute le murmure de Tchaki Estherkhan qui chante autour de lui et, quand il s’élance, il la voit.
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Bobby_The_Rasta_Lama   08 septembre 2020
Ilia Mouromietz et le rossignol brigand de Antoine Volodine
Et ainsi, le temps qu'un sablier s'écoule, il arriva en haut d'une colline.
Il regarda en direction du sud-ouest, il scruta la route qui conduisait au secteur de Kiev.
Dans la distance, il distinguait les boulevards et les habitations et les champs d'orge orange et les jardins d'absinthe du secteur de Tchernigov, et les voies ferrées et les ateliers de mécanique qui prolongeaient la Moyenne Centrale, les usines à pain et les usines à anthracite et à mercure, les dépôts de vêtements, les écoles, et il voyait aussi que tout cela tremblait sous une brume de peur, car le secteur se trouvait encerclé par une puissance invincible et obscure, très , très obscure.
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Bobby_The_Rasta_Lama   22 janvier 2020
Terminus Radieux de Antoine Volodine
Solovieï se piquait d'être non seulement révolutionnaire mais poète, et donc il estimait qu'il avait le droit de dire haut et fort ce qui lui passait par la tête. La perspective de devoir écrire des mensonges pour sauver sa peau le mettait en rage. Il sabotait ses autocritiques en y insérant des narrats ésotériques, des considérations sur l'apocalypse et des discours politiquement incorrects sur la sexualité et les rêves. Sur le papier officiel des dépositions, il exposait son espoir que viendrait un temps où chamanes, experts en sorcellerie, mages et disciples de l'oniromancie seraient seuls en charge de la lutte des classes et nomadiseraient librement dans les villes et les campagnes. Les relations de Solovieï avec les autorités s'étaient envenimées.
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Malaura   09 avril 2012
Alto solo de Antoine Volodine
Lorsque le monde lui déplaît sous tous ses angles, l’écrivain, sur le papier, métamorphose le tissu de la vérité. Il ne se contente pas dénoncer, sur un ton d’amertume dépitée, ce qui l’entoure. Il ne reproduit pas trait pour trait l’élémentaire brutalité, l’animale tragédie à quoi se réduit le destin des hommes.
Au lieu de cela, il choisit, de la vie réelle, les brins les plus ténus, ombres et harmoniques, et à ses souvenirs il les entremêle à des visions qu’il a eues pendant son sommeil et qu’il chérit, à son passé il les entrelace, aux impatiences, aux erreurs, aux croyances déçues de son enfance.
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Malaura   08 avril 2012
Alto solo de Antoine Volodine
Ils sont trois, cinq cents, mille, ils sont légion, des millions.
Leur nombre s’explique par des facteurs économiques et sociaux, mais il faut avoir le courage de compléter l’explication en disant que quelque chose d’instinctif, inscrit sans doute dans le patrimoine génétique de l’espèce, pousse les grandes masses humaines à cautionner ce qui promet la désolation et le carnage.
Un élan mystérieux anime collectivement les esprits et les dévoie vers le pire. Il suffit qu’aux opinions publiques on désigne un ennemi hors des frontières pour qu’en une nuit, elles se bellicisent et fassent bloc autour de nos soldats ; pour qu’après une seule journée d’orchestration du mensonge, elles plébiscitent les bombardements, réclament à n’importe quel prix la victoire ; goulûment elles s’abreuvent à la propagande martiale.
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nadejda   23 mai 2012
Écrivains de Antoine Volodine
Elle aime s’adosser au mur en imaginant qu’elle traverse le mur, qu’elle est dépeignée par le vent, qu’elle est sous le ciel mouvant de la steppe, au milieu des herbes mouvantes, et qu’elle parle plus fort que les souffles, qu’elle dit le monde. p 28
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Bobby_The_Rasta_Lama   20 janvier 2020
Terminus Radieux de Antoine Volodine
- On va vous interpréter un glorificat burlesque, annonça Matthias Boyol.
On ne sait pourquoi, car cela n'avait aucune importance, l'ancien commandant Pedron Dardaf sortit de son apparente torpeur, leva la main comme un gamin interrogeant son institutrice et demanda :
-Dis donc, Boyol, il y a une différence entre un glorificat burlesque et une mélopée tragi-comique, comme que vous nous en avez récité une la semaine dernière ?
Matthias Boyol eut l'air décontenancé pendant quelques secondes, parce qu'il était déjà absorbé par le spectacle qui avait commencé silencieusement en lui, mais il répondit de bonne grâce :
- Non, Pedron Dardaf. C'est exactement la même chose. C'est exactement la même foutaise poétique.
Puis la déclamation musicale commença.
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nadejda   24 mai 2012
Écrivains de Antoine Volodine
... il se rappelle les fils de la Vierge, des filaments ondulants, des cheveux d’une finesse extrême qu’on ne voyait pas à contre-jour, mais dont la blancheur argentée se détachait avec une grande netteté quand il volaient devant le feuillage des arbres de la cour, quand ils volaient lentement devant les marronniers et les tilleuls, il se rappelle que pendant un instant il avait failli se laisser distraire par cette texture soyeuse de l’air du dehors, par cette pluie miraculeuse, car, tout en brûlant d’une excitation violente qui lui ordonnait de négliger toute autre activité mentale que l’écriture, il conservait un intérêt pour les choses étranges du monde, pour les phénomènes surnaturels contre quoi l’assurance des adultes vacillait, et l’apparition automnale des fils de la Vierge était de ceux-là... p 46
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Piatka   22 septembre 2016
Terminus Radieux de Antoine Volodine
L'exténuation était en train de les désunir. Ils ne communiquaient pratiquement plus. Cachés en terrain découvert, contraints d'attendre sans bouger soit le départ des soldats, soit d'improbables secours, ils n'étaient plus en état de se réconforter mutuellement.
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brigetoun   11 novembre 2009
Des Anges Mineurs de Antoine Volodine
Les humains étaient à présent des particules raréfiées qui ne se heurtaient guère. Ils tâtonnaient sans conviction dans leur crépuscule, incapables de faire le tri entre leur propre malheur individuel et le naufrage de la collectivité, comme moi ne voyant plus la différence entre réel et imaginaire, confondant les maux dus aux séquelles de l'antique système capitaliste et les dérives causées par le non-fonctionnement du système non capitaliste
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nadejda   23 août 2014
Terminus Radieux de Antoine Volodine
Quand on progresse dans la vieille forêt, quand on écrase sous ses bottes des branchettes perdues par les arbres, les sapins centenaires, les mélèzes noirs, quand on a le visage caressé ou battu par les mousses ruisselantes, on se trouve dans un univers intermédiaire, dans quelque chose où tout existe fortement, où rien n’est illusion, mais, en même temps, on a l’inquiétante sensation d’être prisonnier à l’intérieur d’une image, et de se déplacer dans un rêve étranger, dans un bardo où l’on est soi-même étranger, où l’on est un intrus peu sympathique, ni vivant ni mort, dans un rêve sans issue et sans durée.
Qu’on s’en rende compte ou pas, on est dans un domaine qui a Solovieï pour maître absolu. On bouge dans les ténèbres végétales, on essaie de bouger et de penser pour en sortir, mais, dans la vieille forêt, on est avant tout rêvé par Solovieï.
Et là-dedans, en résumé, on ne peut être autre chose qu’une créature de Solovieï.
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nadejda   15 mai 2015
Lisbonne dernière marge de Antoine Volodine
Dehors, l'air vibrait, bruissait, scintillait. A l'intérieur des murs, par contraste, les néons éclairaient mal des entrepôts nains où régnaient l'entassement et l'étroitesse, où trônaient les sacs ouverts et, sur les sacs, des tiroirs en équilibre, sur des fûts d'huile, des dames-jeannes. Une multitude d'épices en vrac, safran, curry et poivres de diverses qualités, corrigeaient les effluves lancinants de bacalhau, les tempéraient d'un piquant oriental. Ils burent un café au comptoir d'une pâtisserie et reprirent leurs zigzags au milieu de la foule. Avec une bonne heure et demie de retard, les bureaucrates portugais , tirés à quatre épingles, se hâtaient vers les ministères de la place du Commerce. p 14
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coco4649   07 septembre 2018
Haïkus de prison de Antoine Volodine
 
 
Le moine médite face au mur
le vieux en profite
pour lui voler son pain
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nadejda   16 mai 2015
Lisbonne dernière marge de Antoine Volodine
Il arrive que les lampadaires ne soient pas allumés, et que seule la lune consente à dispenser un peu de sa clarté sur la rue à l'abandon. Le vent chaud soulève un morceau de papier illisible, aux caractères décolorés, brouillés. L'homme s'accroupit, il se sent plus en sécurité lorsque sa cervelle se rapproche de l'asphalte ou de la terre. Presque invisible, à l'autre extrémité de la rue, la police vient également de s'accroupir. Là encore, il est impossible de dire qui a imité l'autre, si c'est la police qui a reproduit les gestes de l'homme, ou le contraire. Tout se calme, excepté cette feuille qui palpite contre une fenêtre avec des spasmes d'oiseau aveugle. Si la lune disparaissait derrière un nuage, que resterait-il ici-bas ? p 48
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Gusseuh   01 juillet 2010
Les aigles puent de Antoine Volodine
Nous sommes des sacs.
À l"intérieur sont entassés tant bien que mal des machines molles qui nous organisent. Cette machinerie nous autorise à bouger, à cligner des paupières ou à marcher, elle s'arrange pour qu'à aucun moment nous n'oubliions de respirer, elle nous permet de reprendre conscience après le sommeil, et elle nous oblige à persister coûte que coûte et quelles que soient les circonstances, même si les circonstances sont ignoblement insupportables. Elle nous oblige à persister coûte que coûte jusqu'à ce que sonne l'heure de la mort.
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nadejda   07 août 2014
Terminus Radieux de Antoine Volodine
Ciel. Silence. Herbes qui ondulent. Bruit des herbes. Bruit de froissement des herbes. Murmure de la mauvegarde, de la chougda, de la marche-sept-lieues, de l’épernielle, de la vieille-captive, de la saquebrille, de la lucemingotte, de la vite-saignée, de la sainte-valiyane, de la valiyane-bec-de-lièvre, de la sottefraise, de l’iglitsa. Crissements de l’odilie-des-foins, de la grande-odilie, de la chauvegrille ou calvegrillette. Sifflement monotone de la caracolaire-des-ruines. Les herbes avaient des couleurs diverses et même chacune avait sa manière à elle de se balancer sous le vent ou de se tordre. Certaines résistaient. D’autres s’avachissaient souplement et attendaient un bon moment, après le souffle, avant de retrouver leur position initiale. Bruit des herbes, de leurs mouvements passifs, de leur résistance.
Le temps s’écoulait.
Le temps mettait du temps à s’écouler, mais il s’écoulait.
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brigetoun   11 novembre 2009
Des Anges Mineurs de Antoine Volodine
Un héron blanc longea la berge en direction de l'aval et disparut, le ciel ne rougeoyait plus du côté de la bananeraie, déjà une brume bleuâtre enfumait la courbe du fleuve, les cigales.
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OumG   20 mars 2017
Un navire de nulle part de Antoine Volodine
Quai Koutouzov, de la terre bourbeuse, jusqu’au mollet, et ensuite la Néva en flaques stagnantes, l’eau recouverte de Kumudu, une couche de mousse sur laquelle personne ne s’aventure, à ne pas reconnaître les endroits où l’on peut poser le pied et ceux qui vous engloutiraient sans un bruit ; et plus loin, au-delà du teritoire réservé aux crocodiles, les moutonnements impénétrables de la selve, toutes les nuances de vert sous le ciel bas. La forteresse Pierre-etPaul a été submergée depuis belle lurette, sous les vagues énormes des lianes ; un monticule un peu plus gris, qui se détache à peine du reste.
La forteresse qui sert de terrain de jeu aux guêpiers et aux ouistitis ! Un camp de rééducation pour couleuvres !
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Rushkoff   19 septembre 2014
Terminus Radieux de Antoine Volodine
Elle prit la gazette qui était en haut de la pile et elle se mit à en ânonner les gros titres. Le journal datait du siècle précédent, mais Ies nouvelles étaient encourageantes.
La révolution marquait des points sur tous les fronts et on observait une montée des luttes. La Deuxième Union soviétique s'étendait à présent sur la majeure partie du globe. Il y avait encore sur quelques continents éloignés des poches remplies de capitalistes agressifs, et, évidemment, on ne
pouvait nier que les catastrophes du nucléaire civil avaient rendu problématique la survie de la population mondiale, mais, ne serait-ce que sur le plan militaire,la situation s'améliorait,
Bon, commenta-t-elle. Comme prévu, on va vers la victoire totale, faut juste avoir un peu de patience. C'est plus qu'une question de temps.
Satisfaite, elle délaissa les gros titres et se plongea dans les pages intérieures. Elle cherchait la rubrique météo pour confronter les informations imprimées à la réalité du ciel au-dessus de« Terminus radieux», et en conclure une fois de plus que Ia presse était bourrée d'âneries.
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