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Citation de enjie77


enjie77   09 décembre 2019
Séfarade de Antonio Muñoz Molina
Mes yeux se ferment, le livre me glisse presque des mains pendant que Will Münzenberg marche, perdu dans la foule qui se répand sur les routes, qui se disperse dans les champs voisins comme un vol d'insectes chaque fois que s'approchent les avions de chasse allemands volant en rase-mottes, d'abord les moteurs au loin, puis des silhouettes métalliques brillant dans le soleil de juin, et enfin leurs ombres, grands oiseaux de proie aux ailes immobiles et ouvertes, mitraillant un convoi de véhicules militaires en fuite, larguant leurs bombes sur un point où s'entassent les fugitifs, ralentis dans leur avancée par un camion en panne. Des insectes en fuite, c'est ce que verront les pilotes depuis le ciel : silhouettes minuscules, griffonnages noirs obliques. Mais chacune de ces créatures infirmes est un être humain, il a son nom et sa vie, un visage qui n'est semblable à celui de personne d'autre. C'est parmi eux que Willi Münzenberg veut se cacher, il veut n'être personne pour échapper aux grandes mains et à la gueule du cyclope. Mais l'œil du cyclope qu'il connaît le mieux et qu'il craint le plus, Joseph Staline, voit tout, scrute tout, ne permet à personne de s'échapper ni de sauver sa vie, même en se réduisant à la taille de l'insecte le plus lamentable, un condamné ne peut pas échapper à sa poursuite.
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