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Note moyenne 4.03 /5 (sur 20 notes)

Biographie :

Benoît Vincent est écrivain et botaniste. Membre du collectif du Général Instin, il collabore à diverses revues littéraires, dont la revue en ligne Hors-Sol qu'il co-dirige avec Parham Shahrjerdi. Il anime le site Ambo(i)lati qui regroupe les différentes régions de son ouvrage.

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Citations et extraits (28) Voir plus Ajouter une citation
Charybde2   24 juin 2015
Farigoule bastard de Benoît Vincent
La ville est là, la douane de terre, au nord, la plus proche du monde. Mais ils n’en parlent pas, ne la fréquentent pas, à peine lui daignent un œil. Le bus déjà là, la soute, et il monte aussi, je crois qu’il ne se retourne pas sur elle.

Débutent alors les racines des monts, l’entrée des sables, la Lance, encore son capuchon de neige, la dernière, celle qui attend l’autre, pour elle sacrifiée. Comme si cette terre pas assez fertile pour ériger des cailloux, tout glisse dans les safres et arènes. Ou trop fertile, arasée par les moyens mécaniques, puisque maintenant les pierriers cèdent aux truffières et les lavandes aux vignes, on a les arbres qu’on mérite.

Les villages sont tout racrapotés autour d’un maître-château, c’est de la pierre fière et travaillée, tâcheronnée, et ça emberluque, oui. Et puis les horizons sont larges, ça permet l’œil de tafurer. Le voyage se poursuit en crau, ni court, ni long, et trop des deux, et déjà vers la Cité qui a encore grossi, mangé les ermes autour. C’est beaucoup de tendu et de rougi pour Farigoule Bastard qui revient depuis très, très loin.
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Charybde2   24 juin 2015
Farigoule bastard de Benoît Vincent
Ses pieds portent lourd, lorsqu’ils s’étendent c’est une décharge dans leur plante, et le gourd s’installe. Les poches ébrouées, la gorge raclée, les mains crissent, il se pose en lui-même. Les bougies s’éteignent. Il se prend au velours du tabac, déjà sec, il fait si chaud dehors. Il y a ça aussi, que sans humidité, et constamment accablé de touffeur, le corps est projection, mais constante si perfectible. Le hibou s’égrène. Farigoule Bastard se ramène, il se rassemble, et tous ses plis s’embourbent les uns dans les autres, son dos : un levier. Il fait liquide. Épais. Poisseux.
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Charybde2   24 juin 2015
Farigoule bastard de Benoît Vincent
Farigoule Bastard est objet de transition, ou moyeu, ou vérin. / Moyeu, qui porte et élance. / Vérin, qui gagne d’une chambre l’autre. / Dès le début, il a fallu négocier. Ce n’est pas qu’un concept comme l’autre. / En observant de près, on y décèle de petites surfaces, spongieuses, râpeuses, de celles qui accrochent les tissus puis ne lâchent plus, de celles qui abritent des microfaunes hérissées, des levures fuligineuses, de minuscules trafics monocellulaires, des bains, des bouillons.
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brigetoun   22 novembre 2009
Le Revenant (sur Pascal Quignard) de Benoît Vincent
La fin. La fin de quoi ?

Nous faisons ici l’expérience de ce que l’écriture, comme la lecture, ne peut jamais être un mot définitif, un point final. Il n’y a pas de point final. Il ne saurait y avoir de point final.

Quand une œuvre se termine enfin (elle ne se termine jamais), elle est dévorée à nouveau, réingérée, voire recrachée, déglutie, vomie par d’autres et ce depuis toujours, pour toujours.

On ne saurait savoir par où commencer, puisqu’il n’y a pas de fin. Est-il pour autant question d’infini ? Voire. Le début, la fin, l’œuvre de Quignard s’en extirpe comme d’une gangue, une boue, qui serait fautive, qui serait erronée.
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brigetoun   28 novembre 2009
Le Revenant (sur Pascal Quignard) de Benoît Vincent
Cette rumeur sourde, évoquée dans ces deux textes jumeaux, elle n'est pas seulement un genre de « souffle inaudible », « souffle inouï », « plainte », « affect » ou « affection » ; elle est aussi la « bouche bée », la béance de la bouche,une trace à la fois invisible et animale et dont Quignard, maintes fois, dispose dans ses livres. Il dit même le faire dans chacun de ses livres. Cette bouche bée, ce petit souffle d'haleine formant un nuage vient exactement de Hiems et depuis revient inlassablement. C'est le signe tout à la fois de l'« extase » et de

l'« angoissement ».

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brigetoun   28 novembre 2009
Le Revenant (sur Pascal Quignard) de Benoît Vincent
On dirait que le souvenir est une espèce de spore, de germe, qui enfoui sous du tout-venant lors de la fondation et de la structuration (l’histoire en somme) d’un homme et attend le moment le moins opportun pour jaillir, pour s’épanouir, sous lestraits d’une fleur innocente.

L’inopportunité de la brisure du secret : cela vient avec l’âge ; cela naît du temps.
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Charybde2   31 janvier 2021
La littérature inquiète: Lire écrire de Benoît Vincent
Le nom propre est le nom de nom.

L’économie du nom, on ne peut la faire. Faire le nom, dire le nom, c’est non seulement réciter sa leçon de choses, faire son herbier de fleurs, mais c’est surtout notre sort commun.

C’est un peu le sujet des textes qui suivent, mais ni du point de vue du savant, ni de celui du poète. Je voudrais mettre à contribution le geste critique. Non pas d’ailleurs seulement pour lui retrouver une place au panthéon qu’il aurait perdue, ou encore pour le travestir en poète ou en savant, c’est-à-dire lui faire usurper une place qu’il n’aurait pas encore. Simplement pour ce qu’en temps de crise, la critique serve à quelque chose, qu’une voie se dessine pour elle dans le champ des textes et des noms.

Et non pas seulement, enfin, afin qu’elle accède à un statut, à une reconnaissance qui lui aurait été retirée ; bien au contraire, pour ce qu’elle, en s’effaçant, donne à voir des œuvres qui, peut-être, sont écrites aussi afin qu’on les lise. Cette voie transverse pour des voix égarées.

Cela s’appelle une forme.

Je suis en quête des formes. Et dans le catalogue des formes, toutes ne sont pas équivalentes ; certaines, je les fuis, et d’autres, je les recherche. Toutes, je les connais parfaitement.

Toutes ces formes ont un nom, et j’ai pour tâche de dresser la liste des noms, comme des invités. Or un nom n’est pas seulement un nom ; ni seulement cela qu’il désigne, ni seulement les lettres qui le composent. Il est ainsi déjà un au-delà du nom, il porte toujours plus que le nom seul. Un nom, un nom propre est toujours une communauté de noms. Il est à la fois un reste, une trace, un fantôme ; il annonce comme il résume ; il marie le possible à tous les morts, et la généalogie à l’étrangeté même ; enfin, témoin, il se doit d’être commun – sinon, comment l’entendre ? (Il est au service de la disjonction propre de la coïncidence dont je parlais plus haut.)

Ainsi en va-t-il de la littérature, qui joue dans les noms, et se joue d’eux, dans l’entrelacs des lettres, des mots et des œuvres… dans l’intrication des répétitions comme des monstres et des hapax.

Bayard nous avertit à nouveau : (N’)avoir pas lu tel ou tel livre n’a guère d’importance pour la personne cultivée, car si elle n’est pas informée avec précision de son contenu, elle est souvent capable d’en connaître la situation, c’est-à-dire la manière dont il se dispose par rapport aux autres livres.

Tel est, si l’on veut, un autre nom de l’inquiétude.
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Charybde2   31 janvier 2021
La littérature inquiète: Lire écrire de Benoît Vincent
On sait que les plus proches amis de Blanchot sont Emmanuel Levinas (Quignard le cite aussi parfois, comme dans les Paradisiaques) et Georges Bataille, à qui est dédié L’amitié. Certains parleraient de coïncidence, peut-être même frôlant le mauvais goût.

Il est d’une part évident que Quignard s’inscrit dans une veine de la littérature qui n’était pas étrangère à Blanchot. Je vois moi ce qui poursuit la filiation ébauchée plus haut : Paulhan ⇒ Blanchot ⇒ Quignard. Entendons-nous bien : ce ne sont pas des généalogies au sens biologique ni même social strictes ; il y a sans doute beaucoup de ramifications à de tels arbres, qui forment plutôt des mangroves ou des rhizobiums que des dendrogrammes figés. Contrairement à tout le reste, dans le monde, il y a la possibilité du retour en arrière, comme disait Borges de Bayard (et Cervantès de Kafka). C’est en quoi le terrain est meuble, et que la dynamique est celle, électrique, de pôle à pôle, de l’entre-deux, celle disais-je de l’inquiétude.

Il s’agit plutôt d’une société secrète, comme il plaisait à Paulhan, et qu’avait cherché à rassembler l’autre ami : Bataille, avec Acéphale.

Cette communauté rétrorse, transverse, renversée, c’est tout de même une chose étrange, c’est celle de ceux qui n’ont pas de communauté, celle des solitaires, l’un dans la Communauté inavouable, l’autre dans Sur l’idée d’une communauté de solitaires… et que dans cet écart qui les sépare, ce soit le texte qui les rapproche, et que cette idée de l’écart qu’ils fondent fonde leur improbable rencontre.

Aussi, et je m’arrête ici, c’est d’avoir cherché à éviter le combat que nous en sommes arrivés à ce terrain incertain, qui est le parage de l’inquiétude, dont l’une des qualités est le va-et-vient continuel entre lire et écrire, qu’il s’agit maintenant d’explorer, d’abord dans ses paysages, ensuite dans certains parmi ses représentants, de nouvelles pierres à la communauté.
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Selenacht   06 mai 2017
Farigoule bastard de Benoît Vincent
Sommeil, quand tu mords la nuit, le corps ou le lit, et ne reposes guère. La peau ses poils ce sont des épines, au matin. Se lever c'est arracher. Le corps donne l'impression d'un incompatible, a dû glisser de lui-même, on n'a plus d'attache au paysage. Farigoule Bastard se demande d'où vient cette faculté que seuls les hommes cultivent – de se dissoudre ainsi dans la douleur, de nager à ce point au large du monde. Parfois le sommeil expulse. Parfois le sommeil pulvérise.
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Selenacht   06 mai 2017
Farigoule bastard de Benoît Vincent
[...] et le garenne et le fusil connaissent bien les aléas du labyrinthe, on ne fait que se rendre, plus ou moins vite, plus ou moins bêtement, plus ou moins courageusement à ce qui ne fait pas sens, ne fait pas œuvre, à ce qui n'a pas bouche, ce qui [n'a pas voix], ce qui n'a pas timbre, et qui pourtant résonne, et qui pourtant répond, répond de moi, répond de toi, et mettra un point final, je ne sais pas pourquoi [...]
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