Rien n'est définitif pour ceux qui vivent.
Parce que tout homme à droit à la liberté, répondit Gordlonn. C'est un enseignement que nous avions oublié au fil des générations.
Le père, c'est celui qui est présent, à chaque instant de la vie, celui qui aime.
Chaque être humain était unique, et différent de tous les autres. En chacun sommeillait une fleur divine, dont il devait faire fructifier les richesses. À ce prix-là seulement l'humanité s'élèverait au-dessus de l'animalité.
Vous resterez toujours maîtres de votre propre destinée, comme le sont les humains qui peuplent cette planète, même s'ils ne savent pas encore le comprendre.
L'homme n'appartient pas à Dieu. Il fait partie de lui, comme la goutte d'eau fait partie de l'océan. La goutte d'eau n'adore pas l'océan ni ne le sert. Mais chacune d'elles contribue à former l'océan. De même, chaque homme, chaque femme, chaque être vivant, plante ou animal, contribue à faire que Dieu existe.

Il ne se passa rien au cours de cette première nuit. Après le repas, Heikura avait rejoint la case des femmes et Edouard fut logé dans une autre habitation réservée aux hôtes de passage.
Mais il prit l'habitude de visiter ses mines plus souvent et de s'arrêter dans le village. (...) Cependant, malgré cet accord tacite, Edouard n'avait pas l'intention de brusquer Heikura. Chaque rencontre le rendait encore plus amoureux. Il ne lui fallut guère de temps pour faire tomber les défenses de la jeune fille, qui ne demandait qu'à se laisser conquérir. Une nuit, elle vint le rejoindre dans sa case.
Cela aurait pu n'être qu'une aventure éphémère, une de plus.
Joséphine le savait et ne s'en formalisait pas. Les ébats amoureux ne l'attiraient pas et elle ne s'y résolvait que par devoir. (...)
Edouard, doté d'un tempérament solide, n'y avait jamais trouvé son compte.
Il avait tenté, au début de leur union, de montrer à sa jeune épouse que les jeux sexuels pouvaient être source de plaisir et de joie. Il avait échoué. (...)
Edouard s'était donc rabattu sur des femmes de passage, tant canaques qu'européennes, chinoises ou indonésiennes, avec lesquelles il avait partagé des moments coquins, mais sans lendemains.
Cela n'avait rien à voir avec ce qu'il avait découvert dans les bras de la belle Heikura. Lorsqu'il la tenait contre lui, il avait envie de se fondre en elle.
Très vite, il n'avait pu se contenter de la voir à chacun de ses déplacements.
Il lui avait proposé de venir vivre avec lui à Nouméa.
Joséphine s'était étonnée de le voir s'absenter si souvent pour visiter ses mines. Après quelques tergiversations, il avait décidé de lui dire la vérité.
Contrairement à ce qu'il avait redouté, elle avait pris la chose avec sérénité. A la vérité, elle y trouvait avantage. Elle n'aurait plus à partager sa couche, puisqu'une autre s'en chargeait. (...)
Il avait donc installé Heikura chez lui. Il s'était attendu à ce que Joséphine mène la vie dure à la nouvelle venue. Mais son épouse était dotée d'un caractère bienveillant. Elle avait accueilli Heikura avec une réelle amabilité.
Il avait compris plus tard pourquoi. Joséphine ressentait déjà les premières atteintes du mal qui allait l'emporter, et elle préférait connaître celle qui allait la remplacer auprès de son mari. Elle avait été séduite par la nature joyeuse de Heikura, par son rire clair et sa générosité semblable à la sienne. Les trois enfants étaient encore jeunes et elle leur servirait bientôt de mère de substitution.
Edouard était devenu bigame, ce qui ne manquait pas de faire jaser dans le milieu des fonctionnaires coloniaux et des grands propriétaires. Mais il n'en avait cure. Sa fortune était suffisante pour faire clore les becs les plus bavards.
Une bouffée d'affection remonta à l'esprit d'Edouard à l'évocation de sa première épouse. Elle avait fait preuve d'une discrétion et d'un courage exemplaires devant l'adversité. Longtemps elle lui avait caché son état, dont elle avait averti Heikura avant lui. Lorsque, au cours de l'année 1916, la jeune métisse avait attendu un enfant, Joséphine l'avait assistée, rassurée, et elle l'avait aidée à mettre son bébé au monde, une superbe petite fille de sept livres qui avait les mêmes yeux verts que sa maman.
Le bébé avait reçu le prénom de Valentine. Mais, en raison de ses origines, on lui avait aussi donné celui de Taïna, auquel elle répondait dans la famille canaque de sa mère.
Il ne faut pas que les hommes adoptent un dieu qui rejette tous les autres. Un tel dieu ne peut qu'amener l'intolérance et le fanatisme. Tous ceux qui le refuseront seront massacrés. Et les hommes perdront leur liberté.
Les américains sont toujours en train de courir, bicause time is money. Pire que les parisiens, et ce n’est pas peut dire. Eh bien, pas moi. Je n’ai pas envie de passer à côté de la vie.
Décembre 1870
Assise dans un petit fauteuil à sa taille,auprès de l'âtre qui diffusait une bonne chaleur,Sylvine regardait fixement la pierre blanche de la cheminée. Son visage reflétait une gravité que l'on ne se serait pas attendu à rencontrer chez une fillette de cinq ans.Autour de la longue table de bois de la cuisine ,son père et ses compagnons échangeaient des propos angoissants .Ils utilisaient des motscdont elke ignorait le sens ,mais elle comprenait qu'il se passait des choses très graves.