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Note moyenne 3.63 /5 (sur 72 notes)

Nationalité : Canada
Né(e) à : Montréal , 1958
Biographie :

Ecrivain né à Montréal en 1958, Bruno Hébert complète une formation en études françaises à l'Université de Montréal et des études en art dramatique, à Paris, de 1989 à 1991.

Comédien, il joue au théâtre, au cinéma et à la télévision. Bruno Hébert est aussi scénariste et dialoguiste également au cinéma, à la télévision, au théâtre et à la radio

Source : http://www.ratsdebiblio.net/hebertbruno.html
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Vidéo de

Une production INIS, scénarisée par Bruno Hébert, réalisée par Ann Arson et produite par Francine Forest dans le cadre du Programme long 1996, volet Cinéma. http://www.inis.qc.ca/2-cinema.php Résumé : Julie et Lucas sont en route pour les chutes Niagara. Couple marginal d'héroïnomanes, ils foncent aujourd'hui vers une nouvelle vie. Effectivement, Lucas a promis à Julie qu'une fois là-bas ils seraient enfin libres et en paix pour toujours. Film d'atmosphère, métaphore sur le mensonge, Niagara se déroule avec une tension constante que quelque chose ne va pas.


Citations et extraits (15) Voir plus Ajouter une citation
Cielvariable   11 avril 2013
C'est pas moi, je le jure ! de Bruno Hébert
Au début j’allais très bien. Tout baignait dans l’huile, une

période de constante évolution. Je me faisais les ongles dans

une méditation que je qualifierais de transcendantale, la cha -

leur ambiante était parfaite, l’obscurité quasiment totale.

C’était avant le verbe… On dit au commencement était le

verbe, eh bien là, aucun verbe aux alentours et c’était pour tant

le commencement de tout. Il y avait peut-être le verbe être, à la

rigueur, mais c’est discutable. Le bonheur est une chose toute

simple mais n’allez pas mettre un verbe en travers de sa route.
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Cielvariable   11 avril 2013
C'est pas moi, je le jure ! de Bruno Hébert
Il y eut quelque chose qui suspendit le geste de maman

juste comme elle allait tremper une pince de crabe dans le

beurre fondu. Sa tête fit un petit mouvement sec vers la fenêtre

d’où elle pouvait apercevoir la piscine. Elle était bien là, la pis -

cine en plastique au milieu du terrain, avec ses dauphins gris

perle au grand sourire, tout contents sur un fond turquoise.

Maman se pré cipita vers la porte tandis que mon frère grim pait

sur le comptoir pour observer la scène de la fenêtre. Ce fut une

riche idée parce qu’il put me raconter les détails de mon sau -

vetage… « Y’a d’la joie, bonjour, bonjour les hiron delles…»

La bouche et les yeux ouverts, bras en croix au fond de la

pis cine, j’étais devenu le Petit Bleu. Maman resta figée quel -

ques secondes, puis une sorte de détermination, en vérité une

montée hystérique, la fit réagir ; elle me prit par une cheville,

me sortit de l’eau la tête en bas et commença à me faire tour -

ner comme une toupie. Je vomis un grand bol d’eau dans le

gazon et je repris connaissance. Puis je fus transporté par un

pa quet de nerfs jusqu’à la maison. Ce n’était pas des bras, des

mains, un cou : ma mère était devenue de l’énergie bouillante,

un magma électrique ; je me déplaçais dans l’espace comme

par magie. Arrivée au salon, elle me fit asseoir sur le canapé,

fonça vers la cuisine, revint aussitôt avec un verre de lait. J’en

bus deux ou trois petites gorgées.
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Cielvariable   11 avril 2013
C'est pas moi, je le jure ! de Bruno Hébert
Ce n’était pas le genre de réaction que j’avais espérée, en

fait je ne savais pas quelle réaction je cherchais à provoquer

exac tement, peut-être capter l’attention de l’abbé Pierre, sus -

citer chez lui un intérêt, une compassion, créer le doute, insi -

nuer le mystère. Je voulais qu’il se souvienne de moi : avoir

pour ami personnel un envoyé de Dieu, un faiseur de miracles,

ça pouvait servir. Je sentais en moi une grande confiance, peutêtre

même la foi. L’abbé me délivrerait du mal maintenant et

jusqu’à l’heure de ma mort, une fois pour toutes, amen. Car je

sentais déjà des tendances inquiétantes s’insinuer dans mon

coeur, une révolte tapie dans les hautes herbes, le remords et

d’autres bêtes fauves qui ne demandaient qu’à bondir hors de

leur cachette pour venir lacérer les restes de mon innocence.

L’abbé Pierre pouvait, d’un geste, changer les lions en agneaux,

j’en étais sûr. Pourtant, le saint homme ne vit pas ma détresse,

il me donna seulement un paquet de dragées qu’il avait dans sa

poche, des reliquats d’un baptême. L’abbé Pierre était toujours

in vité à des baptêmes : il touchait la tête des nouveau-nés pour

qu’ils deviennent des illuminés et, plus tard, à l’âge adulte, les

enfants qu’il avait baptisés fonderaient des sectes dont les

membres se suicideraient collectivement.
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Cielvariable   11 avril 2013
C'est pas moi, je le jure ! de Bruno Hébert
C’était des yeux noirs, ronds comme des billes exorbitées,

des yeux qui englobent tout, le ciel, la terre, les mers, les bêtes

et tous les enfants cachés. Jérôme partit en courant derrière la

maison, moi je restai là, je me disais que j’étais seulement un

enfant, c’est normal de se cacher pour un enfant, même que

j’étais caché parce que je jouais aux Indiens avec des copains

— un hasard. Ils avaient déterré la hache de guerre il y avait

pas cinq minutes, je n’avais plus le choix de me planquer, on

rigole pas avec Géronimo. Mon père et l’invité finirent par en -

trer dans la maison, je suis resté caché dans l’herbe un mo -

ment, j’avais besoin de réfléchir. D’abord, je n’avais pas remar -

qué l’aura, peut-être qu’il fallait attendre la nuit pour la voir,

peut-être que l’abbé Pierre l’aura pas tout le temps, Simon

Tem plar l’aura juste au début de l’émission, ensuite, il l’aura

plus du tout. Chose certaine, il me fallait un homme de Dieu

de mon côté et j’élaborai un grand projet de séduction.
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Cielvariable   11 avril 2013
C'est pas moi, je le jure ! de Bruno Hébert
ils étaient si jeunes, ils avaient toute la vie devant eux pour recoller les morceaux (…)” Mais, l’été de ses 10 ans, la vie de Léon Doré chavire. Déboussolé par la séparation de ses parents, il sera sauvé par l’amour fou qu’il éprouve pour une petite fille de son âge, Clarence. Rebelle et fragile, le petit garçon suit aveuglément les rafales du “vent du diable”, bouclier qui lui permet de survivre à la dislocation de sa famille. Et ce vent du diable lui souffle des choses bien insolites… C’est pas moi, je le jure, premier roman de Bruno Hébert, possède la tonalité déchirante de l’absolu de l’enfance et les échos inoubliables des premières amours.

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Cielvariable   21 mai 2012
C'est pas moi, je le jure ! de Bruno Hébert
Les vieux, c'est comme les légumes: chacun a son préféré et aussi celui qu'il déteste le plus.[...] Comme pour les vieux, il y avait des légumes que j'adorais et d'autres que je ne pouvais pas sentir. C'était chimique. Du point de vue des qualité nutritive, le navet était comparable au chou de Bruxelles. Tous deux respectables, ayant fait la guerre (un peu plus le navet que le chou de Bruxelles). Pourtant je ne supportais pas le navet. Pour un légume, ce n'est pas trop grave, mais un vieux, ça peut vexer son amour-propre. Il faut faire attention à ne pas le vexer dans cette région parce que, de l'amour-propre quand on est vieux, c'est comme les dents, il ne nous en reste plus beaucoup. Il reste aux vieux de l'amour, sale comme du linge qu'ils ne lavent même pas en famille, de vieilles amours toutes moisies qu'ils cachent sous des piles de journaux et dans des albums de photos tellement craquelées que, si vous soufflez dessus, les chapeaux volent au vent et disparaissent dans la poussière du désert des chambres d'hospice. Saharas minuscules remplis à craquer de mirages absurdes où la solitude est si immense qu'il serait moins triste d'aller camper sur la lune ou de faire des ronds dans l'eau sur la mer Morte. Je savais tout ça sur les vieux. Et bien plus encore. Mais ça n'empêchait pas qu'il y en avait un que je ne pouvais pas blairer.
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Cielvariable   21 mai 2012
C'est pas moi, je le jure ! de Bruno Hébert
Les épis de blé d'Inde craquaient si fort sur mon passage que j'avais l'impression d'être suivi par les quarante voleurs. Incapable de rassembler mes idées, je marchais droit devant moi comme un automate cherchant une raison d'être avec l'énergie du désespoir. N'importe quelle raison d'être. Il fallait juste qu'elle puisse me donner ne fût-ce qu'une brindille de contenance pour affronter l'humanité qui m'attendait de pied ferme à la chaumière.
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Cielvariable   11 avril 2013
C'est pas moi, je le jure ! de Bruno Hébert
Malgré mon jeune âge, j’étais conscient qu’il y avait en moi quelqu’un qui n’était jamais malade, jamais fatigué, qui ne commettait jamais le mal. Toutes les vérités, tout l’amour du monde, toutes les vies depuis la fourmi minuscule jusqu’à la grande baleine à bosse résidaient dans cet être intérieur. C’était la demeure de la beauté, de la justice, la voix de la raison et de mon effervescence spirituelle, la paix aussi, la paix qui surpasse toute connaissance. C’était dans la petite maison cachée de mon cœur que brillait une étoile dont la lumière n’a jamais été vue sur terre ni sur mer. Dans un coin du salon de cette maison, déposée sur une chaise berceuse, il y avait la cape magique du super-héros : il suffisait de la mettre sur ses épaules pour devenir invincible. Je savais tout cela. Et pourtant, je n’avais qu’à regarder Clarence du coin de l’œil pour savoir qu’elle pouvait, sans même lever le petit doigt, prendre mon cœur, le sortir de moi et l’enterrer au fond d’un jardin oublié. Ses paroles avaient la puissance d’une Kalachnikov, un mot pouvait faire un trou béant dans mon ventre. Il fallait que je sois complètement fou pour lui avoir laissé prendre autant de pouvoir sur moi. Je ne savais pas faire marche arrière, il y avait sûrement un levier quelque part, une manette qui renverse la vapeur, mais où ? C’était la grande question. En attendant, derrière cette lumière flamboyante de mon cœur, la peur n’en continuait pas moins de briller dans l’obscur. L’inquiétude tue les enfants, faut le savoir.
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Cielvariable   21 mai 2012
C'est pas moi, je le jure ! de Bruno Hébert
La peur, c'est comme une boîte de Prismacolor, il y en a de toutes les couleurs: la peur bleue, la peur du noir, on peut aussi devenir blanc comme un drap ou rouge de colère et il y a le péril jaune, mais pas dans nos régions. De toutes ces peurs, il y en avait une dont je ne connaissais pas la couleur mais qui me travaillait les méninges sans arrêt. C'était cet amour pour Clarence qui ne cessait de grandir en moi, et j'avais peur, peur de finir étouffé, de m'effondrer sur le chemin et de mourir le coeur éclaté en mille miettes de pain pour les oiseaux.
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Cielvariable   11 avril 2013
C'est pas moi, je le jure ! de Bruno Hébert
Je compris clairement que je n’étais plus moi-même, je n’étais plus l’autre non plus, j’étais devenu un inconnu.
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